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L'histoire des Antilles et de l'Afrique

L'histoire et la sociologie de la caraïbe, des antilles et du monde noi. Naviguons dans le passé de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Réunion et de l'Afrique

jeudi, novembre 12, 2009

Des Africains ont eu leur part dans la traite des Noirs


Au Nigeria, un collectif d’ONG, le Congrès des droits civiques, demande aux chefs coutumiers du pays le plus peuplé d’Afrique de s’excuser au nom de leurs ancêtres d’avoir aidé à la déportation de milliers d’esclaves noirs

C’est une première en Afrique noire. Du jamais entendu. Au Nigeria, pays le plus peuplé du continent noir, avec plus de 140 millions d’habitants, un collectif de plusieurs dizaines d’organisations de défense des droits de l’homme, le Congrès des droits civiques (CRC), a demandé aux « chefs traditionnels africains nigérians de s’excuser pour le rôle que leurs ancêtres ont joué dans la traite des esclaves ».

« Nous ne pouvons pas continuer à accuser les hommes blancs alors que les Africains, en particulier les chefs traditionnels, ne sont pas irréprochables », dit-il dans un courrier. Les organisations relèvent le fait que le Sénat américain a présenté en juin dernier des excuses pour « l’inhumanité, la cruauté, l’injustice fondamentale de l’esclavage ». Aux Africains de faire de même.

Très précis sur les accusations, le CRC a rappelé que les chefs traditionnels ont « participé à la traite des esclaves en aidant systématiquement à mener des raids et des enlèvements dans des communautés sans défense, puis à les livrer à des Européens, Américains et autres ».

Au Nigeria, la ville côtière de Badagri, comme celle de Ouidah au Bénin (l’ex-Dahomey) ou encore Loango en Angola, ont servi de points de départ pour le voyage à fond de cale de millions d’esclaves vers l’Europe, les États-Unis et les Caraïbes.

Une démarche non exempte d’arrière-pensées politiques
La participation de chefs africains à la traite de leurs propres frères noirs a toujours été une réalité gênante, même pour les historiens occidentaux. D’autant qu’il y a peu d’écrits en Afrique, continent de la tradition orale.

Reste que cette démarche n’est pas exempte d’arrière-pensées politiques. Dans l’Afrique noire du XXIe siècle, les pouvoirs en place apprécient peu le poids des chefs traditionnels, omniprésents dans les villages, jugeant qu’ils sont un frein au développement et à la modernité.

Au Nigeria, comme dans la majorité des pays africains, les chefs traditionnels ne sont pas reconnus par les Constitutions. Ils demandent aujourd’hui à l’être au Nigeria. D’où la proposition étonnante du collectif d’ONG : excuses contre reconnaissance constitutionnelle.

L’Afrique a en effet connu des chefs traditionnels qui firent commerce d’hommes, ceux que l’on appelait au Bénin les « rois-traîtres », tel Guezo, au visage marqué par la petite vérole, qui fit durant un règne de quarante ans au XIXe siècle de la traite à grande échelle. Il y était aidé par son plus proche ami et conseiller Francisco Felix de Souza, Brésilien d’origine portugaise.

« L’Afrique noire a été un acteur à part entière de la traite »
Guezo aurait ainsi participé à la déportation de centaines de milliers, voire un million de ses frères noirs, en grande partie vers le Brésil, en échange d’armes, de tabac, d’alcool, de tissu, surtout de la soie et du velours.

Selon l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau (1), « sans minimiser la responsabilité occidentale – ce serait absurde car la demande fait aussi l’offre –, l’Afrique noire a été un acteur à part entière de la traite ».

Les captifs africains ont été ainsi emmenés par d’autres Africains et vendus à des Européens ou à des Arabes. Bon nombre d’entre eux étaient déjà esclaves dans leur communauté, souvent razziés après des combats. La traite intra-africaine aurait concerné près de 14 millions de personnes, contre 17 millions pour celle faite par les Arabes et 11 millions pour celle concernant les Européens.

Julia FICATIER

(1) Les Traites négrières. Essai d’histoire globale, Gallimard, 2004.

La traite négrière


Le mot « traite » est apparu au XIIe siècle, venant du latin tracta. Il signifiait « l’action de tirer, de faire venir », de transporter certaines marchandises d’une province à une autre. Apparue au XVIIe siècle, l’expression « traites négrières », le commerce d’esclaves noirs, supposait des réseaux d’approvisionnement parfaitement organisés et intégrés.

