samedi, septembre 05, 2009

Danton, le verbe chevillé au peuple

Portrait. 220 ans après la révolution française




1759-1794. Orateur brillant, parfois opposé abusivement à Robespierre, Georges Danton est autant le symbole des « indulgents » que le partisan résolu du tribunal révolutionnaire. Un complot imaginaire « vendu » à Robespierre et Saint-Just par Barère de Vieuzac scellera sa chute, et le mènera tout droit à l’échafaud.

Jusqu’au pied de l’échafaud, le grand orateur de la Révolution française aura gardé le sens de la formule, à moins que la postérité ne l’ait affublé à tort de cette pirouette bravache : « Allons bourreau, fais ton métier, et ne manque pas de montrer ma tête au peuple, elle en vaut la peine ! » Quelques instants plus tôt, l’homme au visage grêlé depuis l’enfance par la vérole tentait de consoler Camille Desmoulins, et lançait à l’aide qui tentait de les séparer : « Tu n’empêcheras pas nos têtes de s’embrasser dans le panier ! » En ce début du mois d’avril 1794, depuis trois jours, Georges Danton et le célèbre journaliste du Vieux Cordelier doivent répondre de « conspiration » et de « friponnerie » devant le tribunal révolutionnaire, sans pouvoir réellement ni se défendre ni s’exprimer. Barère de Vieuzac et Vadier ont habilement convaincu Saint-Just de la véracité d’un rapport fabriqué accusant Danton d’appartenir à un vaste complot de l’étranger orchestré par Londres et Vienne.

Coupable de « modération contre-révolutionnaire », de vouloir arrêter la guerre avec les États disposés à reconnaître la République française, d’enrichissement, aussi, dans le cadre de ses missions en Belgique, Danton est en réalité perdu avant même d’avoir été jugé. Minoritaire au sein des comités de salut public que Danton menace d’accuser à la Convention de malversation et de tyrannie, Robespierre a bien tenté de s’opposer à l’arrestation de son ex-camarade et à celle de son « ami »
Desmoulins. Il n’obtiendra rien, et un décret voté en urgence empêchera Danton de produire ses témoins et, surtout, de faire de son procès une ultime tribune… La même qu’il utilisa pour déclarer, prémonitoire, à la Convention : « Oui, nous devons réunir nos efforts pour faire cesser l’agitation de quelques ressentiments et de quelques préventions personnelles, plutôt que de nous effrayer par de vains et chimériques complots dont on serait bien embarrassé d’avoir à prouver l’existence.

Je provoque donc une explication franche sur les défiances qui nous divisent (…). Je le déclare nettement, parce qu’il est temps de le dire : tous ceux qui parlent de la faction Robespierre sont à mes yeux ou des hommes prévenus ou de mauvais citoyens. »

L’avocat entré au panthéon révolutionnaire grâce à son verbe aurait donc pu y poursuivre sa critique d’une Terreur dont il avait, dans d’autres circonstances, approuvé la vertu. Bien qu’ayant participé aux réunions du district des Cordeliers, avec Camille Desmoulins et Marat, son rôle dans la Révolution n’a certes pas été prépondérant. Élu président dans ce même district en octobre 1789, sa renommée va en revanche grandir au rythme de ses discours remarquables et remarqués. La popularité de ce bon vivant apologue inspiré du pavé leur doit beaucoup : le peuple, la patrie, Danton les célèbre en plaçant le civisme, l’honnêteté et le courage au-dessus de tout. Il affiche volontiers un mépris de la rhétorique, assumant une réputation de jouisseur, que ses ennemis ont parfois travesti en matérialisme, voire en grossièreté : « Je porte dans mon caractère une bonne portion de gaieté française », répondait ce magistrat étranger au jargon des juristes.

Fils de petits-bourgeois, s’est-il enrichi ? Loin de récuser sa bonne fortune, il s’en lavait les mains à sa manière, comme lors de ce discours à la Convention, le 10 mars 1993 : « Messieurs, quand l’édifice est en feu, je ne m’attache pas aux fripons qui enlèvent les meubles, mais j’éteins l’incendie ! (…) Le peuple n’a que du sang et il le prodigue. Alors, misérables, prodiguez vos richesses ! (…) Vos discussions sont misérables. Je ne connais que l’ennemi, battons l’ennemi. Vous qui me fatiguez de vos contestations particulières au lieu de vous occuper du salut de la République, je vous répudie comme traîtres à la patrie, je vous mets tous sur la même ligne. Que m’importe ma réputation, que la France soit libre et que mon nom soit flétri ! Que m’importe d’être appelé buveur de sang, oui, buvons s’il le faut le sang des ennemis de la liberté, mais combattons et conquérons la liberté ! »

Modéré, Danton ? Aurait-il rejeté toute responsabilité dans les massacres de septembre 1792, lorsque, comme l’écrit Jean Jaurès, « la Révolution sent pour ainsi dire au visage l’haleine des chevaux prussiens » ? À la Commune, relève l’adversaire résolu de la guerre de 1914, « l’exaltation patriotique est admirable, et je crois bien que c’est sans calcul et avec l’élan d’une foi sublime qu’elle se dresse la première pour organiser la défense ». La parole de Danton, déclare encore Jaurès avec admiration, « fut humaine aussi et sans mélange de passions troubles », avant de célébrer cet éloge du sacrifice populaire, face à l’avancée des armées contre-révolutionnaires : « Les commissaires de la Commune vont proclamer d’une manière solennelle l’invitation aux citoyens de s’armer et de marcher pour la défense de la patrie (…). Nous demandons que quiconque refusera de servir de sa personne, ou de remettre ses armes soit puni de mort. (…) Le tocsin qu’on va sonner n’est point un signal d’alarme, c’est la charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, Messieurs, il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace et la France est sauvée. »

Jean Jaurès voit dans l’image du tocsin une mise en garde, une « merveilleuse image » d’un homme qui cherche « à épurer la sonnerie terrible et triste qui va sonner sur Paris de ce qu’elle pouvait avoir d’inquiétant et d’énervant, pour ne lui laisser que son accent héroïque ». Tout le parcours de Danton est peut-être condensé dans cette oscillation permanente entre les nécessaires violences révolutionnaires, qu’il approuve, et son aversion de la Terreur dans son expression la plus brutale. Entré le 6 avril 1793 au Comité de salut public, ses positions modérées, son refus de la guerre totale vont provoquer la rupture, définitive, avec Barère de Vieuzac. Danton, qui avait voté la mort de Louis XVI, s’oppose au renvoi de Marie-Antoinette devant le tribunal révolutionnaire, qui allait mettre fin aux négociations de paix, notamment avec la Prusse et l’Espagne. Pour lui, la Terreur prônée par Barère ne sert qu’à rendre la République « hideuse », d’empêcher sa reconnaissance et de maintenir son isolement. Il le fait savoir à voix haute, et son éloquence relayée talentueusement par Camille Desmoulins va les mettre tous les deux dans la ligne de mire des « Exagérés »

Tous deux Montagnards unis contre les Girondins durant les premiers mois de la Convention, Danton et Robespierre ont souvent été abusivement opposés, l’un figé en caricature du « bourgeois modéré », l’autre dans celle de l’incorruptible froid, sanguinaire et impopulaire. Idéalistes et pragmatiques, ils l’étaient, au fond, chacun à leur manière. Contrairement au premier, propriétaire aisé peu sensible aux idées socialistes défendues par un Hébert, Robespierre ne s’est certes pas enrichi. Mais sa popularité auprès des sans-culottes parisiens n’avait rien à envier à celle de Danton. Robespierre affirmait l’immortalité de l’âme comme une vérité définitive, éternellement nécessaire aux hommes, quand le « Dieu de l’univers » invoqué par Danton ne serait qu’une étape entre l’antique foi et la liberté nouvelle. Le peuple, pense-t-il, doit voir ses habitudes religieuses ménagées… Tenant d’un modérantisme utopique, à l’heure où Robespierre tente de maintenir l’équilibre politique de son gouvernement, déchiré par les complots et dominé par les radicaux, « l’indulgent », devenu hostile à la Terreur, se sait-il condamné ?

Retiré le 12 octobre 1793 dans la maison de sa mère, sa mise en cause dans l’affaire de la liquidation de la Compagnie des Indes le fait revenir précipitamment à Paris. Avant d’être définitivement privé de parole et de voir sa langue coupée sur le billot, il livrera cette ultime harangue, dans un mélange de résignation et de panache : « Ma voix, qui tant de fois s’est fait entendre pour la cause du peuple, pour appuyer et défendre ses intérêts, n’aura pas de peine à repousser la calomnie. Les lâches qui me calomnient oseraient-ils m’attaquer en face ? Qu’ils se montrent, et bientôt je les couvrirai eux-mêmes de l’ignominie, de l’opprobre qui les caractérisent. (…) Ma demeure sera bientôt le néant, quant à mon nom, vous le trouverez bientôt dans le Panthéon de l’histoire. Ma tête est là, elle répond de tout. La vie m’est à charge, il me tarde d’en être délivré ! »

Marc de Miramon

jeudi, septembre 03, 2009

L’abbé Grégoire, l’ami des Noirs


Portrait. 220 ans après la révolution française

1750-1831 . Ce curé, devenu évêque constitutionnel, a voué sa vie à trois causes : la fin de l’esclavage, l’éducation du peuple et l’organisation d’une Église gallicane.

Au premier plan du tableau de David célébrant le serment du Jeu de paume trône l’abbé Grégoire. Alors que le vent de l’histoire et le peuple, aux fenêtres, font voler les rideaux de la salle, que les députés du tiers état sont tous tendus vers Bailly et leur promesse de donner une constitution à la France, trois hommes, au centre de l’image, attirent l’oeil : l’abbé donne l’accolade au chartreux Dom Gerle et au protestant Rabaut Saint-Étienne. La réconciliation des Églises scellée par la Révolution naissante. Pourquoi Grégoire pour symboliser cette - réunion ? Ce curé, représentant du bas clergé des Trois-Évêchés, est l’un des premiers (le 14 juin) à rejoindre le tiers. Il incarne la lune de miel entre clergé et révolution qui, à l’époque, occulte le « malentendu profond » entre les principes de l’un et de l’autre, et que l’abbé saura gérer au mieux jusqu’à sa mort, naturelle.

Quand ce prêtre arrive à Paris, il est mûr pour la Révolution. Dès 1787, il forme un syndicat de curés, marquant ainsi sa distance avec son évêché et les ordres réguliers. Dans ses lectures de jeunesse, il a rencontré les tyrannicides et le droit de résistance. Il fait partie de ces ecclésiastiques influencés par le jansénisme, nourris de gallicanisme. Pas vraiment homme des Lumières - « Après avoir été dévoré de doutes par la lecture des ouvrages prétendus philosophiques, j’ai ramené tout à l’examen et je suis catholique non parce que mes pères le furent, mais parce que la raison aidée de la grâce divine m’a conduit à la révélation » - il n’en a pas moins une lecture quasi antimonarchiste de l’écriture. En septembre 1792, quand la monarchie est abolie, il est dans un état second : « Depuis hier, la joie m’a suffoqué au point de n’avoir pu ni manger ni dormir. »

Le curé d’Emberménil, dans son ministère, a aussi eu tout loisir de mesurer la misère dans laquelle ses fidèles survivent. Soucieux de l’instruction de la jeunesse pauvre, il a édifié une

bibliothèque dans son presbytère. L’éducation va rester un point cardinal de son engagement : « Un peuple ignorant ne sera jamais un peuple libre. » Sans éducation, comment le peuple pourrait-il accéder à la « raison », condition première à la connaissance des droits et des devoirs, donc à l’observation des lois ? Sans éducation, pas de pacte social durable. C’est fidèle à cette pensée, soucieux du patrimoine, que l’abbé, en janvier 1794, n’hésite pas, dans un rapport à la Convention, à s’en prendre à ceux qui, dans l’armée républicaine, détruisent les bâtiments symboles de la monarchie, popularisant le terme de « vandalisme ». « Je créai le mot pour tuer la chose », dira-t-il dans ses Mémoires.

