L’esclavage vu d’une manière générale est un état social défini par la loi et les coutumes comme la forme involontaire de servitude humaine la plus absolue.
Un esclave est caractérisé par le fait que son travail et ses services sont obtenus par la force, et sa personne physique est considérée comme la propriété de son maître qui dispose de lui ou d’elle à sa guise.
En vertu de cette définition, l’histoire a représenté de manière passive les personnes réduites à l’esclavage, alors qu’en réalité, il existe des registres historiques qui indiquent de quelle manière, dès leur capture, les esclaves réagissaient avec détermination pour conserver leur liberté.
Dans les compte rendus se distinguent des formes plus ou/et moins subtiles utilisées par les esclaves comme la mauvaise exécution des travaux; la mutinerie dans les embarcations; la fuite sur la terre ferme pour pénétrer dans la forêt, et former des communautés de nègres marrons ou palenques. Les palenques, connus sous le nom de quilombos au Brésil, cumbes au Venezuela ou marroons en Jamaïque étaient des villages construits sur des terres difficiles d’accès, entre deux falaises ou au milieu de la forêt.
Parmi les palenques les plus importants se trouve celui de San Basilio en Colombie, puisqu’il fut le premier lieu reconnu libre par la couronne espagnole dans ce pays et dans toute l’Amérique Latine.
Le combat pour la liberté fut initié par Benkos Biojó dans le palenque de la Matuna.
Des références historiques existent sur la capacité guerrière et le leadership de Benkos Biojó, qui attaquait les haciendas en libérant les esclaves. Des hommes et des femmes s’unirent avec enthousiasme à son armée. La rébellion s’étendit sur une large zone proche de Cartagena que Biojó parcourait en défiant les espagnols.
Le marronnage, d’autre part fut l’acte de rébellion face à l’oppression inhumaine dans les débuts de l’esclavage. Il s ‘est érigé en une véritable forme de mobilisation des esclaves , parfois de manière éparse, d’autres fois tel un projet de résistance militaire, sociale et culturelle contre l’oppression. Ces luttes furent vitales pour la déstabilisation du système colonial, puisqu’elles agirent comme des anti-thèses aux valeurs défendues par les régimes esclavagistes. Le marronnage représentait la sauvegarde des valeurs du peuple africain et l’affirmation de ses hommes dans leur liberté. À partir de cette nouvelle forme d’organisation, les marrons créèrent un nouveau mode de vie, une véritable république indépendante de laquelle ils établirent des autorités , des organisations propres et travaillèrent à la conservation de la langue, la religion, la musique, les danses et les coutumes, qui peu à peu se mélangèrent à celles des indigènes et des blancs selon le lieu de leur présence.
Les autorités élues prenaient des décisions politiques et militaires. Les marrons affranchis et armés d’outils élaborés par eux-mêmes comme des haches, des machettes, des pieux et des pierres, organisaient des attaques contre les esclavagistes et les autorités pour libérer leurs frères et pour se procurer de la nourriture et des armes. Leurs femmes les accompagnaient et pendant la préparation de la fuite, elles cachaient des graines dans leurs chevelure pour le nouvel ensemencement dans le palenque. D’autres formes d’établissement surgirent également à cette période.
En 1797, 5080 garifunas en provenance de l’île de San Vicente arrivèrent sur les côtes de Roatán, au Honduras actuel, pou rétablir leurs communautés.
Les membres de ce groupe fut transféré en tant que prisonniers de guerre après les batailles de résistance contre les anglais et les français pendant près de 40 années sur les côtes de ce qu’on connaît aujourd’hui sous le nom de l’île San Vicente, appelée à cette époque par les arawakan Yarume ou Yolome.
À leur arrivée au Honduras, les Garifunas négocièrent avec les espagnols de Trujillo et se fixèrent très vite sur des terres continentales, formant des communautés tout au long de la Côte Atlantique comprenant le Guatemala, Belize et le Nicaragua.
Un autre exemple d’établissement indigène afrodescendant est celui du peuple raizal dans l’Archipel de San Andrés, Providencia et Santa Catalina. Le peuple raizal est le produit de dynamiques coloniales qui débutèrent en 1527 avec des esclaves africains emmenés par des puritains britanniques, et leur mélange avec des peuples indigènes isthmiens et caribéens.
Les rébellions d’africains esclaves et de leurs descendants se produisirent sur tout le continent américain. Dans certains cas, les esclaves adoptèrent des noms africains, revendiquant ainsi leur africanité et forgeant des formes de résistance.
Ces tentatives connurent des fortunes diverses, de la reconnaissance d’autonomie de la part des autorités à la répression qui se voulait exemplaire avec l’exécution des insurgés .
Dans les Îles des Caraïbes au cours du 16ème siècle, les soulèvements qui se sont produits dans la raffinerie de l’amiral Diego Colón et la rébellion dirigée par le noir Miguel (1552) dans les mines de Buría (Venezuela), qui essaya d’unir les indiens et les marrons contre la domination coloniale, furent particulièrement importantes.
Au 18ème siècle se démarque la résistance organisée dans le quilombo de Palmares dans la forêt vierge brésilienne. Au cours du même siècle, deux guerres marronnes sont notables, en Jamaïque (1729-39, et 1795); le grand soulèvement des esclaves au Surinam (1772-1778); le soulèvement de Andresote au Venezuela (1732) et celui de Miguel Espinosa (1794).
Des esclaves enfuis de la raffinerie de Porto Calvo constituèrent au 17ème siècle une république dans le Brésil (correspondant à l’État actuel d’ Alagoas, dans la région de la 'Serra da Barriga') qui dura plus de quatre-vingt-dix ans, défiant tout d’abord les hollandais et la consolidation de la colonie portugaise plus tard.
Cette république fut le premier état libre de l’Amérique, et 30 000 hommes et femmes africaines de diverses ethnies et traditions linguistiques y vécurent.
Le développement de la République de Palmares fut tel que, non seulement il s’auto suffisait, mais il vendait commerçait également ses cultures ( le maïs, porotos, le manioc, la cane à sucre, papa et tabac)aux hameaux voisins comme Porto Calvo, Serinhaen, et Ipojuca. Son développement fut également politique, puisque les citoyens de Palmares formaient leurs dirigeants pour l’administration des quilombos.
Les quilombos qui faisaient partie de la République de Palmares (Obenga, Anadalaquituchs, Dambrabanga, Subupira, Acotirene, Tabucao, Zambi, et Macaco) élirent Ganga Zumba, qui peut se traduire par grand seigneur (maître)de la République.
Même si on ne connaît pas le nombre de Zumbis qu’il y a eu dans la République de Palmares, on sait grâce à des rapports coloniaux que les deux derniers hommes qui occupèrent cette charge ont défini par leurs attitudes le futur de Palmares.
En 1694, après deux années de résistance, les troupes commandées par les mercenaires de la couronne portugaise réussirent à détruire
Macaco - la capitale de Palmares. Le dernier Zumbi se sauva à cette occasion et revint pour diriger de nouvelles attaques, mais le 20 novembre 1695, il fut assiégé dans sa forteresse ou il mourut en combattant héroïquement l’ennemi.
À Bahia, en 1798 Lucas Dantas et Luis Gonzaga das Virgens qui étaient des soldats, Joao de Deus do Nascimento et Manuel Faustino dos Santos Lira (tailleurs ou couturiers) lancèrent la Revuelta de los Alfayates (Révolte des Tailleurs) ou Inconfidencia Bahiana.
Inspirés par les idéaux de la révolution française, le groupe prétendait proclamer la république sur la base des idées de liberté, d’égalité et de fraternité et la république.
