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vendredi, février 03, 2017

Une nouvelle date contre la traite des humains décidée par le Pape François autour de Ste Bakhita



Une nouvelle date contre la traite des humains décidée par le Pape François autour de Ste Bakhita : le calendrier commémoratif s'agrandit, et se politise avec la date du 8 février.

Communiqué :

"Le 8 février, fête de Sainte Bakhita, a été déclarée par le Pape François « Première Journée internationale de prière et de sensibilisation contre la traite des êtres humains. »

Qui était Ste Josephine Bakhita ? Elle est née au Soudan en 1869, dans une famille aisée. Alors qu’elle n’avait que 9 ans, elle fut enlevée par des négriers : vendue à plusieurs reprises, elle connut les atrocités d’un esclavage qui laissa dans son corps jusqu’à 144 cicatrices des sévices subis. Elle a enduré aussi des violences sexuelles. Malgré ses souffrances, elle gardait une grande bonté. Elle est arrivée en Italie dans les mains d’un marchand qui l’a donnée à sa fille comme esclave domestique. C’est là que Bakhita a rencontré le Christ en croix à qui elle s’est sentie identifiée. Elle est baptisée sous le nom de Joséphine.


Lorsque sa maîtresse quitte l’école-internat où elle se trouve avec sa servante-esclave, Bakhita refuse de l’accompagner sous l’argument qu’elle est une «enfant de Dieu », donc libre… La famille porte l’affaire devant les tribunaux et avec l’aide des sœurs canossiennes elle gagne la liberté. Alors elle devient sœur canossienne jusqu’à sa mort survenue en 1947. Dans le délire de sa maladie elle criait : « Desserrez les chaînes… elles sont si lourdes !

« Selon l’ONU, plus de 21 millions de personnes de tout âge, genre et condition, mais surtout des pauvres, sont exploités physiquement, économiquement, sexuellement et psychologiquement et vivent dans une servitude inhumaine et humiliante. C’est l’esclavage moderne.

En France cette traite prend la forme d’exploitation sexuelle, d’incitation au vol ou à la mendicité, de service domestique forcé et de trafic d’organes. Ailleurs, il se présente de plus comme mariage forcé, enfants casseurs de pierres, cueilleurs de cacao, porteurs, enfants miniers, enfants soldats, en servitude pour dettes, travailleurs agricoles, etc.

Quelques données de ce grand péché caché de notre siècle qui est la traite humaine :
- Plus de 2 millions d’enfants sont vendus chaque année pour être des esclaves sexuels.

- Toutes les 30 secondes une personne devient esclave dans le monde.

-  Actuellement un esclave ne coûte que $300, c’est pourquoi il y a davantage d’esclaves aujourd’hui que dans les années de la traite des Noirs. En Inde un enfant coûte moins cher qu’une vache.

- 50% des victimes de la traite humaine sont des enfants.

- Les trafiquants d’esclaves ont gagné 32 milliards de dollars en 2014.

En instituant cette journée contre la traite humaine, le Pape nous invite à prendre conscience de ce phénomène mondial et à nous mobiliser contre ce fléau, à passer de la conscience à la prière, de la prière à la solidarité et de la solidarité à l’action, en nous engageant pour que la traite et les nouvelles formes d’esclavage disparaissent de notre monde.

Begoña Iñarra, Sœur de Notre-Dame d’Afrique"

mardi, octobre 01, 2013

Condoleeza Rice et Spike Lee exhument le passé du port négrier de Bimbia (Cameroun)


SENENEWS.COM avec Jeune Afrique- Dans la recherche de leurs racines africaines des personnalités américaines comme Condoleeza Rice, Spike Lee ou Eddy Muphy exhument le passé des comptoirs négriers établis au Cameroun à l’image de celui de Bimbia. Suscitant l’intérêt des organisations afro-américaines de recherche identitaire mais aussi les appétits touristiques de l’Etat camerounais.