Éduquer, transmettre, là se trouve sans doute la raison d’une production foisonnante. L’abbé Grégoire écrit beaucoup, et il agit : au sein du comité d’instruction publique de la Convention (de juin 1793 à octobre 1795), il participe à la fondation du Conservatoire des arts et métiers, du Bureau des longitudes et de l’Institut de France. Ce qui ne l’empêche pas de goûter aux joies des joutes oratoires des assemblées. Son ami Jean-Frédéric Oberlin, un réformé apôtre du progrès social, dit de lui qu’il a un « caractère trempé », une belle « prestance », qu’il est « plein de bonnes réparties et de saillies heureuses », nanti d’un « talent admirable de beau parleur », « excellent satirique » : « c’est une bouche qui ne reste en dette avec personne et paye argent comptant ».

L’abbé Grégoire met ce talent au service de l’anti-esclavagisme. Membre de la Société des amis des Noirs fondée en 1788, aux côtés de Condorcet, Robespierre, Mirabeau… il en devient le président en 1790. Ces hommes prônent l’arrêt de la traite et l’octroi des droits civiques aux hommes libres de couleur. La question fait l’objet d’âpres discussions sous la Constituante. Face à eux, le lobby des planteurs et armateurs négriers possède de puissants appuis. L’économie et la puissance de la France outre-mer sont en question : avec quelque 450 000 esclaves noirs en 1789, Saint-Domingue est l’exemple type d’une économie de plantation aux mains d’une aristocratie blanche prête à en découdre pour garder son trésor.

Persuadé qu’« il est dans l’ordre essentiel des choses créées par la providence que ce qui est inique soit impolitique et finisse tôt ou tard par d’épouvantables désastres », l’abbé n’aura de cesse de voir la fin de l’esclavage. En fait, sans la grande insurrection des esclaves de Saint-Domingue, la Convention n’aurait sans doute pas voté l’abolition de l’esclavage. C’est chose faite le 16 pluviôse an II. L’abbé Grégoire salue cette grande anticipation de la Révolution française : « Haïti est un phare élevé sur les Antilles vers - lequel les esclaves et leurs maîtres, les opprimés, les oppresseurs tournent leurs regards, ceux-là en soupirant, ceux-ci en rugissant… On voit approcher l’époque où le soleil en Amérique n’éclairera que des hommes libres, où ses rayons ne tomberont plus sur des fers et des esclaves. » Las, Napoléon, le mari de Joséphine de Beauharnais, fille de riches colons de Martinique, rétablira l’ordre ancien qui survivra jusqu’en 1848. Entre-temps, au Congrès de Vienne (1815), Grégoire aura lancé son célèbre appel anti-esclavagiste : « De la traite et de l’esclavage des Noirs et des Blancs. »

La longévité politique de l’abbé Grégoire ne laisse pas d’interroger, d’autant que l’homme n’a jamais transigé avec son engagement - catholique. Il reste inflexible face aux pressions déchristianisatrices tout en siégeant à la - Montagne et en parlant la langue jacobine. D’aucuns verront en lui la rencontre entre pureté évangélique et austérité révolutionnaire. En 1791, l’abbé Grégoire participe à la création de la Constitution civile du clergé. Il devient évêque constitutionnel de Blois. La répression qui s’abat sur les prêtres réfractaires ne l’émeut guère. S’apitoie-t-il sur le sort des dévotes qui, à Paris, sont fessées par les patriotes quand elles se rendent à la messe d’un prêtre réfractaire ? La condamnation, par le pape Pie VI, de l’initiative révolutionnaire - « hérétique, sacrilège et schismatique » - ne l’ébranle pas plus. Lui, l’évêque gallican, assume le divorce avec Rome, qui saura s’en souvenir.

Cette « tête de fer » affligée d’un « caractère en désaccord avec sa robe », selon Michelet ; ce « maladroit », « provocateur », selon Jaurès ; cet « homme de bien, homme de colère, et si souvent loin du pardon », selon Sainte-Beuve, a-t-il été régicide ? L’abbé Grégoire l’a moultes fois écrit : Louis XVI est pour lui un « monstre couronné », un « bourreau du peuple », un « fainéant titré » ; « les rois sont dans l’ordre moral ce que les monstres sont dans l’ordre physique ; les cours sont l’atelier du crime, le foyer de la corruption ; l’histoire des rois est le martyrologue des nations ». Mais en janvier 1793, il est, avec trois autres conventionnels, en mission au pays du Mont-Blanc. Sollicités, ils adressent à Paris leur voeu : « La condamnation de Louis Capet sans appel au peuple. » Première marche de l’échafaud, dira-t-on, mais Grégoire répétera toute sa vie qu’il a alors plaidé la suppression du mot « mort ». Toujours est-il qu’à l’heure fatidique, la Convention n’a pas pris en compte les quatre voix des absents.

Aucune importance pour la faction monarchiste et les contre-révolutionnaires de tout poil qui relèvent la tête en septembre 1819. Quand Grégoire est élu député de l’Isère, ce « régicide » est exclu à l’unanimité de l’Assemblée. Son élection à l’Académie française est refusée pour cause de républicanisme. Septuagénaire, l’abbé écrit à un ami : « Je suis comme le granit, on peut me briser, mais on ne me plie pas. »

Comment ne pas donner crédit à cet écrit tant l’attitude de l’ecclésiastique, sous le Consulat et l’Empire, est courageuse. Opposant irréductible à Napoléon Ier, il est l’un des cinq élus qui s’élevèrent contre la proclamation de l’Empire. Et, bien sûr, il rejette le Concordat conclu entre le pape Pie VII et le premier consul. Jusqu’en 1801, l’abbé Grégoire aura vainement essayé de réorganiser l’Église constitutionnelle. Droit dans sa robe, il refuse tous les honneurs dans lesquels Napoléon essaie de l’enfermer et le 1er avril 1814, il est l’un des 64 sénateurs qui répondent à la convocation de Talleyrand pour proclamer la déchéance de Napoléon.

Après 1819, l’abbé Grégoire se retire de la vie publique et se consacre à l’étude de Port-Royal (son penchant janséniste). N’empêche, le 28 mai 1831, jour de son décès, l’archevêque de Paris s’oppose à ce qu’il reçoive les derniers - sacrements. Contre sa hiérarchie, l’abbé Guillon lui accorde son secours. Deux mille personnes, derrière La Fayette, l’accompagnent au cimetière Montparnasse.

Deux siècles plus tard, l’Église catholique, romaine et apostolique, n’a rien pardonné à l’abbé Grégoire. Quand, à l’automne 1989, François Mitterrand, au nom de la patrie - reconnaissante, fait entrer avec les honneurs de la République trois révolutionnaires, dont l’abbé Grégoire, au Panthéon, les représentants du Très Haut dans l’Hexagone sont absents. L’abbé Grégoire, prêtre et révolutionnaire, gallican insoumis, est toujours trop sulfureux pour Rome.

Dany Stive

Le temps de la quête du siècle africain des lumières


La dernière fois que nous avons entendu parler d’esclavage en Mauritanie, c’était il y a une vingtaine d’années, lorsque le chef d’Etat mauritanien de l’époque en avait annoncé l’abolition. Décidément non informés, nous nous étions étonnés d’apprendre que l’esclavage, au sens premier du terme, existait encore quelque par en Afrique au vingtième siècle finissant. Toujours mal ou non informés, nous venons seulement d’apprendre l’existence, dans cette même Mauritanie, d’une ‘‘Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste’’ (IRA), dont le président, Biram Ould Dah, s’est adressé en août 2009 aux esclaves mauritaniens en des termes, qui recèlent comme un désespoir : ‘‘L’unique choix en votre possession est la résistance physique jusqu’à l’extrême sacrifice.’’ Stoïcisme radical et dernier devant la culture persistante du déni et devant sa durée infinie, puisque ‘‘tous les régimes qui se sont succédé en Mauritanie depuis son indépendance ont perpétué le système esclavagiste dans le pays.’’
Rien n’a donc changé, et l’abolition d’il y a une vingtaine d’années n’était que de la poudre aux yeux, un simple communiqué destiné à berner la communauté internationale. Rien n’a changé et ce n’est, hélas, pas nouveau, car après l’abolition officielle de l’esclavage par les Anglais et les Français au XIXème siècle, le roi Béhanzin du Dahomey avait continué à négocier allègrement le bois d’ébène avec les mêmes abolitionnistes, dans le cadre notamment d’un certain projet (déjà !) dénommé ‘‘chemin de fer Congo-Océan’’, dont Aimé Césaire se souvient amèrement : ‘‘Moi, je parle de milliers d’hommes sacrifiés au Congo-Océan.’’ Sacrifiés avec notre collaboration. Comme toujours et encore de nos jours. Rien de nouveau sous le soleil du bon Dieu. ‘‘Les bagnes toujours et la chair sous la roue’’ (Louis Aragon).

Rien de nouveau sous le soleil, et c’est précisément là le drame, là que le bât blesse, et que l’homme s’écrie, un rien désespéré, ‘‘Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges / Jeter l’ancre un seul jour ?’’ (Lamartine). Le bât blesse, car nous ne sommes plus au temps des Anglais et des Français abolitionnistes pour la façade, mais au temps des Mauritaniens et des Béninois, tous indépendants et souverains, au temps de l’Union Africaine, au temps du Colonel-Guide, Roi des rois d’Afrique. Et sous leurs yeux et sous leur souveraineté et au milieu du flot roulant de leurs discours, ‘‘le système esclavagiste dans le pays’’ Mauritanie se perpétue de même que dans le pays Bénin, où le système ‘‘vidomêgon’’ (à déchiffrer comme ‘‘enfant martyrisé’’), s’est incrusté dans les coutumes. Et les Béninois, aujourd’hui encore, vendent leurs enfants aux Gabonais par cargaisons entières. Rien de nouveau sous le soleil du bon Dieu, et les Africains aussi sont abolitionnistes pour la façade. ‘‘Aux cadavres jeté ce manteau de paroles / Le bâillon pour la bouche et pour la main le clou’’ (L. Aragon).
Il est donc une conscience à prendre. Mais où la trouver pour la prendre ? Les Africains très musulmans, très chrétiens, très animistes, très rosicruciens et patati et patata, perpétuent tous le martyre du prochain, adulte ou enfant. D’où l’appel de Biram Ould Dah au stoïcisme : ‘‘Résistance physique jusqu’à l’extrême sacrifice’’, un appel désespéré, religions et tutti quanti ne semblant d’aucun secours pour le progrès de l’homme, pour l’espoir de l’homme en un avenir de grâce et de bonheur. Il est donc un siècle africain des lumières à quêter, à cultiver, à faire surgir par-delà religions, cultes et coutumes, pour rejoindre l’homme et le libérer. Le siècle européen des lumières n’a pas empêché le déni de l’homme, le déni de l’autre. Voltaire avait des actions dans le commerce des esclaves. Le siècle africain des lumières se caractérisera par son humanisme sans frontière. Pour reprendre les mots de Biram Ould Dah, le siècle africain des lumières sera un appel libérateur ‘‘aux victimes d’esclavage, d’expropriation des terres, de procès inéquitables et autres formes de déni de justice…’’
C’est à cette conversion que nous invite Aimé Césaire depuis toujours : ‘‘Et maintenant pourrissent nos flocs d’ignominie.’’ C’est à cette grandeur que nous invite Senghor depuis toujours : ‘‘Notre noblesse nouvelle est non de dominer notre peuple, mais d’être son rythme et son cœur.’’ Voici le temps de la quête du siècle africain des lumières.