Rendre compte de toutes les actions menées par les esclaves est un exercice exhaustif qui va au-delà des possibilités de ce guide. ..
Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga
Extrait du Manual de los Afrodescendientes de las Américas y del Caribe
www.unicef.org/lac/manualafrodesc2006(1).pdf
– Envoyé à l'aide de la barre d'outils Google"
L'histoire et la sociologie de la caraïbe, des antilles et du monde noir. Naviguons dans le passé de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Réunion et de l'Afrique
mardi, novembre 23, 2010
dimanche, novembre 21, 2010
Le Brésil célèbre la journée de la conscience noire
Le Brésil célèbre le 20 novembre 2010 la journée de la conscience noire. Cette date a été choisie en mémoire du chef d'une république d'esclaves fugitifs. Tué le 20 novembre 1695 par les grands propriétaires terriens, il est devenu au Brésil le symbole de la résistance contre l'esclavage. Le Brésil donc fête son métissage pourtant ses citoyens à la peau foncée sont souvent laissés en marge de la société. Reportage au meeting de lancement de la journée de la conscience noire, le 19 novembre à Rio de Janeiro.
Avec notre envoyé spécial à Rio de Janeiro, François Cardona
Sur la scène, un groupe de jeunes musiciens venus des favelas. Parmi les spectateurs, peu de peaux blanches, évidemment. Au Brésil, selon le dernier recensement, qui date d’il y a 10 ans, la moitié des habitants se disent noirs ou métisses. Pourtant les inégalités continuent d’être criantes comme le regrette Paulo.
Il est métallurgiste comme le président brésilien, qui a finalement annulé au dernier moment sa visite à ce meeting annuel de la conscience noire : « Les gens, sur leur carte d’identité, doivent mettre s’ils sont métisse, noir ou blanc. Il faut cocher simplement. Et moi j’ai mis noir. Bien sur. Les inégalités ont pas mal diminué, mais pas pour les salaires. Une femme noire sera toujours moins bien payée ».
Non loin, le jeune Luis Claudio Borges est lui aussi venu assister au meeting. Il est coordonnateur du Forum de la jeunesse noire, et son constat est amer : « Aujourd’hui, sur 10 jeunes tués, 7 sont noirs. Le Brésil a bien avancé, mais il reste beaucoup à faire. L’un des plus graves problèmes c’est qu’il n’y a quasiment aucun noir dans les sphères de décision politique. Et nous luttons contre ça aussi ! »
En cause, un accès limité à l’éducation, Et un débat sur une politique des quotas dans les universités qui n’en finit pas. Le Brésil a encore bien des efforts à faire pour arriver à l’égalité entre blancs et noirs.
vendredi, novembre 12, 2010
Hélène Vignaux, Esclavage, traite et évangélisation des Noirs dans le Nouveau Royaume de Grenade au xviie siècle
Thèse de doctorat soutenue à l’Université de Paris X-Nanterre le 12 décembre 2003 (dirigée par Alain Milhou, Thomas Gomez et Nikita Harwich)*
p. 341-344
Texto integral
1Cette thèse analyse les conditions d’insertion de la population d’origine africaine dans la société coloniale de Nouvelle Grenade au xviie siècle, à travers l’étude des relations sociales, culturelles et spirituelles, et en s’appuyant sur des sources diverses et nombreuses où Noirs et Mulâtres apparaissent comme acteurs, témoins ou victimes. L’évangélisation des Noirs étant indissociable de leur condition habituelle d’esclave et de la finalité commerciale qu’était la traite, il était important de rappeler tout d’abord l’évolution de ces deux facteurs, ainsi que le contexte politique, économique et social dans lequel ils s’étaient développés. Afin de mieux cerner les divers comportements des esclaves dans leur adaptation progressive ou leur résistance aux normes que l’on voulait leur imposer, une étude des motifs qui permirent à l’opinion publique de légitimer la traite des Noirs s’avérait également indispensable. Enfin, la question religieuse étant la principale raison invoquée pour justifier un tel trafic, une large place a été consacrée à l’étude du processus d’évangélisation des Noirs en Nouvelle Grenade, en distinguant le plus possible les lieux, les époques et les méthodes. Ce travail est divisé en trois parties.
La première partie expose à la fois l’implantation et le fonctionnement général de la traite négrière.
Le premier chapitre évoque tout d’abord la politique des Couronnes portugaise et espagnole à l’égard de la traite des Noirs ainsi que l’institution du patronato regio, système en rapport étroit avec le processus d’évangélisation dans les colonies des royaumes ibériques puisque le pouvoir de commander et de s’immiscer dans l’administration religieuse avait été donné à des pouvoirs laïques. L’Espagne recourut au système des licences, puis à celui des asientos. Les principales caractéristiques de ces contrats d’importation de main-d’œuvre esclave sont décrites jusqu’à la levée progressive des obstacles à la libre circulation des navires négriers. Les conditions matérielles dans lesquelles s’organisait ce trafic sont ensuite évoquées, avec les méthodes d’approvisionnement en esclaves pratiquées dans certaines régions d’Afrique où se tenaient les factoreries ou les marchés, la prise en charge des esclaves, leur transport et leurs conditions sanitaires, tous éléments ayant inévitablement eu des répercussions psychologiques, religieuses et culturelles sur les esclaves débarqués en Amérique.
Le second chapitre a tenté de déduire l’origine ethnique, et donc l’appartenance culturelle, des Noirs débarqués en Nouvelle Grenade, ainsi que leur nombre, dont l’estimation, quoique relative, donne une idée de l’importance de ce commerce. L’étude des demandes de licences a mis en lumière l’accroissement de la demande de main-d’œuvre noire et a établi la répartition des esclaves dans les mines, les haciendas ou les villes ainsi que leurs différents emplois, ce qui permet d’avoir un nouveau regard sur les conditions de la vie coloniale hispanique de cette époque. La description de l’accueil des esclaves à Carthagène des Indes (ville topique à cet égard en tant qu’important port négrier situé sur la mer des Caraïbes), des formalités administratives et sanitaires de rigueur, des règles régissant leur vente, ainsi que des fraudes et de la contrebande les concernant offre une vision d’ensemble de l’organisation de la traite.
La deuxième partie met en avant l’argumentaire des « justificatifs » de l’esclavage et de la traite, sachant que l’une des principales raisons invoquées pour « légitimer » cette pratique était d’ordre religieux.
Dans un premier temps, je rappelle les principales prises de position, personnelles et non de magistère, des papes sur le sujet de la légitimité de l’esclavage des Noirs et les difficultés d’interprétation qu’elles soulèvent. Sont présentés ensuite quelques théories justifiant la réduction en esclavage ainsi que les débats controversés des théologiens juristes espagnols des xvie et xviie siècles, qui aboutirent parfois à une remise en cause du principe même de la colonisation. La controverse atteint une dimension différente en Amérique grâce à la position théorique originale, et totalement nouvelle pour l’époque, du jésuite Alonso de Sandoval tirée de son expérience pastorale auprès des esclaves de Carthagène des Indes et exposée dans son ouvrage De instauranda Aethiopum salute (1627).
Un deuxième chapitre met en évidence l’immense écart entre les obligations théoriques légales et morales des maîtres et la mise en pratique de celles-ci en Nouvelle Grenade. Les relations sociales, juridiques et politiques qui y sont décrites brossent un tableau de la vie quotidienne de la société néo-grenadine au xviie siècle. La recherche de la perception de la relation esclave-maître a fait ressortir des situations de contestation ; certains esclaves contournant les obstacles et adaptant, en leur faveur, des mesures qui leur étaient en principe défavorables. Les différents moyens, légaux ou non, qu’avaient les esclaves pour accéder à la liberté sont aussi évoqués. Une place spéciale est accordée à l’étude des palenques. Leur organisation interne est minutieusement décrite : répartition hiérarchique, existence d’esclaves, complicités diverses pour la fourniture de vivres et d’armes…
La troisième partie porte sur l’accès des Noirs néo-grenadins à la religion chrétienne au xviie siècle, et s’appuie sur les éléments historiques, idéologiques et institutionnels fournis dans les deux parties précédentes.