Trois traites négrières
On distingue trois traites négrières : la traite intra-africaine, sans aucun doute la plus ancienne ; la traite orientale, qui se caractérisait par ses voies commerciales (traversée du Sahara, de la Méditerranée, de la mer Noire), ses grands marchés aux esclaves (villes d’Afrique du Nord, de la péninsule Arabique et de la Turquie) et concernait Noirs, mais aussi Blancs et Arabes ; et enfin la traite atlantique (occidentale), la plus connue et la plus intense, qui fut le commerce d’Africains au profit d’autres Africains d’un côté, et d’Européens de l’autre.

Le NIGERIA - Esclavage: "les chefs de tribu Noirs doivent s'excuser"

Le Congrès des droits civiques (CRC) prend position.

Les chefs traditionnels africains devraient s'excuser pour le rôle que leurs ancêtres ont joué dans la traite des esclaves, ont estimé mercredi des organisations de défense des droits de l'homme au Nigeria.

Le Congrès des droits civiques (CRC), une coalition de dizaines d'organisations de défense des droits de l'Homme, a estimé dans un communiqué qu'après les excuses du Sénat américain en juin et celle de l'ex-Premier ministre britannique Tony Blair, c'était au tour des dirigeants traditionnels du continent noir.

Ils doivent présenter des excuses au nom de leurs ancêtres pour "mettre un point final à l'histoire de la traite des esclaves", écrit le CRC dans un courrier adressé à ces dirigeants.

"Nous ne pouvons pas continuer à accuser les hommes blancs alors que les Africains, en particulier les chefs traditionnels, ne sont pas irréprochables".
Selon le CRC, ils ont participé à la traite des esclaves en "aidant systématiquement à mener des raids et des enlèvements (...) dans les communautés sans défense (...) puis à les échanger avec des collaborateurs européens, américains et autres".
La ville côtière nigériane de Badagry a servi de point de départ pour le voyage de nombreux esclaves vers l'Europe, les Etats-Unis et les Caraïbes.

Shehu Sani, qui dirige le CRC, a expliqué que la demande d'excuses intervenait maintenant, avant que les chefs traditionnels au Nigeria, qui ne sont pour l'heure pas reconnus par les lois du pays, ne figurent dans la nouvelle Constitution.
"Ils n'ont pas à être reconnus par la Constitution tant qu'ils n'ont pas présenté leurs excuses aux familles des descendants des victimes de l'esclavage", a-t-il affirmé à l'AFP.
Il a dit espérer que des excuses de chefs nigérians pourraient inciter d'autres chefs, dans d'autres pays d'Afrique, à faire de même.

mardi, novembre 10, 2009

Le couronnement d'un ardent combat


Emprisonné à Bourg-Egalité (Bourg-la-Reine), Nicolas de Condorcet est retrouvé mort dans sa cellule, de causes encore obscures, le 29 mars 1794. Près de deux mois auparavant, le 4 février, la Convention avait aboli l'esclavage dans les colonies françaises, en un grand élan d'enthousiasme. Un vacarme grandiloquent qui rattrapait plus de quatre ans d'un assourdissant mutisme : la Déclaration de 1789, qui assurait que "les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits", avait tout bonnement oublié ces Noirs enchaînés dans les îles, réduits légalement à l'état de "biens meubles" par le Code noir, édicté en 1685.

Pourchassé par la Terreur, cloîtré chez sa protectrice, Mme Vernet, Condorcet voit cette loi couronner un de ses plus ardents combats. En 1781, ses Réflexions sur l'esclavage des Nègres, écrites sous le pseudonyme de Joachim Schwartz, avaient été le premier ouvrage d'un philosophe des Lumières entièrement consacré à cette avanie du temps. L'abbé Raynal, dans l'Histoire des deux Indes, Rousseau, dans le Contrat social, Voltaire, dans Candide, ainsi que d'autres esprits s'étaient émus, mais émus seulement, du sort des Africains mis en servitude. Condorcet, lui, instruit un implacable procès, avance l'illégitimité de cette pratique, et réfute les arguments économiques des défenseurs.