(Par Roger Gbégnonvi)

mercredi, septembre 02, 2009

Fouquier-Tinville, la hache de la Terreur 1746-1795


Portrait. 220 ans après la révolution française


Monstre pour la réaction thermidorienne, qui le condamna à mort après la chute de Robespierre, Antoine Quentin Fouquier de Tinville consacra sa vie à la Révolution, dont il fut l’implacable accusateur public du tribunal révolutionnaire.

Au panthéon des figures de la Révolution, celle d’Antoine Quentin Fouquier de Tinville est sans doute l’une des plus décriées et des plus haïes. L’histoire dominante lui a collé l’image d’un monstre sanguinaire, incarnant la répression impitoyable à laquelle est souvent réduite la Terreur. Encore aujourd’hui, son nom, quand il est évoqué, est associé au couperet de la guillotine tombant sans répit, à des procès sommaires et expéditifs, aux exécutions par fournées entières des « ennemis de la Révolution ». Le procès de Fouquier-Tinville, consécutif à la chute de - Robespierre, a largement contribué à forger cette image, la réaction thermidorienne faisant de lui le symbole et l’ordonnateur de la répression sous la Terreur. Il doit cette réputation à la fonction d’accusateur public du tribunal révolutionnaire, qu’il assuma du 13 mars 1793 au 1er août 1794, sous la Convention montagnarde du 2 juin 1793. On lui prête l’obtention d’environ deux mille condamnations à mort, sur les 16 594 sentences capitales recensées sous la Terreur entre mars 1793 et août 1794, d’après les statistiques de l’historien Donald Greer, mais aussi des acquittements que l’histoire a occultés.

Rien ne prédestinait pourtant ce Picard, fils d’une famille paysanne plutôt aisée, à ce destin tragique. Né le 12 juin 1746, il étudie le droit à Paris et embrasse la carrière de procureur en 1773. Ce métier ne suffisant pas à subvenir à ses besoins, il doit, au bout de dix ans, se résoudre à vendre sa charge. On a raconté de lui qu’il mène durant ces années une vie de débauche et de boissons, qui lui sera imputée à charge lors de son procès par les vainqueurs du 9 Thermidor an II (27 juillet 1794).

La Révolution qui monte, dont il épouse la cause, fait basculer la vie de ce cousin éloigné de Camille Desmoulins. En 1792, il est nommé directeur d’un des jurys d’accusation du tribunal créé pour juger les auteurs du complot royaliste du 10 août. Il accède le 13 mars 1793 à la fonction d’accusateur public du tribunal révolutionnaire, élu par la Convention. Fouquier-Tinville y a prononcé les réquisitoires qui l’ont rendu célèbre : contre Marie-Antoinette, contre Charlotte Corday, contre les Girondins et les dantonistes… Lors de la chute de Robespierre, son rôle se borna à faire constater - l’identité de ce dernier, sur ordre de la Convention, préalable à l’exécution sans jugement du chef de la Montagne, conformément à la loi. Ce zèle dans l’obéissance sans faille à la Convention ne lui épargna pas - d’être lui-même mis en accusation, dès le 14 thermidor (1er août 1794), et de finir exécuté comme son maître, le 7 mai 1795.

Son réquisitoire le plus fameux reste celui prononcé contre la « veuve Capet », alias Marie-Antoinette. Le texte est un morceau de bravoure oratoire et d’une modernité stupéfiante. La liste des accusations portées contre la reine est accablante et édifiante. Fouquier-Tinville dénonce : « Marie-Antoinette, veuve de Louis Capet, a été, depuis son séjour en France, le fléau et la sangsue des Français. (…) Depuis la Révolution, la veuve Capet n’a cessé un seul instant d’entretenir des intelligences et des correspondances criminelles et nuisibles à la France, avec les puissances étrangères et dans l’intérieur de la République (…), elle a usé de toutes les manoeuvres qu’elle croyait propres à ses vues perfides pour opérer une contre-révolution. » Fouquier-Tinville détaille le rôle éminent de Marie-Antoinette dans le déclenchement du massacre du Champ-de-Mars du 17 juillet 1791, dans le renseignement des monarchies étrangères en guerre contre la France, dans le complot aristocrate du 10 août 1792, etc. En conclusion, il accuse la veuve - d’avoir « tramé des conspirations et des - complots contre la sûreté intérieure et extérieure de la France, et d’avoir à cet effet allumé la guerre civile dans divers points de la République et armé les citoyens les uns contre les autres, et d’avoir par ce moyen fait couler le sang d’un nombre - incalculable de citoyens ». La peine de mort est votée à l’unanimité par les jurés.

La réaction ne lui pardonnera jamais ses réquisitoires implacables contre « les ennemis de la Révolution ». Le procès de Fouquier-Tinville, qui se tint du 28 mars au 6 mai 1795, veille de son exécution, fut transformé en procès de la Terreur et du tribunal révolutionnaire par les nouveaux maîtres du pays. Ses adversaires accoururent pour se venger. On l’accusa de fomenter « le renversement du régime républicain » et d’avoir fait « périr sous la forme déguisée d’un jugement une foule innombrable de Français ».

L’action et les motivations de Fouquier-Tinville, tout comme son procès, sont inséparables du contexte historique de la France de cette période et du fonctionnement des institutions politiques et judiciaires sous la dictature de salut public. « La volonté punitive constituait, depuis 1789, l’un des traits essentiels de la mentalité révolutionnaire, face au complot aristocratique s’affirmaient la réaction défensive et la volonté punitive des masses populaires comme des dirigeants clairvoyants de la Révolution », rappelle l’éminent historien Albert Soboul (1). « L’établissement de la Terreur découla de l’aggravation de la crise. Mais le gouvernement révolutionnaire s’établissant et se renforçant, la Terreur fut organisée et légalisée. Le 10 mars 1793, pour prévenir de nouveaux massacres populaires, le tribunal révolutionnaire fut institué. »

Nommé par la Convention, ce tribunal juge suivant une procédure simplifiée. Le jury d’accusation a été supprimé, et ses verdicts ne donnent lieu à aucun appel. Le décret de la Convention du 22 prairial an II (10 juin 1794), qui institue la Grande Terreur, marque une évolution radicale. « Elle s’explique par les circonstances du moment », après des tentatives d’attentat contre Collot d’Herbois et Robespierre, rappelle Soboul. La défense et l’interrogatoire préalable des accusés furent supprimés, les jurés pouvaient se contenter de preuves morales, le tribunal n’eut le choix qu’entre lou la mort. La pratique de l’amalgame fut généralisée : la notion élargie de complot aristocratique permit d’inculper dans le même procès des gens sans liens entre eux, mais jugés solidaires dans leurs menées contre la nation.
Couthon, rapporteur de la loi à la Convention, expliqua : « Il ne s’agit pas de donner quelques exemples mais d’exterminer les implacables satellites de la tyrannie. » « Les têtes tombaient comme des ardoises », décrira Fouquier-Tinville.

Ses notes rédigées pour sa défense lors de son procès montrent un révolutionnaire persuadé d’avoir rempli honnêtement sa tâche comme « un être passif, un rouage et un ressort que faisait mouvoir la loi ». « Toutes les accusations pour la plupart (sic) ont été dirigées contre des conspirateurs caractérisés. Il est possible cependant que, sur des dénonciations ourdies par des malveillants, il y ait eu des actes d’accusation dirigés contre quelques patriotes. (…) C’est certainement un malheur qui ne pourrait me rendre coupable, car dès qu’il existe des dénonciations et des charges, la loi impose le devoir à l’accusateur public de diriger des poursuites. » Niant être la « créature de Robespierre », dont il avoua détester le « despotisme », il explique à propos de la loi du 22 prairial de durcissement de la Terreur qu’il désapprouvait, redoutant ses excès : « Je ne pouvais me refuser à l’exécution de ce - décret sans m’exposer à être considéré et traité comme un contre-révolutionnaire. »

Interpréter son action à l’aune de critères d’aujourd’hui, comme le devoir de désobéissance à des ordres injustes ou indignes, n’aurait aucun sens. Pour Fouquier-Tinville et les révolutionnaires de son époque, une fois le règne de l’arbitraire royal abattu, le fait qu’aucun homme ne puisse se déclarer au-dessus des lois caractérise le changement de régime. Dans sa justification, il écrit : « Un fonctionnaire dans une République ne doit connaître que la loi émanée du pouvoir souverain (…), son devoir est de l’exécuter et de la faire exécuter. »

C’est au nom de ce dévouement patriotique qu’apprenant, le 14 thermidor, sa mise en accusation, il se rendit à la Conciergerie pour se constituer prisonnier. En mai 1795, attendant son exécution du fond de sa geôle, on lui prête ces mots, qui résument l’homme : « Je ne suis qu’une hache. Peut-on condamner une hache ? »

(1) La Révolution française, Éditions sociales, 1982, rééditée par Gallimard.


Sébastien Crépel

mardi, septembre 01, 2009

Des patronymes lourds à porter


Le 23 août 1791, Toussaint Louverture, esclave affranchi, mène l'insurrection des esclaves de l'île de Saint-Domingue. Pour se remémorer cette date, l'Unesco a déclaré en 1998 le 23 août Journée nationale du souvenir de la traite négrière et son abolition.

218 ans après ce soulèvement précurseur de l'abolition de l'esclavage, Karfa Diallo, président de l'association DiversCité à Bordeaux, interpelle les maires et élus de quatre villes concernées par le commerce triangulaire : Bordeaux, La Rochelle, Nantes et Le Havre.

Selon Karfa Diallo, à La Rochelle quatre sites seraient à débaptiser : les rues Admyrault, Giraudeau, Fleuriau et le square Rasteau.

Une apologie de crime

« Ce serait une initiative de justice urbaine, selon Karfa Diallo. Aujourd'hui l'esclavage est reconnu comme un crime contre l'humanité [depuis la loi Taubira du 21 mai 2001 NDLR]. Mais si la loi existe, elle n'a connu aucune traduction juridique. En débaptisant les rues aux noms de négriers, ce serait chose faite. »

Pour l'association DiversCité, maintenir ces noms en haut de nos rues constitue même une apologie de crime contre l'humanité, décrit comme « l'éloge fait en public ou par la voie de presse de certains agissements légalement qualifiés de crimes, déjà accomplis ou susceptibles de l'être ».

Juste réparer un oubli

Si débaptiser est impossible, Karfa Diallo demande au minimum d'installer une plaque expliquant le passé des armateurs. « Nous ne voulons condamner personne, juste réparer un oubli, indique- t-il. À l'époque où ces plaques ont été apposées, l'histoire était très peu connue des citadins. Les gens n'avaient pas grande connaissance des droits humains. »

Le cas Fleuriau

Or, aujourd'hui, les choses ont changé et Karfa Diallo estime ces plaques « choquantes ». N'hésitant pas à comparer les armateurs aux nazis.

« C'est comme si aujourd'hui on décidait de nommer nos rues Goebbels ou Goering », explique-t-il.

Rue Fleuriau, la question prête déjà à confusion. Car, si au XVIIIe siècle, le père, Aimé-Benjamin, fut bien armateur, son fils, à qui la rue est dédiée, était botaniste. Quant au Giraudeau qui a donné son nom à un square à Tasdon, c'est Louis, le conservateur des Beaux-Arts et non Pierre, le négociant, d'ailleurs ancêtre de l'acteur. Seuls le Rasteau du square (Pierre-Isaac) et l'Admyrauld de la rue furent réellement des armateurs vivant du commerce triangulaire.

Pour Karfa Dialo, peu importe la génération, seul compte le nom. « Le commerce des hommes a fait la fortune non d'un seul homme mais de toute une famille », explique Karfa Diallo. Mais Josy Roten, présidente de l'association rochelaise Memoria Esclavage, ne partage pas cette opinion. Selon elle, « les enfants ne sont pas forcément responsables des actes de leurs parents ».