Des bambous d’Inde recourbés forment une voûte, comme une porte se refermant sur le visiteur. Il est à peine 14 heures mais le soir semble déjà tomber dans cette forêt tropicale, sans doute l’une des plus inhospitalières au monde. Nous nous trouvons à l’entrée du comptoir négrier de Bimbia, un petit village juché sur les hauteurs de la ville balnéaire de Limbé, dans le sud-ouest du Cameroun. Découvert en 1987, Bimbia est aujourd’hui un site culturel classé au patrimoine national par l’État camerounais, qui rêve de l’inscrire au patrimoine mondial de l’Unesco. Des archéologues arpentent cette nouvelle “route de l’esclave” après qu’y ont été découverts de nombreux vestiges. Mais plusieurs années de recherches dans les archives et sur le terrain, entre Afrique, Europe et Amérique, seront encore nécessaires pour que Bimbia se transforme en un lieu de pèlerinage majeur. Dikolo, la localité qui abrite le port de Bimbia, veut pourtant y croire et organise déjà des visites guidées.

Au départ de Limbé, après 12 km de piste rocailleuse à bord d’un véhicule 4×4, il faut grimper à pied les 3 km qu’empruntaient jadis les esclaves entravés. Adolf Elwe Mwambo, notre guide, a exigé le paiement d’un droit d’entrée : 1 000 F CFA par personne, 5 000 F CFA par appareil photo, mais sans reçu. Bimbia, ex-État indépendant (jusqu’en 1884) de l’ethnie isubu, s’essaie au tourisme… Les informations qu’Adolf nous délivre, il les tient en partie de son grand-père, Charles Eyoum, 97 ans, dont le propre arrière-grand-père aurait participé à la capture des esclaves. Mais il semble surtout s’appuyer sur le projet Documentation et Restauration du site, financé et confié par les États-Unis à la Route des chefferies, en partenariat avec l’association Alliance internationale des Anneaux de la mémoire. Des riverains venus nous rejoindre affirment avoir eu connaissance de l’existence de la crique aux esclaves, mais ne s’y être jamais aventurés, car, aujourd’hui encore, nul n’en reviendrait jamais…

Une mangeoire et des chaînes encore visibles

Il a encore fallu enjamber les restes d’un gué pour découvrir les ruines d’une dizaine de structures. Notre guide nous explique que ce comptoir longtemps resté méconnu bénéficiait d’un environnement hostile, entre collines, ravins, volcan et côte rocheuse, qui n’offrait aux captifs aucune échappatoire… Repris par les historiens Stephen Fomin et Henry Kah et par l’archéologue Rachel Mariembe, des témoignages indiquent que, pendant la période d’intense commerce d’esclaves, les Isubus utilisaient ces obstacles naturels pour se cacher et se procuraient les esclaves dans l’arrière-pays. La position géographique de Bimbia était stratégique : sur le golfe de Guinée, à l’est de la baie de Biafra, entre Rio del Rey et Cameroon River (l’actuelle ville de Douala). Le maître des lieux, le roi Bilè, surnommé par les Anglais King William of Bimbia, était un homme d’affaires avisé, connu pour avoir convaincu les chefs des deux autres villages de l’État de prendre part au trafic, et pour l’avoir poursuivi après l’abolition de l’esclavage !

La tradition orale, confirmée par des recherches américaines, révèle que douze ou treize navires quittèrent Bimbia. Baptisé Falstaff, le premier a levé l’ancre en 1776 en direction de l’île Saint-Vincent. Le dernier, le Gabriel Dios Amigos, du capitaine Fena Manuel Gireau, parti en 1838, a accosté à Cuba. On retrouverait ainsi trace des esclaves qu’ils transportèrent en Caroline du Nord, au Brésil, en Guyane et à la Jamaïque. Au total, ce sont 2 393 hommes – 42,3 % d’enfants – qui embarquèrent à Bimbia, 2 078 étant parvenus à destination. Des notables de Dikolo et de Douala détiendraient encore des documents écrits datant de cette époque.

Au Cameroun, où l’histoire du pays n’est guère enseignée, certains doutent de l’authenticité de Bimbia. Mais l’un des vestiges les plus révélateurs de l’abjection de la traite bat en brèche la théorie de l’imposture : la mangeoire des esclaves, une auge oblongue sur laquelle il est possible d’observer des restes de chaîne métallique.

