lundi, avril 12, 2010

Sainte-Rose, la ville natale d'Alexandre Privat d'Anglemont

Par Bernard Vassor

"J'ai planté ma tente sur les bords de la Seine; je veux mourir au milieu de ce peuple français que j'aime tant"


Alexandre Privat d'Anglemont, né d'une famille de couleur, riche et considérée.
............

Comme Sébastien Mercier, Privat
héritier de Pierre Gringoire et de François Villon
a écrit des livres avec ses jambes.
Alfred Delvau
J'ajouterai noctambule comme
Restif de la Bretonne


Chaque fois que j'entends le nom de Sainte-Rose qui est aujourd'hui dans l'actualité, je ne peux m'empêcher de penser à ce personnage oublié de l'histoire, même des Sainte-Rosiens.
J'avais il y a quelques années recherché sa sépulture au cimetière Montmartre où son corps avait été déposé lors de ses funérailles le 19 juillet 1859.Au cimetière, à la Conservation, nulle trace de notre historien des bas-fonds et des petits métiers de Paris, l'ami de Baudelaire, de Balzac, Dumas etc.. (article Privat s'embête) . Après beaucoup d'insistance, et grâce à la gentillesse d'une employée du cimetière, nous avons appris que le corps, après avoir été déposé, avait été repris par la famille de Privat, et transporté pour être inhumé à Sainte-Rose en Guadeloupe.
Voici ce qu'en dit son ami Alfred Delvau :
"Où est-il né ? De qui est-il né ?
Il est né dans le coin le plus poétique de la plus poétique des Antilles, il y a quarante ans de cela
"
Delvau pose la question sur ses origines, mais préfère ne pas y répondre.

Victor Cochinat, magnifique photo de Gustave Le Gray ....... Son ami Victor Cochinat,Guadeloupéen comme Pivat, a beaucoup moins de retenue, il précise : "Alexandre Privat d'Anglemont naquit à Sainte-Rose, village situé à la Guadeloupe, colonie française, vers l'an mil huit cent quinze, d'une famille de couleur riche et considérée."Ayant perdu son père et sa mère, il resta sous la tuelle de son frère aïné, qui gérait alors une sucrerie, laissée à Sainte-Rose par le chef de famille. Ce frère qui tenait lieu de père selon l'usage des familles aisées de l'île, l'envoya à Paris, afin que l'enfant reçut une éducation purement française. Alexandre fut placé au collège HenriIV, et, après l'achèvement de ses humanités, prit des inscriptions à l'Ecole de médecine. Mais la fréquentation des artistes et de la bohème, fit que la faculté ne le retint pas longtemps sur les bancs de l'amphithéâtre" Lancé dans le monde interlope des cabarets, des cénacles, des asiles de nuit quand il ne lui restait plus un sou quand il avait dépensé la pension mensuelle que son frère lui faisait parvenir. Il fréquentait tantôt Victor Hugo et la fine fleur des lettres françaises, puis le lendemain, les cabarets louches des halles fréquentés par des voleurs et des souteneurs. Obligé par son frère, il dût se rendre à Pointe-a-Pitre pour signer chez un notaire un compte de tutelle. Alexandre le signa, et rembarqua le lendemain à bord du "paket" à voile qui retournait en Angleterre. Il était resté en tout 23 heures à la Guadeloupe. Revenu à Paris il continua son existence où la pauvreté succédait à l'opulence. Il écrivait et donnnait des vers dans des journaux aussi différents que "Le Corsaire", "le Mousquetaire d'Alexandre Dumas", le "Paris" du marquis de Villedeuil en compagnie des frères Goncourt" à "La Revue de Paris", au "Figaro" et bien d'autres comme le grand journal "Le Siècle"! Il a succombé à la Maison de Santé Dubois, rue du faubourg Saint Denis des suites d'une "phtisie pulmonaire"le mercredi 18 juillet 1859. Une foule d'écrivains et d'artistes suivirent le cortège funèbre selon ses recommandations expresses, de la rue du faubourg Saint-Denis au cimetière Montmartre. Parmi ceux-ci, Henry Murger, qui lui aussi fit exactement le même parcours dans les même conditions, quelques temps plus tard.


source

vendredi, avril 09, 2010

La réalité de Gorée dans la traite des esclaves : réponse à l'article L’Ile de Gorée: Île mémoire ou Île de la honte de l’Afrique ?



Le problème est que d'après les historiens Curtin (noir américain) , Abdoulaye Camara (Sénégalais) et quelques autres l'île n'est pas le lieux de départ des 15 ou 20 millions de victimes; entre 900 et 1500 personnes sont partis de Gorée, 3000 sont passés sur des navires déroutés sans être débarqués ce n'est donc pas l'île du départ mais un point mineur parmi d'autres. Saint Louis du Sénégal (fleuve Sénégal)a vu partir 75 000 victimes par la traite occidentale et la gambie (fleuve gambie 115 000); le Sénégal représentait 5% de la traite et ne faisait pas partie sur les cartes de l'époque de la côte dite "des esclaves".
Beaucoup de Sénégalais ont été débarqués aux Antilles et en Louisiane.

Ce monsieur Camerounais qui n'est pas historien aurait du mieux regarder sur internet, il y a pourtant des informations sur la chute de la place centrale de Gorée dans le discours historique.

Les sources sont toutes vérifiables à partir des archives détenues par la Bibliothèque Nationale de France, et les registres des navires de Bordeaux, Mantes, Brest le sont aux archives départemental mais le plus simple est d'acheter le livre de Curtin qui date déjà de 15 ans.

Il y a aussi Wikipedia

Les causses de la chute du mythe de Gorée :
- la reprise en main de l'histoire de la traite par des historiens noirs américains qui ont produits de nombreuses études "sérieuses"

- la révolte de certains enseignants historiens sénégalais qui ont dénonçaient le canular de la maison des esclaves de Gorée et leurs collègues qui bénéficiaient de subventions diverses et de stages rémunérés en occidents grâce à l'impact de cette mythologie goréenne.

L''historien qui a dénoncé est Abdoulaye Camara de l'Université Cheikh Anta Diop cela a provoqué un article dans le Monde, il y a quelques années

- le Gouvernement sénégalais qui a interdit en 2008 que l'on fasse mention de cette histoire dans tout les documents officiels car un tel mensonge pouvait nuire gravement à l'image du Sénégal et à ses relations avec la diaspora.

- moi même qui est dénoncé l'arnaque est qui tente depuis deux années de faire connaitre le lieu où se trouvait les vraies "petites" captiverie de Gorée. Afin de mettre en place un circuit de mémoire respectable des pèlerins si les TO black américain ont a nouveau confiance un jour. Il s'agirait d'indiquer les vraies lieux, les vraies quantités et aussi qui faisait quoi; ce dernier critères ayant crispé certains je ne suis plus très sur de le garder.

La disparition programmée du mythe :
La volonté de la Mairie et de l'état Sénégalais est maintenant de se sortir du merdier dans lequel Joseph Ndiaye les a mis en changeant le discours en "la maison est symbolique" au lieu de "30 millions de gens sont partis d'ici" puis d'attendre que la route des esclaves de l'UNESCO soit mise en place pour laisser le temps faire oublier cette maison.

Je trouve qu'il passe d'un extrême à l'autre, c'est la raison pour laquelle j'ai proposer la mise en valeur des vraies lieux de mémoires comme je l'ai dit plus haut mais cela impliquerait qu'ils reconnaissent que Joseph Ndiaye à raconter pas mal de bêtises et surtout que ceux qui l'encourageaient ont menti pour le pognon.

Leurs démarches est chaotique avec d'un côté l'état qui ne veut plus entendre parler de cette histoire, de l'autre le Maire Augustin Senghor qui veut défendre l'image posthume de son ami Joseph Ndiaye et enfin l'assistant de Joseph Ndiaye dit "Coly" qui veut continuer à gagner sa croûte dans la maison en question, mais sans les pélerins antillais ou noirs américains qui ne viennent plus en groupe TO.

Alors qu'à cela ne tienne il reste les "blancs" qui eux se moquent de l'exactitude du discours est sont surtout là pour voir cette célèbre maison mais même cela commence de plus en plus à polémiquer quand ils visitent le lieu et je ne parle même pas du harcellement permanent des visiteurs par des pseudo-guides qui racontent n'importe quoi.

La stratégie de sortie de crise qu'ils ont élaboré va finir par dégoûter beaucoup de gens et nuire à la mise en place d'un tourisme de mémoire honnête sûr cette île si ils continuent ainsi.

Pour savoir presque tout :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Maison_des_Esclaves

Jean Luc Angrand

Le Collectif Paca pour la Mémoire de l’Esclavage vous propose une conférence/débat – 24 avril, Marseille

Le Collectif Paca pour la Mémoire de l’Esclavage vous propose une conférence/débat

Samedi 24 avril 2010 à 15h00

PROGRAMME

1ère partie
« Marseille et la traite négrière aux XVIIe et XVIIIe siècles »
avec Gilbert Buti, maître de conférence, professeur d’Histoire Moderne à l’Université de Provence

2ème partie
« La traite vers les Mascareignes : genèse d’une société esclavagiste, l’île Bourbon »
avec Audrey Carotenuto, docteur en Histoire, ATER, IUFM-Université de Provence, CEMAF

Modérateur : Jean-Marc Masseaut, rédacteur en chef des Cahiers des Anneaux de la Mémoire.

La conférence / débat sera suivie d’un apéritif

Cité des Associations
93, la Canebière
13001 Marseille

Entrée libre et gratuite
Renseignements : 06 27 30 64 89

L’Ile de Gorée: Île mémoire ou Île de la honte de l’Afrique ?


Au cours du mois de février cette année, nous avons dans le cadre de nos activités professionnelles visité l’île de Gorée avec un groupe de séminaristes. Cette dernière visite, contrairement à une première effectuée il y a quelques années, nous a laissé un goût très amer ! L’île a en effet beaucoup changé ; c’est désormais l’aspect touristique qui est mis en exergue au détriment du mémorial !
Le premier choc que nous avons eu dès notre débarquement sur l’île, fut le fait que nous avons été interpellés par les agents de la Commune d’Arrondissement de Gorée qui nous réclamaient le payement d’une somme de 500 Cfa. A notre question de savoir pourquoi il fallait s’acquitter de cette somme, il nous fut répondu que l’UNESCO ne subventionnait plus l’entretien de l’île et que c’était désormais la responsabilité de la Commune qui n’avait pas les moyens nécessaires, raison pour laquelle elle percevait cette «taxe». Nous nous sommes exécutés, convaincus que nous participions de ce fait à l’entretien d’un lieu de la mémoire africaine. Nous avons ensuite été envahis par la multitude de «guides officiels», chacun présentant son badge et prétendant être le meilleur guide de l’île. A côté de ces «guides officiels», nous avons aussi été littéralement «agressés» par une nuée de vendeurs ambulants proposant toutes sortes de souvenirs ou d’objets d’artisanat. Nous nous débarrassons tant bien que mal de ces femmes et hommes de tous âges, et nôtre «guide officiel» peut enfin nous conduire vers la «Maison des Esclaves».