« Ce n'est pas une priorité »

« S'attaquer aux noms de rues est délicat, il faut mener une réflexion, prévient Josy Roten. La seule chose qu'il reste à faire est de nommer d'autres rues du nom de héros de la lutte contre l'esclavage, comme Toussaint Louverture, ou des abolitionnistes connus. »

D'autant que, pour l'historienne, « les noms de rues font partie de la construction d'une mémoire collective à un moment donné. Selon elle, les noms de rues ne sont pas une priorité. « Le plus urgent reste de créer des lieux de mémoire, des monuments qui montrent le parcours de l'esclave, sa révolte. L'esclave n'a pas seulement été victime, il a été un héros, un homme. Pas seulement un objet. »

Une pétition a été lancée

Pour le moment, aucun des maires contactés n'a réagi. Une pétition a également été lancée. Diallo espère collecter près de 10 000 signatures à Bordeaux. « Que nous remettrons au maire de la ville le 10 mai prochain. »

À la rentrée, Karfa Diallo ira à la rencontre des élus, afin de les persuader d'inscrire la question à l'ordre du jour d'un prochain Conseil municipal.

lundi, août 31, 2009

1910 - 2009 : Un siècle de luttes en Guadeloupe

1910 - 2009 : Nou toujou goumé



Wi sé vré lespwa éklò pendant les 44 jours de grève générale que nous avons mené en Guadeloupe. Dans notre pays de janvier à mars 2009, les femmes, les hommes, la jeunesse, les travailleurs : le peuple a envahi la rue pour signifier aux pwofitan, à tous les pwofitan notoires, sa revendication de vivre autrement.
Wi sé vré, par milliers, NOU Les guadeloupéens, Nèg, Zendyen, Blan, avòté kon matrité, avons fait la démonstration, avec nos mès é labitid, paré de nos couleurs, scandant notre chanté, que konplo a nèg a pa konplo a chyen !
Faut-il voir là, comme certains, un certain hasard qui sait si bien faire les choses, ou pire, une chance providentielle, cadeau tombé du ciel ? Erreur masili a gwotèt !
C’est bien là le fruit d’une construction par des luttes successives que bien d’autres vayan avant nous, d’autres Nonm é Fanm, ont mené depuis tantôt. Sé on filyasyon a konba a pèp, konba a travayè é a mouvman kiltirel.
Wi sé vré, padavwa sonjé :
Février et mars 1910, la grève des ouvriers agricoles de la Grande-Terre et de la région de Capesterre Belle Eau pour revendiquer la suppression du travail à la tâche et des augmentations. Bilan : 4 morts et 12 blessés.
Février 1925, grève des petits planteurs, à l’usine de Duval, Petit-Canal, pour réclamer un meilleur prix de la tonne de cannes. Les militaires présents tirent sur les manifestants. Bilan : 6 grévistes tués et 7 blessés.
Février 1930, Tuerie de Bonne-Mère et des Abymes. Non respect par les usiniers de l’arrêté du gouverneur qui fixe le prix de la tonne de cannes à 127, 75 francs et une augmentation de 10% de salaires pour les ouvriers agricoles. Les gendarmes fusillent les grévistes. Bilan : 3 morts.
14 février 1952, grève des travailleurs dans la région du Moule noyée dans le sang. Meilleure rémunération de la journée de travail, allègement des tâches, meilleur prix de la tonne de canne, sont les principales revendications des petits planteurs et colons de la Guadeloupe. Suite aux barrages érigés à l’entrée de la ville du Moule, les CRS tirent sur la foule ; tuant 4 guadeloupéens (Constance DULAC, Capitolin JUSTINIEN, Edouard DERNON et François SERDOT) et en blessant 14.
Mai 1967, grève des ouvriers du Bâtiment réclamant 2% d’augmentation et de meilleures conditions de travail. Là encore, les CRS tirent sur les guadeloupéens partout dans les rues de Pointe à Pitre. Bilan : 87 morts, dont Jacques NESTOR, et 200 arrestations.
1971, grève de L’UTA pour revendiquer sa représentativité. Mouvement de grande envergure qui s’étendra dans le secteur du Bâtiment avec l’unité syndicale comme ferment de la lutte et le soutien des étudiants, lycéens et enseignants. [1]
1972, année de bilan et de consolidation. Mise en place des écoles du soir pour l’éducation populaire. Grande collaboration des intellectuels avec les travailleurs paysans et les ouvriers. Epoque des grands koudmen dans les champs.
1975, grève dans le secteur de l’industrie sucrière. Séquestration des directeurs d’usines. Remplacement des travailleurs guadeloupéens par des travailleurs haïtiens déportés. Grève de la faim du père Chérubin CELESTE en soutien aux manifestants grévistes. Grand soutien des étudiants, lycéens et enseignants, des artistes.
1982, grève à Air Guadeloupe.
1985, l’affaire Georges FAISANS.
1999, l’affaire Pascal SEBASTIEN.
2001, l’affaire Michel MADASSAMY.
Par conséquent on comprend aisément qu’après une telle succession de luttes en Gwadloup, qu’il n’y a pas de place pour le hasard.
Liyannaj Kont Pwofitasyon s’inscrit bien évidemment dans cette continuité du soulèvement des masses, affirmant constamment lalit klas kont klas ainsi portée par des hommes et des femmes, syndiqués ou non, des associations culturelles et politiques, contre la pwofitasyon et pour la dignité et le travail. Mouvement rassembleur et largement fédérateur de revendications qui a su faire état de sa capacité à liyanné la lutte de masse lors des grands rassemblements et la lutte militante sur les barrages.
Malgré certaines conséquences dramatiques comme la mort de Jacques BINO et du jeune Steeve FISTON, l’amplification du mouvement et le franchissement de tous les obstacles ont permis au LKP de faire tomber au fur et à mesure toutes les oppositions et obtenir la signature de l’accord salarial interprofessionnel jacques BINO dès le 26 février 2009 et du protocole d’accord du 4 mars 2009.
Ainsi donc, pour nous adhérents, militants et dirigeants de L’UGTG, c’est la traduction la plus fidèle de notre engagement pris sur nos orientations lors de nos trois derniers Congrès :
2002, Gwadloup péké konstwi san travay ni san travayè.
2005, Sé Fanm, Nonm é angajman, An konsyans, balan é inité, san janmé manjé an men a yo Ka kalbandé espwatasyon kapitalis é kolonyalis.
2008, Sé silon jan ou bityé ou kapab rékolté saw planté. Annou kontinyé nouri lalit. Pon disou pa pèd !
Nous pouvons aisément comprendre les contorsions multiples et le malkadik qui secouent nos politiciens et autres accoucheurs de pensées. Car un tel déferlement a Fanm, Nonm et de créativités d’un peuple constamment réprimé, dénigré, ne peut que désemparer et faire grincer jusqu’à exploser les sempiternels rouages.
Mais pour nous, acteurs depuis l’aube, c’est bien cette partition que nous comptons jouer sans relâche avec détermination. Immense fierté a kontinyé nouri lalit sur l’idée que nous nous faisons de nous mêmes et sur nos prétentions à la construction d’une société nouvelle et plus juste pou nou é pou pitit annou.
Encore une fois, Liyannaj Aksyon, Kanpèch... LKP, c’est NOU. Toute une suite d’expériences construites par les luttes que nous avons menées et qui aujourd’hui nous autorisent à toujours plus d’audace pou maché si yo.
UGTG - Juillet 2009
Source : La Lettre du Militant, Journal d’information des adhérents de L’UGTG

dimanche, août 30, 2009

Fesman : Doit-on occulter la dimension Arabe de la culture noire ?


Dès sa première édition, le festival n’a été qu’une succession de nuits folkloriques où régnaient les tambourins. Et des pas de danse plus ou moins bizarres, voire diambiques. Ces grands du monde noir n’y ont jamais pris part. S’ils n’en ont pas été écartés ! Je pense à des sommités comme PELE, Cassius CLAY (MUHAMED ALY), RAY CHARLES, MARTIN LUTHER KING, MALCOM X, SIDNEY POITIERS, HARRY BELAFONTE, ALBERT LUTHILI, DESMOND TUTU, MANDELA, CAMARA LAYE, KWAME NKRUMAH, JULIUS NYERERE et même - tenez-vous bien - CHEIKH ANTA DIOP.

L’organisation n’a jamais tenu compte de la première critique du Prix Nobel de Littérature Wole SOYINKA. Expression simple, mais combien profonde : «Le tigre ne crie pas sa tigritude, il griffe». En d’autres termes, il ne faut pas se contenter de paroles superficielles (même bien distillées). C’est d’action en profondeur que nous avons besoin. Ayant été aux côtés du Chef de l’Etat, Me Abdoulaye WADE, au siège des Nations Unies à New YORK pour le lancement du FESMAN, je me demande aujourd’hui si l’objectif était de faire adhérer la diaspora vivant aux Amériques. Si tel est l’objectif, le résultat sera nul. Car rien n’est fait à cet effet. En outre, si l’objectif était de conscientiser le continent, la chose parait, aujourd’hui, bien sénégalo-sénégalaise.
Pour en venir à la dimension arabe de la chose africaine, il y a lieu de rappeler que le Yémen (berceau des Arabes), le sud de l’Arabie et l’actuel sultanat d’Oman ont presque toujours fait partie de l’Abyssinie. D’ailleurs, c’est du Yémen que régnait la Reine de SABA. C’est le lieu où fut érigé le premier barrage permettant la rétention des eaux de la rivière Aarym, pour les cultures de contre-saison. Sur les vestiges de ce barrage, l’on trouve des inscriptions en Ghez, langue d’Abyssinie, probablement ancêtre des langues sémites que sont l’Arabe, l’Hébreu et même l’Araméen parlé par JESUS. Cette langue africaine était écrite avec des idéogrammes, dont l’alphabet a fortement inspiré les écritures arabes, grecques et même latines.
La Mecque, en tant que centre spirituel, a vu les prêtresses éthiopiennes dominer ce sanctuaire durant les périodes qui ont précédé l’ISLAM. La montagne qui jouxte la KA’ABA s’appelle le Mont des Abyssins. La KA’ABA, elle-même, doit être toujours habillée d’une étoffe noire. Couleur sacrée. La pierre angulaire du sanctuaire s’appelle Pierre Noire ou Pierre du Noir. Nous savons que la littérature arabe antéislamique était dominée par les sept plus grands poètes arabes de tous les temps. L’un des plus célèbres parmi eux, le prince noir Antar, chantait déjà sa couleur dont il était fier :
« Par ma couleur, comme la nuit, à mes ennemis, je fais peur. Par mon immensité, je les absorbe. Et, ainsi, en moi, je sens leur torpeur». D’ailleurs l’Arabe est la seule langue où le mot Noir et Seigneur découlent de la même racine linguistique : saada, yaa suudu ; si yaadatan (seigneurie) sa waadan (noirceur)

Le premier khalifat noir

Combien savent qu’au IXème siècle, un khalifat noir fut fondé autour de l’actuelle ville de Bassorah ? Qu’il s’étendait jusqu’à l’actuel royaume de Bahreïn et jusqu’à la région iranienne du Khûzistân? Le Roi ALI, surnommé Shirzanj -le Lion Noir- y avait bâti monnaie et organisé une armée régulière qui avait résisté à trois khalifes Abbassides de Bagdad. L’un après l’autre, ils finirent par reconnaître, de facto, sa souveraineté sur cette zone. Durant une période qui s’étala sur 20 ans. Le Roi ALI avait même renversé la pyramide généalogique.

Au point que seul un Noir pouvait être Chérif et se réclamer du PROPHETE (L’Homme au Turban et à l’Etendard noirs). L’influence de ce khalifat traversa la Mer Caspienne, pour voir ses plénipotentiaires atteindre la cour de Russie. Un FESMAN où des pans de la géographie, de la religion, de la culture sont occultés, est-il celui que nous devons célébrer ? Une influence qui a fait que le PROPHETE de l’ISLAM ait choisi la couleur noire pour son étendard et son turban, pour se distinguer (Lui et Sa Descendance) des autres, ne doit pas être occultée. A moins qu’il ne s’agisse de profiter d’une occasion pour faire la promotion d’un certain paganisme, auquel l’on aura voulu donner une couleur obscure.