À l’intérieur des bâtiments, désormais colonisés par des fromagers centenaires, se dressent encore de monumentaux pylônes de brique et de pierre. Des marques profondes suggèrent que les captifs y étaient enchaînés. Si les changements climatiques ont conduit à la baisse du niveau de l’eau, le touriste devine encore l’océan fouettant les murs pendant que les pirogues récupéraient les prisonniers pour les parquer ensuite sur Nicholls Island, à quelque 300 m des côtes, où la profondeur des eaux permettait aux bateaux d’accoster. Aujourd’hui, l’île, couverte d’une vaste forêt, accueille de temps à autre quelques curieux, qui n’ont cependant jamais osé y passer la nuit. L’administration camerounaise, en particulier le ministère du Tourisme, a des projets plein les cartons, comme la construction d’un complexe hôtelier. Un pont devrait aussi permettre de réunir les deux rives…

Eddy Murphy et Spike Lee, les Camerounais

Si Bimbia est depuis quatre ans sous le feu des projecteurs, c’est sans doute grâce à l’Ancestry Reconnection Program (“programme de retour aux origines”), initié aux États-Unis depuis des décennies par l’association ARK Jammers et qui vise à identifier les trajectoires des navires négriers. Se fondant sur des tests ADN de la firme américaine African Ancestry, il a permis de désigner Bimbia comme l’un des ports d’embarquement. Plus de 8 000 Africains-Américains, dont les acteurs et producteurs Eddy Murphy et Spike Lee, ou encore Quincy Jones, se sont ainsi découvert des racines dans l’actuel Cameroun. Et depuis 2010, ils sont plus de cent cinquante à y avoir entrepris une quête de soi, cherchant à retrouver un peu de la culture de leurs ancêtres, de la même façon que les Italian Americans ou les Irish Americans perpétuent leur culture européenne.

Autobaptisés “Caméricains”, ces Cameroonian Americans sont donc passés par Bimbia. Une étape à leurs yeux si symbolique et si incontournable qu’ils se soumettent aujourd’hui à une cérémonie de purification dans l’océan Atlantique, suscitant un regain d’intérêt et des levées de fonds. C’est d’ailleurs l’ambassade des États-Unis qui, la première, a décidé d’agir, provoquant dans un premier temps l’ire des autorités camerounaises. Mais si les États-Unis ont accordé 40 millions de F CFA à la Route des chefferies, le projet Documentation et Restauration implique désormais le ministère camerounais de la Culture. Il permettra de mettre en place une signalétique délivrant des informations historiques sur le site, tandis que des vestiges de la période seront également collectés, catalogués et exposés. La construction à Limbé d’un musée d’histoire est sur les rails.

Arrière-petit-fils du King of Bimbia, l’ethnologue et historien Kuma Ndoumbe III, professeur en sciences politiques, lui, estime qu’il faut aller plus loin. “Ce serait une erreur de se focaliser sur Bimbia, affirme-t-il. Les statistiques indiquent qu’il est parti davantage d’esclaves de Douala que de Bimbia, entre 1777 et 1821, sans que se profile aujourd’hui l’ombre d’un projet.” Professeur d’études africaines et africaines-américaines à l’université de l’Arizona, Lisa Aubrey avance le chiffre de 46 000 à 68 000 esclaves pour l’ensemble du Cameroun, ce qui en ferait un centre de la traite négrière. De nouvelles fouilles pourraient révéler d’autres vestiges. Ainsi, à Douala, des marchés aux esclaves se sont tenus directement sur le fleuve Wouri : il faut donc y rechercher des forts. Sous le régime Ahidjo, certains avaient servi de prisons pour opposants politiques. “Malheureusement, le Cameroun cultive son amnésie”, regrette Kuma Ndoumbe III.

lundi, décembre 17, 2012

La traite déclarée comme illégitime et immorale



Après avoir rappelé comment l’Église avait été silencieuse, complice et avait intégré l’esclavage et comment il avait attisé les conflits en Afrique, la troisième partie de l’article de Reynolds Michel explique comment la traite et l’esclavage furent condamnés.

