mercredi, novembre 28, 2018

Pourquoi le Parlement Européen doit voter la reconnaissance de la traite négrière et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité.


« Et le silence se fait profond comme un coffre-fort ! ». Aimé Césaire

Convaincus que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, commis à partir du XVe siècle, aux Amériques, aux Caraïbes, dans l’océan Indien ainsi qu’en Europe au détriment des populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes fut un crime contre les droits des gens. 

Affirmant que ce crime contre le droit des gens a eu pour conséquence :

a) Le meurtre de membres d’un groupe ;
b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;
c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique ou mentale ;
d) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe ;
Doit être qualifié de génocide, conformément à l’article 2 de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide du 9 novembre 1948.

Convaincus que la traite négrière transatlantique, ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, commis à partir du XVe siècle, aux Amériques, aux Caraïbes, dans l’océan Indien, ainsi qu’en Europe au détriment des populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes ; a laissé des traces ineffaçables dans la mémoire des descendants de ce crime contre le droit des gens, ainsi que dans celle de l’humanité toute entière, car à l’origine du racisme et de la bestialisation de l’Homme.

Réaffirmant que ce crime de génocide a eu des effets destructeurs sur nos sociétés et sur l’humanité, car étant à l’origine de la hiérarchisation des êtres humains, de la théorisation de supériorité raciale, doctrine ayant débouché sur toutes les atrocités et ignominies du 19 e et 20 e siècle : génocide des Tasmaniens, des aborigènes, colonisation, génocide des Arméniens, Shoah, etc.

Considérant que la responsabilité de certains Etats occidentaux n’est pas à démontrer.

Invite le parlement européen à voter la déclaration tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité, déposée par les députés européens, Bernard LEHIDEUX et Marielle de SARNEZ.

Tony Mardaye
www.collectifdom.com 
Vendredi 29 Avril 2005

SOJOURNER TRUTH, fervente défenseur de la cause abolitionniste et du mouvement de droits des femmes


LE 26 NOVEMBRE 1883, décédait chez elle à Battle Creek, dans le Michigan, SOJOURNER TRUTH, fervente défenseur de la cause abolitionniste et du mouvement de droits des femmes.

Sojourner Truth est née esclave sous le nom d’Isabelle Baumfree autour de 1787, à Ulster County, New York. Son père James Baumfree était un esclave capturé au Ghana et sa mère, Elizabeth, connue aussi sous le nom de Mau-Mau Bet, était fille d’esclaves venus de Guinée. La famille Baumfree composée des parents et de leurs treize enfants appartenait au Colonel Hardenbergh. Après la mort de celui-ci et de son fils, les Baumfree furent séparés lors de la vente de la propriété Hardenbergh.

Agée de neuf ans, la petite fille connue alors sous le nom de Belle (la future Sojourner) fut vendue avec un troupeau de moutons pour $100 à John Neely, un homme violent.

Revendue deux fois en deux ans, elle devient la propriété de John Dumont à West Park, New York, chez qui elle apprendra l’Anglais.

En 1815, elle rencontre un homme esclave, Robert, dont elle a une fille, Diana ; mais le propriétaire de Robert, John Dumont, interdit leur union et l’enfant devient sa propriété. Belle et Robert sont séparés.

En 1817, Dumont force Belle à épouser un esclave, Thomas, avec lequel elle aura un fils, Peter, et deux filles, Elizabeth et Sophia.

L’état de New York abolit l’esclavage le 4 juillet 1827 mais dès 1826, Belle s’était échappée avec Sophia. Apprenant que Peter, alors âgé de 5 ans, avait été vendu à un propriétaire du sud, elle porte plainte au tribunal et obtient le retour de son fils. C’est le premier procès dans lequel une femme noire remporte dans un tribunal américain une victoire contre un homme blanc.

Le 1er juin 1843, Isabelle Baumfree change son nom et devient Sojourner Truth. Profondément religieuse, elle veut affirmer ainsi son rôle de voyageuse (Sojourner) qui montre aux gens la voie de la vérité (Truth). Pendant quinze ans, elle travaille à New York comme femme de ménage, puis devient prêcheur pentecôtiste. Interpellée lors d’une réunion par la foule qui lui demande si elle est femme ou homme, elle ouvre sa chemise et leur montre sa poitrine.

Un tournant s’opère quand elle rejoint une communauté utopiste à Northampton, Massachusetts. C’est là qu’elle rencontre William Lloyd Garrison, Frederick Douglass, Olive Gilbert et David Ruggles. Elle participe aux débats sur l’esclavage et est la première à faire le lien entre l’oppression des femmes et celle des esclaves. Elle devient membre du Northampton Association of Education and Industry, du Massachusetts, une association fondée par des abolitionnistes.

Sojouner Truth parcourt les États-Unis pour dénoncer l’esclavage, intervenant souvent avec Frederick Douglass et Harriet Tubman. En 1863, elle prononce un discours contre le racisme « Dieu n’aime-t-il pas autant les enfants de couleur que les enfants blancs ? » Elle se bat contre toutes les violations des droits humains. Elle s’élève contre un projet de loi qui veut alors établir la peine de mort au Michigan, faisant appel à la clémence de Dieu pour tous les pêcheurs.

En 1850, William Garrison publie les mémoires de Sojourner Truth sous le titre The Narrative of Sojourner Truth : A Northern Slave. Elle les a dictées ne sachant ni lire ni écrire.

En 1851, elle intervient à la première National Women’s Rights Convention qui se tient à Worcester, Massachusetts. Elle y prononce son plus fameux discours «Ne suis-je pas une femme?» (Ain’t I a Woman ?) (à lire ici )

Truth ne sépare pas la défense des droits des femmes des droits civiques pour tous. Consciente que la question de « priorités » (droits des femmes ou droits des noirs ?) divise et affaiblit le mouvement, elle s’écrie « Je pense que tant que les Noirs du sud et les femmes du Nord continueront chacun à parler de droits, les hommes blancs vont s’en tirer ».

Pendant la guerre de Sécession, Truth participe activement aux campagnes de recrutement de soldats noirs dans les troupes de l’Union. Elle contribue au National Freedman’s Relief Association et rencontre le président Lincoln.

En 1865, Truth entame une campagne contre la ségrégation des tramways à Washington en montant dans ceux destinés aux blancs.

Dans la dernière partie de sa vie, Truth milite activement pour l’accès des Noirs à la propriété privée, notamment à la terre, car elle est convaincue que cet accès assurera l’autonomie des Africains-Américains.

Infatigable, elle se prononce contre la peine de mort, milite pour la réforme des prisons, et continue à se battre pour l’émancipation des Africains-Américains.

Elle retourna dans le Michigan en 1867 et mourut à son domicile de Battle Creek (Michigan), le 26 novembre 1883. Elle fut enterrée dans le cimetière de Oak Hill dans la localité de Battle Creek.

En 1983, elle fut intégrée au tableau d'honneur des femmes les plus importantes du Michigan.

En 1997, le robot de la mission sonde spatiale de la NASA Mars Pathfinder fut baptisé "Sojourner", en la mémoire de l'abolitionniste Sojourner Truth.

source

PRIX DE THÈSE DU COMITÉ NATIONAL POUR LA MÉMOIRE ET L’HISTOIRE DE L’ESCLAVAGE 2018- 2019


Descriptif : - Appel à candidatures pour le prix 2018-2019

Depuis 2005, un prix récompense une thèse en sciences sociales et humaines portant sur l’histoire de la traite, de l’esclavage et des abolitions à l’époque coloniale ou sur ses conséquences dans le monde actuel.

Descriptif :

- Appel à candidatures pour le prix 2018-2019

Les docteurs ayant soutenu leur thèse entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2018 sont invités à se porter candidats pour le prix CNMHE-2019 doté de 7 000 €.