Ahmed Khalifa Niasse
Président du Présidium du F.

5/06/09

samedi, août 29, 2009

La révolution haïtienne, trop longtemps occultée, par Jean-Michel Caroit


Rendre justice à la révolution haïtienne dont la portée universelle a été longtemps occultée après la révolte victorieuse, en 1791, des esclaves de Saint-Domingue. Dans ce but, l'Unesco a organisé, du 21 au 23 août à Port-au-Prince, un colloque international sur "la révolution haïtienne et l'universalité des droits de l'homme". La commémoration et le travail de mémoire avaient été troublés en 2004, année du bicentenaire de l'indépendance d'Haïti, par les violents affrontements qui avaient précédé le départ en exil de l'ancien président Jean-Bertrand Aristide.
"La révolution haïtienne a été un moment-clé de l'histoire de l'humanité", a souligné Pierre Sané, le sous-directeur de l'Unesco. Elle a donné corps au concept de l'universalité des droits humains. La première République noire est aussi devenue "le catalyseur de la libération des oppressions esclavagiste et coloniale". Elle a apporté "la première contribution majeure et concrète au combat antiraciste mondial naissant".

Cette révolution était "impensable", selon le mot de l'anthropologue Michel-Rolph Trouillot, en raison de sa radicalité face à la pensée dominante de l'époque. Elle a dépassé les révolutions française et américaine en étendant le concept de droits humains à l'ensemble de l'humanité, sans distinction de race ou de sexe. Les rédacteurs de la déclaration française de 1789 se référaient à l'homme occidental "blanc" lorsqu'ils écrivaient : "Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit." La révolution haïtienne ajoutera l'adverbe "tous": "Tous les êtres humains..."

L'insurrection des esclaves de Saint-Domingue, la plus riche des colonies françaises, était considérée comme une "aberration de l'Histoire" par les puissances du XVIIIe siècle. Elle remettait en cause les fondements du système économique dominant : la plantation, productrice du sucre, dont l'importance dans le commerce international est comparable à celle du pétrole aujourd'hui, l'esclavage et la traite négrière. Face à la Société des amis des Noirs, le club Massiac, représentant le parti colonial, soutenait que la fin de l'esclavage provoquerait la faillite de l'économie française. Craignant la contagion dans leurs colonies, les grandes puissances de l'époque ont mis la jeune République noire au ban des nations.

En Europe et aux Etats-Unis, la presse a construit l'image d'une insurrection sanguinaire et sauvage ne méritant pas le nom de révolution. Les historiens, de Michelet à Renan, ont nié ou minimisé son impact. Dans l'histoire officielle, le corps expéditionnaire de Napoléon, envoyé pour rétablir l'esclavage et la colonie de Saint-Domingue, n'a pas été défait par les combattants haïtiens, mais par les épidémies. L'intellectuel haïtien Laënnec Hurbon a déploré que l'esclavage demeure "un impensé de la philosophie politique moderne ", y compris chez des auteurs comme Michel Foucault ou Jürgen Habermas.

Le Martiniquais Aimé Césaire (Cahier d'un retour au pays natal), le Trinidadien C.L.R. James (Les Jacobins noirs), le Cubain Alejo Carpentier (Le Royaume de ce monde) et l'Afro-Américain Frederick Douglass ont été les premiers à rendre compte de la dimension de la révolution. "Haïti est la terre mère idéologique de la Caraïbe, le lieu où la lutte pour la liberté a produit une conscience collective, une nouvelle façon de penser la question raciale et de concevoir l'identité nationale", a relevé l'universitaire Michael Dash. Pour Césaire, Haïti est le lieu "où la négritude se met debout pour la première fois" et Toussaint Louverture est le restaurateur de la dignité des Noirs.

L'onde de choc de la révolution a accéléré l'abolition de l'esclavage dans les autres colonies françaises des Antilles et la fin de la traite, d'abord décrétée par le Danemark, en 1803. Internationalistes, les révolutionnaires haïtiens ont apporté leur soutien aux mouvements d'indépendance latino-américains : au Vénézuélien Francisco de Miranda dès 1806, à Simon Bolivar, au Mexique, et à la Colombie.

Certes, plus de deux siècles après cette épopée, la révolution est inachevée. Les droits humains ont été bafoués durant de longues périodes de dictature comme celle des Duvalier au XXe siècle. Haïti est aujourd'hui un des pays les plus pauvres de la planète, soumis à un semi-protectorat qui ne dit pas son nom. Sa souveraineté est limitée par la présence de 9 000 casques bleus. Plusieurs dizaines de milliers d'enfants, les restaveks, travaillent comme domestiques. "Haïti n'a pas su entrer dans la modernité", a regretté le chercheur haïtien Watson Denis. "Le doute persiste sur la portée universelle de la révolution haïtienne car Haïti a raté sa sortie de l'esclavage", a renchéri M. Hurbon.

Plusieurs intervenants ont suggéré d'ancrer Haïti "dans le destin africain". M. Sané s'est prononcé pour son adhésion à l'Union africaine. Il a préconisé "l'érection de l'ensemble d'Haïti en Patrimoine de l'humanité comme symbole de la résistance triomphante face à l'esclavage". En hommage aux révolutionnaires haïtiens, le président du conseil exécutif de l'Unesco, le Béninois Olabiyi Yai, a appelé tous les pays du monde à inclure la lutte contre l'esclavage et la traite négrière dans les manuels scolaires.

Correspondant en Amérique centrale
Courriel : caroit@lemonde.fr

Jean-Michel Caroit

vendredi, août 28, 2009

Pr Iba Der Thiam (Historien) : ‘L’Afrique est aujourd’hui universellement reconnue comme le berceau de l’humanité’


L’égyptologue Cheikh Anta Diop l’avait dit et répété : Les Noirs sont à l’origine de la civilisation humaine puisque l’Afrique est la mère des civilisations et des nations. Des chercheurs africains-américains viennent de le confirmer, révèle le Pr Iba Der Thiam dans l’entretien qu’il nous a accordé sur l’antériorité des civilisations noires. Selon lui, ces chercheurs ont porté le flambeau à un niveau d’analyse et de recherche qui a balayé toutes les contrevérités enseignées encore de nos jours. Entretien à bâtons rompus.

Wal Fadjri : Vous avez dit, récemment, que le peuple noir était à l’origine de la civilisation. Pourquoi cela n’est-il pas enseigné dans les écoles d’Afrique et des autres continents ? Le racisme et les préjugés n’auraient-ils pas diminué, si de telles informations étaient connues du grand public ?

Iba Der THIAM : Je confirme l’idée que ‘l’Afrique est la mère des civilisations et des nations’. Cette expression n’est pas de moi, mais d’un chercheur américain, nommé Georges Welles Parker, né en 1882. Avant lui, un autre savant Gerald Massey, né en 1828, disait que ‘l’Afrique est le berceau et l’Egypte, la voie’. Il était l’un des plus grands spécialistes de l’Antiquité de son époque.

Il faut, en effet, savoir que, depuis le XIXe siècle, des anthropologues, des archéologues, des historiens, des linguistes, des spécialistes des religions, des spécialistes de l’architecture se fondant sur des documents irréfutables, sur des témoignages d’auteurs grecs comme Homère, Ephore, Diodore de Sicile, d’autres, latins ou arabes, comme Al Jahiz, qui a écrit un livre intitulé : ’Des titres de gloire des Noirs sur les Blancs’, au VIIIe siècle, avaient, tous, signalé le rôle que les civilisations noires ont joué dans la naissance et la diffusion du progrès par leur présence, depuis l’aube du temps, en Asie et en Europe, par exemple. Cette présence, estiment les spécialistes, a duré environ 300 millions d’années.

Si ces notions ne sont pas encore enseignées, la faute incombe aux Africains et aux citoyens des autres continents. Il est clair que si ces notions étaient diffusées, connues et enseignées, bien des choses auraient été différentes.

Wal Fadjri : Comment ce processus s’est-il effectué ?

Iba Der THIAM : L’Afrique est, aujourd’hui, universellement reconnue, comme étant le berceau de l’humanité. C’est, donc, sur son sol, que se sont constituées les premières formations sociales. C’est d’Afrique que les premières populations, dont la peau était noire, en raison des conditions climatiques tropicales, ont essaimé en direction des autres continents. Tout cela, Cheikh Anta l’avait dit.
Wal Fadjri : Cela veut-il dire que la dispersion des populations noires à travers le monde ne s’est pas opérée pendant l’esclavage, c’est-à-dire, les traites arabes et atlantiques, comme on le dit souvent, mais bien avant ?

Iba Der THIAM : C’est la stricte vérité. L’esclavage et les traites négrières arabes, en particulier, n’ont duré que du VIIe au XIXe siècle. Certes, des Noirs ont été tirés et vendus d’Afrique, par exemple, avant le VIIe siècle. Ce dont nous parlons, précède de beaucoup la traite pharaonique, grecque, romaine ou arabe. Elle date de 300 millions d’années. Tout cela, les savants occidentaux le savaient, depuis le XIXe siècle, au moins, mais ils l’avaient soigneusement caché et travesti. En effet, entre le IVe et le VIe siècle, la théorie de la damnation de Cham avait été élaborée et diffusée par certaines religions. C’est elle qui, entre autres facteurs, a servi de fondement à la traite négrière et au Code noir et, plus tard, à celui de l’indigénat du 30 septembre 1887. On disait que le Noir n’avait pas une âme, qu’il incarnait la couleur du péché, celle du démon et de la perversion. Dans la même lancée, alors que le Noir était la couleur des divinités les plus respectées, y compris de La Vierge Marie, dans beaucoup de cultures, on en a fait la couleur de Satan et du diable, en lui substituant la couleur blanche. Jean Devisse, ancien directeur du Centre d’études africaines de la Sorbonne, dans un ouvrage publié en 1987 (L’image du Noir au Moyen-Âge) devenu classique, rend compte de ce processus.

Fait aggravant, à l’époque des ‘Lumières’, on a glorifié la supériorité de la culture européenne sur toutes les autres cultures, au point d’en faire, avec le soutien de l’Eglise, des modèles et des références et même des instruments de mesure par rapport à toutes les autres cultures connues de l’époque. Doudou Diène a expliqué, dans une conférence faite au Guatemala sur la diversité, le rôle que Voltaire et le botaniste Buffon, par exemple, ont joué dans cette entreprise. Il a découlé de tout cela, la notion de ‘mission civilisatrice’, celle de la ‘hiérarchie des races’ si chère à Gobineau, avec pour corollaire, la légitimation de la domination coloniale, de l’expansion impérialiste et du partage de l’Afrique, au Congrès de Berlin, en 1884-1885.

Pourtant, dès le XVIIIe siècle (1787), le Comte de Volney avait révélé le rôle que les civilisations noires avaient joué dans l’Egypte Antique. Edward Blyden avait conforté ces thèses, de même que Mortillet, donnant ainsi raison, par anticipation, à l’inégalable égyptologue sénégalais, notre maître à tous, le Professeur Cheikh Anta Diop. Marcus Garvey, dans sa Revue ’Le Monde Noir’ avait, lui aussi, développé l’antériorité des civilisations noires et africaines sur les autres.

Wal Fadjri : D’où est-ce que tout est parti ?

Iba Der THIAM : Ce sont des migrants noirs venant de la Vallée du Nil, qui ont donné naissance à la civilisation de Summer, dont l’éclat rayonna sur toute l’Asie, sur l’Europe et même au-delà. Les summériens étaient appelés les ‘têtes noires’. Les villes assyriennes de Ninive et Babylone étaient peuplées de Noirs. Ce sont ces peuples anciens dans lesquels, les Noirs dominaient, qui ont inventé les mathématiques, l’astronomie, l’alphabet, l’écriture, le calendrier, la religion, créé des villes, développé l’architecture, bâti des empires.

