lundi, février 26, 2018

LA COURSE AU NID D’AIGLE…



Le 16 avril 1945, le Maréchal de l’armée rouge Gueorgui Joukov, met le siège autour de la ville de Berlin afin de porter le coup de grâce au 3ème Reich allemand. Il installera ainsi autour de la ville à laquelle les chefs nazis promettaient mille ans d’éclat, rien de moins que 41 600 canons, soit un tous les dix mètres, et 6 250 chars, pour mener la bataille décisive…!

Elle prendra fin au 2 mai 1945, après le suicide d’Adolf Hitler le 30 avril, la prise du Reichstag le 1er mai après la reddition des derniers défenseurs de la ville, par des soldats russes qui y hisseront le drapeau de l’Union soviétique, et surtout, après la mort de 92 000 soldats allemands et 81 200 soldats de l’armée soviétique…

Joseph Staline demandant que soit immortalisé l’événement, la prise du Reichstag sera rejouée le 2 mai devant les caméras et les appareils photos qui nous montrerons en gros plan, ces valeureux soldats russes hissant le drapeau soviétique sur les terrasses du Reichstag, et ces images fantastiques feront le tour du monde en consacrant ainsi dans les opinions, la victoire écrasante de l’Union Soviétique sur l’Allemagne nazie…

Cependant, les Américains ayant franchi le Rhin quelques temps auparavant, menaient au travers de l’Allemagne centrale une campagne victorieuse, facilitée par le fait que l’essentiel des forces allemandes demeurait engagé sur le front de l’est, pour faire face à une armée rouge dont la réputation terrifiante avait précipité sur les routes des millions de civils cherchant refuge vers l’ouest. Ceci, de sorte que les Américains ayant à faire face à moins d’opposition, auraient du logiquement parvenir les premiers à Berlin.

Mais, les accords de Yalta conclus le 11 février entre Roosevelt, Churchill, et Staline, prévoyaient que l’est de l’Allemagne à parti de l’Elbe, devait devenir une zone d’occupation soviétique, et c’est alors que trois jours après la mort du président Roosevelt qui entérina cet accord, le général commandant en chef des forces alliées, Eisenhower, fit exécuter cet ordre et imposa aux troupes américaines de s’arrêter sur l’Elbe. Ceci provoquera la colère du fameux général Patton, héros de cette guerre, et qui comme d’ailleurs tous les autres chefs militaires ayant combattu l’armée allemande, se serait volontiers vu arriver en triomphateur à Berlin, et qui l’aurait probablement été sans cet accord…

Cette raison d’état s’imposant à eux provoquera un grand mécontentement et une profonde frustration au sein de l’armée américaine, pour des soldats qui ne se sont pas battus pour se voir ainsi privés de l’événement qui aurait le mieux couronné leur sacrifice et eté le plus significatif de leur victoire, un triomphe à Berlin…

Il fallait absolument leur trouver une compensation pour qu’ils puissent bénéficier eux aussi d’un symbole puissant de leur valeur militaire, et c’est alors que passé la ville de Nuremberg, autre haut lieux du nazisme, qu’ils ont conquise, la préoccupation des militaires américains s’est portée sur la ville de Berchtesgaden qui, autour de la personnalité de Hitler qui y avait sa résidence d’été et y réunissait régulièrement les cadres du parti et les chefs militaires, était la plus symbolique après Berlin, de ce que fut le régime nazis…

Mais ils n’étaient pas les seuls, car les Français, profondément humiliés par la défaite de 1940 et qui avaient absolument besoin de se laver de cet affront, était en quête d’un éclat militaire pour pouvoir se réhabiliter, tant à leur propres yeux qu’à ceux du monde. Ainsi, pour les chefs militaires français, après la libération de Strasbourg selon le serment fait à Koufra par le général Leclerc et ses hommes, Berchtesgaden était le seul objectif ayant une grande valeur symbolique, qu’il leur était possible d’atteindre. Ceci, compte tenu de la zone où ils combattaient selon le dispositif des forces alliées sur le terrain, positionnés qu’ils étaient sur le flanc droit de ce dispositif, et ce, même si cette ville ne se situait pas dans la zone que les forces françaises devaient occuper par la suite…