A notre grande surprise, nous n’avons pas le droit d’y entrer, car devant la porte, un gardien veille, qui ne laisse passer que ceux qui s’acquittent d’un droit d’entrée de 500Cfa ! Devant notre indignation et nos protestations du fait que nous avons déjà payé le droit de visiter l’île et avons déjà un guide, un monsieur d’une trentaine d’années s’approche et nous explique calmement que la somme que nous avons déboursée à l’entrée de l’île revenait à la Commune, alors que lui réclamait la somme qui revenait de droit au Ministère de la Culture du Sénégal, responsable de la gestion de la «Maison des Esclaves» ! Nous sommes vraiment énervés et dénonçons l’arnaque, mais que pouvons nous faire ? Quitter l’île sans visiter la «Maison des Esclaves» est inimaginable pour tout visiteur de l’île de Gorée ! Nous nous exécutons, c'est-à-dire nous payons malgré nous une fois de plus!
Une trentaine de personnes (surtout des touristes occidentaux), sont présentes dans la «Maison des Esclaves». Le «représentant» du ministère de la culture raconte l’histoire de cette maison au pas de course. En moins de vingt minutes (traduction anglaise comprise !), il a terminé et nous sommes priés de faire rapidement des photos avant de quitter le lieu !

Après cette «visite», nous sommes si irrités que nous n’avons plus besoin de visiter quoi que ce soit, puisque le même stratagème se répète presque partout sur l’île (sauf à l’Eglise Saint Charles Boromée, où après la visite une contribution libre et volontaire est suggérée). Il faut payer un droit d’entrée pour visiter le Musée Historique, le centre socioculturel et le Théâtre ! De l’avis de plusieurs personnes faisant partie de notre délégation, l’île de Gorée a vraiment changé et a surtout perdu de son sens ! Un enseignant ayant visité le Musée Mémorial de la Shoah aux Etats Unis nous dit par exemple que la contrition et le recueillement que l’on y ressent ne sont pas perceptibles à Gorée. Nous nous souvenons de notre propre visite d’un ancien camp de concentration au nord de l’Allemagne. L’ambiance y est vraiment différente ! Ce qui se passe aujourd’hui à Gorée dénature le sens même que l’Afrique veut donner à la traite des Noirs en général. Pour nous, il s’agit d’une profanation d’un haut lieu de la mémoire africaine ! L’Afrique ne peut pas demander à cors et à cris que l’esclavage soit reconnu «crime contre l’humanité» , et ne pas respecter la scène du crime qu’elle dénonce !
Nous avons en effet constaté, comme dit plus haut, que le tourisme avait pris le dessus sur le mémorial ! La Commune d’Arrondissement de Gorée par exemple met en exergue l’aspect touristique au détriment du mémorial. Dans le prospectus qu’elle distribue aux visiteurs, rien n’est dit sur la souffrance de millions d’Africains qui ont été emportés vers les Amériques de cette île.

La raison de ce changement repose peut-être sur le fait que Boubacar Joseph Ndiaye, l’ancien conservateur de la «Maison des Esclaves» de 1964 à 2004, n’existe plus ! Le pauvre est en effet décédé le 6 février 2009 à Dakar. Ce dernier savait en effet avec sa verve révoltée faire «revivre la capture des futurs esclaves, leur vente sur les marchés, leur détention et leur transport dans des conditions épouvantables, puis leur vie dans les plantations américaines» aux visiteurs. Contrairement à Ndiaye, le «représentant» du Ministère de la Culture met de l’humour dans son récit de l’histoire de la «Maison des Esclaves» (qui soit dit en passant, ne contient aucun objet rappelant le passage ou les souffrances de ceux qui y ont séjournés !!!). Il termine son propos en ces termes: «Les Africains qui ont été déportés vers les Etats Unis étaient des Yorubas du Nigéria, des hommes très forts physiquement, raison pour laquelle tous les grands sportifs américains sont des Afro-Américains» ! La réaction qu’il escomptait survient, car tout le monde (ou presque) rit et certains applaudissent !!!

Lorsque l’on va sur le moteur de recherche Google, l’on trouve environ 74.000 articles relatifs à l’île de Gorée. La majorité de ces sites internet font plutôt la propagande de l’île sur le plan touristique: Sur l’un de ces sites, l’on peut lire que l’île de Gorée «se caractérise par une architecture parfaitement homogène, et, si ce n'étaient les dizaines d'enfants noirs jouant dans ses rues ainsi que les baobabs et bougainvillées poussant un peu partout, le visiteur se croirait plus facilement dans un village provençal».
Très peu font référence à l’esclavage et au drame humain qui ont eu lieu à Gorée. Certains parmi eux mettent même en doute la vérité historique de la traite négrière. Le site cité plus haut déclare sans se gêner que: «les explications données lors de la visite guidée ne semblent pas étayées par quelque document, quant à la "porte du voyage sans retour", on peut réellement douter de l'usage que les commentaires officiels lui attribuent. Effectivement… on a du mal à imaginer que les esclaves auraient été évacués par cette porte vers les bateaux les emportant outre-Atlantique.... alors qu' il aurait été tellement plus facile d'utiliser le chemin menant au port .... La Maison dite "des Esclaves" devrait donc plutôt être considérée comme un triste symbole de la traite négrière, ce que devrait également être l'île. Cela permettrait d'ailleurs d'évoquer la traite musulmane à destination des marchés nord-africains et arabes ainsi que la traite inter-africaine - chacune de ces traites ayant permis de déporter plus d'africains que la traite transatlantique» !
Un article du journal «Le Monde» prétend pour sa part que: «les historiens ont montré, dans les années 1990, que le bâtiment ocre n’était pas l’«esclaverie» que présentait Joseph Ndiaye aux visiteurs, mais une demeure où avaient été employées des esclaves à des tâches domestiques. Ils ont établis que l’île de Gorée avait joué un rôle mineur dans le commerce triangulaire». Malheureusement, l’auteur ne cite pas les «historiens» auxquels il fait allusion.
Voilà ce que le visiteur trouve sur des sites internet qui invitent à visiter l’île de Gorée. Ces sites mettent en doute l’historicité de ce qui est considéré par Joseph Ndiaye comme: l’«un des plus grands génocides que l'humanité ait jamais connus». De manière subtile, ces sites font tout pour détourner l’attention du prochain visiteur de l’île et de ce fait relativisent le drame de la traite transatlantique. Il s’agit là en réalité d’un négationnisme qui ne dit pas son nom !

Le site de l’UNESCO lui se démarque nettement des autres par la déclaration de son Président Koïchiro Matsuura qui affirme que l’île de Gorée est: «ce centre historique du commerce triangulaire [d’où] des dizaines de millions d'hommes, de femmes et d'enfants ont été déportés vers le Nouveau Monde… [Pour l’UNESCO en effet], l'île de Gorée perpétue le souvenir d'une tragédie trop longtemps occultée».
C’est en effet ce que cette île doit être, un lieu de mémoire, qui impose un «devoir de mémoire», c’est à dire qui nous invite à nous souvenir constamment de ce qui s’y est passé, rendre hommage à ceux qui y ont séjournés et commémorer les millions de morts. Le «devoir de mémoire» exige par la même occasion que toute tentative pernicieuse de nier l’évidence de la traite négrière et ses conséquences pour le continent soient repérée et combattue !

Nous voulons par cet article interpeller l’Afrique tout entière sur ce qui se passe aujourd’hui sur l’île de Gorée ! Loin de nous l’idée de vouloir accabler le gouvernement sénégalais. Le drame de l’esclavage concerne toute l’Afrique et tous les Africains. L’Union Africaine devrait se préoccuper de ce qui se passe aujourd’hui à Gorée, symbole de la traite négrière ! Les intellectuels africains établissent souvent des parallèles entre la traite et l’holocauste. L’on estime en Afrique que l’on accorde plus d’importance à la déportation des juifs qu’au drame de l’esclavage ! Cela est peut-être vrai, mais il faut dire que c’est d’abord et avant tout parce que les juifs eux-mêmes prennent le drame dont ils ont soufferts au sérieux ! Peut-on en dire autant pour les Africains ? L’on reproche souvent (à tort selon nous), aux juifs d’avoir un lobby. Pourquoi les Africains n’auraient-ils pas aussi leur lobby ? Combien de personnes d’origine africaine vivent aujourd’hui de par le monde ? Pourquoi ne pouvons-nous pas créer à l’image du «Centre d’Etude de la Shoah», un «Centre d’Etude de l’Esclavage et de la Traite Négrière», qui aura pour but de faire des recherches sur l’esclavage et ses conséquences ? Il faut avouer que jusqu’ici une estimation officielle du nombre d’esclaves déportés n’est pas disponible. Les chiffres varient entre 12 à 20 , 20 à 100 millions, voire 600 millions à 1 milliard d’esclaves déportés d’Afrique ! Le drame de l’esclavage n’est pas crédible lorsque l’on a des chiffres qui divergent de la sorte. L’existence d’un centre de recherche sur l’esclavage et la traite négrière servirait par exemple (entre autres), à officialiser et à crédibiliser toutes les recherches qui existent sur la question ! Pour parvenir à la création d’un tel centre, il faut d’abord et avant tout une volonté politique africaine, qui posera les fondements d’un engagement plus large de toute la diaspora africaine disséminée dans le monde. Si les états africains attendent que se soient d’autres qui le fassent à leur place, alors ils attendront longtemps ! Si l’UNESCO ne subventionne plus Gorée, pourquoi les états africains ne prennent-ils pas le relais ? Pour terminer, nous vous invitons à méditer sur ces propos: «Quand un peuple nie son histoire ou refuse de l’assumer, on assiste à une sorte de lâcheté morale, parce qu’une génération qui a hérité des fruits d’une autre préfère jouer à l’autruche».

Par le Rev. Dr. Samuel Désiré JOHNSON, Secrétaire Exécutif de la Cevaa, Chercheur Associé à l'Institut protestant de théologie de Montpellier

jeudi, avril 08, 2010

Chronologie de Haïti (1492-2010)


1492: Christophe Colomb découvre l'île d'Hispaniola (Saint Domingue). Les populations natives de l'île sont décimées.

1697: le développement de l'industrie sucrière est à l'origine de "l'importation" de près de 500 000 esclaves africains. Le traité de Ryswick avalise l'occupation par la France de la partie ouest de l'île.

1789-91: insurrections d'esclaves dirigées par Toussaint Louverture.

1794: abolition de l'esclavage dans les colonies françaises par la Convention.

1795: l'Espagne cède à la France la partie est de l'île (traité de Bâle).

1801: Toussaint Louverture est proclamé gouverneur général de Saint Domingue. Il instaure un régime autoritaire et ne reconnaît que formellement l'autorité de Bonaparte.