Les auteurs de ces belles réalisations appartiennent à une civilisation originaire de la Vallée du Nil, comme le sont nos ancêtres primitifs, qui ont quitté l’Afrique pour coloniser l’Europe, le Moyen-Orient et l’Inde, il y a plus d’un million d’années. L‘Inde où existent, encore, dans la baie du Bengale, des populations noires d’origine africaine, appelées ‘Andamans’, qui s’y sont établies depuis 60 000 ans. Le numéro du 28 mars du journal ‘Le Monde’ leur a, d’ailleurs, consacré un reportage récemment. Il ne s’agit donc pas d’un rêve narcissique, mais d’une réalité scientifique établie.

La présence noire est, également, attestée dans tout le reste de la Mésopotamie, en Jordanie, en Palestine, en Ouzbékistan, au Kazakhstan, à Myanmar, au Cambodge, au Vietnam, au Pakistan, en Indonésie, en Iran, aux Philippines, en Malaisie, en Thaïlande et dans toute l’Asie du Sud-Est, y compris dans les îles. Ils sont plus de 350 millions rien qu’en Asie. Ce sont ces Noirs qui ont produit la prestigieuse civilisation d’Angkor et mis au point des canaux d’irrigation, dont certains avaient 64 kilomètres de long, des ouvrages hydrauliques admirables, des lacs artificiels, dès le IXe siècle, une civilisation qui a duré 600 ans. Ce sont des Noirs qui ont conçu un statut avancé de la femme à Elam.

Tout ceci, l’incomparable Cheikh Anta Diop l’avait pressenti et quelquefois, révélé. Après lui, heureusement que les Africains-Américains, qui se réclament, tous, de sa pensée, de ses idées et de son école, ont porté le flambeau à un niveau d’analyse et de recherche, qui a balayé toutes les contrevérités qu’on enseigne, encore, de nos jours et révélé, publiquement, ce qu’on cache au reste de l’humanité, par une conspiration du silence, qui constitue, assurément, la plus grande entreprise de falsification intellectuelle de notre temps.

Oui, les Noirs sont à l’origine de la civilisation humaine. Ils ont été les pionniers du progrès. Cela a été tellement évident dans l’Antiquité que, dans des pays comme le Japon, dont les premiers habitants étaient, eux aussi, noirs, l’histoire a même retenu l’existence d’un shogun noir. Mieux, la notion de Samouraï, si chère à la culture nipponne, doit beaucoup à la culture noire, puisqu’un proverbe japonais dit que ‘pour qu’un Samouraï soit courageux, il faut qu’il ait un peu de sang noir’.
Ce sont les Noirs, également, qui ont été les premiers occupants de la Chine où des tests d’Adn ont prouvé que 1/5 de la population totale de la Chine actuelle présente des caractères génétiques d’origine africaine. Ce sont les Noirs qui ont été, également, les premiers occupants de l’Arabie, où beaucoup de familles khoraïchites comptaient des Noirs dans leur généalogie.

Ce n’est pas un fait du hasard, si Seydina Muhammad a envoyé, en Afrique, pays d’Abyssinie et de la Reine de Saba, les premiers réfugiés musulmans provenant d’Arabie Saoudite et que la culture arabe confère au mythique Antar, guerrier noir, dont le geste a inspiré toute la chevalerie du Moyen-Orient et de l’Europe, une place tout à fait à part. Le Prophète Daniel, lui-même a été enterré à Elam, autre foyer antique de la civilisation noire. Même Bouddha présente des traits négroïdes incontestables, attestés par tous les chercheurs, sans compter qu’il reçut l’illumination à Bihâr, sous l’arbre Bodhi, dans un environnement, dont le caractère négroïde a été largement attesté.

La présence noire est, également, attestée en Russie, en Colchide, en particulier, que d’anciens égyptiens avaient envahi sous le règne du Pharaon Sesostris. La Colchide sera, d’ailleurs, dénommée sous le régime communiste, le ‘Soviet Noir’. Les Noirs ont été, également, les premiers habitants de la Turquie. Des chefs de guerre, aussi prestigieux que Nemerod ou Memnon étaient, aussi, d’origine noire.

Wal Fadjri : Comment tous ces Noirs, si puissants et si prestigieux ont-ils fini ?

Iba Der THIAM : Dans certains cas, les anciens royaumes se sont effondrés, à la suite de facteurs multiples : décadence, séismes, éruptions volcaniques, etc. Dans d’autres, les envahisseurs étrangers (Aryens, Mongols, etc.) ont surgi et se sont imposés. Les Noirs vaincus, ont été ravalés au rang de classe dominée, comme les intouchables en Inde. Les autres populations, à la suite des mutations climatiques, sur la longue durée et des modifications subies par l’environnement, ont vu la couleur de leur peau passer du brun au jaune, puis au blanc, au cours d’une présence attestée, je le répète, sur environ 300 millions d’années.

Wal Fadjri : Cela veut-il dire que nous appartenons, tous, à la même souche africaine et noire ?

Iba Der THIAM : Cela ne fait aucun doute. L’unité universelle du peuple africain ne peut plus être contestée, de nos jours. Il nous revient de transmettre ce message à toute l’humanité, moins pour en tirer des motifs d’orgueil, de suffisance, d’arrogance, ou de mépris, qu’une attitude de main tendue fraternellement à tous les peuples, dans le respect réciproque et l’égalité absolue. Un grand chercheur américain, nommé Runoko Rashidi, qui se considère comme un élève de Cheikh Anta Diop, vient de publier un livre palpitant, intitulé : ‘Histoire millénaire des Africains en Asie’, dans lequel, il répertorie, avec une rigueur de métronome, tous les travaux scientifiques qui prouvent plus 100 000 ans de présence noire en Asie, présence, au demeurant, tellement forte, que tous les voyageurs européens, qui ont visité ce continent du Moyen-Âge (Marco Polo), les Espagnols, en passant par les Portugais (Magellan), y ont, tous, noté une présence si importante des populations noires, que la communauté scientifique croyait que les Noirs étaient originaires d’Asie, d’où ils s’étaient, ensuite, déplacés, pour venir s’installer en Afrique. Or, c’est le contraire qui correspond à la vérité. Le livre de Runoko Rashidi doit pénétrer dans toutes les écoles, dans toutes les bibliothèques, dans toutes les universités, dans toutes les salles de rédaction des radios, des télévisions et des journaux, ainsi que sa traduction dans toutes les langues, dans Internet.

Wal Fadjri : Ce que vous venez de dire renverse complètement l’ordre culturel existant. Mais ne souffrez-vous pas de vous voir contesté ?

Iba Der THIAM : Tout ce que j’ai avancé est conforme à la vérité. D’autres avant moi l’avaient dit et écrit. Runoko Rashidi a ouvert la voie, en faisant des recherches dans soixante pays, en tenant des conférences dans plus de trente-cinq autres, sur l’antériorité des civilisations noires, thématique à laquelle Cheikh Anta Diop a consacré un livre. Il indique, ce faisant, aux générations présentes et futures d’historiens, la voie à suivre et qu’avait indiquée l’incomparable égyptologue sénégalais.

Nos départements d’Histoire doivent s’ajuster, en donnant à la question de l’antériorité des civilisations noires, une place capitale dans leurs recherches et dans leurs publications, pour que nul n’en ignore et pour que les curricula changent dans nos pays et dans le reste du monde, au nom de la stricte vérité. Si ce combat est mené, l’Afrique et l’homme noir seront réhabilités dans la paix, la fraternité pan humaine et le respect des autres, car, en disant que nous sommes les premiers à avoir civilisé le reste de l’Humanité, nous ne disons que la vérité. Je suis sûr que nous aurons, enfin, le respect des autres.

Propos recueillis par Mamadou Aliou DIALLO

jeudi, août 27, 2009

Saint-George, un Noir pour sauver la République


1745-1799. « Voltaire de la musique », Joseph de Boullongne, devenu le Chevalier de Saint-George, cultivera tous les talents : compositeur, escrimeur et bel esprit des Lumières. Sa couleur de peau le condamnera aux yeux de la « bonne » société blanche.

Au petit matin du 2 avril 1793, les portes de Lille se referment derrière le général Miaczynski, envoyé par Dumouriez pour pénétrer dans la ville par ruse, jeter en prison tous les responsables de la Révolution et marcher ensuite sur Paris avec le reste de l’armée pour rétablir la monarchie.

Un homme va faire échouer ce coup d’État. Il signe ses courriers « Colonel George » ou simplement « George ». C’est le chevalier de Saint-George, colonel noir, musicien et escrimeur de légende. Quelques heures avant que ne s’ébranle l’avant-garde de l’armée de Dumouriez, Saint-George, flanqué de trois officiers dont son lieutenant, Dumas (le père d’Alexandre Dumas), a quitté le camp de Maulde où est stationnée l’armée. À bride abattue, le groupe a foncé vers Lille où le colonel Saint-George a pu prévenir les élus. L’effet de surprise raté, Dumouriez se réfugie chez les Autrichiens. La République est sauvée.

Mais qui est donc ce « fameux Saint-George » dont les livres d’histoire ont oublié jusqu’à l’existence ? Son père, Guillaume-Pierre Tavernier de Boullongne, a émigré en Guadeloupe, ce pays de l’or noir où les fortunes se construisent rapidement sur la peine des esclaves. D’un amour fou avec la plus belle esclave de l’île naîtra sur le lieu-dit Saint-George, le 25 décembre 1739, Joseph. Condamné par sa naissance à devenir esclave car il est le fils d’une esclave et du péché, Joseph dit « de Saint-George » échappe à ce sort grâce à l’amour de ce père qui, fortune faite, amène à Paris le fils et la mère.

Devenu par l’achat de charges l’un des puissants du royaume, Boullongne impose son fils noir à la société blanche, et lui confie les plus grands précepteurs. Travailleur acharné, le jeune métis va bientôt devenir le meilleur escrimeur de France. Mais l’arme avec laquelle il part à la conquête du Paris des Lumières est le violon. Dans les concours, alors très prisés, de virtuosité, il est imbattable. Il l’est aussi dans les salons où madame Roland le croise souvent.

Saint-George devient vite l’un des symboles de ces esprits des Lumières. Il illustre à merveille les discours de ses amis Condorcet et Brissot, qui ont créé la Société des amis des Noirs afin d’abolir l’esclavage. Il va d’ailleurs être le centre de polémiques enflammées. Grimm lui dénie ainsi toute capacité de création car il n’est qu’un « mulâtre » (l’étymologie vient de mulet). En tant que tel, il ne peut, au mieux, qu’être doué de talents d’imitation.

Saint-George répond en musique. D’une part, il innove et invente. Avec Gossec, il va introduire en France l’art du quatuor initié à Esterhaza par Haydn. Et il va surtout incarner ce goût italien défendu par Rousseau qui privilégie les sentiments que doit exprimer la musique. Ses concertos pour violon sont tantôt animés par une joie et une virtuosité incroyables qui évoquent ce « droit au bonheur » revendiqué par les philosophes des Lumières, tantôt empreints d’une profonde mélancolie. Ses créations évoquent Watteau, Fragonard et Greuze. L’abbé Grégoire le désigne, lui, comme le « Voltaire de la musique ».

Saint-George devient vite la coqueluche de ce jardin du Palais royal qui, les soirs d’été, draine l’intelligentsia parisienne. Le duc d’Orléans (le futur Philippe Égalité) a banni du lieu deux symboles de l’oppression : les femmes en tablier et les militaires en uniforme. Sa réputation va bientôt courir jusqu’à Versailles. En 1774, Marie-Antoinette décide de confier à Saint-George la direction de l’Académie royale de musique qui lui confère un droit de regard sur toute la musique jouée en France. Mais la bonne société se cabre. Une bonne partie des musiciens et des divas de l’époque refuse la tutelle d’un Noir. Les journaux s’emparent de cette polémique dont le chroniqueur Bachaumont écrit qu’elle est « la plus grande affaire » depuis 1750. Marie-Antoinette finit par renoncer.