C’est ainsi que sans avouer clairement leur objectif, ces deux armées pourtant alliées, vont se livrer à une course furieuse avec tous les coups bas permis, pour parvenir la première à Berchtesgaden…

Le course commence déjà sur l’autoroute qui mène de Munich à Salzbourg, chaque armée rendez-vous compte, progresse sur une des voies de l’autoroute de sorte que l’une d’elle emprunte celle-ci à contre sens. Et ceci, en prenant le risque de laisser de dangereuses poches de résistance sur leur arrière, et au milieu de colonnes de dizaines de milliers de prisonniers allemands qui font route dans l’autre sens, de chaque coté de cette autoroute…

Les Américains ont une pointe d’avance et le premier incident va survenir au point de passage de la rivière Paar dont le pont a été détruit par les Allemands. Les Américains vont y installer un pont grâce à leur génie, mais quand les premiers soldats français arrivent, ils se voient fermement refuser le passage sur ce pont. L’incident va alors opposer un général américain à la carrure et au facies de catcheur, le général O’ Daniel, au général français Leclerc. Lorsque ce dernier viendra s’inquiéter auprès de lui de la raison pour laquelle il refuse le passage aux soldats français, loin d’avouer sa volonté de parvenir le premier à Berchtesgaden, il argumentera que les Français ne se situent pas exactement sur la route qui leur était assignée, ce qui était vrai, et que de toutes les façons ce pont avait été construit par eux et que les soldats français ne l’emprunteraient qu’après le passage du dernier américain.

L’altercation fut violente, les deux hommes se gratifiant mutuellement de noms d’oiseau que l’interprète aura la sagesse de ne pas traduire. Lorsque les Français peuvent enfin passer, les Américains ont une bonne avance vers l’objectif que malheureusement pour eux, ils ne connaissaient pas bien. Car il existe en réalité trois niveaux à Berchtesgaden, la ville elle-même qui se situe à 300 m d’altitude, et que les Américains y parvenant les premiers, pensent être l’objectif et s’y arrêtent. Mais les véritables objectifs militaires et symboliques sont en fait tout d’abord l’Obersalzberg avec le Bergoff, situé plus haut à 900 m d’altitude, un véritable sanctuaire nazi qui était le quartier résidentiel d’Hitler et des hauts dignitaires du régime. Il disposait d’importantes installations souterraines, et se trouvait encadré par des casernes de SS. Hitler et ces dignitaires s’y réunissaient régulièrement depuis 1928, et c’est là qu’ils ont pris en séminaire, un bon nombre des décisions les plus importantes.

Enfin, il y a surtout le Khelstein, le fameux “nid d’aigle”, situé à 1800 m de hauteur sur un pic rocheux, plus symbolique encore par rapport à la personnalité mégalomaniaque de Hitler qui devait avoir ainsi le sentiment d’atteindre les cieux, là où il recevait les plus intimes de ses proches, là ou ses rêves de puissance et de domination trouvaient un cadre grandiose adapté pour leur entretien, d’autant qu’il s’agit d’un endroit d’accès particulièrement difficile si on ne peut utiliser le tunnel conduisant à un ascenseur permettant de l’atteindre 120m plus haut…

Les Américains ont donc emprunté la route qui mène à la ville de Berchtesgaden où ils vont s’arrêter un moment avant de prendre conscience que tel n’est pas le véritable objectif. Les français se lançant après eux à marche forcée, en ne respectant donc aucune des consignes habituelles de pause et de vitesse, parviendront seulement quelques heures après, à la gare de Berchtesgaden. C’est alors qu’un officier, le capitaine Touyeras qui, ayant été fait prisonnier en 1940, avait été embarqué dans un train d’où il se souvenait d’avoir aperçu l’Obersalzberg, suggéra au général Leclerc d’emprunter cette voie pour pouvoir accéder plus directement au site qui est éloigné de la ville même, pour le cas où les américains n’y seraient pas encore.