Le premier chapitre évoque le contexte dans lequel s’effectua cette évangélisation. Il présente les principales caractéristiques de l’implantation portugaise du christianisme en Afrique (l’action des Portugais, leurs piètres résultats et les répercussions sur le travail pastoral du clergé s’occupant des esclaves en Amérique) ainsi que le cadre institutionnel de l’implantation de l’Église catholique dans l’Amérique espagnole, en particulier en Nouvelle Grenade (le rôle de la Couronne espagnole, l’installation du clergé, tant séculier que régulier, ses charges, ses obligations et ses nombreuses déficiences, aussi bien dans sa formation que dans sa conduite et ses effectifs).
Le deuxième chapitre analyse l’appareil de l’Église néo-grenadine mis en place à différents niveaux – conciliaires, diocésains et paroissiaux – pour administrer la vie religieuse des Noirs et leur faire suivre les normes catholiques. Les dispositions civiles et ecclésiastiques qui se rapportent à la pastorale des Noirs y sont étudiées, notamment par l’examen des catéchismes élaborés lors des conciles et des synodes tenus en Nouvelle Grenade. D’autre part, les déplacements de population dus au déclin de l’encomienda et la prédominance progressive de l’hacienda, entraînèrent un aménagement des structures rurales : l’Église dut modifier au mieux l’espace pastoral, soit en changeant les limites des paroisses existantes, soit en créant de nouvelles paroisses au détriment des précédentes, soit en recourant à la création territoriale de doctrines spécialisées pour les Indiens et/ou pour les Noirs. À partir de l’étude de créations et de désagrégations de paroisses et de doctrines, le travail d’évangélisation réalisé dans les différents évêchés (Carthagène, Santa Marta, Popayán et Santafé) est décrit. On constate ainsi que, dans certaines zones où la population indigène avait été décimée, les Noirs, en plus grand nombre, bénéficiaient d’un temps d’enseignement plus long que les Indiens qui devaient parfois se déplacer jusqu’au lieu où le prêtre effectuait l’enseignement religieux (ou doctrine) pour l’ensemble des « survivants » dispersés dans les campagnes reculées. Néanmoins, les difficultés rencontrées dans l’évangélisation des Noirs étaient des plus diverses et malaisées à résoudre parce qu’elles relevaient des décisions d’autorités successives, tant laïques que religieuses. L’examen du cas par cas met en évidence les principaux points de friction (contestation des délimitations des zones d’évangélisation qui avaient une répercussion sur l’attribution des dîmes, refus de certains bénéfices ecclésiastiques, en particulier dans les campagnes en raison de l’éloignement, du climat, de la pauvreté du pays ou du manque de ferveur religieuse) et permet d’apprécier les conditions matérielles dans lesquelles se faisait l’évangélisation des Noirs, celles-ci variant d’un évêché à l’autre.
Le troisième chapitre décrit les rouages du système original mis en place par les Jésuites dont le rôle, dans l’évangélisation des Noirs, fut primordial dans les villes où ils avaient des Collèges, en particulier à Carthagène des Indes où, en raison des pratiques pastorales douteuses des prêtres portugais en Afrique, ils s’étaient presque exclusivement consacrés à cette tâche. L’action entreprise dès 1608 par le recteur des Jésuites de Carthagène pour créer des « missions de Guinée » afin d’assurer efficacement et exclusivement l’évangélisation des Noirs par son Ordre est d’abord soulignée. Une attention particulière est portée à la méthode d’évangélisation des Noirs préconisée par Alonso de Sandoval dans le traité De instauranda Aethiopum salute et appliquée par son disciple Pierre Claver dont l’œuvre est mise en valeur, autant dans sa dimension pédagogique que dans sa dimension humaniste (protection et défense des esclaves). La « méthode jésuite » consistait, en ne conservant que les gestes indispensables à la validité canonique des sacrements, à se mettre au niveau de leurs récipiendaires, en recourant également aux interprètes pour surmonter l’obstacle de la langue, et en utilisant des procédés pédagogiques adaptés tels que l’image, les répétitions mnémotechniques et les récompenses.
Le quatrième chapitre expose les rapports qu’entretenaient les Noirs avec la religion en Nouvelle Grenade. Pour évaluer le degré d’africanité persistante dans les pratiques, voire de résistance à l’acculturation hispanique, les principales caractéristiques des religions d’Afrique occidentale sont brièvement rappelées afin de les comparer à ce que furent les pratiques des Noirs du Nouveau Royaume et de déterminer ainsi s’il y eut, ou non, acculturation, syncrétisme ou juxtaposition des croyances. Sont présentés ensuite les moyens mis en œuvre par l’Église néo-grenadine pour obtenir, conserver ou accentuer la dévotion des Noirs, notamment à l’occasion des fêtes religieuses et par l’intermédiaire des confréries, ainsi que les moyens de contrôle utilisés pour éviter les déviances religieuses et morales des Noirs. Les missions aux résultats pastoraux « spectaculaires » qu’organisaient les religieux constituaient, tout comme les visites de l’évêque et du gouverneur-visitador, des moyens indirects de contrôler la rectitude de vie de la population servile ; les associations telles que les confréries ou les cabildos, ciment de la communauté chrétienne locale et de celui de la communauté culturelle de ses membres, furent aussi un moyen de contrôle social. Il s’y adjoignait également la surveillance par l’Inquisition à laquelle les Noirs, à la différence des Indiens, étaient soumis. En dépit de ce contrôle et des efforts pour évangéliser les Noirs, les cas de résistance à la conversion à la foi chrétienne sont nombreux, ceci étant particulièrement visible chez les mahométans. Les différents cas de pratiques déviantes telles que le blasphème, le reniement, la magie et la sorcellerie sont examinés. Certaines de ces pratiques relèvent d’un syncrétisme afro-chrétien, d’autres peuvent être considérées comme actes de résistance à l’acculturation. La fin du chapitre est consacrée à l’examen de la situation religieuse dans les palenques et tente de déterminer si la religion catholique parvenait jusqu’à leurs habitants, quelles qu’aient été leurs pratiques religieuses et leur degré de conversion. Ceci conduit à l’étude du rôle des prêtres, non seulement pastoral mais aussi politique, lorsqu’ils intervenaient dans les négociations de paix avec le gouvernement, et, au-delà, à situer le rôle des palenques dans l’évolution de la vie sociale.
Notas
* Composition du Jury : Jean-Pierre Tardieu (président), Université de la Réunion ; Thomas Gomez et Joseph Farré, Université de Paris X-Nanterre ; Rodolfo De Roux, Université de Toulouse II-Le Mirail ; Bernard Vincent, EHESS.