1802: Bonaparte envoie une expédition, sous les ordres du général Leclerc, rétablir l'ordre colonial. Toussaint Louverture est déporté en France. L'île se soulève entièrement, sous la conduite de Jean-Jacques Dessalines et Henri Christophe.

1804: proclamation de l'indépendance d'Haïti, au lendemain de la déroute des armées françaises. Dessalines est nommé empereur.

1806: Jean-Jacques Dessalines est assassiné.

1808: les Espagnols récupèrent la partie orientale de l'île cédée à la France en 1795.

1807-1820: guerre civile. Henri Christophe se proclame roi dans le Nord du pays. Au sud, une république est fondée par le mulâtre Henri Pétion. Jean Pierre Boyer, le successeur de Pétion, réunifie le nord et le sud en 1820 et conquiert la partie espagnole en 1822.

1825 : la France obtient de Haïti qu'une indemnité de 150 millions de francs soit versée pour liquider le contentieux créé par la rupture des liens coloniaux. Il faudra plus de 100 ans à Haïti pour rembourser cette écrasante créance.

1844: Saint Domingue est définitivement séparée en deux États; la République d'Haïti et la République dominicaine.

1847-1859: Faustin Soulouque prend le pouvoir à Haïti et se proclame empereur.

1915-34: intervention militaire des tats-Unis après une longue période d'instabilité.

1950: dictature du colonel Magloire.

1957: François Duvalier, devient président de la République à la suite d'un scrutin contesté. Il se proclame président à vie.

1964. François Duvalier,surnommé "Papa Doc" s'appuie sur les noirs contre les élites mûlatres. Son pouvoir repose sur la milice des "tontons macoutes", au détriment d'une armée affaiblie.

Avril 1971: à la mort de François Duvalier, son fils Jean-Claude, "Bébé Doc", 19 ans, lui succède.

Février 1986: un coup d'Etat mené par le général Henry Namphy chasse Jean-Claude Duvalier qui se réfugie en France.

Novembre 1987: les élections présidentielle et législatives sont annulées à la suite des massacres perpétrés le jour du scrutin.

1988
Janvier: Leslie Manigat est élu président de la République. Les élections ont été boycottées par l'opposition.
Juin: nouveau coup d'Etat du général Namphy.
Septembre: le chef de la Garde présidentielle, le général Prosper Avril, renverse le général Namphy.

Mars 1989: Prosper Avril restaure partiellement la constitution de 1987.

1990
Mars: le général Avril démissionne. Un accord entre l'armée et les partis politiques permet à Ertha Pascale Trouillot, présidente de la Cour suprême, d'assumer l'intérim de la présidence jusqu'aux élections.
Décembre: le père Jean Bertrand Aristide est élu président de la République avec 66,7% des suffrages.

Septembre 1991: Jean Bertrand Aristide est renversé par un coup d'Etat dirigé par le général Raoul Cédras. Les Etats-Unis et la CEE suspendent leur aide économique.

1993
Juin: renforcement des sanctions contre Haïti. Embargo sur le pétrole et les armes.
Juillet: Raoul Cedras accepte les propositions d'un médiateur préconisant le retour du président Aristide.
Octobre: face à la mauvaise volonté des militaires, l'ONU rétablit les sanctions.

1994
Mai: des sénateurs nomment le juge Emile Jonassaint président provisoire de la République. L'embargo commercial total décidé par l'ONU entre en vigueur.
Juillet: 16 000 boat-people, victimes de la misère et de la répression, tentent de gagner les côtes américaines. Le Conseil de sécurité de l'ONU autorise les Etats-Unis à utiliser "tous les moyens nécessaires " pour chasser la junte.
Septembre: à la suite d'une médiation de l'ancien président américain Jimmy Carter, et sous la pression de l'US Army, les militaires acceptent de quitter le pouvoir en octobre. Les soldats américains de l'opération "Soutenir la démocratie" débarquent à Port-au-Prince (20.000 hommes).
Octobre: Retour du président Aristide, après deux ans d'exil aux Etats-Unis.

1995
Mars: les troupes américaines cèdent la place à la mission des Nations unies en Haïti (Minuha). Elle sera remplacée par la Mitnuh qui quittera le pays en 1997, laissant sur place 300 moniteurs qui poursuivent la formation de la police haïtienne. Celle-ci remplace l'armée haïtienne, dissoute en avril.
Décembre: René Préval, ancien Premier ministre et partisan de l'ancien président Jean Bertrand Aristide, est élu président de la République. Le taux d'abstention atteint 75%.

Novembre 1996: scission de la formation au pouvoir, Lavalas (l'avalanche en créole). Jean Bertrand Aristide, résolu à se présenter à l'élection présidentielle de 2000, s'oppose au programme de réformes de son ancien allié René Préval, et crée son propre parti politique, la Famille Lavalas.

1997-1999: instabilité politique due en grande partie à la rivalité entre les partisans de la famille Lavalas et ceux de l'Organisation politique Lavalas (OPL).

2000
Attribués aux partisans de la Famille Lavalas, de nombreux actes de violence entachent la campagne électorale en vue des scrutins législatif, sénatorial et locaux prévus en mai.
3 avril: assassinat de Jean Dominique, directeur de Radio Haïti-Inter et commentateur politique le plus célèbre de l'île.
21 mai: selon des résultats partiels, la famille Lavalas remporte le premier tour des élections générales. L'Organisation des Etats américains (OEA) met en doute la régularité du scrutin.
19 juin: le deuxième tour des législatives prévu le 25 juin est reporté. Menacé, le président du Conseil électoral a fui le pays le 18 juin.
9 juillet: second tour des élections boycotté par l'opposition. L'OEA a refusé de cautionner ce scrutin. La famille Lavalas remporte 18 postes de sénateur sur les 19 qui étaient à renouveler, ainsi que 60 des 83 sièges de la Chambre des députés.
26 novembre: l'élection présidentielle, boycottée par l'opposition, est remportée par Jean Bertrand Aristide avec 91,7% des suffrages. L'opposition estime que seulement 5% des électeurs inscrits ont participé au scrutin.

2001
6 février: à la veille de l'intronisation d'Aristide à la présidence, l'Union européenne et la Banque inter-américaine de développement imposent des sanctions financières à Haïti pour manquements à la démocratie.
3 décembre: un journaliste, Brignol Lindor, menacé pour avoir invité des personnalités de l'opposition dans le cadre d'une émission qu'il anime, est tué à coups de machettes.
17 décembre: une tentative de coup d'état avorté fait huit morts. l'opposition accuse le pouvoir d'être l'auteur d'un «montage» destiné à la réduire au silence.

4 septembre 2002: l'Organisation des Etats Américains (OEA) vote une résolution prévoyant des élections au cours du deuxième trimestre 2003.

2003
24 janvier: grève générale lancée par le "groupe des 184", large coalition de la société civile, incluant le patronat, à Port-au-Prince.
22 septembre: Amiot Métayer, un chef de bande au service du président Aristide, dont l'OEA réclamait l'arrestation est assassiné à Gonaïves. Son groupe impute cette exécution au pouvoir et passe dans l'opposition sous le nom de Front de résistance révolutionnaire de l'Artibonite. Ce meurtre entraîne quinze jours d'émeutes dans la troisième ville du pays.
21 novembre: les évêques haïtiens proposent la création d'un "conseil électoral consensuel". Accepté par le président, ce plan est rejeté par l'opposition.
17 mai: René Préval désigne Jacques-Edouard Alexis comme Premier ministre.

2004
2 janvier: l'opposition présente une "alternative de transition" sur deux ans prévoyant le départ d'Aristide et son remplacement par un président de transition choisi parmi les juges de la Cour de cassation.
30 janvier: le patronat recommande à la population des actions de désobéissance civile.

Février
5: les Gonaïves, quatrième ville d'Haïti, tombe aux mains du Front de résistance révolutionnaire de l'Artibonite.
10: l'opposition politique et la société civile, regroupées au sein de la Plate-forme démocratique, prennent leurs distances avec le mouvement insurrectionnel armé.
18: les insurgés se dotent d'un "commandant en chef" en la personne de Guy Philippe, un ex-commissaire de police.
21: un plan international de réglement de la crise est présenté à Aristide qui l'accepte. L'opposition continue d'exiger sa démission.
22: les insurgés s'emparent de Cap-Haïtien, deuxième ville du pays, et contrôlent près de la moitié du pays.
29 : le président Aristide signe une lettre de démission et quitte Haïti; il trouve refuge en Centrafrique.
Le président Bush donne l'ordre à des Marines de se déployer en Haïti. Le Conseil de sécurité de l'ONU vote une résolution permettant l'envoi d'une force internationale intérimaire.

Mars
1: Guy Philippe, le chef militaire des insurgés, entre triomphalement dans la capitale, accompagné d'une cinquantaine d'hommes armés.
3: contraints par les Etats-Unis, les insurgés déposent les armes.
Plusieurs entités de la société civile désignent leurs représentants à un futur Comité des sages dont la création est prévue par le plan international de réglement de la crise en Haïti.
4: le président brésilien annonce que son pays participera à la force multinationale de paix de l'ONU en Haïti avec 1 100 soldats.
10: Gérard Latortue, économiste, qui a fait la majeure partie de sa carrière à l'Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI), est choisi comme Premier ministre par le Comité des Sages.

30 avril: le Conseil de sécurité vote la création de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah). Placée sous commandement brésilien, elle compte 6000 soldats et 1500 policiers.
31 mai: Jean-Bertrand Aristide trouve asile en Afrique du Sud.
18-19 septembre: le cyclone Jeanne ravage le pays, faisant plus de 2 000 morts et 250 000 sans-abri. Le nord de l'île est dévasté et en proie à l'insécurité.
Octobre: Port-au-Prince et Les Gonaïves sont le théatres d'affrontements très violents entre bandes armées et forces de l'ordre, faisant plus de 50 morts.

2005

18 mars: réunis à Cayenne à l'initiative de la France, les bailleurs de fonds d'Haïti approuvent 380 programmes d?aides rapides à mettre en oeuvre pour accélérer la reconstruction du pays.
31 mai: le consul honoraire français de Cap-Haïtien est tué dans sa voiture, prise dans une fusillade.
22 juin: face à la recrudescence de la violence, le Conseil de sécurité des Nations unies renforce les effectifs de la Minustah pour assurer le bon déroulement des élections prévues en décembre.
14 juillet: le journaliste Jacques Roche est retrouvé mort à Port au Prince.
18 octobre: l'Union européenne, qui avait gelé en 2001 son aide au développement en faveur d'Haïti, débloque 72 millions d'euros pour soutenir les efforts de démocratisation du pays.
2 novembre: le gouvernement porte plainte, devant un tribunal fédéral de Miami, contre l'ancien président Jean-Bertrand Aristide pour détournement de plusieurs dizaines de millions de dollars de fonds publics et pour "avoir encouragé et protégé le trafic de drogue".