C’est ainsi qu’en compagnie du brigadier Borg, à bord d’une Jeep équipée d’une mitrailleuse, ils prennent la voie ferrée pour tenter de parvenir les premiers à l’Obersalzberg. Quelle ne fut pas leur surprise lorsque dans un tunnel ils découvrent à l’abri dans celui-ci, le fameux train d’Herman Goering, remplis de tableaux et d’œuvres d’art d’une valeur inestimable, pillés dans tous les pays ayant subi l’occupation allemande, et de documents techniques sur les V1 et les V2 qui vont être transférés à Paris.

Quittant ensuite la voie ferrée, ils vont emprunter une route très sinueuse conduisant à l’Obersalzberg, en constatant qu’il n’y a aucune trace d’une quelconque présence américaine. Ils rencontrent alors une colonne d’une trentaine de jeunes des jeunesses hitlériennes auxquels ils font jeter leurs armes dans le ravin et dont ils apprennent qu’il n’y a personne là haut.

Parvenus devant la porte du bâtiment déjà considérablement dégradé par les bombardements, ils se signalent par deux rafales. Un soldat allemand apparait en brandissant un immense drapeau blanc. Pour se protéger, ils le font s’assoir sur le capot de la Jeep et se rendent jusqu’au poste de garde pour sommer les derniers hommes qui s’y trouvaient encore, de se rendre. Ils étaient 45 et se tenaient parfaitement alignés au garde à vous, mais n’opposèrent pas de résistance, comprenant bien qu’après la chute de Berlin, tout était fini pour eux…

Nos deux gaillards demandent alors du renfort et reçoivent curieusement l’ordre de venir chercher la section, malgré leurs prisonniers. Ils redescendent non sans avoir rendu le chef de ceux-ci chef responsable sur la vie de ses hommes, et ils auront la grande surprise de constater en revenant 1h 30 plus tard avec la section, qu’il n’en manquera pas un seul.

C’est lors de leur deuxième descente qu’ils croisent une colonne d’américains avec des chars, qui visiblement vexés de ne pas être les premiers, les arrête carrément d’une façon très brutale en feignant de ne pas comprendre qui ils sont, avant de finalement les relâcher, ce qui entrainera une seconde explication houleuse entre les chefs.

Félicités par le général Leclerc, celui-ci les envoie dès le lendemain en compagnie du fameux régiment de marche du Tchad qui faisait alors partie de la 2ème division blindée, mais qui se trouvait déjà privé des fameux “tirailleurs” qui avaient été libérés depuis la France, à l’assaut du nid d’aigle où ils ne rencontreront pas de résistance, et où ils planteront à 17h le drapeau français au travers d’une baie…

Il s’en est donc fallu de peu que le sanctuaire d’Hitler ne soit investi par des tirailleurs, ce qui aurait été encore plus spectaculaire, et plus symbolique…

Jusqu’à ce jour la controverse demeure entre Français et Américains qui se réclament comme étant les premiers à être parvenus au sanctuaire d’Hitler. Ces derniers ont même fait un film où ils vantent la bravoure des soldats américains à la conquête de celui-ci, ce qui n’a aucune vérité, puisqu’il ne se trouvait plus un seul soldat allemand dans les lieux quand ils y sont parvenus, et leur préoccupation essentielle fut alors de s’y prendre en nombreuses photos, afin de diffuser celles-ci à travers le monde à la façon dont les Russes l’avaient fait à Berlin…