Depuis 2005, un prix récompense une thèse en sciences sociales et humaines portant sur l’histoire de la traite, de l’esclavage et des abolitions à l’époque coloniale ou sur ses conséquences dans le monde actuel.

Règlement du prix du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage :

Article premier - Le Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage (CNMHE) décerne un prix annuel pour une thèse dans la mesure où une des candidatures au moins répond à ses critères d’exigence. Ce prix récompense une thèse de doctorat en langue française présentant un caractère novateur, qui contribue à une meilleure connaissance de la traite négrière, du système esclavagiste, des processus d’abolition et de la mise en place de sociétés post-esclavagistes dans le monde Atlantique et dans l’océan Indien, de la fin du XVe siècle jusqu’à la période contemporaine. Les thèses de différentes disciplines (article 2), rédigées en langue française, achevées, et soutenues, que ce soit dans une université française ou étrangère, peuvent prétendre au prix sous réserve de respecter toutes les conditions (thèse entièrement rédigée en français, sujet correspondant aux critères, respect des dates de soutenance, dossier complet adressé dans les temps au CNMHE). Ce prix aide à la publication de la thèse récompensée.

Article 2 – Domaine Les thèses soumises peuvent adopter différentes approches (théorique, empirique, comparatiste ou méthodologique) et relever d’une ou plusieurs disciplines dans le champ des sciences humaines et sociales (histoire, droit, sciences politiques, anthropologie, littérature, art, philosophie...)

Article 3 – Calendrier du prix 2019
Le prix du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, attribué pour la première fois en 2005, est décerné chaque année dans la mesure où une thèse répond aux critères et aux exigences fixés par le comité. Les candidats qui ont soutenu leur thèse entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2018 et qui souhaitent se porter candidat pour le prix de thèse du CNMHE 2019 sont invités à faire parvenir leur dossier à l’attention du Secrétaire général du CNMHE au ministère des Outre-mer (voir annexe du règlement). Pour concourir au prix 2019 du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, la date limite pour le dépôt de candidature est fixée au 31 janvier 2019.

Article 4 – Dossiers de candidatures et étapes de la sélection des thèses Dans un premier temps, le 31 janvier 2019 au plus tard, les candidats doivent adresser au Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, les documents suivants sous format numérique (envoi par la poste sur une clé USB ou envoi par courriel à l’adresse suivante: sg.cnmhe@gmail.com 
le texte complet de la thèse et ses annexes en pdf ; un résumé de dix pages maximum ; un curriculum vitae ; la copie du document administratif attestant la soutenance ; la copie du rapport du jury de thèse. Avec leur lettre de candidature, les docteurs sont invités à faire part de leurs coordonnées complètes pour pouvoir être joints : copie d’une pièce d’identité ; adresse(s) postale(s) personnelle et/ou professionnelle ; adresse(s) électronique(s) ; coordonnées téléphoniques.

Au cours du mois de février 2019, la liste des thèses retenues pour le prix 2019 sera publiée sur le site internet du CNMHE (www.cnmhe.fr). Les candidats sélectionnés pour l’attribution du prix seront informés par le CNMHE et invités à adresser un exemplaire papier de leur thèse au plus tard le 28 février 2019. Faute de respecter cette condition, leur candidature sera annulée. Le jury du prix composé par les personnalités qualifiées composant le CNMHE désigne le lauréat par un vote au terme des étapes de sélection. Le jury peut inviter à titre consultatif des personnes travaillant dans le monde de l’édition. Le prix de thèse 2019 du CNMHE sera rendu public par le président du CNMHE.

Article 5 – Rôle, composition et fonctionnement des différentes commissions pour l’attribution du prix de thèse du CNMHE L’enregistrement des candidatures pour le prix de thèse est effectué par le secrétariat général du CNMHE dès lors que le dossier est complet et respecte les délais fixés dans les articles 3 et 4. Le jury chargé de transmettre aux membres du Comité les avis sur les thèses présentés et d’identifier les plus remarquables pour l’attribution du prix (en fonction de leur originalité, de leur nouveauté et de l’intérêt du sujet, du renouvellement des connaissances, de leur rigueur sur le plan scientifique, de la qualité de l’écriture…) est composé de membres du CNMHE auxquels peuvent être associés, sur proposition des membres du comité, des personnalités extérieures (chercheurs et universitaires français et étrangers). La composition de ce jury sera rendue publique sur le site du CNMHE. La ou les thèses retenue(s) par ce jury d’évaluation seront transmises au CNMHE, dans la mesure où les documents nécessaires à ce stade auront été adressés par les candidats comme indiqué dans l’article 4. Pour attribuer le prix, le CNMHE délibère en séance plénière. Chaque thèse retenue pour cette étape est évaluée par deux rapports circonstanciés rédigés par deux membres du jury d’évaluation présentant ses qualités générales et sa pertinence pour le prix.

Article 6 – Modalité d’attribution du prix par le CNMHE Le président du CNMHE préside le jury d’attribution du prix avec voix délibérative. La décision d’attribution du prix de thèse du CNMHE revient à ses seuls membres ; il est décerné à la majorité absolue des personnalités qualifiées composant le Comité avec voix délibérative du président. Tous les membres du CNMHE sont invités à se prononcer pour l’attribution du prix dans le cadre d’une séance plénière exceptionnelle et peuvent, en cas d’absence, donner procuration à un membre présent et faire connaître leur choix par voie électronique au Comité. Le prix n’est attribué qu’une fois la majorité absolue acquise parmi les membres du CNMHE ayant décidé de prendre part au vote, avec voix délibérative du président. Les membres du CNMHE se réservent la possibilité de partager entre deux candidats. Le CNMHE est également en droit de ne pas décerner de prix s’il juge que les thèses présentées ne correspondent pas à ses critères d’exigence. Le CNMHE se donne la possibilité d’attribuer des mentions spéciales.

Article 7 - Le prix de thèse du CNMHE Le prix du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage est doté par le ministère des Outre-mer d’une somme de 7000 € (sept mille euros). Le montant du prix doit servir pour moitié à l’édition de la thèse. Le logo du CNMHE devra apparaître sur la quatrième de couverture du livre. Le lauréat s’engage à porter mention de ce prix dans son curriculum vitae ainsi que dans les communications liées à cette thèse.

Article 8 - Remise du prix de thèse du CNMHE L’attribution du prix de thèse du CNMHE est officialisée par une lettre du ministre des Outre-mer, rendue publique sur le site internet du comité et donne lieu à une cérémonie en présence du Ministre des Outre-mer, du président du CNMHE et de ses membres.

CNMHE, Paris, le 27 novembre 2018.

Adresser le dossier de candidature par voie électronique à l’attention du Secrétaire général du CNMHE à l’adresse suivante : sg.cnmhe@gmail.com

ou par voie postale à

Comité National pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage Prix de thèse du CNMHE 2019 Ministère des Outre-mer 27, rue Oudinot, 75358 Paris 07 SP

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Les lauréats du prix de thèse du Comité depuis 2005

2018 THIEBAUT Rafaël « Traite des esclaves et commerce néerlandais et français à Madagascar (XVIIe–XVIIIe siècles) »sous la direction de M. Bertrand Hirsch et M. Ulbe Bosma. l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne et à la Vrije Universiteit Amsterdam, 2017.

2017 AUGUSTIN Jean Ronald « Mémoire de l’esclavage en Haïti. Entrecroisement des mémoires et enjeux de la patrimonialisation », sous la direction de Laurier TURGEON, 2015, Université de Laval.

2015 décerné en 2016 : BOYER-ROSSOL Klara « Entre les deux rives du canal de Mozambique : Histoire et Mémoires des Makoa de l’Ouest de Madagascar. XIXe-XXe siècles" », sous la direction de Faranirina RAJAONAH, 2015, Université Paris Diderot.