2006

7 février : l'ancien président René Préval remporte l'élection présidentielle avec 51% des suffrages.
21 avril : le parti du président Préval arrive en tête des élections législatives.
Juin 2006 : investiture du gouvernement de coalition de René Préval. Il s'agit de premier exécutif élu depuis la fin du régime d'Aristide en 2004.

Janvier 2007 : les troupes de l'ONU lancent une offensive contre les gangs du bidonville de Cité-soleil à Port-au-Prince.

2008

Avril : la flambée des prix alimentaires provoque des émeutes de la faim.
Août-septembre : plusieurs cyclones dévastent Haiti, tuant au moins 800 personnes, et laissant des centaines de milliers de sans-abris.
Novembre : l'effondrement d'une école à Port-au-Prince fait plus de 90 morts.

2009

Mai : Bill Clinton est nommé émmissaire spécial des Nations unies pour Haïti.
Juillet : le FMI et la Banque mondiale approuvent un allégement de la dette équivalant à 1,2 milliard de dollars EU en faveur d'Haïti

2010

Janvier : un séisme de magnitude 7 sur l'échelle de Richter frappe le pays. Le bilan, selon les autorités, est de 222 050 morts, 310 900 blessés, plus d'1 million de sans abri et 1,5 million de sinistrés.

par Catherine Gouëset,

source

Aquitaine – Un collectif veut chasser les négriers des rues

Un collectif demandant à ce que les rues portant des noms de négriers soient débaptisées va symboliquement renommer, demain, certaines artères bordelaises avec les patronymes d’abolitionnistes célèbres.

Traverser un « boulevard Pétain » ou emprunter une « rue Laval » ? Inimaginable, tant la France a cherché à effacer de sa mémoire les noms de ces deux responsables vichystes. Une démarche légitime qui ne semble pourtant pas s’appliquer automatiquement à tous ceux qui, par leurs actes, ont déshonoré leur pays. Dans un autre registre, plusieurs rues bordelaises ou nantaises portent ainsi encore les noms de négriers locaux qui ont enrichi la ville à la grande époque du commerce triangulaire. Une situation jugée intolérable par plusieurs associations qui demandent à ce que ces artères soient débaptisées.

Devant la passivité des différentes municipalités concernées, le collectif Débaptisons les rues de négriers, lancé en août dernier, se réunit aujourd’hui à 14 heures, place de la Victoire à Bordeaux pour sa première action publique. Objectif : sensibiliser l’opinion à ce problème d’éthique, raviver le souvenir de la traite et, de manière plus symbolique, apposer des autocollants portant le nom d’abolitionnistes célèbres sur les plaques de rues incriminées. Une démarche non-violente qui n’est pas vraiment du goût de la municipalité girondine. Selon un proche du maire (UMP) de la ville, Alain Juppé, celui-ci n’est pas favorable à cette lesure de suppression la suppression car « il ne souhaite pas monter les Bordelais les uns contre les autres ». Il estime également que « les descendants de négriers ne sont pas responsables des actes de leurs ancêtres ». Du côté de Nantes (Loire-Atlantique), Jean-Marc Ayrault envisage la pose de plaques explicatives. Mais pas question pour l’édile socialiste de changer les noms de rues.

Définitivement interdite en France au début du 19e siècle, la traite négrière a, durant plus de 300 ans, fait la fortune de centaines de familles aristocratiques et bourgeoises des grands ports de Nantes, Bordeaux, La Rochelle ou encore du Havre. Un passé trop souvent oublié qui ressurgit parfois au gré d’actions de sensibilisation.

Philippe Peter

France-Soir, mercredi 7 avril 2010

mercredi, avril 07, 2010

Festival International du Film Panafricain : 7eme édition


« Le Monde Ethique est en Marche »

A l'instar de notre précédente édition, l'Ethique demeure notre guide en 2010. Elle est le fruit d'une trilogie qui s'achèvera en 2011.

Après "Un Monde Ethique est possible", le Festival 2010 nous invite à nous diriger vers l'éthique en adoptant pour thème "Le Monde Ethique est en Marche". Nous sommes donc plus que jamais heureux de vous faire partager de nouveau, notre bonheur dans la mise en lumière des savoir-faire panafricains dans le domaine du 7ème art.

Cette 7ème édition est d'une richesse inégalée par la qualité des œuvres et des professionnels invités :
Léonora MIANO (France / Cameroun – Ecrivaine), Présidente d'Honneur, Frances-Anne SOLOMON (Canada – Réalisatrice / Directrice du Festival Carribbean Tales), Présidente du Jury,

Les Membres du jury : Mata GABIN (France / Côte d'Ivoire - Atrice), Véronique DOUMBE (USA / Cameroun - Réalisatrice),
Vanessa DELPHIN (France / Antilles – Miss Univers),
Stefano LEOCINI (France – Directeur du Master pro "Traduction, sous-titrage, doublage" - Responsable de la chaire UNESCO "Cinéma et imaginaire(s) -"Université Nice - Sophia Antipolis,
Valério TRUFFA (Italie – Réalisateur – Photographe – Fondateur de « L'atelier FIWE », première école de cinéma du Bénin),
Jawad RHALIB (Maroc - Réalisateur),
ZIFA (Suède / Congo – Musique),
Manbouss ( Vanuatu / France – Musique),...
Pour ne citer que ces derniers, car notre Festival accueille le monde entier dans sa communauté universelle du 21 au 25 avril 2010 à Cannes autour du Cinéma et des arts PanAfricain.


Séance / Screening : 5€

Soirée CinéConcert : 13€ (Prévente) - 15€ (sur place)

Pass Festival

Pass : Intégral (du 21 au 25 avril) : 60€

Pass C.E, Association et carte privative : Intégral (du 21 au 25 avril) : 55€

Forfait Pass : (22 au 25 avril) : 40€

Pass : Etudiants, Senior, Chômeur : 25€

Lieux de Location : Fnac, Virgin, Cultura, Carrefour, Auchan, Leclerc, Géant, Intermarché, Système U, Cora... www.ticketnet.fr

Ou nous contacter pour vente Pass et prévente Soirée non datés :
Grasse : Virginie 06 62 32 24 42
Cannes : Roseline 06 75 68 06 01
Antibes : Anik 06 26 72 81 17


Promotion / Séjour : Spécial Festival PanAfricain

> 5 nuits d'hôtel*** ou studio + Pass Festival : à partir de 175€ (du 21 au 26 avril 2010 - départ le 26 avril)

> 5 nights hotel *** or studio + Festival Pass: 175 € (from 21 to 26 April 2010)

Nous consulter

Contact : + 33 (0) 610 046 944 - filmpanafricain@yahoo.com

José Léonardo CHIRINO (1754-1796)


Un des chefs de l'insurrection développée dans les montagnes de Coro au Venezuela en 1795.

Fils d’un esclave Chirino, est né libre, parce que sa mère était Amérindienne.
Dans le cadre de son emploi auprès de José Telleria, riche marchand et procureur de Coro, il accompagne celui-ci dans ses voyages à l'île de Saint-Domingue (futur Haïti) où il établit le contact avec le processus insurrectionnel entamé en 1791 qui a contraint l’État français à abolir l’esclavage en 1794.

De retour au Venezuela, il joint un groupe de nèg marron réunis à la plantation du moulin à sucre Macanillas et y rencontre José Caridad Gonzalez, un noir Kongo très informé sur les idées de la Révolution française.

L’insurrection du 10 Mai 1795, mènera à un programme révolutionnaire qu’ils appelleront : « la loi des Français » précurseur de la République et comportant notamment : l'abolition de l'esclavage, l'égalité des classes sociales ; la suppression des privilèges; l’abrogation de l'impôt.

Circulation dans la caraibe au 19 e et ailleurs !



Oui c'est vrai que des gens circulaient même jusqu'en Afrique; il y a eu un bataillon des volontaires d'Afrique composait d'antillais basé à Saint Louis et Gorée au milieu du XVIII siècle.

D'autre naviguaient sur des navires comme celui que l'on peut voir sur "le radeau de la Méduse" - 1819, musée du Louvre, de Guericault appelant à l'aide avec un foulard rouge; il symbolisait pour le peintre le combat pour l'abolition. Ce marin est mort à l'hôpital de Saint Louis du Sénégal.

Certains antillais ont même (re)fait souche au Sénégal surtout à Saint Louis, les familles Alain (Maire de Slouis), les Réaux dont l'ancêtre, Fernand fut le frère du premier banquier nègre de la Martinique ou Guadeloupe; ce frère banquier Émile Réaux fut retrouvé d'ailleurs assassiné dans un lac de la région parisienne vers 1890.

Jean Luc Angrand

100 combattants de la Liberté


Dutty Boukman - ?-1791 (Haïti/Saint-Domingue)

Né à la Jamaïque, Dutty Bookman est esclave de l’habitation Turpin dans la plaine du Nord de Saint-Domingue (actuel Haïti).

Dans la nuit du 14 août 1791, au Bois-Caïman, lieu reculé de l’habitation Lenormand de Mézy, ce prêtre vaudou organise une cérémonie pour un grand nombre d’esclaves. Un cochon noir est sacrifié et les assistants boivent son sang afin de devenir invulnérables.
Boukman ordonne alors le soulèvement général.
Celui-ci a lieu la nuit du 22 août et dure une dizaine de jours.
Les révoltés enflamment les habitations.
Boukman, accompagné de 200 autres esclaves, s’avance jusqu’au Cap-Français. Il périt au combat, à la tête de ses troupes. Pour faire mentir l’idée qu’il était invulnérable, les colons exposent sa tête au Cap.

D’autres chefs succèdent à Boukman, ses lieutenants Jean-François et Biassou, ainsi que Toussaint, qui ne s’appelle pas encore Louverture.

La révolte de Bookman ouvre la voie à la Révolution haïtienne qui conduira à l’indépendance le 1er janvier 1804. Haïti sera le premier Etat “noir” indépendant qui proclame dans sa Constitution l’égalité de tous, quelle que soit la couleur de peau.

• Jacques Pierre Brissot - 1754-1793 (France)

Fils d’un riche traiteur rôtisseur, Jacques Pierre Brissot est né à Chartres le 15 janvier 1754. Présenté comme le chef de file des Girondins pendant la Révolution française, il sera guillotiné à Paris le 31 octobre 1793.
Jeune homme, Jacques Pierre Brissot fait ses études au collège de Chartres durant lesquelles il découvre et devient un adepte de Voltaire, Diderot et surtout de Rousseau.

Lors d’un séjour en Angleterre en 1788, il fréquente les membres de la Société pour l’Abolition de la Traite des Noirs . Dès son retour à Paris, il fonde, avec Clavières et Mirabeau, une société semblable, appelée “Société des amis des Noirs”.

Chef de file des Girondins, Brissot est élu à l’Assemblée nationale par les Parisiens en 1789. Il y défend la cause des mulâtres libres, et celle des esclaves, mais il soutient surtout l’indépendance des colonies françaises.