Richard Pulvar

samedi, février 17, 2018

IL Y EUT AU 18ème SIECLE, ECUMANT LA MER DES ANTILLES, DEUX TERRIBLES FLIBUSTIERES, ANNE BONNY ET MARY READ…


Elles formaient secrètement un couple sanguinaire, aux cotés d’une autre terreur de cette mer, le pirate Jack Rackham ( le Rackham le rouge de Hergé)…

La première, fille illégitime d’un procureur irlandais et de sa servante, fut emmenée par son père condamné à l’exil suite au scandale révélé, vers le nouveau monde, et sera élevée par celui-ci à la dure, comme un garçon, à Charleston en Caroline du sud. Bien que son père soit devenu là-bas le riche propriétaire d’une immense plantation, enfant rebelle, c’est dès l’âge de 13 ans qu’elle commencera à fréquenter les tavernes de pirates.

Las de sa mauvaise conduite le père finira par la déshériter, mais pour se venger de cela, elle mettra le feu à la plantation et dès lors, s’étant mise elle-même hors des lieux, sa vie va définitivement basculer vers la piraterie où elle trouvera refuge…

C’est déguisée en homme qu’elle fera ses premières armes en compagnie du pirate français Pierre Bousquet, et rencontrera plus tard Jack Racham, entretenant avec lui une relation fort fructueuse quant aux nombre de navires pillés, bien qu’elle fut “à couteaux tirés”, et sans que l’on puisse affirmer qu’ils furent amants, d’autant qu’elle demeurait déguisée en homme…

La seconde était la fille d’un capitaine de la marine, disparu en mer. Son frère ainé mourut enfant et pour pouvoir bénéficier de la pension qui était versée pour celui-ci par la famille de son père, sa mère décida de l’habiller et de l’éduquer comme un garçon et c’est sous cette fausse identité masquant sa féminité, que non seulement, elle obtiendra un premier emploi comme valet mais surtout, qu’elle parviendra à s’engager dans l’armée britannique pour s’en aller combattre les français en Flandre…

Elle y rencontrera un bel officier dont elle tombera amoureuse et sera obligée de révéler sa véritable identité pour pouvoir l’épouser, mais le couple sera contraint de quitter l’armée…
Elle et son mari ouvriront une auberge, mais celui-ci décédera au bout de quatre ans. Ne pouvant pas tenir l’auberge toute seule, c’est en se faisant à nouveau passer pour un homme, qu’elle parviendra à se faire engager à bord d’un navire marchand hollandais.

Il se trouve que ce navire sera attaqué et capturé par des pirates anglais, et c’est à cette occasion qu’elle rencontrera la piraterie, et qu’elle s’arrangera pour l’intégrer. C’est au cours des opérations de piraterie qu’elle rencontrera Jack Rackham et Anne Bonny, et c’est la relation inattendue qui s’établira entre elles, qui sera l’occasion de la révélation de leur véritable identité…

En compagnie de Rackham, le couple mènera des campagnes dévastatrices, la légende disant que Mary Read dévoilait son sexe à son adversaire au moment de lui donner la mort, mais au cours d’une de ces campagnes, et malgré sa liaison avec Anne Bonny, elle fera la rencontre d’un captif dont elle fera son amant, et duquel elle aura un enfant…

Comme il se doit selon une fin correcte de cette histoire, après bien des aventures violentes, et d’autres bien plus douces au cours desquelles elles n’ont pas hésité à user de leur charme pour s’attirer la clémence de certains gouverneurs, tout ce monde finira par se faire arrêter, juger, et condamner à être pendu haut et court, les deux femmes ayant pu sursoir à l’exécution de la peine en révélant qu’elle étaient enceintes…

Mary Read décèdera en prison à cause de la fièvre jaune, quant à Anne Bonny, elle fut finalement graciée par le gouverneur, sortit de prison et disparu sans plus laisser aucune trace, certains disant que son richissime père serait parvenu à convaincre ce gouverneur…

Elles auront donc vaincu bien des hommes par leur pistolet et leur sabre, et quelques autres, par leur charme…

Richard Pulvar

mercredi, février 14, 2018

LE CÉLÈBRE CARNAVAL D'ORURO EN BOLIVIE, UN CARNAVAL AUX TRADITIONS ANCESTRALES NATIVES


Le Carnaval d'Oruro en Bolivie classé patrimoine culturel immatériel de l’humanité fait partie des références mondiales en matière de carnavals.