Para citar este artigo
Referência electrónica
« Hélène Vignaux, Esclavage, traite et évangélisation des Noirs dans le Nouveau Royaume de Grenade au xviie siècle », Mélanges de la Casa de Velázquez [Online], 35-2 | 2005, posto online em 18 Outubro 2010, Consultado o 12 Novembro 2010. URL : http://mcv.revues.org/2460
vendredi, octobre 29, 2010
Traite négrière
"Nous pensons avoir établi que l’Afrique au sud du Sahara, avec un climat tout de même peu différent dans l’ensemble de celui d’aujourd’hui, nourrissait largement, dans le contexte d’une économie préindustrielle, une population de 600 à 800 millions d’habitants, fin 15è/début 16è siècle, représentant une moyenne de 30 à 40 habitants au km2. »
Au 19è siècle, la population africaine n’est plus que d’environ 150 millions d’habitants ; soit 4 à 5 fois moins qu’à l’orée de la Traite transatlantique. Cette traite négrière européenne a donc décimé plusieurs centaines de millions d’Africains ; au lieu des chiffres ridicules habituellement évoqués par les descendants d’esclavagistes. C’est cette réalité, d’un effondrement démographique (mais aussi culturel, politique, agricole, économique, technique, scientifique, etc.) sans précédent que « la vérité sur l’esclavage » tente grossièrement de dissimuler."
Quant aux chiffres : "estimation de Louise Maes Diop qui precise entre 600 millions et 800 millions"
Libellés :
Traite négrière
mercredi, octobre 20, 2010
Le mystère de la rue du chevalier-de-Saint-George
On sait que la rue Richepance, à Paris, longue d’une centaine de mètres, est devenue en 2001 la rue du chevalier-de-Saint-George. On sait aussi que la plaque mentionnant cette nouvelle dénomination était , à l’origine, une succession d’erreurs et d’incongruités liées au fait que les édiles parisiens ne s’était visiblement pas adressés, à l’époque, aux bonnes personnes, c’est le moins que l’on puisse dire, pour avoir des informations sérieuses sur le héros. D’abord le chevalier de Saint-George était privé de patronyme. Ensuite on le faisait naître en 1739 simplement parce que les informateurs de la mairie, autoproclamés biographes officiels, s’étaient fondés sur l’acte de décès du chevalier dont l’âge est estimé par erreur à 60 ans en juin 1799, pour en inférer qu’il était donc né en 1739. Des esprits plus déliés auraient compris que le chevalier, étant mort, ne pouvait demander aux officiers de l’état civil du Directoire de préciser qu’il n’avait pas soixante ans, mais seulement cinquante trois au jour de son trépas, puisqu’il était né le 25 décembre 1745, ce qu'attestent au moins trois biographes, au nombre desquels j'ai le plaisir de m'inscrire. Mais comme si cela ne suffisait pas, sur la plaque d’origine, le métier de Saint-George restait vague : «musicien et chef d’orchestre». L’épithète « compositeur » n’était pas venue à l’esprit des rédacteurs. Par ailleurs, sa célébrité d’escrimeur et celle de violoniste, qui lui ont valu aussi de passer à la postérité, disparaissaient. Mais ce n’était pas encore fini. Saint George devenait « colonel de la garde nationale », alors qu’il fut élu seulement capitaine à Lille, mais que ses épaulettes de colonel lui furent en revanche officiellement décernées pas la Convention en qualité de chef de brigade de la légion des Américains et du Midi, futur 13e Chasseurs. Ce n’était pas un titre de complaisance attribué par des camarades, mais le premier grade d’officier supérieur accordé en France par un gouvernement à un afro-descendant. Du coup son rôle fédérateur pour lever et commander une troupe d’Antillais et d’Africains pendant la Révolution se trouvait effacé. Pas de patronyme, six ans d’erreur sur l’état-civil, un emploi et un grade approximatifs. Et surtout aucune allusion aux origines. Pas d’esclavage ni de Guadeloupe. Je ne reviendrai pas sur le choix assez curieux qui consistait à opposer Saint-George à Richepance. J’aurais préféré que la rue Saint-George fût plus longue (pourquoi ne pas débaptiser la rue Bonaparte qui fut plus coupable que Richepance puisque les ordres venaient de lui ?), j'aurais aimé que la rue Richepance devînt rue Delgrès ou rue Ignace. Une rue Ignace, ce n’est pas pour demain. Mais Delgrès a un « passage ». C’est déjà ça. Le 15 avril 2010 j’ai exprimé une fois de plus, lors d’une conférence accompagnant la sortie de mon dernier ouvrage, Mémoires du chevalier de Saint-George, mon sentiment sur la nécessité qu’il y aurait, un jour, de rectifier, en donnant les éléments évoqués ci-dessus. Il semblerait que, depuis, la rectification ait bien été faite, en tout cas sur certain points. Sur une nouvelle plaque, la date de naissance est correcte (1745), Saint-George accède enfin à la dignité de compositeur et de colonel de la légion des Américains et du Midi. Cependant, il perd sa particule, mais en gardant son titre de chevalier. Jusque là, rien de bien mystérieux. Mais là où l’affaire se complique, c’est que la mairie de Paris n’a jamais fait changer les plaques de cette rue, même si elle en a eu le projet, suite à mon intervention. Les plaques de la rue du chevalier-de-Saint-George se seraient donc changées toutes seules et nuitamment. Autre explication : quelqu’un les aurait changées. Les commerçants du quartier se sont offusqués, paraît-il, se la disparition de la particule. Les maires des deux arrondissements concernés, MM. Lebel et Legaret, auraient même déposé une plainte à laquelle le procureur aurait attaché toute l’importance qu’elle méritait. Il y aurait même eu des dénonciations, dont une m’accusant nommément, oui moi, Claude Ribbe, d’être venu avec ma salopette, mon échelle et ma caisse à outils, par une nuit de printemps, à quelques dizaines de mètres du consulat des Etats-Unis, dans le quartier de l'Elysée, et sous la protection de la police, dévisser, revisser et riveter en toute quiétude une fausse vraie plaque d’où deux erreurs auraient disparu pour une troisième ajoutée. On aurait même aperçu le chevalier tenant l'échelle.
On se doute que les enquêteurs n’ont pu découvrir les auteurs de cette curieuse initiative, dont je n’arrive toujours pas à comprendre les mobiles. S’agit-il d’un admirateur de Saint-George, excédé par une telle accumulation de contrevérités sur une plaque de rue ? Est-ce un de mes ennemis, par ailleurs maladivement obsédé par Saint-George, qui ne se serait donné tout ce mal que pour mieux m’accuser ensuite de vandalisme ? Je ne sais. En tout cas j’ai eu l’insigne honneur d’être contacté (très poliment) par un officier de police judiciaire qui s’est cru obligé, après m’avoir appris la curieuse nouvelle, de me faire comprendre que j’avais été dénoncé. Du coup, il se s’est intéressé à mes livres. J’aurai donc gagné un lecteur. Un admirateur, peut-être. Toujours est-il que les plaques ne vont toujours pas et que la mairie de Paris va devoir les remplacer. Il y a peu de chances, cette fois, que les erreurs soient rétablies. Mais au cas où le généreux pourvoyeur de plaques ou le malade mental que Saint-George et moi obsédons à ce point serait prêt à une nouvelle action, je lui suggère cette fois la rédaction idoine, qu’on en finisse.
Rue du chevalier de Saint-George (Joseph de Bologne de Saint-George, Guadeloupe 1745- Paris 1799) Compositeur, violoniste et escrimeur Colonel, en 1792, de la légion des Américains et du Midi.
On se doute que les enquêteurs n’ont pu découvrir les auteurs de cette curieuse initiative, dont je n’arrive toujours pas à comprendre les mobiles. S’agit-il d’un admirateur de Saint-George, excédé par une telle accumulation de contrevérités sur une plaque de rue ? Est-ce un de mes ennemis, par ailleurs maladivement obsédé par Saint-George, qui ne se serait donné tout ce mal que pour mieux m’accuser ensuite de vandalisme ? Je ne sais. En tout cas j’ai eu l’insigne honneur d’être contacté (très poliment) par un officier de police judiciaire qui s’est cru obligé, après m’avoir appris la curieuse nouvelle, de me faire comprendre que j’avais été dénoncé. Du coup, il se s’est intéressé à mes livres. J’aurai donc gagné un lecteur. Un admirateur, peut-être. Toujours est-il que les plaques ne vont toujours pas et que la mairie de Paris va devoir les remplacer. Il y a peu de chances, cette fois, que les erreurs soient rétablies. Mais au cas où le généreux pourvoyeur de plaques ou le malade mental que Saint-George et moi obsédons à ce point serait prêt à une nouvelle action, je lui suggère cette fois la rédaction idoine, qu’on en finisse.