Fernando Rebello (1546-1608) partage le point de vue de son confrère Luis de Molina sur le caractère injuste de la réduction des Noirs en esclavage. Car pour lui, les marchands mentent en déclarant que les Noirs qu’ils vendent ont été réduits en esclavage de manière licite. Dans un ouvrage publié à Lyon en 1608, il déclare que la traite des Noirs en Afrique est illicite et immorale. En conséquence, les esclaves embarqués injustement doivent retrouver la liberté. Il va jusqu’à dire qu’ils doivent être indemnisés. En outre, ceux qui, s’étant rendu compte de l’injustice de l’origine de leur esclavage, ne les ont pas relâchés sont un état de péché mortel.
D’autre part, avec Enrique de Villalobos, il met en cause une certaine logique chrétienne qui justifie l’esclavage sous couvert d’évangélisation. Si tel est le but, quelle est la légitimité de les maintenir en esclavage lorsqu’ils sont baptisés ? Comme l’Eglise ne peut accueillir en son sein que des hommes libres — la libération des esclaves baptisés était alors la règle en Europe — maintenir les Noirs baptisés en esclavage constitue une faute grave. Fernando Rebello ose prendre comme élément de comparaison l’islam qui accorde la liberté à tout esclave qui se convertit à la foi musulmane.
Il s’est également opposé au baptême donné aux Noirs avant leur embarquement sur les navires négriers. Car une fois débarqués, les maîtres, qui se disent pourtant chrétiens, ne cherchent nullement à les éduquer dans cette foi qu’on leur a imposée, mais a les faire travailler jusqu’à l’épuisement. C’est là une grave offense à la religion.
C’est la raison pour laquelle le jésuite Diego de Avendano (1594-1688) refuse l’absolution aux détenteurs d’esclaves qui ne cherchent pas à éduquer leurs Noirs selon les principes catholiques (1).
Une place à part doit être faite à Fernando Oliveira (1507-1580), dominicain portugais en rupture avec son ordre. Même s’il raisonne également dans le cadre de la « guerre juste », guerre légitimée par des causes très précises, établies par les théologiens-juristes de l’École de Salamanque, donc ne remettant pas en cause l’esclavage sous certaines conditions, Fernando Oliveira, homme de lettres, grammairien et spécialiste d’art nautique, a une position plus tranchée sur la traite des Noirs qu’il condamne radicalement. La traite est une affaire de commerce qui n’a absolument rien à voir avec la « guerre juste ». D’où sa condamnation de l’esclavage qui en découle, un esclavage par transaction mercantile qui « n’a aucune cause raisonnable pour ce qui nous concerne, car ils ne nous offensent pas, ils ne nous doivent rien, et nous n’avons pas de cause juste pour leur faire la guerre. Sans guerre juste, nous ne pouvons pas les capturer ni les acheter à des gens auxquels ils n’appartiennent pas ».
L’être humain libre et pacifique ne peut pas être l’objet d’un commerce« comme qui achète et vend des animaux ». Et il s’emploie à répondre à certaines objections : « ce n’est pas une bonne excuse de dire qu’ils se vendent les uns les autres, car il est assurément coupable celui qui achète ce qui est vendu à tort et les lois humaines de notre pays et d’autres le condamnent, parce que s’il y avait pas d’acheteurs, il n’y aurait pas de mauvais vendeurs et les voleurs ne voleraient pas pour vendre. De sorte que nous leur donnons l’occasion de se tromper les uns les autres, de se voler, de se faire violence et de se vendre en allant les acheter. (…) C’est nous qui avons été les inventeurs d’un commerce aussi pervers, jamais pratiqué ni mentionné parmi les hommes » (2).