Le 15 mai 1791, l’Assemblée accorde enfin le droit de vote aux mulâtres. Mais aucune décision n’est prise au sujet des esclaves et la traite et l’esclavage restent inscrits dans la loi.
Les luttes des esclaves à Saint-Domingue vont rapidement changer la donne. La Convention vote l’abolition de l’esclavage le 4 février 1794. Cette décision ne sera cependant pas appliquée à toutes les colonies françaises. Dans les faits, seuls les esclaves de la Guadeloupe sont bénéficiaires du décret.

En 1802, Bonaparte rétablit l’esclavage. Il faudra attendre 1848 pour qu’un second et définitif décret abolisse effectivement l’esclavage dans les colonies françaises.

source

Voltaire le raciste ou le racialiste !


« Les Blancs sont supérieurs à ces Nègres, comme les Nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres. »

Voltaire ( in "Traité de Métaphysique". Cité in "Le Choc du mois" n°25, p.31)
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« Leurs yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d’hommes des différences prodigieuses. Et ce qui démontre qu’ils doivent point cette différence à leur climat, c’est que des Nègres et des Négresses transportés dans les pays les plus froids y produisent toujours des animaux de leur espèce, et que les mulâtres ne sont qu’une race bâtarde d’un noir et d’une blanche, ou d’un blanc et d’une noire. »

Voltaire ("Essai sur les moeurs". Cité in id.)
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« La nature a subordonné à ce principe ces différents degrés et ces caractères des nations, qu’on voit si rarement se changer. C’est par là que les Nègres sont les esclaves des autres hommes. On les achète sur les côtes d’Afrique comme des bêtes. »

Voltaire ("Essai sur les moeurs". Cité in id.)
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« La race des Nègres est une espèce d’hommes différente de la nôtre ... on peut dire que si leur intelligence n’est pas d’une autre espèce que notre entendement, elle est très inférieure. Ils ne sont pas capables d’une grande attention, ils combinent peu et ne paraissent faits ni pour les avantages, ni pour les abus de notre philosophie. Ils sont originaires de cette partie de l’Afrique comme les éléphants et les singes ; ils se croient nés en Guinée pour être vendus aux Blancs et pour les servir. »

Voltaire ("Essai sur les moeurs", Genève, 1755, t.XVI, p.269-270)

Mémoires des esclavages : le projet fou de Max


Max Relouzat, une vie d'engagement et un projet fou baptisé Mémoires des esclavages.

Une sculpture monumentale dressée sur le littoral atlantique. Le projet de Max Relouzat prend forme. Il pèse 20 tonnes...

L'idée germait dans l'esprit de Max Relouzat depuis une dizaine d'années. Elle est née lors de la coupe du monde de football en 98. « Je voyais les enfants de la diversité hisser haut l'étendard de la République et en même temps, en tant que président de SOS racisme, je recevais des jeunes métisses qui avaient des problèmes pour trouver du travail ».

Puis, il y a eu une rencontre décisive avec Aimé Césaire en 2006 à Fort de France « C'est lui qui m'a inspiré le nom de Mémoires des esclavages. » Il y eut aussi le Rwanda, puis la crise, et la déclaration du président Nicolas Sarkozy : «L'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire... » Ce fut le déclencheur, il fallait un projet pour toutes les générations, un lieu de rencontre, d'échanges de fraternité quelque part sur le littoral atlantique, un lieu de mémoire, un marqueur de l'histoire, celle d'hier et d'aujourd'hui, pour commémorer tous les esclavages.

« Une volonté populaire »

Max réalisa une belle maquette pour une élégante sculpture « Ce fut une libération. Pour moi, dans ma famille, il ne fallait pas parler de l'esclavage. Chez les blancs, aussi, c'était pareil ». Le thème du masque lui fut évident : « Dans nos carnavals, l'utilisation du masque permettait de se moquer des blancs », d'exorciser aussi toutes les angoisses, les peurs, les humiliations. Ce sont donc deux masques, l'un blanc et l'autre noir mis dos à dos, qui forment cette sculpture qui fera 10 m de haut et pèsera près de 20 tonnes « Cela demande de grandes compétences techniques, elle doit résister à des vents de 150 km/h. Marc Morvan la réalisera et c'est Véronique Brod qui assure les photographies, la médiatisation du projet ».

Plus de 100 personnes, mais aussi associations, municipalités, entreprises ont déjà souscrit à ce projet à travers la vente d'estampes numérotées de 1 à 150, puis plus tard d'affiches à 10 €, représentant la maquette de la sculpture. Le montant de ce projet sera entre 80 000 et 100 000 euros. « Nous voulons faire une oeuvre qui soit l'émanation d'une volonté populaire ». La sculpture sera achevée et inaugurée le 10 mai 2011. Mais dès le 10 mai 2010, un rassemblement est prévu sur le pont Sainte-Catherine entre 11 h et 12 h pour commémorer la loi du 21 mai 2001 sur la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité. Le soir même, les estampes seront remises aux souscripteurs.

Contact : association Mémoires des esclavages, 02 98 53 78 32.

mardi, avril 06, 2010

Mauritanie : une arabité en question


La récente déclaration du Premier ministre mauritanien, Moulaye Ould Laghdaf, qui vise à faire de la langue arabe un instrument d’échange et de travail au sein de l’administration mauritanienne, a rouvert la boîte de Pandore en Mauritanie.
Des propos de la ministre de la culture vont dans le même sens. Selon elle, « les langues nationales font obstacle à l’émergence de l’arabe.» Ce qui peut nous faire penser qu’il s’agit d’une stratégie de communication visant à préparer l’opinion publique et à mesurer les rapports de forces en jeu.
Depuis cinquante et an, c’est à dire depuis la veille des indépendances africaines et jusqu’à nos jours, la question de la place de l’arabe en Mauritanie empoisonne la vie politique, culturelle et sociale.

Les constitutions du 22 mars 1959 et du 20 mars 1961 stipulent que la langue nationale est l'arabe et que la langue officielle est le français _article 3 de la Constitution de 1961_. On voit, déjà, qu’à l’aube et aux premières heures de l’indépendance du pays, les autres langues parlées par les populations vivant sur le sol mauritanien sont exclues d’une portée nationale par la loi fondamentale, car seul l’arabe est considéré comme langue nationale. Les populations noires auraient dû voir là les habiles premières manœuvres d’Ould Daddah et ses comparses en vue de faire de la Mauritanie un pays arabe. Mais le fait que l’arabe soit la langue du Coran, étudié par les couches noires du pays, a peut-être participé à chloroformer les esprits.
Le génie de Moktar Ould Daddah a été d’avoir, très tôt, su trouver un discours anesthésiant la vigilance de Noirs. A la veille et au début de l’indépendance, le premier Président mauritanien, dans ses divers discours, a affirmé le caractère composite, multiethnique de la Mauritanie et s’était engagé à le respecter. Il a aussi souvent affirmé que la Mauritanie était un trait d’union entre le Maghreb et l’Afrique noire, enracinée dans l’Islam et ouverte à l’Occident.
Par ce discours séduisant, il a pu obtenir une certaine confiance de la part de la communauté noire mais aussi de la France, d’autant plus qu’il était marié à une femme d’origine française.
La confiance de la communauté noire ne durera pas longtemps. Moktar Ould Daddah va s’appuyer sur la féodalité négro-africaine pour gouverner et continuer à manœuvrer.
Une analyse pointilleuse nous permet de nous rendre compte que tous les discours du premier Président de la Mauritanie n’étaient que des lénifiants, car le processus d’arabisation va rapidement commencer, à petites doses. Les propos du Premier ministre actuel s’inscrivent dans le cadre de la même stratégie : arriver à faire de la Mauritanie un pays arabisé, à grande échelle, à petit pas et d’une manière subtile. [Les différentes étapes de l’arabisation en Mauritanie sont décrites par Ambroise Queffélec UMR 6039 (CNRS) Université de Provence Bah Ould Zein Université de Nouakchott dans un article qui s’intitule : LA "LONGUE MARCHE" DE L'ARABISATION EN MAURITANIE que l’on peut lire sur Internet.]
Le problème relatif aux questions linguistiques, en Mauritanie, vient du fait que la politique qui est jusque-là menée est fondée sur des mensonges et des négations identitaires. Il y a peut-être, dans la volonté de faire de la Mauritanie un pays arabe, en dehors des rapports de domination d’une entité sur d’autres, quelque chose de pathologique, de névrotique.
Pourquoi pathologique ou névrotique ?
Le cas du Soudan et de la Mauritanie est intéressant à analyser. Les dirigeants de ces deux pays se réclament d’une arabité maladive. On retrouve des points communs dans les pratiques politiques dans les deux Etats : la négation des droits d’une partie de la population, la négation de soi, la violence.
La population mauritanienne est loin d’être majoritairement arabe. Au contraire les Arabes sont une minorité.
« Pour People Group (2007, le hassanya (dialecte qui résulte d’un mélange d’arabe, de berbère et des langues négro-africaines Ndlr)serait parlé par 76,9 % de la population, puis le poular par 14 % (275 888), le tamasheq par 4 % (78 287), le soninké par 2,8 % (56 323) et le wolof par 0,6 % (13 439). 1
Ethnie Langue Population Pourcentage
Bambara bamanankan 17 617 0,9 %
Maures (Noirs) hassanya 811 608 41,4 %
Fula Macina poular 6 333 0,3 %
Fulbe Futa Toro poular 26 096 1,3 %
Jola jola-fogny 3 000 0,1 %
Maures hassanya 696 631 35,5 %
Soninké soninké 56 323 2,8 %
Tamasheq tamasheq 78 287 4,0 %
Toucouleurs poular 243 482 12,4 %
Wolofs wolof 13 439 0,6 %
Zenaga zenaga 6 763 0,3 %
1 959 579
»
Il est difficile d’avoir des statistiques fiables en Mauritanie. Mais, ce tableau nous permet de confirmer nos propos. Les Arabes hassan sont une minorité. Dans le groupe dit Maure qui représente 35, 5% de la population totale qui parle l’Hassanya, une bonne majorité est d’origine berbère. Le calcul est donc vite fait. Le reste qui serait d’origine arabe est donc une minorité parmi la population mauritanienne. Certains avancent que le nombre personnes d’origine arabe au sein de la population maure ne dépasserait pas 20 %. Si cette hypothèse est vraie, les Mauritaniens d’origine arabe ne seraient qu’entre 7% et 8% de la population totale.