Rue du chevalier de Saint-George (Joseph de Bologne de Saint-George, Guadeloupe 1745- Paris 1799) Compositeur, violoniste et escrimeur Colonel, en 1792, de la légion des Américains et du Midi.
Claude Ribbe
source
jeudi, octobre 14, 2010
Alain Locke (1885-1954) et la Renaissance de Harlem
Alain Locke.
Alain Locke est une des grandes figures noires américaines de la génération née après l’abolition de l’esclavage (1865), c’est-à-dire celle qui a pu accéder aux études supérieures et à faire carrières dans l’enseignement ou dans les professions libérales, voire dans le domaine politique. La période dite de la “Reconstruction” (1865-1875) est marquée par l’émergence des premières universités noires (Atlanta, Fish, Howard, Oberlin, Hampton, Tuskegee…). C’est ainsi que W.E.B. Du Bois (1868-1963), Carter Godwin Wood (1875-1950) et Alain Locke (1885-1954), entre autres, ont pu étudier respectivement à Fisk University et rejoindre par la suite l’Université d’Harvard pour leurs doctorats d’Histoire (Du Bois et Woodson) ou de Philosophie (Locke). Du Bois et Locke auront même la possibilité d’aller étudier en Europe, à l’Université de Berlin et à Oxford.
Mais comme le contexte post-Reconstruction tourna très vite à la ségrégation raciale et au lynchage (les lois Jim Crow), cette élite noire, formée dans ces grandes universités, va se trouver devant des responsabilités nouvelles, à savoir comment, d’une part, lutter contre ces lois et pratiques ségrégationnistes et, d’autre part, réhabiliter l’image de l’homme noir. Deux outils vont être créés pour répondre aux enjeux de ce nouveau contexte : un mouvement des droits civiques pour transformer les rapports de domination entre monde blanc et monde noir et un mouvement littéraire et artistique, connu sous le nom de Harlem Renaissance (la Renaissance de Harlem), mais également nommé le “Mouvement du Nouveau Nègre”.
La Renaissance de Harlem
Même si dans l’imaginaire mondial Harlem est associé à la communauté afro-américaine, ce quartier situé au nord de Manhattan était, au début du XXème siècle, un quartier blanc, de surcroît, interdit aux Noirs. Mais, entre 1911 et 1922, Harlem devient un quartier noir gagné par un foisonnement artistique et littéraire. Et ce, grâce à un double mouvement : l’afflux d’émigrants noirs — plusieurs milliers — en provenance du sud vers les villes industrielles du nord, à la recherche du travail, de moins de discriminations raciales et de nouveaux espaces, et, d’autre part, la désertion progressive de ce quartier par la communauté blanche.
En effet, durant cette période, Harlem attire une foule d’artistes de talents : écrivains, peintres, sculpteurs, photographes, musiciens, acteurs, hommes de spectacles, avocats, médecins et hommes d’affaires. Les grandes Églises noires, les associations, la plupart des organisations sociopolitiques noires, les rédactions des journaux tels que “Amsterdam News, Age” et “The Negro World”, s’y installent également. Ce bouillonnement culturel et artistique est animé par de jeunes écrivains de talents, formés à Harvard ou dans d’autres universités : Langston Hugues (1902-1967), journaliste, poète et dramaturge ; Countee Cullen (1903-1946), poète ; Claude Mckay (1889-1948), poète et romancier ; Sterling Brown (1901-1989), poète et écrivain ; Jean Toomer (1894-1967), poète et romancier ; Zora Neale Hurston (1891-1960), romancière, anthropologiste et l’historien et Arturo Alfonso Schonburg (1874-1938), surnommé le père de l’histoire noire américaine, parmi les plus connus.
Les créations artistiques et littéraires explosent et les premières barrières tombent. En 1922, Claude Mckay publie son recueil de nouvelles “Harlem Shadow”. C’est un succès qui dépasse les cercles de gens de couleur. Une année plus tard, les poèmes de Countee Cullen, sont publiés dans les quatre publications de la communauté blanche. Les œuvres de Langston Hugues et quelques autres séduisent également les Blancs. Dans la même période, Bessie Smith enregistre “Downheated blues” et “Gulf Coast blues” et s’impose comme la grande chanteuse de blues dans l’ensemble des États-Unis. En 1924, Duke Ellington (1899-1974) débarque à New York avec son orchestre, The Washingtonians, pour y intégrer la scène du jazz, courant musical, inventé dans le Sud, qui connaît alors un grand engouement. Louis Armstrong (1901-1971) qui se produit au célèbre Roseland Ballroom fait de l’orchestre de Fletcher Henderson, le plus populaire de New York. Joséphine Baker(1906-1975) fait son apparition à Broadway dans le spectacle “Chocolate Dandies”. Le Cotton club, le plus vaste et le plus célèbre cabaret de Harlem, ouvert jusqu’ici seulement aux Blancs, ouvre ses portes à Duke Ellington et quelques autres artistes noirs.
En l’espace de quelques années, Harlem s’est imposé non seulement comme le centre de New York mais comme la « capitale mondiale de la culture noire ». La culture noire, dans sa diversité créatrice, est reconnue, récompensée et diffusée plus largement. Elle féconde par sa créativité la culture américaine.
Valoriser l’identité noire
Si ce mouvement, connu sous le nom de Renaissance de Harlem, a pris une telle ampleur dans les années 20, avant de connaître un certain déclin avec la crise économique mondiale de 1929, c’est, certes, grâce à la présence de nombreux artistes et écrivains noirs à Harlem. Mais cela est dû également au soutien financier des hommes tels que le photographe et écrivain blanc Carl Van Vechten (1880-1964), le philosophe Afro-américain Alain Locke et au soutien de la presse, de W.E.B. Du Bois, de son magazine “The Crisis” et de son organisation qui milite en faveur de l’égalité des minorités (voir notre article sur Du Bois dans le journal “Témoignages” du 21 juin 2010).
L’objectif de cette élite noire de Harlem est de valoriser l’identité noire américaine en insistant sur les notions de fierté, d’estime et de réalisation de soi, tout en dénonçant les injustices et les intolérances et en réclamant une pleine et entière citoyenneté pour tous. Ce programme est esquissé par Alain Locke, en 1925, dans le “New Negro, An Interpretation”, anthologie réunissant à la fois des contributeurs venus de divers horizons — hommes et femmes, noirs et blancs, américains, antillais et européens — et rassemblant des textes et des œuvres de création ainsi que des essais critiques, sociologiques, anthropologiques et historiques pour mettre en perspective et en question les rapports de domination auxquels on a soumis le monde noir, tout en cherchant une nouvelle logique pour penser la rencontre et l’interaction entre les cultures : la logique du « donner et du recevoir ».
La participation d’Alain Locke au mouvement de la Renaissance de Harlem et son soutien aux artistes, écrivains et musiciens de Harlem sont connus et reconnus, tout comme son implication pour la reconnaissance de la culture afro-américaine. En 1925 toujours, il édite dans le magazine “Survey Graphic” un numéro intitulé Harlem : “Mecca of the New negro” (“La Mecque du renouveau noir”) consacré à la renaissance de Harlem. Pour Locke, le« Mouvement du Nouveau Nègre » marque une rupture dans la vie des Afro-Américains, comme le terme “Nouveau” l’indique. Ils ont su répondre à leur environnement ségrégationniste par la solidarité, l’inventivité et la création. « Cette renaissance de la dignité et de la confiance en soi ouvre une nouvelle phase à la vie de la communauté nègre », écrit Locke dans “The New Negro”.