2014 décerné en 2015 : Marie HARDY, Le monde du café à la Martinique du début du XVIIIe siècle aux années 1860. 2014, Université des Antilles et de la Guyane, sous la direction de Danielle BEGOT Delide JOSEPH, Genèse d’« une idée avantageuse d’Haïti » : Sociohistoire de l’engagement des intellectuels haïtiens, 1801-1860. sous la direction de Myriam COTTIAS, 2014, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS)

2013 décerné en 2014 - Manuel Covo, Commerce empire et révolutions dans le monde atlantique. La colonie de Saint-Domingue entre métropole et Etats-Unis ca.1778-ca.1804, sous la direction de François WEIL, 2013, EHESS Renaud HOURCADE Thèse La mémoire de l’esclavage dans les anciens ports négriers européens. Une sociologie des politiques mémorielles à Nantes, Bordeaux et Liverpool, sous la direction de Christian LE-BART, 2013, Université Rennes I

2012 décerné en 2013 – Céline FLORY La liberté forcée. Politiques impériales et expériences de travail dans l’Atlantique du XIXe siècle », sous la direction de Myriam COTTIAS, 2011, EHESS.

2011 décerné en 2012 – Frédéric CHARLIN Homo servilis ». Contribution à l’étude de la condition juridique de l’esclave dans les colonies françaises (1635-1848), sous la direction de M. Martial MATHIEU, 2009, Université de Grenoble. Alejandro GOMEZ : Le syndrome de Saint-Domingue : Perceptions et représentations de la Révolution haïtienne dans le Monde Atlantique, 1790-1886, sous la direction de Frédérique LANGUE, 2010, EHESS. 2010 décerné en 2011 – Jean MOOMOU Les Boni de l’âge d’or et du grand « takari » 1860-1969, temps de crise et temps d’espoir, sous la direction de Bernard VINCENT, 2009, EHESS. 2009 – Pas de lauréat 2008 – Natacha BONNET Seigneurs et planteurs entre ouest atlantique et Antilles : quatre familles du 18e siècle, sous la direction de Guy SAUPIN, 2007, Université de Nantes. 2007 – Antonio de ALMEIDA MENDES Une histoire transcontinentale et transnationale de la traite moderne entre Atlantique et Méditerranée (XVe- XVIIe siècles) sous la direction de Bernard VINCENT, 2006, EHESS. 2006 – Audrey CAROTENUTO Les résistances serviles dans la société coloniale de l’Ile Bourbon (1750-1848), sous la direction de Colette DUBOIS, Université de Provence. 2005 – Hubert GERBEAU L’esclavage et son ombre à Bourbon (XIXe-XXe siècles), sous la direction de Gérard CHASTAGNARET, Université d’Aix-en-Provence

vendredi, novembre 23, 2018

D’où vient la tradition du Black-Friday ?


Thanksgiving est une fête d’action de grâce, traditionnelle et familiale, célébrée aux Etats-Unis le 4ème jeudi de novembre en souvenir de la toute première récolte obtenue grâce à l’aide des Autochtones (« Indiens »). De nos jours, c’est pour rendre grâce pour tous les bienfaits observés pendant l’année. C’est l’occasion d’un bon repas entre parents et amis, fort souvent autour d’une dinde. Cette fête marque le début de la dernière ligne droite avant Noël.

Black-Friday est donc fixé au lendemain de cette journée de ripailles et de festoiements passée en famille, la veille du week-end. Black Friday se serait imposé de lui-même au lendemain de la seconde guerre mondiale à cause du matébis (absentéisme) record dont faisaient preuve les salariés. 

Le patronat l’a dès lors appelé « vendredi noir », jugeant qu’il était impossible de travailler ce jour-là avec les trois-quarts de ses effectifs en moins. Mais le terme est resté marginal et c’est seulement au début des années 60 qu’il aurait été largement divulgué, lié cette fois-ci à la foire de Philadelphie (fixée au lendemain de Thanksgiving), avec là aussi un record en termes d’embouteillages et de situations bililik. 

Actuellement, le succès de ce jour partout dans le monde est dû à certains sites de ventes en ligne (Amazone, ou la Fnac par exemple) qui ont commencé à commercialiser en solde des produits high tech il y a 4 ou 5 ans. Hyper-marchés et autres commerces tentent de s’engouffrer dans la brèche en cette année 2018 (Génipa, Mac Donald, Sebastiano etc.)

Côté histoire pure, Black Friday est lié en tout et pour tout à cette fameuse journée noire du 24 septembre 1869 (krach boursier lié à l’or), aucune chronique n’en parle en d’autres termes, malgré toutes les recherches que j’ai pu faire. 

Au passage sachez que même les plus grands historiens noirs américains abondent dans ce sens. Certains personnes extrapoleraient sur un vendredi où les maîtres bradaient des noirs (esclaves). Cela est du à un hoax lancé depuis les Etats-Unis en 2013. 

Aux Antilles par exemple, on bradait les esclaves le dimanche après la messe, malgré l’interdiction des autorités, ou n’importe quel jour de la semaine quand le bateau avait un urgent besoin de lever l’ancre et qu’il lui restait du « stock ». 

De toutes les façons, chaque grande ville avait un acheteur attitré qui prenait les « invendus ». Il y avait un enclos non loin du mouillage pour St Pierre et deux entrepôts à Fort-Royal, près de Pointe Simon, pour l’occasion.

Sur ce, je vous souhaite à toutes et à tous de réaliser de bonnes affaires, sans état d’âme aucun. Une sincère et bonne journée également à ceux qui doutent, et croient au sacrilège en achetant en ce jour qu’ils pensent funeste et déshonorant. 

Pour ma part, tous les jours sont funestes dès que l'on me parle des ancêtres esclaves.
Josépha Luce

mardi, septembre 18, 2018

Présence noire en France


Ne cherchez pas dans les livres d’histoire. Il n’est pas mentionné. Pourtant, quand il convole en justes noces en France, l’esclave Raymond de Campagne crée Evènement. C’est un "homme éthiopien qui avait telle figure et couleur comme ont les Ethiopiens que l’on nomme autrement Mores", dit-on de lui à l’époque. Raymond de Campagne est noir et sa promise blanche. Elle s’appelle Philippa de Catane. Elle est lavandière. Mais qu’importe leur différence, ils s’aiment et ils veulent s’unir pour la vie. C’est une première, la première fois qu’un tel couple mixte se forme dans ce pays. Le mariage est célébré. Nous sommes en 1345.

Ne cherchez pas dans les livres d’histoire. Il n’est pas mentionné non plus. Pourtant, quand il est capturé en mer et emmené en France, "le nègre Antoine de Neyn" fait sensation. Pensez donc ! Un homme à la peau noire, c’est rare à la Cour. Il est conduit au chevet du roi qui est souffrant. Antoine de Neyn est, dit-on, "détenteur de quelque remède secret propre à guérir le mal dont Louis XI se croyait atteint". Une relation de confiance s’établit entre les deux hommes. Le monarque apprécie tellement son hôte qu’il le gratifie de 32 livres et d’autres bienfaits. Nous sommes en 1479.

Ne cherchez pas dans les livres d’histoire. Elle n’est pas plus mentionnée que les deux précédents. Pourtant, quand elle appelle les religieuses de son couvent à prier pour la France, Dorothée est écoutée. Chez les Ursulines d’Orléans, cette "négresse au sang bleu" vit recluse, comme sa sœur, aussi noire qu’elle, la Mauresse de Moret, que leur père, le roi Louis XIV, a placée et fait prendre le voile également dans un monastère plus loin. L’une et l’autre font l’objet d’une attention extraordinaire. Le roi, la reine, les princes se déplacent jusqu’à Moret pour voir la Mauresse. Louis XIV fait venir Dorothée à Paris, escortée par un de ses meilleurs officiers. Nous sommes en 1700.

Raymond de Campagne en 1345, Antoine de Neyn en 1479, la Mauresse et Dorothée en 1700 sont, parmi des milliers d’autres, quelques-unes des figures noires de la France d’hier. Heureux ou malheureux, ils étaient là, dans ce pays devenu leur pays, avant l’arrivée de certains Français qui prétendent pourtant aujourd’hui être "de souche".