Il y a lieu d’analyser la volonté d’arabiser ou d’islamiser leur pays de ceux qui se disent arabes en Mauritanie et au Soudan.
Le regard méprisant de l’Arabe sur le Noir vient de temps très anciens. Mais il nous semble que le cas de la Mauritanie et du Soudan introduit une autre dimension. « Historiquement l’Arabe a toujours sous-estimé le Noir. […], il est impossible d'ignorer la dimension religieuse et raciste de la traite. Punir les mauvais musulmans ou les païens tenait lieu de justification idéologique à l'esclavagisme : les dirigeants musulmans d'Afrique du Nord, du Sahara et du Sahel lançaient des razzias pour persécuter les infidèles : au Moyen Âge, l'islamisation était en effet superficielle dans les régions rurales de l'Afrique. Les lettrés musulmans invoquaient la suprématie raciale des Blancs, qui se fondait sur le récit de la malédiction proférée par Noé dans l'Ancien Testament (Genèse 9:20-27). Selon eux, elle s'appliquait aux Noirs, descendants de Cham, le père de Canaan, qui avait vu Noé nu (une autre interprétation les rattache à Koush, voir l'article). Les Noirs étaient donc considérés comme « inférieurs » et « prédestinés » à être esclaves. Plusieurs auteurs arabes les comparaient à des animaux. Le poète Al-Mutanabbi méprisait le gouverneur égyptien Abu al-Misk Kafur au Xe siècle à cause de la couleur de sa peau. Le mot arabe abid qui signifiait esclave est devenu à partir du VIIIe siècle plus ou moins synonyme de « Noir ». Quant au mot arabe zanj, il désignait de façon péjorative les Noirs. Ces jugements racistes étaient récurrents dans les œuvres des historiens et des géographes arabes : ainsi, Ibn Khaldoun a pu écrire au XIVe siècle : « Les seuls peuples à accepter vraiment l'esclavage sans espoir de retour sont les nègres, en raison d'un degré inférieur d'humanité, leur place étant plus proche du stade de l'animal » À la même période, le lettré égyptien Al-Abshibi écrivait « Quand il [le Noir] a faim, il vole et lorsqu'il est rassasié, il fornique. ». Les Arabes présents sur la côte orientale de l'Afrique utilisaient le mot « cafre » pour désigner les Noirs de l'intérieur et du Sud. Ce mot vient de « kāfir » qui signifie « infidèle » ou « mécréant. » 2
Si l’Arabe a toujours sous-estimé le Noir, on peut aussi se demander s’il n’y pas un autre problème en Mauritanie et au Soudan. La relation de l’ ‘‘Arabe’’ de Mauritanie et du Soudan au Noir ne serait-elle pas affectée d’une névrose liée au complexe de l’‘‘Arabe’’ de Mauritanie et du Soudan qui tient à prouver, à tout prix, son arabité, qu’il ressent, inconsciemment, parfois de second degré ou usurpée.
La plupart des ‘‘Arabes’’ du Soudan n’auraient-ils pas, au fond d’eux, un complexe lié à la noirceur de leur peau qui les pousserait à être aveugles dans leur relation à leur arabité. Ne tenteraient-ils pas de faire oublier de leur noirceur de peau, supposée « infériorisante».
Les Hassan sont des arabes chassés d’Arabie qui ont sillonné de nombreux territoires avant de se poser en Mauritanie. Ces expulsés de leur terre ont fini par dominer les Berbères qu’ils auraient trouvés sur place et à qui ils auraient imposé leur langue. Ayant étant chassés d’Arabie et pas trop souvent considérés par le monde arabe, ne seraient-ils pas, inconsciemment, dans le besoin de s’affirmer.
Tout acharnement à affirmer son identité doit faire l’objet d’examen. Comme le disait Wolé Soyinka, le tigre n'a pas besoin de proclamer sa tigritude, il bondit sur sa proie. Le prix Nobel ne comprenait pas « pourquoi fallait-il gaspiller notre énergie dans de vaines rhétoriques alors que notre continent se débattait dans des problèmes politiques et économiques insurmontables ? La situation nécessitait que l'on agisse avant tout. »
Mais il dira plus tard : « ma réflexion sur la question de la négritude a beaucoup évolué à partir du moment où j'ai compris que la libération des Africains francophones passait nécessairement par l'affirmation de l'identité noire. Les Senghor, les Césaire, les Damas étaient les produits typiques de la colonisation française, qui, en voulant faire de l'élite noire des Français à part entière, ont déclenché ce mouvement de rébellion intellectuelle et poétique. On a assisté à un phénomène similaire dans les colonies portugaises où l'assimilation des autochtones était la politique officielle. Les Anglais, pour leur part, s'étaient toujours gardés de s'immiscer dans la vie culturelle de leurs sujets africains tout simplement parce qu'ils les croyaient incapables de s'adapter à la culture britannique, nécessairement supérieure. » 3
Le mouvement de la Négritude est né à partir du poids du regard de l’autre (Français) sur le Noir. En effet, pour le Français, le Noir était, ou est encore pour un certains nombre de Français, considéré comme un être inférieur au Blanc. Le Noir éduqué, parfois complexé, parfois révolté, a donc eu besoin de s’affirmer pour dire qu’il valait autant que le Blanc.
Pour ce qui est du Soudan et de la Mauritanie, nous pouvons penser qu’il s’agit de la même problématique. Les ‘‘Arabes soudanais et mauritaniens’’ ont une immense soif d’être reconnus comme arabes car nombreux sont parmi eux, ceux qui sont complexés par rapport au reste du monde arabe. Ce qui peut expliquer leur passion et parfois leur maladresse, leur aveuglement, dans leur tentative d’affirmation de leur « arabité ».
C’est ce besoin d’être reconnus par le monde arabe qui pousse les dirigeants « arabes ou arabo-berbères » de ces deux pays, à remuer ciel et terre pour affirmer l’arabité de leur pays au mépris de l’identité plurielle réelle de celui-ci. En plus de cette quête de reconnaissance, l’idée sous-jacente qui guide de nombreux Arabes mauritaniens et soudanais est que, dans leur imaginaire, être arabe valorise et rend supérieur au Noir.
En Mauritanie, les Berbères qui se déclarent arabes ne le sont pas puisqu’ils sont berbères. Ce qui peut expliquer leurs comportements. En Algérie, les Kabyles sont fiers de leur identité et se battent depuis des siècles pour qu’on la leur laisse, qu’on la respecte. Ils refusent d'être assimilés à des Arabes. Au Maroc, Les Berbères se sont battus pour leur identité et ils sont reconnus dans leur spécifité.
Depuis que la Mauritanie est indépendante, ce sont essentiellement des présidents d’origine berbère qui ont mené les politiques d’arabisation et qui ont, avec acharnement, œuvré pour que la Mauritanie soit reconnue comme appartenant au monde arabe. Il s’agit donc de personnes qui souffrent d’une négation d’eux-mêmes, de leur réelle identité. Une arabité complexée, morbide, qui se sent de seconde zone, qui doute d’elle-même, usurpée, conduit facilement à la violence. Les personnes porteuses d’une telle identité peuvent être dangereuses pour elles-mêmes et pour les autres car dans le déni d’elles-mêmes, elles sont facilement portées vers la cruauté. Elles peuvent aisément tuer l’autre qui semble être l’obstacle à la réalisation de leur fantasme ou objet de réalisation de leur fantasme [Le Noir est un être inférieur et donc à ne pas respecter, à dominer].
Le débat en Mauritanie serait facilité, sil n’y avait pas cette part d’ombre névrotique, s’il y avait moins de passions et un peu plus de clairvoyance. Car il y a les faits. Il y a l’histoire.
La population mauritanienne est composée de Wolofs, Bambaras, Soninkés, Berbères, Pulaars et d’Arabes. Voilà quelque chose qui est là, qui se pose comme objet. A partir de là, pour celui qui cherche l’équité, il doit se demander comment toutes ces populations peuvent vivre ensemble dans le respect mutuel.
Pour que des personnes différentes vivent ensemble pacifiquement, il faut que les droits de chacune d’entre elles soient respectés par les autres. Reconnaître l’identité de chaque Mauritanien ne peut être que source d’apaisement, de rapprochement, d’ouverture vers l’autre, de coopération.
Une fois cette étape franchie, se posent alors des problèmes d’ordre pratique. Comment faire pour que des ethnies différences cohabitent et travaillent ensemble.
Par rapport à ce que nous venons de dire, il est donc du droit de chaque Mauritanien de préserver son identité, s’il en a envie, donc d’apprendre sa langue maternelle, et il faudra en même temps trouver une langue de travail commune.
Là aussi, il faut essayer d’être objectif, lucide. Pourquoi vouloir faire de l’arabe la langue de travail ?
La langue arabe n’est pas la langue de nombreux Mauritaniens. Nous faisons la différence entre hassanya et arabe. D’autre part, l’arabe n’est ni une langue technologique avancée, ni une langue avancée des sciences exactes ou humaines ou à la pointe des connaissances moderne, ni fondatrice de la démocratie avancée et moderne. Alors soyons pratique, choisissons une langue étrangère performante pour nous développer et démocratiser, moderniser, humaniser. Il faut sortir des sentiments et de la politique politicienne, névrotique, aveugle et regarder les choses en face.
En choisissant une langue étrangère, tous les Mauritaniens sont égaux devant leurs chances. On peut recourir au français, à l’anglais. Il faudra aussi penser au chinois car il s’agit d’une langue qui pourrait jouer un rôle important sous peu.
Pour ce qui des langues maternelles, des études ont montré que lorsque l’enfant commence sa scolarisation par sa langue maternelle, puis intègre une langue étrangère, il est plus performant. Donc en Mauritanie, chacun peut commencer par sa langue maternelle puis intégrer par la suite la langue officielle choisie, ce qui permet à chacun de préserver un élément essentiel de sa culture et de s’ouvrir au monde.
Un système éducatif adapté et performant en Mauritanie aura nécessairement un coût important, mais les objectifs de progrès et de paix en valent la peine.
Parallèlement, un travail d’enrichissement des langues nationales (hassanya, bambara, wolof, soninké, pulaar) doit être réalisé, ainsi qu’un travail sur les cultures africaines. Il faut cependant sortir de leur folklorisation, telle qu’elle est parfois pratiquée actuellement dans les milieux Pulaars, Soninké, etc. Il s’agit d’œuvrer en vue de la renaissance des cultures africaines.
Pour conclure, nous dirons que malheureusement, l’histoire ne repose pas sur la raison mais sur des rapports de force. Il est donc essentiel que les populations noires et les forces progressistes imposent un rapport de force positif. Nous ne parlons pas de violence, nous parlons de rapport de forces. Une fois ce rapport de force établi, le dialogue peut s'ouvrir entre forces qui se respectent. Ce rapport de forces dépendra du sérieux des communautés noires, souvent victimes d’elles-mêmes, de leurs pratiques et attitudes. Il dépendra aussi de l’émergence d’une classe de Mauritaniens soucieux de paix et de justice.