L’influence de l’homme noir sur la culture des Amériques
Pour aider le nègre à se construire positivement, quoi de mieux que de montrer son influence dans la culture de l’Amérique et des Amériques ? C’est la tâche que s’est donnée Locke à travers deux essais : “The Negro’s Contribution to American Art et Literature” (1928), “The Negro’s Contribution to American Culture” (1939) et une série de six conférences délivrées et publiées en Haïti en 1943 sous le litre “Le rôle du Nègre dans la culture des Amériques”. Les Éditions l’Harmattan nous ont proposés, en 2009, sous le même titre, une réédition de ces conférences, avec une présentation d’Antony Mangeon.
Mais déjà, dans “The Souls of Black Folk” (1903), Du Bois avait souligné en conclusion de son ouvrage la contribution majeure de son peuple à l’histoire culturelle, sociale et économique de l’Amérique. Pour Locke, les Afro-américains ont contribué tout autant que les Blancs à la formation de la nation américaine. Il recense dans une de ses conférences intitulée : “Les réalisations des Nègres aux États-Unis” les contributions artistiques et scientifiques des Noirs, tout en dressant une liste biographique de modèles noirs de réussite.
La culture populaire américaine est née et s’est nourrie des échanges entre Blancs et Noirs et ce, dit-il, depuis l’interaction entre le maître et l’esclave. L’interaction est toujours à l’œuvre dans la rencontre entre porteurs de cultures différentes, dit Locke inlassablement. Il y a toujours influence réciproque entre majorité et minorité, entre Noirs et Blancs. Il formule dès 1930 un principe de « libre échange et de réciprocité culturelle », participant à cette nouvelle logique d’intégration sociale, tout en insistant sur la notion du don.
La réflexion de Locke sur la place du Noir déborde le local et le national pour atteindre le transnational. Pour Locke, il existe une expérience culturelle commune à tous les peuples qui ont connu l’esclavage et dont l’héritage africain, entre rupture et continuité, est le ciment.
“Like Rum in the Punch”
Ce positionnement lui interdit toute séparation raciale. Pour Locke, qui n’ignore pourtant pas les effets du racisme, la « race » est un marqueur de division de la société. Locke ne comprend pas comment une société — la société américaine — qui met l’idée de démocratie au cœur de son identité peut discriminer sur son territoire des millions d’hommes en raison de leur « race ». Et il en appelle à la formation d’un nouveau modèle de démocratie respectueuse de toutes les différences. « En Amérique, nous sommes tous des Suisses, mais encore plus mélangés », écrit-il.
Exit donc toute identité culturelle noire au profit d’un melting pot ? Nullement. Mais tout en affirmant la singularité nègre, est affirmé également et simultanément l’intrication et la« fertilisation réciproque » (« cultural cross-fertilization ») des héritages africains et européens. « Les produits culturels nègres, commente Antony Mangeon, sont alors définis, dans une curieuse alliance de mots, comme des « hybrides distincts » (« distinctive hybride »), issus du métissage culturel mais avec des « accentuations particulières sur certains éléments communs aux Noirs et aux Blancs ». Et l’image qui lui vient à l’esprit pour décrire l’influence culturelle nègre est le rhum , né dans le contexte de la traite et de l’esclavage. Image suggestive de l’importance de la culture noire.
Ceux et celles qui réfléchissent sur la question du vivre-ensemble savent que les idées de Locke sur la rencontre des cultures, l’identité culturelle, l’hybridité, une vision transnationale de la question noire, sont toujours l’objet de nos débats et de nos recherches. C’est dire toute l’actualité de sa pensée.
Reynolds Michel
Sources
mercredi, octobre 13, 2010
Bienvenue aux parents haïtiens, de retour dans le pays de leurs ancêtres
Si la République d’Haïti est si chère au cœur du monde noir, c’est parce qu’elle incarne un symbolisme incandescent, un modèle admirable de dignité et de courage, d’humanisme et de grandeur, de fierté et d’audace et une continuité historique de résistance et de stoïcisme, qui a su affronter toutes les épreuves, malgré une conspiration internationale sournoise et obstinée, qui a déployé des trésors d’ingéniosité, pour l’empêcher, à tout prix, d’être une référence et un exemple pour l’Afrique et sa Diaspora.
Ce fut le 06 Décembre 1492, que Christophe Colomb, après avoir jeté l’ancre dans l’Île d’Espagnola, y établit l’autorité de l’Espagne. Les premiers africains ont été débarqués à Haïti, dès 1503. Ce processus connut une accélération, à partir de 1515, lorsque le religieux LAS CASAS parvint à convaincre Charles QUINT, de renoncer à utiliser les indiens, qui occupaient l’île avant l’arrivée des espagnols, dans les travaux des mines et des plantations et à les remplacer par la main-d’œuvre noire dans la culture de la canne à sucre, de l’indigo et du tabac et l’exploitation de l’or.
Dès 1526, des troubles sont signalés dans les rangs des esclaves noirs, à cause des mauvais traitements que leur infligeaient leurs bourreaux blancs.
Malgré la cruauté de la répression, cette forme de résistance n’a, jamais, cessé. Ce furent les espagnols, qui restèrent les maîtres de l’île jusqu’au début du 17ème siècle, qui en portent, largement, témoignage.
Les français ne prirent pied sur cette terre, qu’en 1625.
40 ans plus tard, Louis XIV y nomma un Gouverneur.
En 1697, date de la signature du Traité RUYSWICK, consécutive à la guerre de la Ligue d’AUGSBOURG, la France obtint de l’Espagne, la propriété du tiers de l’Île de Saint Domingue.
Pendant tout le 18è siècle, elle est considérée comme « la perle des Antilles » et contribuera, fortement, à enrichir la Métropole.
Un pays comme le Sénégal, a d’autant plus de devoirs, vis à vis de Saint Domingue, que, selon Jean FOUCHARD, sur les 355 navires négriers, qui ont jeté l’ancre au cap Haïtien, entre 1783 et 1789, près d’une cinquantaine, au moins, venaient de notre pays, alors que la traite négrière sévissait, à vaste échelle, sur toute la côte occidentale d’Afrique.
Ce fut un fils de Gorée, Jean Baptiste BELLEY, qui, lors des Assemblées Révolutionnaires, proposa que le mot Fraternité soit ajouté à la Devise française, qui, à l’origine, se résumait à Liberté et Egalité.
Cet attachement du peuple haïtien à des valeurs cardinales fortes, a poussé le Contre-amiral d’ESTAING, à se porter, avec 800 soldats, au secours des troupes de Georges WASHINGTON, à la bataille de Savannah, mettant, ainsi, en échec la contre- offensive, que le Colonel MAITLAND avait déclenchée, pour couper la retraite de l’Armée américaine et anéantir l’essentiel de ses troupes.
Ce fut au nom des mêmes valeurs, que, pour mettre fin aux injustices, à l’oppression et aux humiliations infligées par les 30 000 colons blancs à l’écrasante majorité du peuple noir, que la révolte armée éclata en 1791, pour gagner, ensuite, peu à peu, toute l’île, avant de connaître son épilogue, par un pacte de sang, à l’occasion duquel, les révolutionnaires haïtiens s’engagèrent à mettre un terme à l’esclavage et à libérer leur pays de la domination coloniale, fût-ce au prix de leur vie.