Ces théoriciens membres de diverses congrégations ont eu la chance de se rendre en Amérique et de côtoyer la réalité de l’esclavage. Ils découvrent sur le terrain un autre type d’esclavage et l’horrible réalité de la traite : des Noirs bestialisés et martyrisés et des milliers de morts. Ils estiment en conséquence que la plupart des justifications classiques ne peuvent s’appliquer à cette nouvelle réalité. Malgré leur grande prudence, ils finissent par alerter les consciences :

- en dénonçant l’hypocrisie des négriers qui se cachent derrière le motif religieux d’évangélisation pour se livrer à leur trafic ;

- en alertant les autorités sur les traitements infâmes que les maîtres infligent aux esclaves ;

- en contestant la légitimité de la traite ;

- et en désapprouvant l’esclavage tel qu’il est pratiqué.
Ces prises de position ne pouvaient pas ne pas avoir un certain impact sur un certain nombre de missionnaires et de théoriciens chrétiens en les poussant à aller plus loin dans leur condamnation de la traite et de l’esclavage.
(à suivre)
Reynolds Michel
(1) LE BRET Marie, Arguments et pratique de l’anti-esclavagisme catholique dans l’Amérique latine coloniale (XVe-XVIIIe siècles), Colloque 2010, Institut Albert le Grand, IRCOM, pages 18 à 25 pour toutes références sur les Théologiens - juristes de l’Ecole de Salamanque et autres. Également QUENUM Alphone, op.cit, pages 105à 111.
(2) Ibid.

source

dimanche, août 28, 2011

Traite négrière et esclavage : L’Afrique, hier saignée, aujourd’hui méprisée


A l’occasion de la commémoration de la Journée du souvenir de la traite négrière et de son abolition, ce 23 août à Gorée, les participant ont discuté sur la problématique de la traite négrière.

La journée du souvenir de la traite négrière, célébrée mardi à Gorée, a été l’occasion pour le réseau des élèves associés de l’Unesco, les professeurs d’Histoire et de Géographie et autres participants de débattre sur la dimension pédagogique et culturelle de la traite négrière. ‘Le thème de la traite négrière nous interpelle tous par la place qu’elle occupe dans la mémoire collective et par les questions actuelles qu’elle soulève’, a souligné Assane Kane, enseignant l’histoire et la géographie à la Maison d’Education Mariama Bâ de Gorée.

Débutant sa communication par un historique de la traite négrière, il a ainsi rappelé que : ‘C’est dans la nuit du 22 au 23 août 1791 que le peuple haïtien a de manière profonde et progressive ébranlé le système esclavagiste avec la révolte de Saint Domingue’. Lors de cette nuit, une cérémonie culturelle vaudoue est organisée dans le but d’aider davantage les Noirs à s’attacher à leur culture et à se rapprocher de leurs terroirs d’Afrique. Elle aboutit, toutefois, à une revendication de l’abolition de l’esclavage qui déboucha sur un combat farouche pour la liberté. ‘En 1794, la France prenant acte de sa défaite a déclaré l’abolition de l’esclavage’, dira l’historien. Par la suite en 1804, ‘la République d’Haïti fut proclamée définitivement’. Elle consacre ainsi la 1e victoire d’esclaves contre le système d’exploitation.

Revenant sur les conditions de la traite négrière, Kane a rappelé ‘les souffrances et les atrocités des millions d’Africains arrachés à leur patrie et déportés dans des conditions inhumaines vers des destinations qui leur étaient inconnues’. On a d’ailleurs qualifié cette déportation de ‘crime contre l’humanité’. C’est ainsi ‘la période de la déshumanisation du Noir au plan juridique, social et politique’, soutient-il. Kane a, par ailleurs, souligné l’originalité de la traite qui ‘s’est seulement attachée à l’asservissement des seuls Noirs’, mais aussi du fait que ‘les problèmes de l’Afrique qui ont pour noms : la fragilisation du continent, sa colonisation, le racisme et le mépris dont les Africains sont encore accablés tiennent d’elle’.

De son avis ‘traite et esclavage sont indissociables dans la tête des hommes qui sont enclins à identifier la même victime : le Noir’, mais ajoute notre interlocuteur : ‘Ils sont toutefois distincts, car la fin de la traite n’a pas abouti à la mort de l’esclavage’. Cherchant à situer les responsabilités dans cette traite, il a précisé que ‘la responsabilité doit être imputée à l’Europe, car en codifiant la traite elle lui a donné une dimension universelle. Mais il y a aussi la complicité des chefs et des négociants africains’.