Le ministère de la culture de la République de Bolivie a dit que cette année le carnaval avait drainé entre 400 000 à 413 000 personnes !

La ministre de la Culture et du Tourisme, Wilma Alanoca, a confirmé le 10 février à Los Tiempos "que plus de 400 mille personnes , entre nationaux et étrangers, sont venues à Oruro pour observer le Carnaval" qui selon leurs estimations gouvernementales a généré des migrations d'au moins 106 millions de Boliviens.
La ministre a déclaré aussi que le mouvement des visiteurs au carnaval d'Oruro "est intense", de sorte que la capacité de l'hôtel aurait été dépassée.
Ce carnaval est à ce point célèbre que 15 chaînes internationales suivent le Carnaval d'Oruro dans le monde entier.

La ville d'Oruro située dans la partie nord du lac Coipasa a été érigée sur un ancien site de cérémonies amérindiennes à 3700 mètres d’altitude dans les montagnes de l’ouest de la Bolivie.
"La ville d’Oruro a été un important centre minier aux dix-neuvième et vingtième siècles. Refondée par les Espagnols en 1606, elle est restée un site sacré pour les peuples Uru Chipayas, qui venaient parfois de très loin accomplir leurs rituels, en particulier pour la grande fête d’Ito. 
Ces cérémonies ont perduré sous le couvert de la liturgie chrétienne malgré les interdits espagnols au dix-septième siècle. "

Les Uru dont les origines remonteraient à plus de 2500 ans avant JC ont fait comme les peuples de tradition Yoruba déportés dans les Amériques à savoir les communautés mawones Quilombola au Brésil et celles de la Santeria à Cuba. 
En effet les Uru ont usé de la même ruse en dissimulant leurs dieux andins derrières les icônes chrétiennes, devenant ainsi des saints. 
La fête d’Ito pour ne périr de la colonisation a été transformée en rituel chrétien, elle est célébrée à la chandeleur, le 2 février et la traditionnelle llama llama, ou diablada, en l’honneur du dieu Uru Tiw est devenue la danse principale du carnaval d’Oruro.

Tous les ans, pendant six jours, ce carnaval colossal donne lieu au déploiement de tout un éventail d’arts populaires s’exprimant à travers les masques, les textiles et les broderies.

"L’événement principal est la procession, ou entrada, où les danseurs parcourent vingt heures durant, sans interruption, les quatre kilomètres que suit la procession. 
Plus de 28 000 danseurs et 10000 musiciens répartis en une cinquantaine de groupes prennent part au cortège qui a su conserver nombre de caractéristiques empruntées aux mystères médiévaux."

Le déclin des activités minières traditionnelles et de l’agriculture et que la désertification du haut plateau andin sont des menaces pesant sur population d’Oruro, provoquant une émigration massive. En effet ricochet l’urbanisation a généré des phénomènes d’acculturation aux rites ancestraux, creusant un fossé entre les générations. 
Le carnaval néanmoins continu à faire le lien et perpétuer les traditions.

Mais cette année 2018 au premier jour des festivités un drame est survenu faisant 21 morts et 72 blessées dans plusieurs incidents le samedi 10 février, à Oruro (Sud-Est).
Dans l’accident le plus grave, l’explosion d’une bonbonne de gaz a fait huit morts et 47 blessés.