Faut-il rappeler par exemple que la Savoie et Nice ne sont devenues françaises qu’en… 1860, bien après la Martinique et la Guadeloupe ??

Aujourd’hui plus que jamais, beaucoup gagneraient à se replonger dans le passé pour apprendre l’histoire de France et connaitre réellement l’origine de sa diversité. Peut-être qu’après, ce sera plus facile de se parler à l'oreille les uns des autres et surtout de se comprendre dans ce pays.

Serge Bilé

jeudi, mai 31, 2018

Quand la guerre des mémoires éradique l'Histoire


"Monsieur, voici la position du Comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage que je préside sur la question de Colbert."


Nous sommes concernés par les prises de position récentes autour de la demande de débaptiser les lieux publics du nom de Colbert, à partir d'un argumentaire qui met l'accent sur le fait que le nom de Colbert est lié à deux piliers du système esclavagiste colonial de l'Ancien Régime, le Code noir. Pour la théorie, et les Compagnies de commerce pour la pratique. Cette demande est portée, notamment, dans une pétition dont les initiateurs principaux sont Louis-Georges Tin, du CRAN, et Louis-Sala Molins.

Nous ne sommes pas favorables à cette demande, sur le fond et sur la forme.

Des faits discutables.

Relevons quelques erreurs et incohérences dans l'argumentaire. L'Edit sur la police des esclaves, ultérieurement vulgarisé sous le nom de Code Noir, qui porte le nom de Colbert, date de mars 1685. Or, Jean-Baptiste Colbert, celui qui est célébré au fronton des bâtiments publics, est mort deux ans plus tôt, en 1683. Le Colbert de l'Edit est son fils, Colbert de Seignelay.

En revanche, Jean-Baptiste Colbert est bien celui qui a restructuré la Compagnie des Indes, en regroupant toutes les compagnies antérieures en deux secteurs géographiques, Orient et Occident.

Réformateur, et non fondateur, puisque toutes les compagnies pratiquant le commerce colonial, et notamment la traite des esclaves, existaient bien avant qu'il n'occupe le ministère du Commerce.

Enfin, il est surprenant de s'offusquer de la contradiction entre le nom de Colbert et la devise républicaine « Liberté, Egalité, Fraternité », puisqu'il existe un décalage de plus d'un siècle entre les deux. La Révolution française, en célébrant Vauban, Turenne, ou Jean Bart, grands serviteurs de la monarchie, n'a pas manifesté une telle passion éradicatrice.

Il faut être attentifs aux contextes croisés.

Il faut élargir le propos. Le problème réside dans la confrontation entre deux mises en contexte. Si la tâche primordiale de l'historien est la contextualisation, celle-ci présente une double dimension, savoir replacer un acteur dans son époque, et tenir compte de la demande actuelle de fractions de nos concitoyens qui s'estiment légitimement victimes d'une action entreprise dans un passé révolu. En l'occurrence, reconnaître chez Colbert à la fois la volonté de rationaliser un mode de production esclavagiste qui n'était guère contesté à son époque, et le souci du service public ; et admettre que les esclaves et leurs descendants sont les victimes d'un crime contre l'humanité, pour lequel l'Etat monarchique porte une lourde part de responsabilité.

Oublier ou déformer le passé conduit à une impasse tragique.

La façon de régler un problème d'éducation et d'intégration est-il d'effacer les traces laissées par l'Histoire dans notre patrimoine commun ? Nous répondons par la négative. L'abbé Grégoire en son temps, franc républicain et ami des Noirs, avait fermement condamné le vandalisme qui consiste à détruire les traces symboliques du passé monarchique et féodal. Le même problème se pose aux Etats-Unis avec les statues des généraux sudistes, en Europe de l'Est avec les nombreuses empreintes du régime totalitaire.

Condamner le passé à l'oubli, outre le risque de le revivre, témoigne d'une conception héroïque de l'Histoire. Un personnage public n'est pas monolithique, prisonnier pour la postérité d'une seule action, enfermé dans une image univoque. Il est complexe et contradictoire, comme le réel. Sortons de cette vision manichéenne, qui oppose tout d'un bloc les héros et les salauds. Substituer des figures héroïques à d'autres qui auraient failli ne changera rien au problème, car nous savons bien que Toussaint-Louverture, ou Louis Delgrès, portaient aussi les contradictions de leur temps et de leur condition. Décapiter la statue de Joséphine relève de la magie, et non de la pédagogie.

Alors, que faire ?

Essayons de manier la plume, plutôt que de brandir les ciseaux ou le burin. Nous préconisons une pédagogie plurielle et collective. L'enseignement de l'Histoire est certes central dans la construction d'un récit critique commun ; mais il faut beaucoup de temps et de patience pour retisser une trame rompue, et pour combattre les mythologies et les approximations véhiculées par la désinformation en réseaux. Les collectivités publiques peuvent contribuer à répandre les informations historiques indispensables au moyen de panneaux explicatifs, ou de brochures, à l'abord des monuments publics, ou bien aider les musées et les archives à organiser des expositions, des conférences pour le grand public.


Frédéric Régent 

HALTE A LA MANIPULATION DE L’HISTOIRE, OUI A LA CONSERVATION ET A L’EXPLICATION DE TOUS LES VESTIGES DU PASSE !

Antoine Richepanse

La commémoration de la seconde abolition de l’esclavage en Guadeloupe du 27 mai 1848 a, cette année, donné lieu à toutes sortes d’amalgames, de déclarations empreintes de contre-vérités et de confusions en tous genres qui n’honorent guère leurs auteurs. Conscients du fait que la quête mémorielle a pris dans notre pays une ampleur inenvisageable, après des décennies de silences empreints d’une volonté de privilégier l’oubli des pages sombres du passé, nous ne pouvons néanmoins cautionner autant de dérives dans l’interprétation des faits. La recherche historique ayant suffisamment progressé depuis 20 ans sur toutes ces questions, d’aucuns seraient bien inspirés de se documenter plutôt que de persister à asséner des contre-vérités. 

Premier amalgame méritant d’être dénoncé, c’est la confusion systématique faite entre les événements du 27 mai 1848 avec la proclamation du Gouverneur Layrle abolissant l’esclavage en Guadeloupe, et ceux du 28 mai 1802 avec la mort à Danglemont de Delgrès et de ses compagnons. La tendance actuelle est à occulter totalement l’abolition de 1848 pour ne retenir que le « rétablissement de l’esclavage en 1802 ». Outre le fait qu’il faut totalement relativiser la notion de liberté dans sa mise en œuvre effective en Guadeloupe entre 1794 et 1802, il est intolérable de faire du rétablissement de l’esclavage la seule cause des événements incriminés.

Lorsqu’on entend en direct au journal télévisé annoncer que « c’est en réaction à la loi du 30 floreal an X (20 mai 1802) par lequel Bonaparte avait rétabli l’esclavage dans les colonies, que Delgrès s’est soulevé contre Richepance… », cela relève à la fois de la désinformation et de la plus pure aberration. Comment un arrêté pris le 20 mai, qui plus est à une époque où l’information n’est portée que par les navires qui mettent au moins 4 semaines pour traverser l'Atlantique, aurait-il pu générer une guerre qui a débuté le 10 mai ? Pire, cette loi du 20 mai ne concerne que les colonies où l’esclavage n’avait pas été aboli en 1794 comme la Martinique et Sainte Lucie. En outre, elle précise expressément que la Guadeloupe, la Guyane et Saint Domingue demeurent sous le régime de la liberté. Liberté tout à fait limitée, vu que les cultivateurs sont assignés à résidence sur leurs anciennes plantations. Seuls les anciens libres de couleur et les anciens esclaves engagés dans l'armée, bénéficient réellement de la liberté générale. 