Et, c’est pourquoi, lorsqu’en 1793, les révoltés haïtiens décrètent la suppression de l’esclavage (mesure qui ne sera prise par la Convention, en France, qu’un an après, c’est-à-dire, en 1794), les propriétaires d’esclaves se dressèrent comme un seul homme, pour faire échec à cette décision.
Le Combat du peuple Haïtien n’en triompha pas moins, puisque, le 14 Décembre 1801, Saint Dominique proclama sa propre Constitution (l’une des plus avancées de l’époque), remplaça le nom de l’île de Saint Domingue, par celui d’Haïti (exemple que N’KRUMAH va dupliquer, en 1957, en remplaçant le nom de Gold Coast, par celui de Ghana), que les Indiens Harawaks, qui occupaient l’île avant l’arrivée de Christophe COLOMB, avaient donné à leur pays et organisa la résistance, pour faire face au projet de reconquête de Napoléon.
Ce dernier, après le coup d’Etat du 18 Brumaire, qui le nomma 1er Consul, décida d’envoyer plus de 80 vaisseaux, fortement équipés, pour rétablir l’autorité de la France dans l’île, sous la houlette du Général LECLERC. Sa mission consistait à reconquérir Saint Domingue, à y rétablir l’esclavage, par la force, à arrêter tous les meneurs et à les exiler, cela fait, en Métropole.
Toussaint LOUVERTURE était l’âme de cette insurrection armée.
Attiré dans un guet-apens, honteusement arrêté, exilé du Fort de Joux, il y meurt en 1803, dans des conditions mal éclairées.
Sa disparition, loin d’affaiblir la révolution, la radicalisa, au contraire.
Tour à tour, les Généraux LECLERC, puis ROCHAMBEAU et leurs troupes sont écrasés.
A la bataille de Vertières, le 18 Novembre 1803, la révolution haïtienne triompha, définitivement, de la colonisation.
Le 31 Décembre, les Généraux noirs, réunis à Gonaïves, décident de proclamer, le 1er Janvier 1804, l’indépendance d’Haïti.
Ainsi, non content d’avoir sauvé la Révolution américaine, d’avoir terrassé l’esclavage, le grand peuple noir d’Haïti venait, en plus, à bout de la domination coloniale, dès le début du 19ème siècle, c'est-à-dire, bien avant la Révolution Industrielle et l’entrée en scène des théoriciens de «la mission civilisatrice», «du fardeau de l’homme blanc» et autres niaiseries, qui servaient de justification à l’aventure coloniale et connaîtront leur couronnement à la Conférence de Berlin de 1884-1885.
On le voit, la trajectoire historique d’Haïti contredisait, dès le début du XIXème siècle, toutes les thèses de légitimation de la colonisation, toutes les théories raciales et racistes et les fausses idées, dont Hegel et Gobineau seront les thuriféraires attitrés sur l’infériorité de la race noire.
Cela, l’impérialisme ne pouvait le supporter.
Son exemplarité était d’autant plus inquiétante pour lui, que la nouvelle République d’Haïti avait décidé, dès sa souveraineté recouvrée, d’encourager, à travers Simon BOLIVAR et MIRANDA, la libération de l’Amérique Latine, de la domination espagnole.
Son action au Venezuela, à Cuba, au Mexique, en Bolivie et ailleurs a été déterminante, dans les succès enregistrés par le Mouvement de Libération Nationale, dans cette partie du monde.
Pour éviter qu’Haïti ne soit, jamais, un symbole vers lequel, tout le monde noir allait regarder et une référence à imiter, l’impérialisme organisa, systématiquement, son étouffement politique, économique, culturel et diplomatique.
Pour tuer dans l’œuf, la nouvelle république noire naissante, l’impérialisme occidental décida, en effet, de poser une chape de plomb sur l’Île d’Haïti.
La France, qui ne la reconnait qu’en 1825, organisa sa faillite économique, par le biais de l’endettement de l’île, auprès de la banque LAFFITE, dès 1826.
En 1874, ce processus d’endettement s’emballa et permit de mettre le pays en coupe réglée.
Allant plus loin, elle imposa à la Nouvelle République noire, le paiement de compensations d’un montant de 150 millions de francs or, qui seront, ensuite, ramenés à 60 millions.
Cet endettement visait la recolonisation du pays, par les banquiers étrangers, la mise sous tutelle de ses douanes et de ses recettes diverses, son appauvrissement durable et sa dépendance économique endémique.
Ce processus connut son apogée en 1915, avec l’occupation douanière de Haïti, par les Etats-Unis, ouvrant, ainsi, une période de recolonisation, qui s’étendit jusqu’en 1934. On connaît la suite.
On oublie, souvent, que ce sera la même politique d’endettement en vue de la colonisation, qui sera appliquée, plus tard, en Egypte, à travers les Banques Rothschild, Paribas, Société Générale, Oppenheimer, etc., puis, au Libéria et en Ethiopie et, plus tard, au reste de l’Afrique Noire, au point de nécessiter l’instauration de l’ajustement structurel, qui fut un véritable processus de paupérisation.
Tous ces mécanismes visaient à plomber l’économie, à retarder le pays, à détruire tout progrès significatif, à promouvoir une culture de sous-développement permanent, de coups d’Etat, de violences institutionnalisées, de violations massives des Droits de l’Homme et de contreperformances invincibles, dans le domaine de l’Education, de la Santé, de l’Emploi, de l’Habitat Social et, en règle générale, du bien-être économique et social, pour culpabiliser la révolution haïtienne, dont l’effet repoussoir serait la démonstration de l’incapacité du monde noir à se gouverner seul et la légitimation de sa mise sous tutelle, par des puissances extérieures.
Haïti devait être puni d’avoir osé défier et triompher de l’impérialisme colonial.
Aujourd’hui, encore, pour décourager les noirs des Antilles et de la Guyane, de réclamer l’indépendance, on leur dit, souvent : « Allez voir ce qui passe en Haïti, avant de rêver ».
Tout ceci s’accompagne, évidemment, d’un processus de falsification délibérée de l’Histoire.
Alors que les haïtiens ont écrasé les troupes de LECLERC et de ROCHAMBEAU, dès 1803 et que les éthiopiens avaient défait les italiens, en 1896, à Adoua, on continue d’enseigner aux écoliers français, par exemple, que, ce n’est qu’en 1905, que, pour la première fois, un peuple blanc a été vaincu par un peuple non blanc, lors de la guerre russo-japonaise, comme si ceux qui avaient triomphé des Anglais, des Espagnols et des Français étaient des extra-terrestres, venus d’une autre planète.
Malgré la dictature de DUVALIER et les exactions des Tontons Macoutes, les fils d’Haïti n’ont, jamais, baissé la tête, ni courbé l’échine. Debout, fiers, ils ont continué de lutter avec dignité, courage et honneur.
Adossées à leur culture, ils nous ont donné des personnes comme Antênor FIRMIN, qui réduisit à néant, les thèses de Gobineau sur l’inégalité des races, ainsi que quelques-uns des pères fondateurs du Panafricanisme et de la Négritude. Ce fut FIRMIN, qui, dès 1885, avait annoncé le triomphe d’OBAMA.
Des haïtiens, comme Benito SYLVAIN établirent, dès le début du siècle, des relations entre leur pays et l’Ethiopie.
Des haïtiens comptent parmi les premiers, qui ont volé au secours de la Guinée, en 1958 et du Congo, en 1960, à l’ère des indépendances.
Leur rôle dans le Festival Mondial des Arts Nègres, de 1966 à Dakar et de 1977 à Lagos, a été déterminant.