Il rejoint, en 1788, la Société des amis des Noirs, qui ne milite, dans un premier temps, que pour l'abolition de la traite. Un concours de circonstances, comme la Révolution sut en précipiter, aboutit à une abolition au débotté, en 1794. De fait, elle ne sera réellement appliquée qu'en Guadeloupe, avant que Napoléon ne rétablisse l'esclavage, en 1802. Cette première abolition restera largement la "farce grandiose" moquée par Aimé Césaire. Prudent, Condorcet se donnait soixante-dix ans pour en finir avec la servitude des Noirs. La véritable abolition interviendra finalement en 1848. Soixante-sept ans après la sortie de son livre.

Benoît Hopquin

dimanche, novembre 08, 2009

Val de Marne et Martinique en mémoire de la traite


Le conseil général de Créteil et celui de Fort de France organisent, avec l’Association de descendants d’esclaves noirs et leurs amis (ADEN) un colloque autour de la mémoire de la traite négrière le 13 novembre 2009 dans la préfecture de l’île Antillaise.

On y entendra Claude Lise, président du conseil général de Martinique, Danielle Maréchal vice présidente du conseil général du Val-de-Marne, chargée de la mémoire, l’avocat Daniel Voguet, président de l’ADEN et Marie-France Astegiani-Merrain, vice présidente et porte-parole de l’ADEN, également conseillère municipale de Joinville-le-Pont (Pcf, groupe Joinville en mouvement).

La manifestation, largement ouverte aux écrivains, poètes ou citoyens, est l’occasion de la présentation des résultats du colloque scientifique tenu en novembre 2007 à Dakar et Gorée (Sénégal) sur la traite négrière transatlantique, avec là encore une forte participation du Val-de-Marne.

Le livre, déjà présenté sur ce blog, Les traites négrières, histoire d’un crime, fera également l’objet d’un lancement aux Antilles à cette occasion.

* Colloque vendredi 13 novembre 2009 à Atrium de Fort de France, salle Frantz Fanon, 9 heures

* Marcel Dorigny et Max-Jean Zins, Les traites négrières, histoire d’un crime, est publié aux éditions du Cercle d’art (2009).
* Voir aussi : Les traites négrières, histoire d’un crime

Manger et boire aux XIIe et XIIIe siècles

Au cours de l'année qui se termine, de nombreuses manifestations (colloques, conférences, spectacles, publications) ont commémoré le huitième centenaire de la croisade contre les albigeois. Actuellement et jusqu'à la fin du mois se tient à la maison des Mémoires, 53 rue de Verdun, réalisée par les Archives départementales, une remarquable exposition qui fait revivre cette période dans toute sa complexité. Les documents présentés, en effet, au-delà de l'expédition guerrière et de ses conséquences, s'efforcent de faire revivre la société du XIIIe siècle.

Pour atteindre cet objectif, les diverses sources auxquelles a traditionnellement recours l'historien ont été mises à contribution : chartes et chroniques, œuvres d'art fresques, vitraux. Ces documents ont été complétés par des découvertes archéologiques, faites à Montségur mais aussi dans la Montagne Noire, qui ont permis de cerner de plus près la façon dont vivaient au jour le jour nos ancêtres du XIIIe siècle, en particulier les humbles.

Il s'agit en l'espèce du site de Cabaret, à Lastours, fouillé depuis de nombreuses années par Marie-Elise Gardel dans le cadre de l'Amicale laïque de Carcassonne, qui a livré de forts utiles documents. Les quatre tours visibles aujourd'hui sur ce site ont été construites après la Croisade, mais, en contrebas du château appelé Cabaret, un habitat constitué à partir de 1150 et déserté vers 1240 a été mis en évidence et étudié au cours de diverses campagnes. Ce bourg fut certainement rasé sur ordre de l'administration royale après la révolte de Raimond II Trencavel et la colline déclarée zone de servitude militaire ne fut à nouveau constructible qu'après le traité des Pyrénées qui en 1659, en annexant le Roussillon repoussait la frontière française plus au sud.