Lorsqu’une manifestation mémorielle, emboîtant prétendument les pas d’Ignace, inaugure une traversée en canot dans le Grand Cul de Sac, mais dans le sens contraire de celle opérée les 7 et 8 mai 1802, on en reste abasourdi. En Effet Ignace a quitté la Grande-Terre pour le Nord Basse-Terre et non l'inverse.
Joseph Ignace, Louis Delgrès et Alexandre Kirwan sont présentés comme des esclaves révoltés, alors que les deux premiers sont des libres de couleur et le troisième est un blanc de métropole.

A quelles sources, par ailleurs, est-il fait référence en évoquant « 10.000 victimes, des prisonniers gazés dans les cales des navires ou jetés à la mer, des chiens importés de Cuba pour pourchasser les nègres, ou des décapitations en nombre sur la Place de la Victoire… ». Outre le fait qu’aucun document à notre connaissance n'autorise à affirmer pareils propos, il paraît évident qu’une confusion est ici encore établie avec des pratiques du général Rochambeau, mais uniquement à Saint Domingue, après septembre 1802. Pour information, les 250 rebelles exécutés à la Place de la Victoire ont été fusillés, de même que ceux sur la plage de Fouillole le lendemain. D’autre part, les seuls chiens utilisés en Guadeloupe sont ceux des chasseurs des bois de Lacrosse, plusieurs mois après les événements du mois de mai, et ils ne provenaient nullement de Cuba.

Les commémorations ont vocation à réconcilier les mémoires, même antagonistes. Il faut cesser de les instrumentaliser pour servir des causes qui ne disent pas leur nom, mais à des années-lumières du souci d’objectivité et de maîtrise des contextes qui restent l’apanage des historiens professionnels.

Car, voyez-vous, pour être un historien, il faut cumuler quatre choses :
- travailler à partir d’archives de sources écrites, être un chercheur, et ne pas se contenter de lire les livres des autres et en tirer sa propre interprétation.
- Avoir une thèse d’histoire, c’est-à-dire avoir été reconnu par ses pairs, dans le cadre de l’obtention d’une thèse soutenue devant un jury composé de spécialistes de la question.
- Enseigner l’histoire à des étudiants en ayant le souci de leur inculquer les méthodes d’investigation du chercheur.
- Diffuser auprès de tous les publics ses connaissances, à travers des émissions, mais surtout des livres. 
Nous sommes étonnés de voir beaucoup de personnes qualifiées d’historiens se répandre dans les médias, alors qu’ils ne détiennent à peine qu’une des qualités énoncées ci-dessus.
Tout le monde ne peut donc pas être qualifié d’historien ! 
Un médecin qui écrit un livre sur le passé, à ces moments perdus, n’est pas un historien, tout comme n’est pas médecin, un historien qui vous donne quelques conseils sur les plantes ou les médicaments.

Dans le souci de clarifier un tant soit peu les éléments du débat, voilà quelques repères de base que nous jugeons incontournables pour une bonne compréhension de cette phase essentielle de notre Histoire :

Les faits sont les suivants :
7 juin 1794 : l’esclavage est aboli en Guadeloupe. Entre 1794 et 1802, les hommes de couleur prennent de plus en plus de responsabilités dans l’armée et l’administration.
21 octobre 1801 : Pélage, chef de brigade, câpre de la Martinique et Joseph Ignace, capitaine, mulâtre de la Guadeloupe, se révoltent à Pointe-à-Pitre contre les vexations du Capitaine Général Lacrosse et, surtout, contre le fait que ce dernier veut les déporter de la Guadeloupe. Lacrosse veut se débarrasser des officiers de couleur et des républicains radicaux (néo-jacobins), conformément aux ordres de Napoléon Bonaparte).

24 octobre 1801 : Lacrosse est arrêté, son aide-de-camp Louis Delgrès, un métis de la Martinique, se rallie à Pélage et Ignace. Lacrosse est expulsé de la Guadeloupe par les rebelles. 22 novembre 1801 : Napoléon Bonaparte rappelle devant l’Institut National que si l’esclavage est maintenu à la Martinique et à la Réunion. « A Saint-Domingue et à la Guadeloupe il n’y a plus d’esclaves ; tout y est libre ; tout y restera libre ».

Du 24 octobre au 6 mai 1802 : Pélage devient chef du gouvernement provisoire de la Guadeloupe et envoie de nombreux courriers montrant sa fidélité au gouvernement de Napoléon Bonaparte. De son côté, Lacrosse, réfugié à la Dominique, présente les rebelles comme des autonomistes ou des républicains radicaux (néo-jacobins). Dans un rapport à Bonaparte, il en désigne 42, majoritairement Blancs ou mulâtres, avec seulement deux Noirs.

1er avril 1802 : une expédition dirigée par le général Richepance est envoyée en Guadeloupe pour briser cette rébellion. 
6 mai 1802 : arrivée de Richepance à Pointe-à-Pitre, Pélage se soumet. Joseph Ignace voyant avec quelle humiliation, sont désarmés, déshabillés et humiliés, une partie des soldats de couleur, près de Pointe-à-Pitre, s’enfuit et rejoint Delgrès à Basse-Terre.

10 mai 1802 : Informé par Joseph Ignace du désarmement des soldats de couleur, Delgrès se révolte. Ignace, mulâtre de la Guadeloupe, Alexandre Kirwan, officier blanc de la métropole et Delgrès, métis de la Martinique sont les chefs de la rébellion.

Alexandre Kirwan, vivant cette lutte entre soldats portant le même uniforme, comme une guerre civile, se suicide.

20 mai 1802 : loi qui maintient l’esclavage à La Réunion et en Martinique. La Guadeloupe n’est pas concernée par le texte. 

26 et 28 mai : Ignace et Delgrès sur le point d’être faits prisonniers se donnent la mort, respectivement à Baimbridge et Matouba.

Mai-juin : Les hommes et les femmes qui ont combattu les troupes de Richepance sont tués quand ils sont faits prisonniers. Tous les hommes de couleur qui se sont rendus dès le 6 mai sans combattre sont déportés. Au total, on peut estimer de 3 à 4 000 le nombre de tués et à 3 000 celui des déportés.
16 juillet 1802 : arrêté consulaire de Napoléon Bonaparte qui rétablit l’esclavage pour la seule Guadeloupe. L’arrêté indique que c’est une punition contre des hommes de couleur qui se sont révoltés.

17 juillet 1802 : arrêté consulaire de Richepance qui proclame la déchéance de la citoyenneté française de tous les hommes de couleur et supprime le salaire des cultivateurs.

Deuxième quinzaine de Juillet 1802 : la pratique de l’achat et de la vente d’esclave reprend en Guadeloupe sans autorisation officielle.

2 septembre 1802 : mort de Richepance.

14 mai 1803 : Proclamation officielle du rétablissement de l’esclavage, en Guadeloupe.

A la Guadeloupe, il apparaît donc que Bonaparte est un esclavagiste opportuniste, lorsqu’il a besoin de soldats de couleur, il maintient la liberté. Lorsqu’il n’en a pas besoin ou que ceux-ci deviennent des rivaux pour lui, il maintient ou s'en débarrasse avant de rétablir l’esclavage.

Il apparaît que le 10 mai 1802, Louis Delgrès et même Richepance ignorent la loi de rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe, y compris celle du 20 mai qui ne concerne pas la Guadeloupe. Les rebelles combattent pour l’égalité des hommes de couleur avec les blancs. Dans sa proclamation du 10 mai 1802, Delgrès qualifie Bonaparte de guerrier philosophe. En réponse à une proclamation du 14 mai 1802, Delgrès finit sa dernière lettre ponctuée par ses mots « Vive Bonaparte, vivre libre ou mourir ». Il ignore par conséquent les projets de Napoléon Bonaparte qui lui-même agit au gré des circonstances.
Le 17 juillet 1802, Richepance ignore l’arrêté consulaire du 16 juillet 1802 qui rétablit l’esclavage. Il supprime la citoyenneté pour les hommes de couleur, ce qui équivaut, certes, à un retour à l’ancien état des choses d’avant 1794, mais n’est pas en droit le rétablissement de l’esclavage, même si la pratique de la vente et de l’achat d’êtres humains reprend avant même le rétablissement officiel, le 14 mai 1803. 