L’autre aspect de la communication de Kane a porté sur l’héritage culturel de la traite négrière et de l’esclavage. ‘Dans un monde qui a cherché à leur dénier leur statut d’homme, les esclaves ont montré leur capacité à maintenir des pratiques culturelles : créer un art, une langue, des croyances’, indique-t-il. Les esclaves ayant une même compréhension de base et des pratiques généraux, issus de sociétés partageant les mêmes valeurs, cela a abouti à la création d’un fonds commun. Mais les rapports entre maîtres et esclaves ont aussi engendré des lois, croyances, institutions nouvelles d’où l’émergence d’un processus de création de culture originale. Aussi, après les indépendances, les Africains se sont retrouvés avec deux types d’héritages : l’héritage colonial et l’héritage autochtone. Mais, selon Kane, ‘il est temps que l’Afrique reprenne possession de son histoire’.

Par rapport à la dimension pédagogique de la traite négrière, l’enseignant d’histoire et de géographie a souligné ‘la nécessité d’encourager une exploitation de la documentation sur la traite négrière et une production académique récente assurant une prise en charge des programmes scolaires’. Ce qu’il explique par le fait que ‘s’agissant de la traite négrière, il faut tout simplement lever le voile et enseigner la vérité, car la traite négrière et l’esclavage appartiennent au tableau sombre de l’humanité’. Même son de cloche pour le ministre de l’Enseignement élémentaire, du Moyen et Secondaire, Kalidou Diallo. Pour lui, ‘l’enseignement de l’histoire générale des peuples noirs et de l’Afrique nourrit les prises de conscience et ensemence le patriotisme et les engagements panafricanistes. Il permet de mieux faire apprécier les brassages, les rencontres et convergences qui ont forgé et jalonné la marche des peuples noirs’.




Louise Elisabeth FAYE (Stagiaire)

jeudi, août 25, 2011

Traite négrière et esclavage : L’Afrique, hier saignée, aujourd’hui méprisée



A l’occasion de la commémoration de la Journée du souvenir de la traite négrière et de son abolition, ce 23 août à Gorée, les participant ont discuté sur la problématique de la traite négrière.

La journée du souvenir de la traite négrière, célébrée mardi à Gorée, a été l’occasion pour le réseau des élèves associés de l’Unesco, les professeurs d’Histoire et de Géographie et autres participants de débattre sur la dimension pédagogique et culturelle de la traite négrière. ‘Le thème de la traite négrière nous interpelle tous par la place qu’elle occupe dans la mémoire collective et par les questions actuelles qu’elle soulève’, a souligné Assane Kane, enseignant l’histoire et la géographie à la Maison d’Education Mariama Bâ de Gorée.

Débutant sa communication par un historique de la traite négrière, il a ainsi rappelé que : ‘C’est dans la nuit du 22 au 23 août 1791 que le peuple haïtien a de manière profonde et progressive ébranlé le système esclavagiste avec la révolte de Saint Domingue’. Lors de cette nuit, une cérémonie culturelle vaudoue est organisée dans le but d’aider davantage les Noirs à s’attacher à leur culture et à se rapprocher de leurs terroirs d’Afrique. Elle aboutit, toutefois, à une revendication de l’abolition de l’esclavage qui déboucha sur un combat farouche pour la liberté. ‘En 1794, la France prenant acte de sa défaite a déclaré l’abolition de l’esclavage’, dira l’historien. Par la suite en 1804, ‘la République d’Haïti fut proclamée définitivement’. Elle consacre ainsi la 1e victoire d’esclaves contre le système d’exploitation.

Revenant sur les conditions de la traite négrière, Kane a rappelé ‘les souffrances et les atrocités des millions d’Africains arrachés à leur patrie et déportés dans des conditions inhumaines vers des destinations qui leur étaient inconnues’. On a d’ailleurs qualifié cette déportation de ‘crime contre l’humanité’. C’est ainsi ‘la période de la déshumanisation du Noir au plan juridique, social et politique’, soutient-il. Kane a, par ailleurs, souligné l’originalité de la traite qui ‘s’est seulement attachée à l’asservissement des seuls Noirs’, mais aussi du fait que ‘les problèmes de l’Afrique qui ont pour noms : la fragilisation du continent, sa colonisation, le racisme et le mépris dont les Africains sont encore accablés tiennent d’elle’.

