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vendredi, mai 07, 2021

Napoléon Bonaparte interdit le sol français aux Noirs

 


Le 2 juillet 1802, Napoléon Bonaparte interdit le sol français aux Noirs, gens de couleur...

Bulletin des Lois, 3e sér., t. 6, no 219, p. 815-816 (no 2 001). Source
Gallica BnF

mercredi, juillet 01, 2020

Esclavagisme en Afrique


Je me fais allumer de tous côtés parce que j'ai osé indiquer que la reine Njinga du Ndogo et Matamba avait abandonné aux Portugais l'esclave lui ayant servi de siège lors de son ambassade auprès du vice-roi du Portugal.

On m'invite à prendre des cours de linguistique subsaharienne pour vérifier que la notion d'esclavage n'existe pas dans les langues de cette région du monde. Il faudrait en conclure que, quels que soient les traitements infligés aux personnes, quelle que soit la perception des victimes elles-mêmes, l'esclavage serait étranger au corpus un peu flou qui, dans la bouche d'un grand nombre, porte le nom de "culture africaine". Au singulier.

Tout cela n'a qu'un objectif, et il est aussi clair que navrant: enfermer les Européens (et les Arabes quand on en a l'audace) dans une ontologie criminelle à laquelle les Subsahariens, créatures rendues divines par la mélanine, auraient échappé.

Oui, certaines langues subsahariennes n'emploient qu'un seul et même mot pour dire "esclave" ou "serviteur". Cependant, d'autres utilisent bien des vocables distincts.

Au-delà de toute rhétorique, au-delà des questions de sémantique et de traduction, la chose devrait se définir selon les traitements infligés aux personnes.

Lorsque l'on peut vous acheter et vous vendre, vous déposséder de votre nom et de votre langue initiale (ce fut notamment le cas sur la côte du Cameroun), faire de vous une bête de somme, ne pas rétribuer votre travail, vous violer à toute heure du jour ou de la nuit, vous infliger toutes sortes de sévices, etc., vous êtes un esclave. Que l'on ait l'hypocrisie de dire "serviteur" est une plaisanterie de mauvais goût.

Lorsque vous êtes prétendument intégré à la communauté qui vous a acquis mais que, de génération en génération, un lieu précis est destiné à votre habitat afin que vous ne soyez pas confondu avec les autres et connaissiez toujours votre place, vous êtes un esclave.

Lorsque votre talent vous permet de vous enrichir - d'abord pour le compte de votre possesseur - mais pas de régner, vous restez un esclave aux yeux du groupe, et quels que soient vos mérites.

Lorsque l'on peut, quel que soit votre niveau d'études, l'importance de votre fortune, votre générosité à l'égard de la communauté, vous rappeler que vos grands-parents avaient été achetés, vous demeurez un esclave dans le regard des vôtres.

Nous pouvons en débattre à l'envi, les faits sont là. Et, pour être honnête, je m'intéresse peu à ce problème d'image (que vont penser les autres) qui empêche de dire la vérité et, surtout, de se tenir du côté de ceux qui, encore aujourd'hui, se battent pour être traités comme des êtres humains.

Je vous propose cette vidéo de manifestants Soninkés à Paris l'année dernière. Allez leur dire qu'ils comprennent mal leur langue et sont en réalité des serviteurs ou des serfs...

Ils ne sont pas les seuls à subir et à dénoncer ces pratiques anciennes. Simplement, ils ont le courage de le dire au grand jour. Ils ont tout mon soutien. Et le vôtre?

Si l'esclavage coutumier n'est pas comparable à l'esclavage colonial - massif, quasiment industrialisé et surtout racialisé -, il demeure un esclavage. Et beaucoup de nos sociétés connaissent cela à l'heure où nous parlons.

Il est incompréhensible que l'on ne pense se défendre que par le mensonge, qu'il semble impossible de condamner toutes les formes d'esclavage, tout simplement parce que l'on voudrait faire endosser à d'autres toutes les ombres de l'humanité.

Je crois à une seule espèce humaine, affligée en tout lieu par les mêmes travers, souvent pour les mêmes raisons.

L'humanité, c'est aussi le crime et l'abjection. Les sociétés de notre continent, si elles sont bien les premières, ont nécessairement créé les premières civilisations. Et ces civilisations des origines ont forcément vu la commission des premiers crimes. Parce que nous sommes des humains.

Léonora Miano

 Esclavagisme soninké

Reine et guerrière, Aqualtune est l'un des principaux noms de la résistance afro-brésilienne contre l'esclavage et le racisme.




L'histoire d'Aqualtune est unique dans la mémoire afro-brésilienne. Sa vie a commencé sur le continent africain, au Congo, au XVIe siècle. Elle était une princesse, fille du Mani-Kongo, et jouissait d’un grand respect.

Aqualtune est déportée au Brésil après avoir vu son père et son royaume vaincus lors de la bataille d'Ambuíla, contre les forces angolaises et portugaises pour le contrôle du territoire de Dembos, qui séparait l'Angola et le Congo.