L'expulsion des populations ayant été sans doute précipitée, les archéologues ont pu découvrir, dans les restes des maisons, une série d'activités domestiques saisies e n quelque sorte comme sur une photographie prise en instantané : vaisselle, soc d'araire, ateliers métallurgiques apparaissent comme sur une photographie d'instantané. De plus, l'abondance des ossements de moutons, de chèvres, de bovins et de porcs, atteste de l'importance des activités pastorales.
L'alimentation et la vaisselle

Depuis le XIe siècle, d'importants défrichements avaient permis d'augmenter la production des céréales en mettant en culture des garrigues et des forêts Dans nos régions toutefois, le labourage se faisait toujours à l'araire, instrument en bois doté d'un soc en fer, mieux adapté que la charrue aux sols légers du Midi. La charrue en effet retourne les sols en profondeur, mais cela ne se justifie guère dans nos régions et favorise même l'érosion, appauvrissant la terre.Les céréales étaient les cultures essentielles car seules elles permettaient obtenir l'élément constituant la base de l'alimentation, le pain. Celui-ci d'ailleurs n'était pas obtenu à partir du seul blé, mais comprenait une part importante d'orge et de seigle.La vigne et l'olivier étaient cultivés sur les parties les plus pauvres, tandis que l'élevage des ovins fournissait le fumier indispensable aux cultures ainsi que la laine et le cuir pour habiller les hommes. Le pain accompagnait soupes et ragoûts dans lesquels la viande était rare, tandis que l'on consommait abondamment légumes, fèves et lentilles. Le poisson était le mets des jours de jeûne, tandis que produits laitiers et fruits complétaient les menus. Quant au vin, lorsqu'il apparaissait sur la table, il était généralement coupé d'eau.

Les poteries utilisées lors des repas avaient des formes différentes, ce qui, combiné avec la fragilité de ce matériau qui obligeait à des renouvellements rapides permet de dater maints autres découvertes archéologiques.

Les oules, de forme globulaire à col ouvert, servaient au stockage des denrées comme à la cuisson des aliments, les jattes, de forme ouverte avec un bec verseur, étaient utilisées pour servir le lait et les bouillies, alors que dournes et cruches étaient consacrées aux liquides.

La mixité sociale, qui semble réelle à Cabaret, apparaît dans la présence de verres à pied, réduits évidemment aujourd'hui à quelques fragments, tandis que la vaisselle en bois a disparu. D'autres éléments de cette vie quotidienne méritent de retenir l'attention, comme nous le verrons prochainement.

On consultera avec profit : « Au temps de la Croisade ». « Société et pouvoirs en Languedoc au XIIIe siècle ». Archives départementales de l'Aude. 2009.

samedi, novembre 07, 2009

Choderlos de Laclos, homme des Lumières mais pas révolutionnaire


1741-1803 . Quel homme se cache derrière l’auteur des Liaisons dangereuses, aujourd’hui considéré comme un chef-d’oeuvre de la littérature française et qui narre le duel pervers et libertin de deux membres de la noblesse française ?

« Née pour venger mon sexe et maîtriser le vôtre… » Extrait d’un roman féministe américain ? Non, pas du tout. Même si quelques militantes radicales des années 1980 n’en renieraient pas la « maternité ». Non, ces quelques mots sont de madame de Merteuil, tirés de la 81e lettre du classique épistolaire de Choderlos de Laclos, les Liaisons dangereuses. C’est par cette lettre, à son complice adressée, le vicomte de Valmont, que madame de Merteuil livre les raisons de son ambition. Et explique comment elle s’est donné les moyens de l’atteindre. « Entrée dans le monde dans le temps où, fille encore, j’étais vouée par état au silence et à l’inaction, j’ai su en profiter pour observer et réfléchir. Tandis qu’on me croyait étourdie ou distraite, écoutant peu à la vérité les discours qu’on s’empressait à me tenir, je recueillais avec soin ceux qu’on cherchait à me cacher. Cette utile curiosité, en servant à m’instruire, m’apprit encore à dissimuler […]. Je n’avais pas quinze ans, je possédais déjà les talents auxquels la plus grande partie de nos politiques doivent leur réputation… » L’occasion pour l’auteur de sonner la charge, dans ce roman de 1782, contre l’éducation des femmes sous l’Ancien Régime, élevées au couvent sitôt qu’elles naissaient de noble ascendance.

Laclos, par la plume de son personnage, y accuse les religieux de confondre dans la formation des jeunes filles l’ignorance avec l’innocence et, comme le note le spécialiste du XVIIIe siècle, René Pomeau, « complète sa démonstration en précisant que la seule de ses héroïnes qui dans le combat de l’existence se montre armée, et redoutablement, n’est pas allée au couvent : madame de Merteuil, élevée chez sa mère, s’est donné à elle-même son instruction ».