Emmanuelle Bramban (14-02-2018)

J'OUVERT ET MONDAY MAS DU LUNDI GRAS 2018 A TRINIDAD



J'Ouvert (ou Jouvert ) est un rituel de célébration d'expressions les plus anciennes de l'histoire et la culture de l'île. 
Les bandes en hordes nombreuses barbouillées de chocolat, de graisse, d'huile et de peinture, de goudron, de la mélasse, arpentent les rues au petit matin arrivant de leurs cris et leurs musique frénétiques.
Elles imitent diables, démons, monstres et gobelins en oubliant toutes les inhibitions et en exorcisant la peur de l'obscurité en écho à l'expression des célébrations heureuses et festives des anciens esclaves pour leur nouvelle liberté obtenue en 1838. 
C'est le jour de sortie des Jab Molassie.

J'Ouvert est le theatre d'expression de la liberté retrouvée, en bordure des excès dans leur répétition des rites carnavalesques, il est mentionné que dans certaines traditions le J'Ouvert trinidadien "ramenaient à l'esprit des troubles civils de Port of Spain, où les gens se barbouillaient souillés avec de l'huile ou de la peinture ou du goudron pour éviter d'être reconnus. "

Si le mardi est le plus gros jour de la fête carnavalesque à Trinidad et Tobago J'Ouvert pour les trinidadiens est celui de la commémoration joyeuse ainsi que celui de la reconnaissance de leurs racines ancestrales, il est le moment de l'affirmation à l'appartenance à une identité culturelle propre et riche.

Cette année 2018 le Jouvert Morning a eu un large succès dans plusieurs villes trinidadienne comme celui de Chocolate City , il a été suivi dans l'après midi par des défilés Monday Mas.

Emmanuelle Bramban

LE CÉLÈBRE CARNAVAL DE BARRANQUILLA EN COLOMBIE ET SON ILLUSTRE TIGRE


José “El Tigre” Forero comme chaque année a participé au défilé de « La Batalla de las Flores », au Carnaval de Barranquilla 2018, à Barranquilla, en Colombie ce samedi 10 Février 2018.

José “El Tigre” Forero est un personnage illustre de la culture colombienne, originaire de Barranquilla il en est de fait une des personnalités marquantes, ce n'est pas un personnage carnavalesque traditionnel au sens du terme.
C'est un homme, un barranquillero, qui pour créer son personnage a puisé dans les racines natives et afro colombiennes de son pays. Les couleurs nationales de la Colombie sont les couleurs de son costume fort remarquable. 
Et de fait il est devenu une figure incontournable depuis lors.

Cet illustre et très célèbre personnage de la culture colombienne sort de sa ville et se déplace parfois dans le reste du pays et dans monde notamment lors que matchs de foot dont il est un aficionado.
José “El Tigre” Forero s'est une fois confronté à un autre personnage carnavalesque le Peter du carnaval hollandais, ce tristement célèbre personnage à connotation en raciste en raison de son blackface à l'époque et José “El Tigre” Forero l'avait surpassé !
La presse internationale avait titré presque quasi communément "José El Tigre” Forero colombien a mangé Peter "
Et Peter l'an passé en 2017, suite à de très nombreuses années de luttes acharnées des communautés afro et de ses alliées, il a abandonné son blackface pour incarner désormais un mineur hollandais à la figure barbouillé de suie. 
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Mais le clou de son faste à José “El Tigre” Forero reste toujours ses apparitions au très célèbre carnaval de sa ville.

En effet , le Carnaval de Barranquilla est un des carnavals de renommée mondiale, il a été reconnu en 2003 par l'Organisation des Nations Unies de la science et la culture (l'UNESCO) comme chef-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité.

Cette année 2018 du dimanche gras au mardi gras soit du 10 au 13 février il a drainé 18 chars et plus de 90 groupes folkloriques y ont défilé.

Emmanuelle Bramban

jeudi, février 08, 2018

CREOLES DE CUBA...