Tout cela fait qu’Haïti occupe dans le cœur du monde noir, une place à part, que personne ne pourra lui ravir.
Nous devons à son peuple, notre indépendance, parce qu’il nous a montré comment vaincre ceux qui « n’ont pas raison », comme le firent, également, Benkos BOHIO, entre 1599 et 1621, en Colombie, dans la Province de Carthagène, ZOUMBI, au Brésil, dans l’Etat de Palmarès, entre 1630 et 1667, Nat TURNER, aux USA, en 1831.
Il nous a donné les plus belles leçons de dignité, de courage, d’abnégation, de refus de la soumission, de résistance contre toutes les formes de domination.
Voilà pourquoi, Thabo MBEKI avait tenu à honorer, de sa présence, le bicentenaire de la Révolution haïtienne, en 2004.
En choisissant de revenir dans la mère-patrie, par le Sénégal, Haïti a honoré notre pays. Il a réconcilié SENGHOR, Cheikh Anta DIOP et Abdoulaye WADE. Il a, définitivement, rétabli le cordon ombilical entre l’Afrique et sa Diaspora, pour écrire, ensemble, les nouvelles pages de l’Histoire du Monde Noir, au seuil du XXIème siècle.
Le Sénégal doit être, pour les Haïtiens, que nous accueillons ce jour, avec fierté et honneur, une terre de paix, de bonheur, d’amour, de fraternité, de solidarité agissante, de réconciliation, de pardon et de confiance retrouvée ; une seconde patrie, où ils trouveront tout le réconfort auquel, ils ont droit sur la parcelle de ce continent, qui est, aussi, le leur.
C’est pourquoi, nous leur disons, du fond du cœur, « Bissimillah », comme le veut l’usage au Fouta.
Professeur Iba Der THIAM
Agrégé de l’Université
Docteur d’Etat
Ancien Ministre
Député à l’Assemblée Nationale
dimanche, octobre 03, 2010
Les Juifs et la traite des noirs | Mystère et phénomène inexpliqué .
Les Juifs et la traite des noirs | Mystère et phénomène inexpliqué .: "Les Juifs et la traite des noirs
Post on octobre 2nd, 2010 by bm77
Bien entendu, l’ histoire n’a pas retenu l’ implication des négociants juifs dans la traite des noirs . Et pourtant, l’esclavage des noirs fut importé vers les Amériques par des navires dont les propriétaires étaient bien juifs .
Qui sont les négriers qui amenèrent les esclaves noirs en Amérique du 15ème au 19ème siècle ? L'information ci-dessous se trouve documentée dans les 4 volumes de Elizabeth Donnan. Ils peuvent être trouvés à la Librairie Nationale de Washington (National Library Washington, D.C.) et à la Librairie de l'Institut Technologique de Carnegie à Pittsburg (Carnegie Institute of Technology Library, Pittsburgh, PA.)
Bateau de négriers
Nom du navire – Propriétaires
Abigail - Aaron Lopez, Moses Levy et Jacob Franks
Crown - Isaac Levy and Natham Simpson
Nassau - Moses Levy
Four Sisters - Moses Levy
Anne and Eliza - Justus Bosch et John Adams
Prudent Betty - Henry Cruger et Jacob Phoenix
Hester - Mordecai et Davdi Gomez
Elizabeth - Mordecai et Davdi Gomez
Antigua - Natham Marston et Abram Lyell
Betsy - William De Woolf
Polly - James De Woolf
White Horse - Jan de Sweevts
Expedition - John et Jacob Roosevelt
Charlotte - Moses et Sam Levy ; Jacob Franks
Caracoa - Moses et Sam Levy
L’esclavagisme aux États-Unis commence avec la conquête du nouveau monde.
Les navires effectuent alors un triangle entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques. Ils vendent des produits manufacturés en Afrique, prennent des esclaves à destination du Brésil, des Caraïbes ou des Etats-Unis et reviennent en Europe avec du sucre et d’autres matières premières.
C’est l’art de l’optimisation des investissements dans lequel on peut rendre hommage au génie créatif en affaires des Juifs. Durant quasiment 4 siècles des millions d’Africains sont « exportés » vers les Amériques. Durant le 18ème siècle, les Juifs participent activement dans le négoce d’esclaves. Certains Juifs contrôlent même les marchés où sont fixés les prix, telle une denrée !
L’esclavagisme des colonies d’Amérique du Sud et des Caraïbes
Les négociants d’esclaves juifs fournissent des Noirs par dizaines de milliers vers les plantations d’Amérique du sud et des Caraïbes. On ne retrouve plus aujourd’hui de trace écrite de protestation contre ce comportement. C’est alors une affaire purement commerciale dans laquelle la religion n’intervient nullement.
Daniel M. Swetschinski estime que la part des négociants juifs dans les affaires internationales est alors disproportionnée. Ils représentent 75% des affaires mercantiles alors qu’ils ne constituent que 10% de la population. Cette domination du marché des esclaves les met en position d’équilibre avec les autres communautés. Les planteurs de sucre au Brésil utilisent abondamment cette main d’œuvre d’esclaves d’Indiens et de Noirs, fournie par les négociants juifs. Dans les années 1600, les plantations qui constituent la majeure partie du réservoir d’esclaves avec quasiment 10.000 Africains et l’exportation du sucre raffiné est dans les mains des négociants juifs.
La compagnie hollandaise d’Inde de l’ouest est créée en 1621 dans le seul but de gagner de l’argent. Les Juifs investissent massivement dans l’entreprise qui se destine à toute forme de commerce, y compris l’esclavagisme. Les dirigeants hollandais, en faisant la promotion du développement économique, encouragent ainsi les Juifs à émigrer [très astucieux...] et la Hollande devient très rapidement le centre du pouvoir et de la fortune juive.
Marcus Arkin écrit « depuis le développement des industries dans lesquels les Juifs investissent : tailleurs de diamants, sucre, soie, textiles, le mélange du tabac, denrées alimentaires,…) sont dépendantes des colonies, il n’est nullement surprenant que de retrouver les Juifs d’Amsterdam concernés par le commerce vers l’Asie et le nouveau monde.
Au 18ème siècle, environ un quart des participations dans les compagnies internationales hollandaises sont détenues par des Juifs et son déclin amène ensuite la ruine de la plupart des familles aisées ».
Le chercheur juif Arnold Wiznitzer est beaucoup plus explicite concernant l’implication des Juifs au Brésil : « A part leur position importante dans l’industrie sucrière, ils dominent le négoce des esclaves . De 1636 à 1645, un total de 23.163 Nègres [dans le texte] arrivent d’Afrique et sont vendus pour 6.714.423 Florins [soit environ 290 Florins par individu, tel est le prix de la vie humaine d'un Noir à l'époque...], Les acheteurs, lors des ventes aux enchères étaient tous Juifs et du fait de ce manque de compétition dans le négoce d’esclaves, ils étaient achetés à vil prix. Par ailleurs, il n’existait pas non plus de compétition pour l’achat des esclaves qui étaient payés à crédit jusqu’à la prochaine saison de vente du sucre. Si les enchères avaient lieu un jour de fête juive, elles étaient automatiquement reportées. ».
Moshe Kahan déclare sans ménagements qu’en 1653-1658, « les négociants Juifs-Marranes possédaient le contrôle du commerce espagnol et portugais , donc détenaient quasiment le contrôle du commerce levantin…avaient d’importantes sommes d’argent à leur disposition ».
Seymour B. Liebman dans le New World Jewry (Nouveau Monde Juif), indique clairement que « les navires n’appartiennent pas seulement aux Juifs, mais sont commandés par des capitaines juifs avec des équipages composés de Juifs ».
Inscription à :
Articles (Atom)