Scandale dans le scandale : non seulement Laclos expose dans son ouvrage les « pires travers » de la société libertine de la France prérévolutionnaire, mais il s’attaque, de manière au fond très politique, à l’éducation de la classe dirigeante. Et avec quel bonheur ! Un mois après sa parution, le 16 mars 1782, la première édition est épuisée.

Son roman vient de remporter l’un des plus grands succès de librairie du siècle, comparable à celui de la Nouvelle Héloise de Jean-Jacques Rousseau, vingt ans plus tôt. « Du jour au lendemain, c’est le livre dont on parle à Paris dans toutes les conversations, dont tous les journaux rendent compte. » Il n’est pas jusqu’à Rétif de la Bretonne, ce grand chroniqueur de la fin du XVIIIe siècle, qui n’y est été de son anecdote selon laquelle après qu’une mère eut retiré un exemplaire du livre des mains de sa fille de quinze ans, celle-ci serait allée jusqu’à accorder « la dernière faveur » à un homme de quarante-cinq ans qui lui procura l’oeuvre. Pour mesurer l’esclandre provoqué par Laclos avec son roman, on se rappellera qu’au XIXe siècle, après même que l’Ancien Régime a été déposé, le livre a été condamné au moins quatre fois par les tribunaux français. Et qu’en 1898 encore, Petit de Julleville, dans son Histoire de la littérature française qui fit autant autorité que le Lagarde et Michard plus tard, écrira : « On a hâte de fermer ce livre, malgré le talent de l’auteur, et de se consoler un peu en relisant Paul et Virginie, l’insipide ouvrage de Bernardin de Saint-Pierre. »

Mais alors, qui donc est cet homme qui a écrit, comme l’a dit Roger Vailland, ce « roman révolutionnaire du libertinage » que nous connaissons sous le titre des Liaisons dangereuses ? Qui donc est ce Choderlos de Laclos qu’André Malraux désignait comme l’un des sommets de son « triangle noir » : Laclos, Goya, Saint-Just ?

Il faut bien le dire, contrairement à quelqu’un comme Sade, par exemple, dont la vie et l’oeuvre sont intimement liées, l’enquête découvre en Laclos un homme bien moins révolté contre sa société que les Liaisons auraient pu laisser le croire. Pierre Ambroise François Choderlos de Laclos est né à Amiens le 18 octobre 1741 et mort à Tarente le 5 septembre 1803. Deuxième fils d’un secrétaire à l’intendance de Picardie et d’Artois, d’une famille de robe récente, il est poussé par son père à s’engager dans l’armée et choisit l’artillerie. Il est admis en 1760 à l’École royale d’artillerie de La Fère - ancêtre de l’École polytechnique -, est promu sous-lieutenant en 1761et lieutenant en second en 1762. Comme beaucoup de jeunes hommes, Laclos rêve de conquêtes et de gloire, ainsi se fait-il affecter à la brigade des colonies, en garnison à La Rochelle. Mais le traité de Paris, en 1763, met fin à la guerre de Sept Ans. Faute de guerre, Laclos est donc obligé d’étouffer ses ambitions dans une morne vie de garnison. Nommé capitaine à l’ancienneté en 1771 - il le restera durant dix-sept ans, jusqu’à la veille de la Révolution -, le petit officier s’ennuie parmi ses soldats grossiers. Pour s’occuper, il s’adonne à la littérature et à l’écriture avec quelques succès d’estime puisque ses premières pièces, en vers légers, sont publiées dans l’Almanach des muses et qu’un opéra-comique, Ernestine, portant sa signature, fut représenté le 19 juillet 1777 devant la reine Marie-Antoinette. Mais c’est l’année suivante qu’il entame la rédaction des Liaisons dangereuses. Rédaction qui durera environ deux ans. En 1781, promu capitaine commandant de canonniers, il obtient une permission de six mois, au cours de laquelle il achève son chef-d’oeuvre et le confie à l’éditeur Durand Neveu pour le publier en quatre volumes qui sont proposés à la vente le 23 mars 1782.

La publication de son roman est d’emblée considérée comme une attaque contre l’aristocratie et jugée comme une faute par sa hiérarchie militaire, qui lui ordonne comme un châtiment de rejoindre immédiatement sa garnison en Bretagne. De là, il est envoyé à La Rochelle en 1783 pour participer à la construction du nouvel arsenal.