Les historiens affirment que durant ces affrontements, Aqualtune prit la tête d’un groupe de 10 000 personnes lors d'une invasion de son royaume. Cependant, la résistance ne put arrêter les forces angolaises et portugaises.

À la fin de la guerre, son père fut décapité et elle, capturée par les Portugais. Aqualtune et ses compatriotes furent vendus à des esclavagistes brésiliens. Pour la mater, on en fit une esclave reproductrice et Aqualtune fut violée à plusieurs reprises.
Cependant, sa force ne fut pas annihilée. Lorsqu’elle eut vent de la résistance noire au Brésil, qui se déroulait dans les quilombos, Aqualtune ne perdit pas de temps. Avec d'autres esclaves, elle se battit, reprit sa liberté et quitta la ferme où elle avait été esclavisée.

Au Brésil comme jadis dans son pays natal, la renommée d'Aqualtune parmi la population noire fut vite importante. Son passé et sa royauté étaient assez importants pour qu’à Palmarès, elle prenne rapidement une position de leader. Aqualtune dirigea donc le plus grand et le plus célèbre quilombo de l'histoire brésilienne.

Au fil des ans, elle est devenue mère. Son fils et héritier fut Ganga Zumba. Et Zumbi do Palmares, le célèbre héros afro-brésilien, était son petit-fils.

La date de sa mort et la fin de sa vie sont incertaines. Certaines chroniques indiquent qu'elle perdit la vie au cours d'une attaque visant à détruire par le feu le Quilombo dos Palmares, D'autres affirment qu'elle se serait enfuie et aurait vécu ses derniers jours en paix au sein d’une autre communauté.

Peu mentionnée dans les programmes scolaires du brésiliens, Aqualtune fut une figure importante de la résistance afro-brésilienne à l'époque coloniale. Elle incarne le leadership et la résistance au système esclavagiste.


Il faudra en chercher d’autres pour compléter les recherches. On voudrait en savoir davantage. Le concours des historiens serait précieux pour nous dire plus précisément quel était, en cette fin du XVIème siècle où Aqualtune fut déportée, quel était l'agresseur voisin, allié aux Portugais, que les auteurs brésiliens nomment "Angola".

Léonora Miano

jeudi, octobre 31, 2019

Sur la carte postale : Tambours et danses mandingues (malinké) au début du XXè siècle


Les archives françaises d'outre mer mentionnent la présence de Mandingues dans les colonies antillaises, suite à leur déportation outre Atlantique pour y être mis en esclavage.

Par exemple, dans son étude, Bernard DAVID rapporte que "le registre (paroissial tenu pour les esclaves) du Carbet (Martinique) est exceptionnellement riche en indications sur la "nation" des Africains introduits ; il nous donne des renseignements sur 246 des 399 baptisés de 1812 à 1831". Les Calvaires : 38; les Caplahou : 47; les Ibos : 73; les Congos : 46; les Mandingues : 15; etc. voir son article dans les Annales des Antilles, n°20, 1977, p.101
voire aussi l'article de Guillaume DURAND page 253 :
https://www.persee.fr/doc/onoma_0755-7752_2002_num_39_1_1431

Pour certains d'entre ces Africain.e.s affranchi.e.s en 1848, il est possible de recouper la "nation" d'origine par le croisement des archives, quand cette information n'est pas livrée directement par un acte.
https://www.amazon.fr/dp/2956833405

mercredi, juillet 17, 2019

Arrêté du général Richepance restreignant le titre de citoyens aux seuls Blancs. Basse¬Terre, 17 juillet 1802.

Vue de Basse-Terre en 1810 par Joseph Coussin (ADG)

Considérant que, par l'effet de la Révolution et d'une guerre extraordinaire, il s'est introduit, dans les noms et les choses de ce pays, des abus subversifs de la sûreté et de la prospérité d'une colonie; 

Considérant que les colonies ne sont autre chose que des établissements formés par les Européens, qui y ont amené des Noirs comme les seuls individus propres à l'exploitation de ces pays; qu'entre ces deux classes fondamentales des colons et de leurs Noirs, se sont formés des races de sang mêlé, toujours distinctes des Blancs qui ont formé les établissements; 

Considérant que ceux-ci seuls sont les indigènes de la nation française et doivent en exercer les prérogatives ; 