Oumar Diagne

1 Ce tableau a été obtenu à la page Internet http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/afrique/mauritanie.htm
2 Lire Traite arabe in http://fr.wikipedia.org/wiki/Traite_arabe
Lire Tigritude contre négritude in http://www.jeuneafrique.com/article.php?idarticle=LIN25117tigriedutir0

lundi, avril 05, 2010

16ème Commémoration du génocide des Tutsi au Rwanda


L’Union des Etudiants Juifs de France (UEJF), et Ibuka - Mémoire et Justice,
vous invitent à la 16ème Commémoration du génocide des Tutsi au Rwanda,

le mercredi 7 avril 2010 à 16 heures,

au Mur pour la Paix, Place du Champ de Mars, Paris 7ème,

En présence de l'Ambassadeur du Rwanda en France,

Et de nombreuses personnalités : Sonia Rolland, Pierre Aidenbaum, Alain Dolium ...

La commémoration sera suivie d'une Veillée du Souvenir, à partir de 19h30, au 62 rue
Marcadet, Paris 18ème.

Le génocide rwandais a été parmi les plus effroyables. Du 7 avril au 14 juillet
1994, 1 million de tutsis ont été tués. Ces 100 jours d’extermination ont marqué à
jamais l’histoire d’un pays.

Parce qu’il est important de se souvenir. Parce que le devoir de mémoire transcende
les communautés. Lors de cette journée particulière du 7 avril, date du début du
génocide, une cérémonie aura lieu à Paris, afin de commémorer le souvenir des
victimes, pour que plus jamais de tels drames ne se reproduisent, et ne laissent
passifs et indifférents la communauté internationale. « Le bourreau tue toujours
deux fois, la seconde fois par l’oubli », avait écrit Elie Wiesel, n’oublions pas.


Avec le soutien et participation des associations : Fraternité Judéo- Noire, SOS RACISME, Communauté
Rwandaise de France, Appui Rwanda, CPCR, Mémorial de la Shoah, Centre Simon
Wiesenthal, Etudes Sans Frontières, IDILICK, Médecins du Monde, Conseil de
Coordination des organisations arméniennes de France, Comité de Défense de la cause
arménienne, SURVIE, Nor Seround, Collectif VAN, AJ 162, Hôtel Municipal de la vie
associative, Ambassade du Rwanda en France.

RSVP : 06.58.33.47.02 (UEJF) / 06.08.70.99.91 (Ibuka)

dimanche, avril 04, 2010

Dix milliards pour Haïti ?



Les «pays donateurs» font des gorges chaudes d’une récente promesse de verser dix milliards à la République d’Haïti.

À première vue, les naïfs comme moi ne pourraient que se réjouir. Dès le lendemain des événements, j’estimais en effet que, pour déblayer les décombres et reloger le million de réfugiés, il faudrait à peu près cette somme : environ 30 000 dollars par famille. En ajoutant l’équivalent pour améliorer le fonctionnement des services publics, on arrive à peu près aux 21 milliards de dollars qui ont été versés à la France à partir de 1825 pour l’indemniser des esclaves perdus.

Mais pour se réjouir, je l’ai dit, il faut être naïf. D’abord parce qu’il ne s’agit que de promesses. On sait qu’elles n’engagent que ceux qui les reçoivent.

Si la moitié des sommes promises doit être versée dans les dix-huit prochains mois, pas de calendrier pour le reste. On parle des prochaines années. Cela peut être dans cent ans. En outre, rien n’est prévu pour reloger les sans-abri, hormis des tentes. Pour résumer : les réfugiés recevront peut être de quoi s’abriter de la pluie d’ici deux ans ! En outre les « pays donateurs », sans avoir rien versé, organisent déjà la tutelle de fait d’Haïti sous prétexte d‘exercer un contrôle sur les sommes promises.

Les États-Unis maintiennent plus de trois mille soldats pour occuper le pays outre une commission co-présidée par le président Bush, responsable du coup d’État de 2004. La France, quant à elle, n’a pas été très généreuse : deux ou trois cent millions de dollars promis, notamment pour reconstruire le palais national et numériser les archives.

Ah, les archives ! En 1804, déjà, les Français vaincus avaient voulu les embarquer. Christophe ne les y avait pas laissé faire. On se doute que dans ces archives, non triées et inexploitées pour la plupart, il y a la trace des exactions commises pendant la période coloniale et le début de génocide en 1802-1803. Quand on voit la réaction de prétendus historiens à mon livre Le crime de Napoléon, on peut craindre que ces archives soient justement « archivées » par un pays qui ne veut pas reconnaître la part de l’histoire qui le dérange.

source

La Dessalinienne (Hymne National de Haïti)


Les héros de Vertières

Pour le Pays, pour les Ancêtres
Marchons unis, marchons unis
Dans nos rangs point de traîtres
Du sol soyons seuls maîtres
Marchons unis, marchons unis
Pour le Pays, pour les Ancêtres
Marchons, marchons, marchons unis
Pour le Pays, pour les Ancêtres
II
Pour les Aïeux, pour la Patrie
Béchons joyeux, béchons joyeux
Quand le champ fructifie
L'âme se fortifie
Béchons joyeux, béchons joyeux
Pour les Aïeux, pour la Patrie
Béchons, béchons, béchons joyeux
Pour les Aïeux, pour la Patrie

III
Pour le Pays et pour nos Pères
Formons des Fils, formons des Fils
Libres, forts et prospères
Toujours nous serons frères
Formons des Fils, formons des Fils
Pour le Pays et pour nos Pères
Formons, formons, formons des Fils
Pour le Pays et pour nos Pères

IV
Pour les Aïeux, pour la Patrie
O Dieu des Preux, O Dieu des Preux
Sous ta garde infinie
Prends nos droits, notre vie
O Dieu des Preux, O Dieu des Preux
Pour les Aïeux, pour la Patrie
O Dieu, O Dieu, O Dieu des Preux
Pour les Aïeux, pour la Patrie

V
Pour le Drapeau, pour la Patrie
Mourir est beau, mourir est beau
Notre passé nous crie:
Ayez l'âme aguerrie
Mourir est beau, mourir est beau
Pour le Drapeau, pour la Patrie
Mourir, mourir, mourir est beau
Pour le Drapeau, pour la Patrie

Parole de Justin Lhérisson
Musique de Nicolas Geffrard.

samedi, avril 03, 2010

La Chine a célébré, ce 28 mars, l’anniversaire de l’abolition du servage. En mai 1951, les troupes communistes de Mao Zedong délivrèrent le Tibet, al


La Chine a célébré, ce 28 mars, l’anniversaire de l’abolition du servage.

En mai 1951, les troupes communistes de Mao Zedong délivrèrent le Tibet, alors gouverné par le dalaï lama Tenzin Gyatso allié au Kuomintang de Tchang Kaï-chek.

Le régime théocratique avait réduit 90 % de la population au servage. Les serfs étaient attachés aux terres des monastères et devaient les servir. Les lamas punissaient toute tentative de rébellion ou de fuite en crevant les yeux, voire en coupant la langue et le nez des récalcitrants.

Le régime pratiquait la torture mais, au nom de la non-violence, il se refusait à administrer directement la peine de mort. La peine maximale consistait à flageller le condamné, puis à le laisser saignant dans la nature, pour que les animaux et le climat l’achèvent.

Le dalaï lama lui-même avait 6 000 serfs à son service.

Le 28 mars 1951, la République populaire abolit le servage, affranchissant 5 millions de serfs.

Cependant, à la suite de l’Accord conclu entre Tenzin Gyatso et Mao Zedong, les réformes furent interrompues et le régime féodal cohabita durant neuf ans avec le Parti communiste. Ce n’est qu’en 1961, après la révolte organisée par la CIA et la fuite de Tenzin Gyatso, que le gouvernement mit fin au féodalisme et entreprit la réforme agraire. Il nationalisa les terres des monastères et les redistribua à la paysannerie, c’est-à-dire aux anciens serfs.

vendredi, avril 02, 2010

Une étudiante américaine retrouve le seul exemplaire imprimé connu de la Déclaration d'Indépendance de Haïti




Une étudiante de l'université Duke de Durham, en Caroline du Nord (est des Etats-Unis), a retrouvé par hasard le seul exemplaire imprimé de la Déclaration d'Indépendance de Haïti en 1804, a annoncé jeudi la direction de l'établissement.

La langue africaine des pharaons noirs


Ils ont laissé de vastes nécropoles de pyramides pentues à la singulière silhouette, des temples majestueux qui n'envient rien à ceux de l'Egypte, ils ont bâti des villes et donné au "pays éternel" une lignée de souverains, les "pharaons noirs", qui ont régné sur tout ou partie de la vallée du Nil entre les VIIIe et VIIe siècles avant notre ère. Qui sont ces hommes, mis à l'honneur par le Musée du Louvre, qui leur consacre une exposition ? Ils nous sont encore largement inconnus. Et pour cause : la langue des habitants du "pays de Koush" - ainsi que les Egyptiens nommaient le territoire de l'actuel Soudan - résiste âprement aux tentatives des linguistes pour en percer les secrets. Francis Llewelyn Griffith a bien décrypté son système d'écriture voilà un siècle. Mais ce qu'on lit, dans le millier de textes qui nous sont parvenus, reste incompréhensible.

Cette résistance commence toutefois à céder. Dans une monographie parue fin février, l'égyptologue et linguiste Claude Rilly, directeur de l'archéologie française au Soudan, rattache sans ambiguïté cet idiome, dit méroïtique, à une famille de langues qui s'enracinent au coeur du continent africain. Le méroïtique n'est donc pas, comme certains l'ont cru, une langue isolée ou encore un idiome afro-asiatique - parent de l'arabe, de l'hébreu, du berbère ou du copte. C'est une langue proprement africaine, la première du genre à avoir été couchée par écrit. Une hypothèse inimaginable pour les premiers savants à s'être penchés, avant guerre, sur la question. Inimaginable parce que, présupposé raciste aidant, les architectes de Méroé ne pouvaient pas avoir parlé une langue "négroïde", selon l'expression alors en vigueur...

"Jusqu'à ce que je commence à travailler sur la question, la langue méroïtique était réputée avoir commencé à se fixer aux alentours de 1500 avant J.-C., explique M. Rilly. Je pense pour ma part que son émergence remonte beaucoup plus haut, sans doute vers 2500 avant notre ère." Le royaume de Méroé - qui a donné son nom au méroïtique - s'installe vers le IIIe siècle avant notre ère autour de la ville du même nom, non loin de la sixième cataracte du Nil, à deux cents kilomètres de la capitale soudanaise, Khartoum. Ce royaume chute vers 350 de notre ère. Ce n'est qu'avec l'émergence de cette entité politique nouvelle que la langue méroïtique est écrite, grâce à un système graphique adapté des hiéroglyphes égyptiens. Mais, dans le pays de Koush, des systèmes étatiques voient le jour bien avant l'avènement de Méroé : le royaume de Napata, fondé un millénaire auparavant, par exemple. Et, bien avant encore, le royaume de Kerma, dès 2500 avant notre ère.