Nous estimons qu’il ne faut pas effacer les traces du passé, mais, au contraire les utiliser pour les expliquer. La tombe de Richepance doit être accompagnée d’un panneau expliquant les objectifs de sa mission, et son rôle dans le retour à la servitude en Guadeloupe. La détruire serait dommageable car cela équivaudrait à faire disparaître une infrastructure de plus parmi ces vestiges de notre douloureux passé. Si nous entrions dans cette spirale, il faudrait alors détruire l’Arc de Triomphe sur lequel est gravé le nom de Richepance, le tombeau de Napoléon aux Invalides ou la Galerie des Glaces du château de Versailles où un buste de Richepance rend hommage à son action au sein de l’armée du Rhin.…

Devons-nous aussi brûler l’arrêté de rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe retrouvé il y a une dizaine d’années dans les archives ?

Les médias ont une lourde responsabilité car ils se doivent de vérifier au préalable si ceux qui se présentent comme historiens le sont vraiment et, à ce titre, sont habilités à alimenter la conscience collective par des déclarations scientifiquement avérées.

René BELENUS
Docteur en Histoire
Professeur agrégé à la retraite
Ancien Chargé de Cours d’Histoire à l’Université des Antilles et de la Guyane

Frédéric REGENT 
Docteur en Histoire 
Maître de conférences en Histoire à l'Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne 
Habilité à diriger des thèses 
Ancien Chargé de Cours d’Histoire à l’Université des Antilles et de la Guyane

Réné Bélénus et Frédéric Régent, sont co-auteurs avec Jacques Adélaïde-Merlande de l’ouvrage, La Rébellion de la Guadeloupe, Gourbeyre, Archives départementales de la Guadeloupe, 2002.

dimanche, mai 27, 2018

Nanny, reine des Marrons de Jamaïque

Figure emblématique de la lutte contre le système esclavagiste en Jamaïque, la reine Nanny est connue au-delà de ses frontières. À la tête de la ville qu’elle a fondée, elle a opposé une farouche résistance à l’administration britannique.


Nanny, reine des Marrons. C’est ainsi que cette femme née au Ghana dans le peuple Akan vers 1685, est passée à la postérité en Jamaïque.
Durant 30 ans, Nanny a donné du fil à retordre aux colons et aux soldats anglais. Ce n’est que par une trahison qu’elle a pu être vaincue, à l’occasion d’une énième chasse aux fugitifs.

Le traître est le Capitaine Sambo, un esclave, coutumier de la capture de ses frères de misère. Intéressé par la forte récompense promise pour la capture de Nanny, il tue celle-ci lors de l’ultime attaque contre son camp retranché, Nanny Town.

Nanny Town, une véritable ville

C’est une vraie ville, de moins de trois kilomètres carrés, édifiée dans les Montagnes Bleues, les Blue Mountains, fondée par Nanny et ses compagnons. La ville est restée libre durant toute la vie de sa cheftaine. Les nombreuses escapades opérées depuis ce repaire ont permis de libérer un bon millier d’esclaves. Nanny n’a pas été la seule à organiser des expéditions punitives dans les plantations.

Plusieurs communautés ont été créées et dirigées par des marrons, soit nés dans la colonie, soit nés en Afrique. Certains n’ont pas connu l’esclavage à proprement parler, s’étant échappés dès leur arrivée en Jamaïque. L’étendue de l’île et son relief montagneux ont favorisé le marronnage généralisé que les Espagnols, les premiers colons, puis les Anglais, n’ont pas pu empêcher.

Nanny, la reine des Marrons, est reconnue jusqu’à nos jours comme l’une des fondatrices de la nation jamaïcaine. Un billet de banque est à son effigie. Elle est devenue l’un des symboles les plus pertinents de la résistance acharnée et permanente des captifs africains au système esclavagiste.


mardi, mai 22, 2018

Victor Mazulime député né esclave



Elu représentant du peuple lors des premières élections législatives tenues après l’abolition de l’esclavage dans les colonies, Victor Petit-Frère Mazulime (1789-1854) a été le premier député martiniquais noir. Esclave affranchi, sa vie extraordinaire reste peu connue. Retour sur son parcours, occulté de nos livres d’histoire.

A mesure qu’il sentait monter son dernier souffle, alité dans la chambre de son hôtel particulier parisien, en cet hivernal samedi 28 janvier 1854, le cœur meurtri de n’avoir pas revu sa Martinique, Victor Petit-Frère Mazulime devait se remémorer ses premiers pas de représentant du peuple dans la salle des Quatre colonnes du Palais Bourbon après son élection en Martinique le 9 août 1848. Un souvenir chassant l’autre, au moment de passer de l’autre côté du monde, il devait aussi se rappeler son départ de son Fort-Royal natal, qu’il ne pouvait pas savoir définitif, sur ce navire qui l’emmenait vers les Etats-Unis, âgé d’à peine 13 ans, au service de son maître, le maréchal des logis Mottet, chef de la gendarmerie.



Muté à Paris, Mottet affranchit son esclave domestique. Il est engagé par le général Pernéty qui en fait son cocher et son homme de confiance. Le jeune homme se marie avec la femme de chambre de la fille du général. Le couple aura deux filles, dont l’une meurt jeune. La survivante, Uranie, ouvrira un pensionnat colonial pour jeunes filles au pays natal de son père.

Qu’a donc pu ressentir le représentant Mazulime en traversant la place de la Concorde avant de pénétrer en ce lieu du pouvoir ? De la fierté, certainement, d’avoir été choisi par les électeurs de sa terre natale. La sensation d’être écrasé sous le poids des responsabilités aussi. Et un immense soulagement, lui qui n’a pas ménagé sa peine pour que ses frères et soeurs esclaves soient enfin affranchis. Son entrée au palais abritant l’Assemblée nationale constituante bruisse de mille discussions et de cent discours depuis de longues semaines. Les représentants du peuple élus les 23 et 24 avril ont un programme chargé : la rédaction de la Constitution de la Deuxième République.



Deux mois auparavant, la royauté est chassée. Du 22 au 24 février, les barricades fleurissent à Paris. Le peuple se révolte contre le roi Louis-Philippe et la Monarchie de Juillet, instaurée en 1830. Ce régime a remplacé celui de la Restauration mis en place en 1814 et 1815. Le dernier gouvernement de François Guizot est empêtré dans une crise économique et politique durable. Il choisit d’amplifier la répression des manifestations de l’opposition organisées dans toute la France sous la forme de banquets. En dépit de leurs désaccords, républicains et libéraux s’unissent pour mettre fin au régime de la monarchie constitutionnelle.



L’abdication de Louis-Philippe en faveur de son gendre, le duc Philippe d’Orléans, trop tardive, est vaine. L’un des porte-parole de la rébellion, le célèbre poète Alphonse de Lamartine, proclame la Deuxième République le 24 février à l’hôtel de ville aux côtés de Ledru-Rollin. L’heure du retour des libertés publiques a sonné, dans les colonies aussi. C’est l’effervescence chez les républicains.

Les partisans de l’abolition, natifs des colonies réfugiés ou en exil à Paris exultent. Mazulime est au centre de la bataille pour l’émancipation. Lui qui milite depuis tant de temps en faveur de la libération de ses frères de couleur est sur tous les fronts. Il se tient aux côtés de Cyrille Auguste Charles Bissette, le grand abolitionniste martiniquais condamné au bagne, puis réhabilité, qui tient la victoire de toute une vie.