Pour Saint-George, le coup est terrible. Pour la première fois il comprend que, dans cette société, il ne sera jamais considéré comme l’égal des Blancs. Sans doute habilement conseillé par le duc d’Orléans, il s’engage alors corps et âme pour le changement, fréquente la Société des amis des Noirs dont son père va devenir l’un des piliers, puis va devenir le premier franc-maçon à la peau noire. Avec le duc, Saint-George participe aussi à la création du club des Jacobins. Les chroniqueurs le décrivent, ainsi, discutant fermement dans le salon du Théâtre de la Montansier (qui donne sur le jardin du Palais royal) avec Danton et Robespierre.

À l’été 1789, quand la Révolution éclate, il séjourne à Londres où Philippe Égalité en a fait son ambassadeur. Il y fait la une du Times du 4 décembre 1789 pour l’organisation d’une fête célébrant la victoire du tiers état. Au début de 1790, il rentre en France et s’installe à Lille où il apparaît toujours comme le représentant du duc d’Orléans. La fuite de Louis XVI et son arrestation le 21 juin 1791 à Varennes précipitent les événements.

Le 11 juillet, Saint-George s’engage dans la garde nationale et reçoit le grade de capitaine, chargé du commandement d’une des quatre compagnies. L’homme qui se qualifie de « citoyen-soldat de la ville de Lille » fait de nombreuses incursions à Paris où il assiste au déchirement des Jacobins entre les Montagnards et les Girondins. Il émet alors dans un libellé les plus vives craintes sur la montée de Robespierre, Marat et de leurs « factions ». « Conduits par l’envie de faire parler d’eux », ceux-ci saisissent selon lui « toutes les occasions de flatter le peuple » et s’ingénient à « exalter les hommes sans les éclairer ».

Mais la guerre lui impose bien vite d’autres priorités que le débat. Le 25 juillet 1793, le duc de Brunswick menace de détruire Paris. Une délégation d’originaires des Antilles conduite par le député de Saint-Domingue Julien Raymond est reçue à l’Assemblée et propose la création d’une « légion » de volontaires noirs et métis qui combattront pour cette « patrie » qui, le 24 mars précédent, a accordé le droit de vote aux « libres de couleur ». Dans l’émotion générale, le président Hérault de Séchelles répond : « La vertu dans l’homme est indépendante de la couleur et du climat… Vos efforts seront d’autant plus précieux que l’amour de la liberté et de l’égalité doit être une passion terrible et invincible dans les enfants de ceux qui, sous un ciel brûlant, ont gémi dans les fers de la servitude. » Avant d’annoncer que, grâce à eux, Paris deviendra bientôt « la capitale du monde libre ».

Ainsi naît le 13e régiment de hussards, composé de fils d’esclaves ou d’esclaves affranchis, qui sera bientôt surnommé la « Légion de Saint-George », du nom de son premier colonel. À la tête d’une troupe mal armée et mal équipée, Saint-George va livrer des combats difficiles dont témoignent ses hommes. Il assurera aussi, très vite, le lien entre la Convention et Dumouriez, qui est, comme lui, un proche de Philippe Égalité. Le « Colonel George » est donc l’un des premiers que le général informe de son projet de coup d’État et se heurte très violemment à son chef. Et il désobéit pour sauver la République.

Il n’en sera pas récompensé. Quatre jours après l’arrestation de Lille, la Terreur est décrétée et s’acharne d’abord sur le « clan » de Philippe Égalité dont Dumouriez avait été proche avant de s’attaquer aux Girondins - dont les anti-esclavagistes Brissot et Condorcet - qui monteront à l’échafaud en chantant la Marseillaise. Saint-George, lui, est jeté en prison près de Beauvais. Il restera onze mois, jusqu’au 9 thermidor, dans le couloir de la mort.

Après sa libération, il reprend une baguette de chef d’orchestre avant de s’éteindre le 10 juin 1799. « Le bourreau frappe toujours deux fois, la deuxième fois par le silence », a écrit Élie Wiesel. C’est ce qui arrivera à Saint-George. En 1802, l’une des premières décisions de Napoléon est le rétablissement de l’esclavage. Il faut alors faire oublier le génie de Saint-George dont l’oeuvre est jetée aux oubliettes.

Pour faire aimer cette musique si représentative de l’école française des Lumières, pour attester que le talent est indépendant de la couleur de peau et pour montrer que l’homme ne se réalise vraiment que dans l’engagement pour les autres, l’association le Concert de monsieur de Saint-George a entrepris, en 1999, de sortir Saint-George de l’apartheid culturel dont il avait été victime post mortem. En dix ans, une quinzaine de CD ont été enregistrés, des centaines de concerts proposant sa musique en France et à l’étranger (notamment en Russie et aux États-Unis) ont été organisés ainsi que quelques centaines de conférences et expositions. Le dernier concert français, le 17 août, a aussi été un beau message d’espoir puisque le jeune orchestre de Slovaquie jouait à la prison de Fleury-Merogis.

Le rendez-vous est pris pour le 12 septembre avec la représentation à 20 h 30 au Théâtre de Mogador de l’opéra le Nègre des Lumières, écrit sur la musique de Saint-George à partir des airs de ses opéras disparus et inspiré de sa vie. Ce sera la première fois en deux siècles que la musique lyrique de Saint-George sera jouée dans une salle parisienne aussi prestigieuse. Mais ce sera aussi l’une des quatre soirées de la Fête de l’Huma. Cornélien.

Site de l’association : chevaliersaintgeorge.com

Alain Guédé Journaliste, président du Concert de monsieur de Saint-George

samedi, août 22, 2009

23 août : Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition



Message de M. Koïchiro Matsuura, directeur général de l’Unesco, à l’occasion de la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition 23 août 2009

La Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition est un moment unique pour la communauté internationale de concilier ensemble devoir de mémoire et devoir d’histoire. Depuis le lancement en 1994 du projet sur la Route de l’esclave, l’UNESCO entend ouvrir le champ de la coopération scientifique sur l’étude de l’esclavage et de la traite à la pluralité des mémoires, des cultures et des représentations. Un tel respect de la diversité des mémoires est une exigence démocratique qui doit répondre à la demande sociale et s’accompagner de la recherche de références communes. Nous pouvons le faire grâce à une éducation de qualité, pluridisciplinaire, qui intègre dans les manuels et programmes scolaires les enjeux de mémoire et de transmission de mémoire liés à l’histoire de la traite, de façon scientifique et rigoureuse. Nous pouvons le faire également grâce à des politiques de sauvegarde du patrimoine culturel qui rendent compte de la diversité et complexité de cette histoire : ouverture de musées interdisciplinaires, numérisation de cartes et archives, collecte et préservation de traditions orales, identification de lieux de mémoire comme sites reconnus de valeur universelle, promotion d’un tourisme durable respectueux des individus et des environnements socioculturels.

Enfin, et c’est là un choix désormais encouragé par l’UNESCO, il convient de diversifier les approches par aires géoculturelles, et replacer l’histoire de l’esclavage et de la traite dans le contexte d’une histoire globale, couvrant aussi bien la traite atlantique que les traites dite « orientales ». Un dialogue interculturel durable ne peut s’épanouir que dans un rapport apaisé à l’histoire et à la mémoire. Contre toute forme de sacralisation de la mémoire, et pour conjurer les effets dévastateurs des concurrences mémorielles, nous devons promouvoir une recherche et un enseignement de l’histoire qui permette à la fois d’expliquer et de comprendre, de restituer la trame des récits conflictuels, et de combler les silences. En nous rassemblant autour d’une vision partagée de l’histoire de la traite et de l’esclavage, nous pourrons ainsi construire une histoire commune et poser les fondements d’un dialogue interculturel qui délivre un message universel de savoir et de tolérance.

Koïchiro Matsuura

jeudi, août 20, 2009

Victor Hugues, corsaire de la Révolution



1761-1826 . Personnage énigmatique, le commissaire civil délégué par la Convention aux Isles-du-Vent a épousé tous les méandres de son époque. À la Guadeloupe, il usa de l’émancipation des esclaves noirs comme d’une arme dans la guerre contre l’Angleterre, ralliant à son armée les nouveaux libres acquis à la cause républicaine, faisant tomber les têtes des colons blancs royalistes. Le même, huit ans plus tard, fit appliquer avec zèle, à la Guyane, le décret de Bonaparte rétablissant l’esclavage.


« C ette nuit j’ai vu se dresser à nouveau la Machine. C’était, à la proue, comme une porte ouverte sur le ciel. » Sur le pont du navire qui transporte le commissaire civil délégué par la Convention aux Isles-du-Vent, une guillotine se dresse, redoutable instrument enfanté par la terreur et la vertu. La lugubre vision ouvre le Siècle des Lumières, le roman que le Cubain Alejo Carpentier consacra à l’équivoque personnage de Victor Hugues.

Investi de pouvoirs illimités par le Comité de salut public, le révolutionnaire débarque au Gosier, en Guadeloupe, à la fin du printemps 1794. Il apporte le décret du 16 pluviôse qui « abolit l’esclavage des Nègres dans les colonies ». Adopté par la Convention nationale après que Léger-Félicité Sonthonax et Étienne Polverel eurent proclamé l’émancipation des esclaves de Saint-Domingue, le texte dispose que « tous les hommes, sans distinction de couleur, domiciliés dans les colonies, sont citoyens français, et jouiront de tous les droits assurés par la Constitution ». Victor Hugues est chargé de faire appliquer la nouvelle législation dans les colonies françaises de la Caraïbe.

Ce fils d’un boulanger marseillais, qui s’est embarqué dès l’âge de treize ans comme mousse à destination des Amériques, est un personnage énigmatique. Tour à tour flibustier, commerçant, imprimeur, il séjourne pendant près de dix ans à Saint-Domingue, où il fréquente une loge maçonnique et s’imprègne des idéaux des Lumières. À la veille de l’insurrection des esclaves dirigée par Toussaint Louverture, Victor Hugues, pourtant philanthrope et humaniste, se méfie des revendications égalitaires des libres de couleur. Chez lui, comme chez la plupart des révolutionnaires, un incommensurable abîme sépare encore le réel de l’idéal. Fuyant les troubles qui agitent la Grande Île, il revient en France au début de 1790. À Paris, il se mêle aux sans-culottes, affûte ses talents de polémiste, rejoint le club des Jacobins. Un rôle d’accusateur public au tribunal révolutionnaire de Rochefort, puis de Brest, forgera sa réputation de procureur impitoyable.

Lorsqu’il revient dans la Caraïbe, en juin 1794, son mandat tient en quelques mots : « Établir solidement les principes de la Révolution dans les Isles-du-Vent, y défendre la République contre toute agression étrangère (…), punir exemplairement les contre-révolutionnaires. » Dans ces îles d’Amérique se joue alors l’un des actes de la guerre opposant la jeune République à la coalition des monarchies d’Europe. Le 23 mars, malgré la résistance des troupes de Rochambeau, la Martinique est tombée aux mains des Anglais avec l’appui des colons blancs royalistes, opposés à cette abolition au nom de laquelle ont éclaté maintes insurrections. La Guadeloupe, elle aussi, est occupée.