Il existe 400 000 #créolophones à #Cuba, qui font de la langue créole la seconde du pays après l'espagnol, et qui participent à la formidable richesse culturelle de ce pays dont le reste du monde aura malheureusement été privé, à cause d'années d'embargo, mais qu'il nous importe de redécouvrir aujourd'hui...

Ils sont pour la plupart d'origine haïtienne, et se sont installés sur cette île voisine au cours de plusieurs vagues migratoires, dont les principales furent, tout d'abord celle consécutive à l'insurrection qui s'est produite au début du dix-neuvième siècle sur l'île de Saint Domingue et qui allait conduire à la proclamation de la première république noire. Certains colons sont alors partis chercher refuge à Cuba, avec femme, enfants, et esclaves...

Une seconde vague migratoire eut lieu dans les années 1920, quand un ambitieux programme de développement de la production de canne à sucre, nécessitat de faire venir de nombreux travailleurs depuis Haïti...

Enfin une autre grande vague migratoire eut lieu durant la dictature de Duvalier, bien des opposants au régime et de nombreux intellectuels ayant choisi la route de l'exil vers Cuba...

C'est le succès désormais planétaire du "Creole Choir of Cuba", qui nous les a fait redécouvrir ces dernières années...

Je vous propose de découvrir par le lien ci-dessous, un brillant autre groupe, les "Santiago Buenavista Troubadours", qui montre que des migrants sont venus également des Antilles françaises et même de Guyane, dans un morceau qu'ils interprètent justement, en créole...


Richard Pulvar


FESTEJO ET CAJON DU “PERU NEGRO”


Si l’influence culturelle considérable des esclaves africains déportés aux Amériques et de leur descendants, est évidente pour des pays comme le Brésil, dans de nombreux domaines et particulièrement, la danse et le style musical comme sa célèbre Samba, Cuba et sa Salsa, et la Colombie avec sa Cumbia et son Vallenato, dans lequel les descendants d’esclaves ont fait l’adoption de l’accordéon européen, nous manquons souvent de constater que cette influence a été tout aussi importante dans les autres nations de l’Amérique latine.

Ceci tient au fait que le grand métissage qui va se produire en ces pays va faire que les populations au sang mêlé, vont par ce brassage naturellement faire leur cet héritage africain, au point que faisant désormais partie de leur patrimoine national, on en oublie l’origine. Ceci, comme en Argentine où les descendants d’esclaves identifiables son peu nombreux, mais où leurs ancêtres ont laissé un beau témoignage de leur passage en ce pays, son célèbre Tango, né nous dit-on sur les quais de Buenos Aires, mais de l’adoption là aussi par les descendants d’esclaves, de l’accordéon, et dont bien peu se souviennent de son origine africaine…

Ainsi, de la même façon que les si particulières musique et danse des “Caporales”, issues des plantations, seront proclamées héritage culturel intangible de la Bolivie, ce sont les esclaves et leurs descendants qui feront hériter au Pérou, de deux éléments fondamentaux de sa culture, la musique et la danse de “Festejo”, et les percussions du “Cajon”, instrument de leur invention, et dont la mode se répand actuellement dans le monde entier.

La population des descendants d’esclaves est estimée à environ 10% de la population du Pérou. Mais cette estimation de vaut que pour ceux qui sont physiquement identifiables comme tels, parce que demeurés regroupés dans quelques zones côtières après l’abolition, certains de ces descendants se sont moins mélangés au reste de la population. Cependant les Péruviens eux-mêmes reconnaissent volontiers qu’avec leur mélange évident de sang espagnol et amérindien, ils possèdent également pratiquement tous du sang de noirs, et ils en assument parfaitement l’héritage culturel…
Richard Pulvar