Et c’est à La Rochelle, justement, qu’il fait la connaissance de Marie-Soulange Duperré, sa future femme. Elle a 24 ans, il en a 42. Il la séduit au point de lui faire un enfant et l’épouse en 1786. En 1788, il quitte l’armée et entre au service du duc d’Orléans, meilleur moyen d’améliorer sa condition. Marie-Soulange sera le grand amour de sa vie et lui donnera deux autres enfants. Pour ce que l’on en connaît, Choderlos de Laclos ne ressemble en rien au personnage masculin principal des Liaisons, le libertin vicomte de Valmont. Sa vie sentimentale se limite à son épouse, à qui il semble avoir été fidèle. Ses lettres à sa famille, conservées et aujourd’hui parues dans le volume de la Pléiade (Gallimard) qui lui est consacré, nous le montrent même amoureux de son épouse et père attentionné jusqu’à la fin de sa vie.

Éclate enfin la Révolution, l’occasion pour lui d’entrer plus avant dans le monde politique. Il s’engage dans la Ligue des aristocrates, un groupuscule de petits nobles qui sera interdit par Robespierre et, dès le début, y mène des intrigues en faveur de son maître, le duc d’Orléans. Après 1790, il se rallie à l’idée républicaine et quitte le duc pour un poste de commissaire au ministère de la Guerre, où il a la charge de réorganiser les troupes de la jeune République. Grâce à ses activités, il est chargé de l’organisation du camp de Châlons, en septembre 1792, et prépare de façon décisive la victoire de la bataille de Valmy. Trahi par son passé orléaniste, il est emprisonné à la prison de Picpus mais libéré sous la Convention thermidorienne. De retour au service de la République, il met alors au point, lors d’expériences balistiques, un « boulet creux » chargé de poudre qui deviendra l’obus. Finalement, il fait la connaissance du jeune général Napoléon Bonaparte, artilleur comme lui, et se rallie aux idées bonapartistes. Le 16 janvier 1800, il est réintégré comme général de brigade d’artillerie et affecté à l’armée du Rhin, où il reçoit le baptême du feu à la bataille de Biberach. Affecté au commandement de la réserve d’artillerie de l’armée d’Italie, il meurt le 5 septembre 1803 à Tarente, non pas lors d’un affrontement, mais affaibli par la dysenterie et la malaria. Il est enterré sur place. Au retour des Bourbons, en 1815, sa tombe est violée et détruite. Les Liaisons dangereuses sont les seules pages de lui qui soient passées à la postérité. Elles n’ont pas de rapport avec sa vie de militaire et peu avec sa vie d’homme. La marquise de Merteuil est, comme souvent dans les romans, une agrégation d’observations et « de Laclos à Valmont, la distance est celle qui sépare l’être vivant du personnage », explique René Pomeau. Une distance qu’il n’appartient qu’aux littérateurs de commenter. Reste une évidence, Choderlos de Laclos, pour homme des Lumières qu’il fut, n’a jamais été un « libre penseur » révolutionnaire, comme son roman, dit libertin, inviterait à le faire croire.

Jérôme-Alexandre Nielsberg

jeudi, novembre 05, 2009

sur les traces de l’armateur négrier Guillaume Grou

GROU Bouteillerie

mercredi, novembre 04, 2009

ACHILLE RENE-BOISNEUF (1873-1927) ! l’hommage de son arrière petite fille


Né le 9 novembre 1873 à Gosier (Guadeloupe), Achille René-Boisneuf est le fils naturel de Hyacinthe Boisneuf ex-esclave émancipé en 1848 et d’Amanda Mathurine René mulâtresse.

Il hérite d’un important patrimoine foncier de son père Hyacinthe. Il s’illustre par de brillantes études secondaires au Lycée Carnot de Pointe-A-Pitre où il obtient son baccalauréat. Puis naît son goût pour la politique dans laquelle il se lance à la fin du siècle en participant au « Comité de la jeunesse républicaine » fondé en 1891 par Hégésippe Légitimus.

En 1899, au congrès socialiste du Moule, il rompt avec le parti politique d’Hégésippe Légitimus. Rupture qui va s’accentuer lorsque Légitimus inaugure la politique d’entente avec les usiniers sous la bannière de « L’Entente Capital-Travail ».

En 1900, il devient conseiller municipal de Pointe-à-Pitre puis en 1901, il est élu Conseiller Général.