La reconquête de cette dernière est impensable sans l’appui des esclaves noirs, majoritaires dans l’île. Habile tacticien, Victor Hugues usera de leur émancipation comme d’une arme. « Libérer les Noirs, c’était créer une armée pour combattre les maîtres d’esclaves, alliés des Anglais », résume l’historien martiniquais Armand Nicolas. Dès le 7 juin, le commissaire proclame l’abolition et recrute une armée de Noirs et de Mulâtres qui repousse la flotte anglaise et reprend possession de la Grande-Terre. Le 6 octobre 1794, les Anglais capitulent à Basse-Terre. Victor Hugues se retourne dès lors contre leurs complices. Le Tribunal révolutionnaire qu’il installe fait fonctionner la Machine à plein régime. Les têtes des planteurs royalistes tombent. Ceux qui échappent à la guillotine prennent la fuite. En 1790, l’île compte 9 371 Blancs. Cinq ans plus tard, ils ne sont plus que 1 092, dont 255 hommes.

Mais le camp « contre-révolutionnaire » s’étend à mesure que s’affirme l’intransigeance de l’Investi de pouvoirs. De nouveaux affranchis hostiles au système de travail « forcé » institué par les autorités révolutionnaires sur les habitations abandonnées par les maîtres seront, eux aussi, conduits à l’échafaud. Il reste qu’au coeur même de la Terreur, le nouveau régime, avec toutes ses contradictions, fait souffler sur la colonie un vent de liberté.

La Guadeloupe reconquise par la République, Victor Hugues en fait une base arrière de ses offensives contre les Anglais. Il noue des alliances avec les Indiens Caraïbes de Saint-Vincent, regagne Sainte-Lucie, lance des

corsaires à l’assaut des navires de la rivale impériale, s’accommode de la revente des esclaves pris aux Anglais. Si les multiples tentatives pour reprendre possession de la Martinique n’ont pas réussi, cette « guerre de course » terrorise l’ennemi et assure à la Guadeloupe des rentrées financières appréciées de Paris.

Louant le « caractère empli d’énergie et d’audace » de cet homme « d’apparence médiocre, de manières vulgaires, de mauvaise éducation », l’aventurier Alexandre Moreau de Jonnès rapporte que Victor Hugues « lutta contre ses ennemis avec un bonheur dont aucun autre, avant et après lui, n’a pu donner l’exemple ».

À la Guadeloupe, il se fait gestionnaire sourcilleux, inflexible gardien de la séparation des pouvoirs, pourfendeur des croyances religieuses. Ce fin politique, mû par l’obsession de l’ordre, régentera l’île durant quatre ans.

Dans ce nouveau monde lointain, où l’écho des bouleversements qui se nouent à Paris parvient à contretemps, le coup d’État du 9 thermidor ne signe pas la chute du « Robespierre des îles ». Ses détracteurs invoqueront sa duplicité, plutôt que la distance, pour expliquer son exceptionnelle longévité. L’homme, il est vrai, sait louvoyer, contourner les tempêtes, épouser jusqu’à se dédire les méandres de son époque. En décembre 1798, le Directoire le rappelle à Paris. Un an plus tard, le Consulat le dépêche en Guyane, où il institue un régime de travail forcé, prélude au rétablissement de l’esclavage. Victor Hugues, commissaire, puis proconsul de la colonie, fera exécuter le décret du 30 floréal an X rendant les anciens esclaves à leurs chaînes avec autant de zèle qu’il fit appliquer en Guadeloupe le décret d’abolition de la Convention. « Si rétablir l’esclavage est une nécessité politique, je dois m’incliner devant elle », lui fait dire Alejo Carpentier.

Victor Hugues fait ensuite appliquer à la lettre le Code civil, qui interdit strictement les mariages entre Noirs et Blancs, n’admet l’adoption qu’entre personnes de même couleur, frappe de nullité les donations d’un Blanc à un Noir. On dit le proconsul autoritaire, orageux, tyrannique. L’impôt qu’il instaure, surtout, cristallise le mécontentement à son endroit.

Déporté au bagne de Cayenne après le coup d’État de fructidor, le journaliste et chansonnier monarchiste Louis-Ange Pitou brosse de lui un portrait aussi féroce qu’admiratif : « Son caractère est un mélange incompréhensible de bien et de mal ; il est brave et menteur à l’excès, cruel et sensible, politique, inconséquent et indiscret, téméraire et pusillanime, despote et rampant, ambitieux et fourbe, parfois loyal et simple ; son coeur ne mûrit aucune affection ; il porte tout à l’excès : quoique les impressions passent dans son âme avec la rapidité de la foudre, elles y laissent toutes une empreinte marquée et terrible ; il reconnaît le mérite lors même qu’il l’opprime : il dévore un esprit faible ; il respecte, il craint un adversaire dangereux dont il triomphe. (…) Le crime et la vertu ne lui répugnent pas plus à employer l’un que l’autre, quoiqu’il en sache bien faire la différence. (…) Il est administrateur sévère, juge équitable et éclairé quand il n’écoute que sa conscience et ses lumières. C’est un excellent homme dans les crises difficiles où il n’y a rien à ménager. »

Après la conquête de la Guyane par les Portugais, en 1809, Victor Hugues est accusé de trahison, puis acquitté. Il est rétabli dans ses fonctions en 1817. Il s’éteint en 1826, après avoir traversé tous les régimes. Arrivé au Nouveau Monde avec la liberté, il aura emprunté sans états d’âme les chemins tortueux qui menèrent à la restauration de l’ancienne servitude.

Rosa Moussaoui

mercredi, août 19, 2009

Extrait de "Discours afrocentriste sur l'aliénation culturelle


(…) L'Eurocentrisme est un courant philosophico-historique qui vise à faire de l'Europe et en particulier de la Grèce antique, le berceau de l'éclosion du génie intellectuel de l'humanité. Ce courant, aussi appelé "Modèle Aryen" par certains historiens occidentaux (ex.
Martin Bernal), inonde près de 99 % de la production écrite occidentale (ouvrages divers, média...). A vrai dire, on ne peut y échapper.

Quelles sont les particularités de ce "Modèle" ? Né surtout à l'époque des "Lumières", il a pris appui sur le modèle « Sémitico-centriste » qui l'a précédé. Ce modèle vise à son tour à faire du Proche-Orient, le berceau de naissance de l'humanité, de la spiritualité et du savoir. Développé dans les écrits monothéistes issus de cette région, il est complètement battu en brèche par la science mais a la vie dure en raison de l'endoctrinement religieux dont il procède. Il demeure néanmoins, la source originelle de l'apparition de l'antikamitisme dans l'histoire de l'humanité (ex. malédiction de Cham). L'Eurocentrisme donc, fait de la Grèce antique, le berceau des disciplines scientifiques et philosophiques de l'humanité (mathématique, philosophie, architecture, démocratie, etc...). Ainsi, les Thalès, Platon, Euclide et autre Pythagore ont donc été non seulement les premiers penseurs de l'histoire mais aussi les premiers théoriciens dans le domaine de l'investigation scientifique. Tout ce qui a été fait par d'autres peuples dans l'histoire de l'humanité, est systématiquement déprécié ! Ce "Modèle", qui fait la fierté des historiens occidentaux (ils y trouvent la justification historique de leur main mise sur les richesses de la planète), a fait de la négation systématique du génie intellectuel des Kamits, son fond idéologique. Ses règles secrètes établies sont les suivantes et malheurs à tout universitaire qui contreviendrait à celles-ci :
Règle 1 : Ne pas perdre de vue l'objectif suprême : Nier toute intelligence aux peuples noires. Toute démonstration doit aboutir explicitement ou implicitement à cette carence intellectuelle. 1l convient de maintenir dans l'esprit du public la vision d'une Afrique sauvage, non civilisée qui sert éternellement de justification moralisatrice à l'occident.
Règle 2 : Eviter de mentionner les écrits valorisants des explorateurs étrangers ayant visité l'Afrique, peu importe la période. Nier par tous les moyens leurs attestations quant à l'origine nègre des faits
civilisationnels décrits (réalisations architecturales, organisations sociales, découvertes, etc...).

Règle 3 : Tout faire pour nier l'origine africaine des Egyptiens anciens (documentaires, TV, articles de presse, ouvrages historiques, sites web...). Nier ou travestir les écrits des Grecs anciens, des Arabes anciens et des Hébreux, témoins visuels reconnaissant l'origine africaine de cette civilisation. Ne jamais citer les passages concernés. Traiter avec dérision tout auteur reprenant les citations concernées, voir l'étiqueter comme « raciste ».

Règle 4 : Trafiquer la documentation historique africaine : falsifier les textes, les datations, les fresques murales, multiplier les erreurs de traduction. Eviter de dévoiler tout document africain dévoilant l'origine autochtone des Egyptiens anciens.

Règle 5 : Eviter de divulguer les vrais résultats des fouilles archéologiques et des datations au carbone 14 afin de placer continuellement la Mésopotamie devant l'Afrique pour les découvertes cruciales (inventions de l'écriture, des mathématiques, de l'astronomie, etc...). Pour la Mésopotamie, maintenir le flou artistique : Qui a découvert ? Qui a daté ? Quand ? Où ? Comment ? Voilà les questions auxquelles il ne faut jamais répondre.

Règle 6 : Ne jamais dévoiler les résultats des colloques internationaux de confrontation de thèses historiques et scientifiques entre chercheurs panafricains et occidentaux. Passez sous silence l'existence des rapports (Actes) car ceux-ci sont tous en défaveur des thèses historiques occidentales.

Règle 7 : Ne jamais inviter un chercheur non-occidental à un débat public sur l'histoire de l'humanité car il risquerait de dévoiler nos subterfuges.

Règles 8 : Présenter les analyses historiques actuelles comme exactes même si elles sont en parfaite contradiction avec les aveux des historiens anciens. Pour y parvenir, passer sous silence l'existence de documents contradictoires à notre thèse.

Règle 9 : Défendre explicitement ou implicitement, à travers toute analyse historique, la supériorité intellectuelle des peuples nordiques sur l'Afrique noire. Nier l'héritage africain (sciences, culture, spiritualité, etc...) par tous les moyens malhonnêtes.

Règle 10: Ne jamais dévoiler l'intégralité de la documentation historique universelle car cette démarche risque de nuire aux thèses occidentales. Ne jamais citer les travaux de quelconque chercheur ou spécialiste africain. Préserver par tous les moyens la tutelle intellectuelle occidentale.

Règle 11: Injecter artificiellement dans les consciences panafricaines, le souvenir d'une Afrique sauvage, perpétuellement asservie, à la dérive, civilisée par l'occident et sans avenir. Mettre à profit l'ignorance des Noirs vis à vis de leur propre histoire pour les maintenir éternellement en servitude.

Règle 12 : Mettre en quarantaine tout chercheur occidental refusant de collaborer. Résilier les commandes de ses ouvrages, éviter de l'inviter à des débats et le supprimer des listes bibliographiques en université.

Règle 13 : Ne jamais faire la promotion d'un ouvrage émanant d'un auteur panafricain présentant l'Afrique de façon positive et Pragmatique. Au contraire, médiatiser tout auteur panafricain, dévalorisant le continent ou ses ressortissants.

Règle 14 : Faire en sorte que les personnes d'ascendances africaines se culpabilisent au point d'attendre leur salut de l'extérieur.

Règle 15 : Nier l'héritage spirituel de l'Afrique noire et maintenir l'image d'une Afrique maudite en ayant recours à des textes religieux subversifs et sans fondement historique (ex. Malédiction de Cham). Forcer les Africains a ne percevoir leur salut que dans l'au-delà, par le biais exclusif de Dieux étrangers voir même extra-terrestres, qu'ils prieront avec dévotion et naïveté.
Règle 16 : A travers les ouvrages historiques destinés aux enfants, induire explicitement ou implicitement la vision de la hiérarchisation des races chères à Gobineau. Présenter les personnages Noirs exclusivement en position servile même s'il s'agit de civilisations implantées en Afrique. Préférer, des décors précaires (huttes en paille) aux grands empires noirs comme lieu de déroulement des actions. Passer sous silence les cours royales des grands empires, la chevalerie africaine précoloniale et le prestige international des civilisations africaines (..).

De J-Ph. Omotundé Ed. Manaibuc
Image représentant Ramses II