Comment savoir que les hommes qui ont fondé ce dernier - et qui n'écrivaient pas leur langue - parlaient déjà une forme archaïque du méroïtique ? "Dans l'Egypte voisine, le roi entretenait des magiciens, chargés de rédiger des "textes d'exécration" pour envoûter les ennemis du souverain, raconte l'égyptologue. Or pour envoûter quelqu'un, il faut certaines informations, comme par exemple des éléments de sa généalogie. Ainsi, nous avons des textes égyptiens datés d'environ 2000 avant notre ère, qui nous donnent des listes de noms de souverains du pays de Koush, et ces noms ont, déjà, une composition phonétique propre au méroïtique." Vers le XVIe siècle avant notre ère, les pharaons hyksos - une dynastie d'usurpateurs venus du Levant - entretiennent des relations diplomatiques avec les rois "koushites". Leurs noms, retranscrits par les scribes égyptiens, trahissent leur appartenance linguistique. Et la continuité du peuplement de cette région, au sud de l'Egypte.

Jusqu'à présent, les tentatives de traduction du méroïtique se sont principalement appuyées sur la méthode dite "contextuelle". "Il est rare que dans une phrase, on ne connaisse absolument rien , raconte M. Rilly. On essaie alors de "boucher les trous" en postulant par exemple que tel mot est un adjectif, qu'il est laudatif, etc. Mais c'est une méthode très longue, qui nécessite que les hypothèses soient validées sur un grand nombre de textes."

Un corpus de quelques dizaines de termes est donc connu. Mais la méthode la plus efficace pour ressusciter une langue morte dont on connaît l'écriture est encore la comparaison avec les langues apparentées. Au XIXe siècle, pour reconstruire la langue akkadienne, parlée aux IIIe et IIe millénaires dans l'actuel Irak, il avait ainsi été possible de comparer chaque mot akkadien avec des termes hébreux, arabes ou syriaques (ou araméens), ces cousines de l'akkadien étant bien documentées. De même qu'on pourrait comprendre un texte français en ne connaissant que l'italien, l'espagnol et le roumain.

Parti de l'hypothèse, formulée dans les années 1960 par Bruce Trigger, selon laquelle le méroïtique serait apparenté à certains idiomes dits "soudaniques", parlés de l'Erythrée au Tchad, Claude Rilly a effectué des comparaisons des quelques termes méroïtiques connus, avec quatre ensembles de langues soudaniques : le nara, le nubien, le nyima et le taman. Les comparaisons menées ne laissent aucun doute sur la parenté entre le méroïtique et ces langues, mal documentées et pour la plupart non écrites. Il est même d'ores et déjà possible d'enrichir le lexique méroïtique connu par ces comparaisons multiples. Tout en résolvant des énigmes archéologiques tenaces...

"Par exemple, il y a , à Musawwarat (à quelque 200 km au nord-est de Khartoum), un ensemble de temples où l'éléphant est très représenté", raconte Claude Rilly. Etrange au premier abord, puisque l'éléphant n'est pas réputé figurer une divinité dans la religion méroïtique. Mais plusieurs inscriptions, gravées sur les monuments, attestent que le nom méroïtique de ce lieu devait se prononcer "aborepi". Or les comparaisons effectuées avec les langues cousines montrent qu'"éléphant" devait se dire "ambur" en méroïtique. Certaines nasales ne se transcrivant pas par écrit, le terme "abore" accolé au suffixe -pi, signifierait "le lieu de l'éléphant" ou la "halte de l'éléphant". Sans doute en raison de l'abondance des pachydermes dans cette zone. La présence de l'animal sur les murs des temples de Musawwarat ne serait donc pas religieuse, mais héraldique....

Vers 550 de notre ère, avec la christianisation de la région, l'alphabet vieux-nubien - essentiellement composé de caractères grecs - prend le pas sur l'écriture méroïtique, à qui il emprunte toutefois quelques éléments. Quant à la langue, elle continue d'être utilisée pendant quelques siècles avant de s'éteindre, "sans doute au Moyen Age", estime Claude Rilly.

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"Méroé, un empire sur le Nil", jusqu'au 6 septembre, au Musée du Louvre (www.louvre.fr).

"Le Méroïtique et sa famille linguistique", de Claude Rilly, éd. Peeters, coll. "Afrique et langage", 556 p., 47,50 €.

Stéphane Foucart

source

jeudi, avril 01, 2010

100 noms de combattants pour la liberté

Depuis 2006, le 10 mai est chaque année consacré à la Journée de commémoration nationale des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions. La Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise participe à la construction d’une histoire et d’une mémoire partagées par tous. La traite négrière, l’esclavage colonial et leurs abolitions ont en effet bouleversé à jamais le monde, transformant les frontières, l’économie, la politique, les arts et la littérature. Les héritages de ces quatre siècles sont complexes : souffrance et exil, perte et exploitation féroce mais aussi de nouvelles cultures, de nouveaux rites et de nouvelles musiques. Les résistances de tous les opposants à la traite et l’esclavage colonial — captifs, esclaves révoltés, marrons, philosophes, journalistes, artistes, éducateurs—ont contribué à forger ces nouvelles cultures. Pour mieux faire connaître ce long combat, la MCUR a dressé cent portraits de femmes et d’hommes qui, par leur action, ont défendu les idéaux de liberté et d’égalité. Ces portraits sont destinés à animer des ateliers et des manifestations de toutes sortes.


• Harriet Beecher Stowe - 1811-1896 (Etats-Unis)

« La petite dame qui a écrit le livre qui déclencha cette grande guerre ». C’est par ces mots qu’Abraham Lincoln accueille Harriet Beecher Stowe en 1862.
Il fait allusion au célèbre roman “La Case de l’Oncle Tom”, publié dix ans plus tôt, et dont le rôle pour la propagation des idées abolitionnistes a été très important. Ce récit fait prendre conscience à bon nombre d’Américains des horreurs de l’esclavage.
Institutrice et sœur du célèbre abolitionniste Henry Ward Beecher, Harriet Beecher Stowe participe activement à la protection des esclaves en fuite vers le Canada.

C’est pour dénoncer la loi de 1850, “The Fugitive Slave Act”, qui obligeait, dans tous les États d’Amérique, à livrer aux autorités les esclaves fugitifs, qu’elle écrit son roman.

Vendu à 300.000 exemplaires la première année, “La Case de l’Oncle Tom” est le roman le plus lu du dix-neuvième siècle. Par la suite, les Africains-Américains critiqueront le personnage de l’Oncle Tom, dont le nom deviendra synonyme de soumission.

• Aphra Behn - 1640-1689 (Angleterre)

La vie d’Aphra Behn, née Aphra Johnston en Angleterre en 1640, est peu connue. Ecrivaine particulièrement prolifique du XVIIe siècle, elle est pourtant la première femme à vivre de sa plume.

En 1688, elle publie “Oronoko, ou L’Esclave royal”. Une histoire vraie, l’histoire d’un Africain envoyé au Surinam comme esclave.

Oronoko est un prince qui refuse l’esclavage. Puni, il ne cède pas, gagne sa liberté, et retourne en Afrique. Sa noblesse de caractère force l’admiration d’Européens opposés à l’esclavage et contraste avec la brutalité des esclavagistes.

Le roman, fondé sur une réalité vécue par la narratrice, connaît un immense succès. Traduit en français en 1745, le récit aura une grande influence.

Pour la première fois, un premier personnage “noir” apparaît dans la littérature anglaise, sinon européenne.

“Oronoko” inaugure un genre littéraire politique où les contradictions profondes de l’esclavage telles qu’elles se posent en Europe sont mises pour la première fois en lumière dans un roman.

• Jean-Baptiste Mars Bellay - 1746-1798 (Saint-Domingue)

Né à Gorée, Jean-Baptiste Mars Bellay est vendu à l’âge de 2 ans à un négrier faisant voile vers Saint-Domingue. A une date indéterminée, il rachète sa liberté grâce à ses propres économies.

En 1777, il fait partie des volontaires qui suivent l’amiral d’Estaing dans la campagne de Savannah. C’est sans doute là qu’il acquiert son surnom de « Mars » (dieu romain de la guerre), en récompense de sa valeur militaire.
Son rôle dans les événements de Saint-Domingue jusqu’en 1793 est peu connu, si ce n’est qu’il s’engagea dans l’armée dès que le décret du 4 avril 1792, qui donnait les droits civiques et politiques aux hommes “noirs”.
Elu député à la Convention lors des élections du 24 septembre 1793, il s’embarque pour la France. Lors d’une escale à Philadelphie, aux émigrés qui l’insultent et contestent son grade dans l’armée en raison de sa couleur, il répond : « quand on sait sauver les “blancs” et les défendre, on peut bien les commander ».

Arrivé à Lorient en janvier 1794, il est accusé par Victor Hugues d’être un complice des Girondins, et incarcéré à titre préventif. Une lettre à la Convention le fait rapidement libérer, et le 3 février 1794, il prend siège officiellement à l’Assemblée. Son entrée est saluée par des acclamations et, dès le lendemain, l’abolition de l’esclavage est votée à l’unanimité. Belley se préoccupe de l’application du décret, et propose l’abolition partout où elle n’est pas encore faite.

Belley siège par la suite à la Convention sans y jouer un rôle important. En 1801, il reprend sa carrière militaire. Mais il est bientôt arrêté pour avoir tenu des « propos séditieux », mis aux fers et déporté dans la forteresse de Belle-Isle-en-Mer. La date de sa mort est inconnue.

• Anthony Benezet - 1713-1784 (Etats-Unis)


Jean-Étienne de Bénézet, sa femme Judith de la Megenelle et leurs quatre enfants sont chassés de France par la révocation de l’Édit de Nantes. Ils fuient aux Pays-Bas en 1715, puis s’établissent à Londres.

Antoine Bénézet est alors âgé de deux ans. C’est à Londres qu’Anthony fait plus tard la connaissance des quakers, dont il devient membre vers 1727. La famille Bénézet émigre en 1731 aux États-Unis, à Philadelphie. Parlant l’anglais, le français et l’allemand, convaincu de l’utilité de l’éducation, Antoine, devenu Anthony, devient enseignant en 1739. Il fonde en 1755 la première école publique pour filles aux Etats-Unis et se fait connaître en étant également un précurseur de l’instruction des sourds-muets. Un des premiers défenseurs de la cause des “noirs”, il crée pour eux une école du soir en 1750, puis la Negro School en 1770 où il enseignera jusqu’à sa mort.

Opposant à l’esclavage, il publie articles et livres, et travaille à convaincre les quakers de Philadelphie d’affranchir leurs esclaves. Il s’adresse directement aux puissants dont l’archevêque de Cantorbéry, et déclare que « l’idée que les “noirs” seraient inférieurs est un préjudice vulgaire, basé sur l’ignorance et l’arrogance des maîtres ». Son premier écrit, “The Epistle of 1754”, est une courte, mais claire déclaration contre l’esclavage.

Anthony Bénézet est enterré, selon ses vœux, dans une tombe anonyme du coin Quaker à Philadelphie. Dans son testament, il demande que son legs serve à l’éducation des « Noirs, des Indiens et des Métis ».