Il crée ensuite « l’Union Républicaine » et connaît beaucoup de démêlés avec le parti politique d’Hégésippe Légitimus.

Il quitte le parti socialiste et fonde le parti démocratique.

Achille René-Boisneuf va s’opposer violemment au sein de cette assemblée, à une telle politique qu’il considère comme contraire aux intérêts des travailleurs.

Il s’en suivra une longue période d’affrontement entre ces deux hommes politiques. Opposition ponctuée du saccage des presses d’Achille René-Boisneuf «Le Libéral» (fondé en 1904) et le journal «La Vérité» dont les bureaux furent saccagés en 1906 par des partisans de Légitimus.

La riposte d’Achille est sanglante, il tue deux hommes de Légitimus. En créant «l’Union Républicaine», il rencontre des problèmes avec la justice et met à profit ces trois ans d’exil en France pour obtenir une licence de droit le 3 juillet 1909.

Avocat au barreau de Pointe-à-Pitre à 37 ans, il soutient les manifestations ouvrières. Il est élu :

*

Maire de Pointe-à-Pitre le 4 juin 1911 ;
*

Président du conseil général de la Guadeloupe de 1913 à 1922 ;
*

Député de la Guadeloupe en 1914 et 1919.

A partir de 1922 débute la «descente aux enfers», il perd tour à tour tous ses postes électoraux et se débat dans de graves démêlés judiciaires.

L’opposition acharnée de son ancien compagnon de lutte, Gratien Candace, provoque un sérieux affaiblissement du «boisneufisme» en Guadeloupe. A 54 ans, usé par une vie de lutte, Achille René-Boisneuf s’éteint le 29 décembre 1927, à Pointe-A-Pitre….. (Appartenance franc-maçonnique : Les disciples d’Hiram).

Le 16/06/2004, la médiathèque Achille RENE-BOISNEUF ouvre ses portes, dressée fièrement sur ses colonnades, elle date de 1874…. Cette ancienne mairie de Pointe-A-Pitre revit par la culture, toute de bois vêtue en attendant sagement que l’on vienne «dévorer la culture de ses entrailles»….

Pages dédiées à la Mémoire de mon Arrière Grand-père, Achille RENE-BOISNEUF. Que son nom demeure gravé à tout jamais dans l’histoire de la Guadeloupe, Et au-delà…..

Antonella RENE-BOISNEUF.

Le 30 Janvier 2009.

jeudi, octobre 08, 2009

Le refus de l’esclavitude

À partir de l'étude des livres de comptes, des carnets de bord des négriers et de nombreux travaux de recherche, Alain Anselin livre ici un travail méthodique et inédit sur les résistances africaines à l'esclavage.

Extrait :

"Le Capitaine du Notre Dame de Bonne Garde, un bateau négrier destiné à approvisionner en bras serviles la Martinique, consigne dans son Journal de Bord le récit d'une révolte lancée en face des côtes du Dahomey par des ''Nègres qui s'étaient déferrés pour se tirer de l'esclavitude et ne se trouvant pas contents de se tirer eux-mêmes, voulaient suborner les autres".

L’auteur explique: ''Nous avons gardé pour titre de cette étude ce mot, parce que ce petit livre n’est rien d’autre qu’un hommage au Refus de l’Esclavitude qui a animé, à bord comme à terre, pendant plus de trois siècles, toutes les rebellions de dizaines de milliers de captifs africains destinés à l’esclavage de la plantation américaine et caribéenne''.

A partir d'un travail de documentation impressionnant, Alain Anselin lève le voile sur un pan méconnu et peu mis en valeur de l'histoire de la traite.

Loin des idées reçues sur les bénéfices que les Africains auraient eux-mêmes tiré du commerce triangulaire, on découvre plutôt comment ils ont d'abord livré des combats acharnés contre les négriers, préférant souvent la mort à la déportation. Avec ce livre, l'auteur démonte la manipulation historique visant à rendre les Africains largement responsables du sort que les négriers ont infligé aux esclaves dans les Amériques et les Caraïbes. Cette relecture des événements historiques permet de comprendre
pourquoi l'héroïsme des résistants africains à l'esclavage a été très fortement occulté. Un ouvrage de référence sur le sujet.

*Alain Anselin enseigne l'égyptien ancien en Sciences du langage à l'Université des Antilles Guyane. Fondateur des Cahiers Caribéens d'Égyptologie, il est également anthropologue.

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