Je vous présente ici une partie de celui-ci avec les liens ci-dessous

Le Festejo https://www.youtube.com/watch?v=iB3mrzVfEQc
Le Cajon https://www.youtube.com/watch?v=Mkxv30VbZac

jeudi, février 01, 2018

LA DANSE DES CAPORALES


C’est au 17ème siècle qu’arrivent, emmenés par les Espagnols, des esclaves africains jusque dans les hauts plateaux des Andes, au milieu des Amérindiens qu’ils s’acharnaient à soumettre, sans pourtant parvenir à les mettre en esclavage. Les conditions particulières de cet endroit, dont le grand isolement, vont faire qu’il va se produire très rapidement un grand métissage, d’une part entre les Espagnols et les Amérindiens, dont les métis constitueront l’essentiel des “caporaux”, terme alors employé pour désigner les gardiens des esclaves, et d’autre part entre les Africains et les Amérindiens qui vont constituer là et ailleurs sur le continent, des communautés de ce type de métis regroupées sous le nom de “Zambos”.

Ces derniers n’eurent pas la chance des premiers, car ils furent esclaves tout comme leurs ancêtres africains. Ils avaient coutume de former un cortège pour enterrer leurs morts, en exécutant une danse rythmée à l’aide de tambours, et d’une façon très particulière, selon un rythme très saccadé qui est devenu aujourd’hui celui des musiques andines…

A la fin de l’esclavage, ils firent de cette danse de tristesse, une danse de joie, toujours scandée par ce rythme troublant, mais où les hommes rappelaient selon une chorégraphie très dynamique et spectaculaire, les luttes qui furent menées contre la servitude. Aujourd’hui, dans leurs magnifiques tenues de danse, ils portent accrochées à leurs bottes des clochettes pour rappeler le bruit que faisaient les chaines accrochées aux pieds des esclaves…

Selon une aimable dérision, ils ont prolongé la signification et donc l’usage de cette danse, en remplaçant la soumission qui était la leur sous les ordres des caporaux, par celle qui demeure la leur sous le charme des femmes, les caporaux étant ainsi devenus des “Caporales”. Ceci, en notant qu’en espagnol le mot vaut pour les hommes comme pour les femmes.

Ce sont donc elles désormais qui portent le sifflet, rappelant aux hommes la force d’envoutement dont elles sont capables, en étant vêtues de tenues splendides leur permettant d’exercer au maximum leur séduction, en dansant avec celles-ci. Il est remarquable qu’elles exercent ainsi d’une façon encore plus troublante que les célèbres Cariocas brésiliennes qui en montrent pourtant beaucoup plus, ce qui va assurer la grande popularité de cette danse…


Le métissage s’étant poursuivi pour donner aujourd’hui les populations très bigarrées de cette région des Amériques, cette coutume des Zambos va se généraliser pour devenir dans un pays comme la Bolivie, une véritable tradition nationale. La danse des Caporales sera ainsi codifiée et présentée au public dans ce pays en 1969, et c’est en 1975 qu’y seront formées les premières associations consacrées à la pratique, tant de la danse que de la musique, sur le mode des écoles de samba brésiliennes…

Son succès va faire que cette tradition va se répandre hors de Bolivie, en Argentine, au Chili, et au Pérou, et curieusement, aux Etats-Unis où plusieurs associations d’Amérindiens, auxquelles se joignent volontiers des noirs américains, conscients qu’il s’agit à l’origine d’un fait culturel d’esclaves africains, associations qui disposent bien-sûr de moyens plus luxueux que ceux des associations culturelles sud-américaines, en font depuis quelques années une très grande promotion et avec un grand succès, compte tenu de l’aspect spectaculaire et esthétique de ces manifestations…

Voyant ainsi son pays en quelque sorte dépossédé d’un élément du folklore national, surtout de la part des Etats-Unis avec lesquels il n’entretient pas les meilleures relations, le gouvernement bolivien a proclamé en 2011, les “Caporales”, comme faisant partie d’une façon intangible, de l’héritage culturel de la Bolivie…

Cependant, il n’est pas interdit aux autres de les apprécier…


Richard Pulvar