La monarchie définitivement abolie

Le nouveau régime s’installe. Un gouvernement collégial provisoire de 11 membres signe plusieurs décrets instaurant le suffrage universel, l’interdiction de la peine de mort, le rétablissement de la liberté de réunion et de la liberté de la presse. Sans oublier la suppression de l’esclavage. Les élections législatives se tiendront tout le long de l’année 1848 à des dates différentes dans chacune des colonies. Le calendrier dépend de la prise d’effet du décret d’abolition et transformant les esclaves en citoyens. Ce sera le 9 août en Martinique, le 22 août en Guadeloupe, le 30 octobre en Guyane et au Sénégal. La Réunion et les comptoirs de Madagascar (Nosy-Bé et Sainte-Marie), ne sont pas représentés à l’Assemblée nationale constituante. 

Ce n’est pas la première fois que les colonies disposent de délégués à l’Assemblée nationale. Sous la Révolution, la Martinique a été représentée par Janvier Littée, homme de libre couleur, ou mulâtre. Les Noirs ne pouvaient pas être électeurs ni éligibles. Littée a siégé à la Convention nationale avec Jean Crassous de Medeuil et Michel Fourniols d’octobre 1793 à octobre 1795, puis au Conseil des Cinq-Cents avec ce dernier jusqu’en mai 1797. Arrivé au pouvoir en 1799, Napoléon Bonaparte supprime la représentation parlementaire des colonies. Les protestations des colons, les békés, et de leurs relais parisiens n’y changeront rien. Cette éviction sera prolongée durant trente ans sous la Restauration (1814-1830) et la Monarchie de Juillet (1830-1848).

Désormais, les habitants des colonies ont à nouveau le droit de choisir leurs députés. Il convient au préalable de refondre l’administration coloniale. Le ministre de la Marine François Arago, républicain, astronome et physicien renommé, nomme auprès de lui un sous-secrétaire d’Etat aux Colonies. C’est Victor Schoelcher, républicain, franc-maçon, précipitamment rentré de Saint-Louis du Sénégal où il était en campagne pour l’abolition.

Le lendemain de son arrivée à Paris, le 4 mars, Schoelcher met en place une commission, dont il est le président. Elle est chargée de « préparer, sous le plus bref délai, l'acte d'émancipation immédiate dans toutes les colonies de la République ». Ce qui implique d’accorder le droit de vote aux anciens esclaves et d’attribuer un patronyme à ceux qui n’en ont pas. La commission de 7 personnalités connues pour leur engagement abolitionniste siège sans désemparer dès le 6 mars.



Schoelcher écarte Bissette de la commission pour l’abolition

Hormis son président Schoelcher, le plus connu des membres de la commission pour l’abolition est le Martiniquais François-Auguste Perrinon, commandant dans l’artillerie de marine, premier homme de couleur natif des Antilles admis à l’Ecole Polytechnique, en 1842. En congé de l’armée, il se consacre à la production de sel dans sa propriété de Saint-Martin. Il a pu y démontrer que le salariat devait se substituer au travail gratuit. Il est l’un des plus influents des membres de la commission. Comme le haut fonctionnaire Henri-Joseph Mestro, en poste depuis plusieurs années à la direction des Colonies du ministère de la Marine.

L’avocat parisien Adolphe Gatine en est aussi. Il a défendu les mulâtres martiniquais Cyrille Bissette, Jean-Baptiste Volny et Louis Fabien fils, accusés d’avoir distribué en 1823 une brochure réclamant l’égalité des droits entre Blancs et hommes de couleur. Autre membre important de la commission, Charles Gaumont, ouvrier horloger parisien, militant du mouvement prolétarien. Rédacteur à «L’Union », il avait publié en 1844 la pétition des ouvriers de Paris en faveur de l’abolition de l’esclavage. Deux secrétaires sont chargés de la rédaction des travaux : l’historien Henri Wallon, spécialiste de l’esclavage dans l’Antiquité, et Louis Percin, avocat martiniquais.

Au grand dam de ses amis, Bissette est écarté par Schoelcher, son rival. Les deux hommes poursuivent le même but mais ne s’entendent pas sur les voies et moyens pour y parvenir. Entre autres griefs, Bissette reproche à Schoelcher d’avoir voulu une émancipation progressive des esclaves. Durant une quinzaine d’années, ils échangent invectives et attaques. Rancunier, l’abolitionniste parisien reste insensible à une pétition des amis de l’abolitionniste martiniquais réclamant son insertion au sein de la commission.

Plusieurs membres de ce groupe de travail hésitent à accorder le droit de vote immédiatement aux esclaves d’hier. Selon l’historienne Nelly Schmidt, « la représentation des colonies à l'Assemblée par élection au suffrage universel avait provoqué la réticence de nombreux membres de la commission. Mestro, fonctionnaire responsable du Bureau des Colonies au ministère, mais aussi Perrinon et Gatine jugèrent l'octroi de droits politiques aux «nouveaux libres» dangereux, inapplicable dans des colonies où les antagonismes sociaux étaient encore si profonds. »

« les nègres sont de grands enfants, aussi peu capables de connaître leurs droits que leurs devoirs ». 
Froidefonds Desfarges

Il faut ajouter à ces tergiversations le mépris ouvertement affiché par les délégués des colons. «Applicable aux hommes âgés de plus de 21 ans, le suffrage dit universel fit l'objet des tentatives de réduction les plus fantaisistes. Les délégués des planteurs de Guadeloupe, Jabrun et Reizet, souhaitèrent par exemple que seuls « les libres avant l'émancipation générale » fussent admis à l'exercice de ce droit civique. Froidefonds Desfarges, délégué des colons de Martinique qui venait de remplacer Jollivet, récemment décédé, avait estimé que « les nègres sont de grands enfants, aussi peu capables de connaître leurs droits que leurs devoirs » nous dit Nelly Schmidt.

Ces réserves trouvent écho au sein de la commission. Mestro plaide la prudence et la patience. Perrinon craint que les futurs citoyens ne soient pas mûrs pour exercer le droit de vote. Il propose de prendre exemple sur l’expérience des colonies anglaises. L’esclavage y a été aboli en 1833 et le droit de vote appliqué progressivement. Si les anciens esclaves peuvent désormais choisir leurs représentants, ceci ne signifie pas ipso facto que ceux-ci défendront leurs intérêts. Elire des colons nostalgiques de l’esclavage n’est pas exclu.




Voter oui, mais pour quel représentants ?

C’est la crainte exprimée par Mazulime. Venu présenter une « adresse des nègres et d’hommes de couleur » à la commission lors de sa séance du 11 mars, il expose sa crainte que les futurs affranchis, analphabètes et mal informés, soient influencés par les colons. Schoelcher lui rétorque qu’il y a des Blancs et des mulâtres capables de défendre la cause des Noirs. Mazulime est à moitié convaincu. Quelques semaines plus tard, sur les conseils de ses amis, il se porte candidat suppléant à la députation sur la liste républicaine aux côtés de Cyrille Bissette, Pierre-Marie Pory-Papy, le maire de Saint-Pierre, et Victor Schoelcher.

Le rapport final de la commission est adopté par le gouvernement provisoire. Le décret abolissant définitivement l’esclavage est publié au Journal officiel le 27 avril 1848. Il prend effet en Guadeloupe, Guyane, Martinique, Réunion et dans les comptoirs du Sénégal et de Madagascar. L’interdiction de l’esclavage actée, les travailleurs serviles deviendront, du jour au lendemain, des citoyens libres, électeurs et éligibles.

Mazulime se prépare à la bataille, sans pour autant mener campagne dans sa circonscription. Vivant à Paris depuis de longues années, il s’est nourri de l’activisme déployé aussi bien par Bissette que par Schoelcher. Il se reconnaît aisément dans ce courant républicain, réclamant l’égalité des droits et un changement de régime dans les colonies.