De son avis ‘traite et esclavage sont indissociables dans la tête des hommes qui sont enclins à identifier la même victime : le Noir’, mais ajoute notre interlocuteur : ‘Ils sont toutefois distincts, car la fin de la traite n’a pas abouti à la mort de l’esclavage’. Cherchant à situer les responsabilités dans cette traite, il a précisé que ‘la responsabilité doit être imputée à l’Europe, car en codifiant la traite elle lui a donné une dimension universelle. Mais il y a aussi la complicité des chefs et des négociants africains’.

L’autre aspect de la communication de Kane a porté sur l’héritage culturel de la traite négrière et de l’esclavage. ‘Dans un monde qui a cherché à leur dénier leur statut d’homme, les esclaves ont montré leur capacité à maintenir des pratiques culturelles : créer un art, une langue, des croyances’, indique-t-il. Les esclaves ayant une même compréhension de base et des pratiques généraux, issus de sociétés partageant les mêmes valeurs, cela a abouti à la création d’un fonds commun. Mais les rapports entre maîtres et esclaves ont aussi engendré des lois, croyances, institutions nouvelles d’où l’émergence d’un processus de création de culture originale. Aussi, après les indépendances, les Africains se sont retrouvés avec deux types d’héritages : l’héritage colonial et l’héritage autochtone. Mais, selon Kane, ‘il est temps que l’Afrique reprenne possession de son histoire’.

Par rapport à la dimension pédagogique de la traite négrière, l’enseignant d’histoire et de géographie a souligné ‘la nécessité d’encourager une exploitation de la documentation sur la traite négrière et une production académique récente assurant une prise en charge des programmes scolaires’. Ce qu’il explique par le fait que ‘s’agissant de la traite négrière, il faut tout simplement lever le voile et enseigner la vérité, car la traite négrière et l’esclavage appartiennent au tableau sombre de l’humanité’. Même son de cloche pour le ministre de l’Enseignement élémentaire, du Moyen et Secondaire, Kalidou Diallo. Pour lui, ‘l’enseignement de l’histoire générale des peuples noirs et de l’Afrique nourrit les prises de conscience et ensemence le patriotisme et les engagements panafricanistes. Il permet de mieux faire apprécier les brassages, les rencontres et convergences qui ont forgé et jalonné la marche des peuples noirs’.

Louise Elisabeth FAYE (Stagiaire)


vendredi, octobre 29, 2010

Traite négrière


"Nous pensons avoir établi que l’Afrique au sud du Sahara, avec un climat tout de même peu différent dans l’ensemble de celui d’aujourd’hui, nourrissait largement, dans le contexte d’une économie préindustrielle, une population de 600 à 800 millions d’habitants, fin 15è/début 16è siècle, représentant une moyenne de 30 à 40 habitants au km2. »

Au 19è siècle, la population africaine n’est plus que d’environ 150 millions d’habitants ; soit 4 à 5 fois moins qu’à l’orée de la Traite transatlantique. Cette traite négrière européenne a donc décimé plusieurs centaines de millions d’Africains ; au lieu des chiffres ridicules habituellement évoqués par les descendants d’esclavagistes. C’est cette réalité, d’un effondrement démographique (mais aussi culturel, politique, agricole, économique, technique, scientifique, etc.) sans précédent que « la vérité sur l’esclavage » tente grossièrement de dissimuler."

Quant aux chiffres : "estimation de Louise Maes Diop qui precise entre 600 millions et 800 millions"


jeudi, novembre 05, 2009

Sur les traces du passé négrier nantais


A l'approche du 10 mai, La1ère vous emmène sur les traces du passé négrier dans l'Hexagone. A Nantes, premier port négrier français, la traite des Noirs a occupé une place majeure dans le développement économique de la ville entre le 17e et le 19e siècle. 

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