D’après l’historien Marc Séfil, le courant républicain des années 1840 
« revendiquait une assimilation complète des colonies à la métropole. Les personnalités marquantes de ce courant étaient des membres de l’élite des gens de couleur comme François-Auguste Perrinon ou des notables comme Pierre Pory-Papy, qui s’étaient déjà illustrés sur le front de l’abolition. Mais on y trouve aussi des hommes de couleur de conditions plus modestes, comme Louisy Mathieu en Guadeloupe ou Victor Mazulime en Martinique. »

Un militant abolitionniste de longue date

Sans être un chef politique, Mazulime milite activement pour l’abolition. Il est trésorier général d’une association, « Les Enfants de l’Afrique », regroupant les partisans de l’émancipation des esclaves. Il participe aux réunions du comité de rédaction de La Revue des colonies, le journal mensuel fondé par Bissette pour propager ses idées. Il fait signer des pétitions aux côtés de Louis Fabien fils, compagnon de lutte de Cyrille Bissette et de Jean-Baptiste Volny. Des activistes efficaces.

Outre le décret d’abolition, un autre texte instaure le suffrage universel, réservé aux hommes de plus de 21 ans. Nelly Schmidt nous apprend que, tant en Guadeloupe qu’en Martinique, «des campagnes électorales particulièrement vives, auxquelles les loges maçonniques prennent une part déterminante, s’ouvrent dès le lendemain de l’abolition. Des clubs politiques, de nouveaux journaux sont créés, la participation électorale dépassant parfois le taux de 70% lors des premiers scrutins des années 1848-1850. (…) Les élections législatives ont lieu dès août 1848 en Guadeloupe et en Martinique, organisées en fonction du décret instaurant le suffrage universel masculin du 5 mars 1848 et des instructions accompagnant le décret d’abolition de l’esclavage ».




La participation est forte. Faute de disposer du nombre précis des électeurs inscrits, Nelly Schmidt la situe entre 52 et 58 %. Cyrille Bissette l’emporte avec 96 % des voix. Pierre Pory-Papy est second avec 93 %. Il est suivi par Schœlcher qui obtient 92 % des suffrages des 33.743 votants. Ce dernier totalise 47% en Guadeloupe, quand François-Auguste Perrinon obtient 48 % et Louisy Mathieu, né esclave comme Mazuline, 34 %.

Elu en Guadeloupe et en Martinique, Schœlcher choisit de représenter la Martinique. Il laisse son siège de Guadeloupe à son suppléant, Louisy Mathieu. L’élection de Bissette est annulée, en raison de son ancienne condamnation au bagne. Il est contraint de laisser son siège au suivant de liste, Mazulime. Vivant à Paris, celui-ci se rend au Palais Bourbon dès qu’il apprend son élection, plusieurs semaines après ce fameux 9 août gravé à jamais dans sa mémoire, ce jour où la Martinique a choisi librement ses députés.

Devenu coutumier des arcanes parlementaires, le citoyen Victor Petit-Frère Mazulime ne cesse de batailler ferme pour défendre la nouvelle Constitution. Le texte adopté le 4 mai consacre, entre autres libertés fondamentales, l’abolition de l’esclavage. Vraisemblablement lassé des joutes politiques incessantes, mais ô combien rassuré quant à la solidité des nouvelles institutions coloniales, il se retire peu à peu de la vie publique.


Rentier, propriétaire d’un hôtel particulier dans le 6 ème arrondissement de Paris, rue Duguay-Trouin, il ne se présente pas aux élections de 1849 destinées à mettre en place l’Assemblée nationale législative. Il rendra hommage au régime en ces termes : «Honneur et reconnaissance à la République française qui a rendu la liberté aux noirs. Je fus nommé en août 1848 le premier de la race noire représentant du peuple par 18 492 nouveaux citoyens à l'Assemblée constituante. Je dois cette reconnaissance à la République seule. Aussi je dis : vivons et mourons pour elle ». C’est ainsi qu’en ce 28 janvier 1854, Mazuline, venu au monde esclave, peut s’en aller la conscience tranquille, la paix intérieure gagnée, la dignité obtenue, la liberté conquise. Né enchaîné, il s’en va en homme libre.

Jean-Marc Party - Publié le 21/05/2018 à 15:33, mis à jour le 22/05/2018 à 09:42

mardi, mai 15, 2018

XVIIe siècle : la traite des Irlandais, esclaves blancs, vers les plantations des West Indies



Il faut remonter au début du XVIIe siècle avec la bataille de Kinsale, puis à Cromwell qui débarque en Irlande en 1649 et perpètre un véritable massacre, pour découvrir une politique d’exil et la traite des Irlandais, d’abord vers le fleuve Amazone puis vers les Antilles , à Antigua, Montserrat, puis la Guyane, la Virginie, la Caroline du Nord, la Géorgie et la Nouvelle-Angleterre. 

Au XVIIe siècle, les troupes de Cromwell ont conquis l’Irlande et pris Drogheda le 11 septembre 1649. Dix mille habitants ont été massacrés. Plus de cent mille hommes, femmes et enfants ont été déportés. Leur crime : être de confession catholique. 30.000 prisonniers militaires, puis 100.000 Irlandais, beaucoup de femmes et d’enfants, seront vendus comme esclaves. 

Le mot ici est à prendre dans sa définition absolue. La monarchie anglaise projette sur l’Irlandais une haine ancestrale, jusqu’à détruire l’aspect social, culturel et religieux de ce pays. On peut parler ouvertement de génocide. 

La Reine Elizabeth Ière, James II, Charles Cromwell ont commis, sous la bannière de Dieu, des horreurs que l’histoire civilisée ne peut oublier. Déportation, colonisation, éradication, la proclamation de 1625 initialise le bannissement outre-mer des prisonniers politiques, vendus comme travailleurs des plantations, autrement dit, comme esclaves. Mais indigents, prisonniers, déserteurs, sans domicile, orphelins, fermiers révoltés, prêtres, professeurs vont suivre. Tout est prétexte à la déportation car la main d’œuvre, là-bas, est nécessaire. 

Le constat est effrayant, la population irlandaise de l’île est réduite alors de moitié en dix ans. L’Angleterre va exploiter ce filon et cette matière première, de traités en accords, de rebellions sanglantes en révoltes brutales, pendant des décennies.Une infime minorité survivra aux douze semaines que nécessite la traversée de l’Atlantique. 

En septembre 1655, Cromwell exige que mille cinq cent jeunes Irlandais de douze à quatorze ans soient envoyés en Jamaïque et dans les Antilles anglaises pour compenser la mortalité des esclaves blancs. Ce plan est adopté par le Conseil d’Etat. Selon "The Curse of Cromwell : A History of the Ironside Conquest of Ireland", les prêtres irlandais sont systématiquement déportés en Amérique avec des vieillards de plus de quatre-vingts ans. 

Le 25 mars 1659, la mise en esclavage de prisonniers politiques blancs est débattue au parlement anglais. Sa pratique s’intensifie après le 16 avril 1746, quand les fantassins du Scottish Highland, Français et Irlandais combattant de l’armée jacobite, perdent la bataille de Culloden. Ils sont déportés à la Barbade à partir des ports de Londres, Plymouth, Southampton, Douvres, Aberdeen. En Angleterre, les protestants les plus démunis sont également victimes de Cromwell qui en février 1656 a ordonné de déporter mille deux cent Anglaises. Deux mille autres les rejoindront le mois suivant. La même année Cromwell fait déporter en Jamaïque tous les Ecossais sans habitation.

On ne peut occulter le rôle actif et déterminant de Cromwell dans l’esclavage sans parler de son appartenance à la franc-maçonnerie primitive, celle qui commence avant Anderson et Desaguliers. Niée par les historiens officiels, cette origine de la franc-maçonnerie n’est jamais relatée...

Source : La traite des esclaves irlandais - Les esclaves "Blancs" oubliés
Les esclaves que l'histoire a convenu d'oublier

par John Martin -2008-