Considérant que les bienfaits accordés par la mère patrie, en atténuant les principes essentiels de ces établissements, n'ont servi qu'à dénaturer tous les éléments de leur existence et à amener progressivement cette conspiration générale qui a éclaté dans cette colonie contre les Blancs et les troupes envoyées sous les ordres du général par le gouvernement consulaire; tandis que les autres colonies, soumises à un régime domestique et paternel, offrent le tableau de l'aisance de toutes les classes d'hommes, en contraste avec le vagabondage, la paresse, la misère et tous les maux qui ont accablé cette colonie et particulièrement les Noirs livrés à eux-mêmes : en sorte que la justice nationale et l'humanité commandent, autant que la politique, le retour des vrais principes sur lesquels reposent la sécurité et le succès des établissements formés par les Français en cette colonie, en même temps que le Gouvernement proscrira avec ardeur les abus et les excès qui étaient manifestés anciennement et qui pourraient se remontrer encore, 
Arrête ce qui suit: 
Art. 1er. Jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné, le titre de citoyen français ne sera porté, dans l'étendue de cette colonie et dépendances, que par les Blancs. Aucun autre individu ne pourra prendre ce titre, ni exercer les fonctions ou emplois qui y sont attachés. Les Blancs seuls qui auront été inscrits dans la garde nationale, depuis l'âge de 15 ans jusqu'à 55, auront le droit d'en porter l'uniforme et d'avoir des armes à leur usage. 
Ceux des Blancs qui n'y seraient pas inscrits ne pourront jouir du même droit, et seront dénoncés en cas de contravention, pour être statué à leur égard ce qu'il appartiendra par le général en chef. 
Art. 2. Tous autres individus que des Blancs, qui n'auront pas vendu ou disposé de leurs armes en faveur des citoyens inscrits dans la garde nationale dans le terme de cinq jours de la publication du présent, seront tenus d'en faire le dépôt, savoir: dans les villes, chez le commandant de la place, et dans les autres communes, chez les commissaires du gouvernement qui en feront, les uns et les autres, l'enregistrement, dont le double sera envoyé au général en chef. 

Après ce terme, il sera fait des recherches et visites domiciliaires; et tous ceux qui seraient convaincus d'avoir gardé, soustrait ou recelé des armes, en quelque lieu que ce soit, seront traduits par devant la commission militaire, pour être jugés comme complices de rébellion. 

Art. 3. Toutes les fonctions des municipalités sont suspendues et seront concentrées dans les commissaires du gouvernement de chaque commune, sous la surveillance générale du commissaire supérieur.

Art. 4. Tous les hommes de couleur et noirs qui ne seront pas porteurs d'un acte légal d'affranchissement de tout service particulier, sont obligés, dans les 24 heures pour les villes, et dans les cinq jours pour les bourgs et campagnes, de sortir des communes où ils peuvent se trouver, pour retourner aux propriétés dont ils dépendaient avant la guerre, excepté ceux qui auront servi honorablement dans l'armée de ligne, et sur le sort desquels le général en chef aura à prononcer, d'après le rapport du commissaire supérieur. 

La disposition du présent article est générale et aura son effet nonobstant tous arrêtés, règlements, ordres ou autorisations à ce contraires, si ce n'est le cas de l'article 6e ci-après. 

Art. 5. À cet effet, il leur sera expédié des congés par les commissaires du gouvernement qui leur assigneront la voie par laquelle ils se rendront aux dites propriétés, où le général en chef leur accorde grâce, quel que puisse avoir été le motif de leur absence. 

Art. 6. Sont cependant maintenus jusqu'à la fin du bail tous ceux qui ont été loués avec les domaines dits nationaux, et auxquels ils sont censés appartenir jusqu'à résiliation ou fin du bail.

Art. 7. Tous ceux qui ne se trouveront point rendus sur les propriétés ou au service dont ils dépendent, ainsi qu'il est dit ci-dessus, dans les cinq jours de la publication du présent, seront considérés comme complices de rébellion. 
À l'expiration de ce terme, les autorités civiles et militaires en feront faire les perquisitions et poursuites les plus vigoureuses ; en cas de résistance ou de fuite, ils pourront être arrêtés, morts ou vifs; ceux dont on s'emparera après le délai de grâce, s'ils sont prévenus de quelques actes directs de rébellion, seront traduits à la commission militaire, sinon, seront détenus à la geôle jusqu'à réclamation du maître, appuyée de l'autorisation du commissaire du gouvernement du lieu où ils sont incarcérés, et subiront en y entrant la peine correctionnelle qui sera infligée par ledit commissaire. 

Art. 8. Tous individus dont les propriétés respectives desquelles ils dépendaient avant la guerre sont hors de la colonie, seront tenus, et sous les mêmes peines prononcées dans l'article 7, de se présenter aussi dans les 24 heures au commissaire du gouvernement de la commune où ils peuvent se trouver, pour être réunis au dépôt fixé dans la ville de Basse- Terre, et être distribués ainsi que le jugera à propos le général en chef, d'après le rapport du commissaire supérieur. 

Art. 9. Tous individus venus depuis la reprise du pays sur les Anglais, et qui seraient porteurs d'un acte légal d'affranchissement, seront tenus de se présenter dans les cinq jours de la publication du présent au commissaire du gouvernement pour se faire délivrer un congé à l'effet de retourner dans le pays qu'ils habitaient ou partout ailleurs, la paix ayant rendu les communications et les résidences libres dans toutes les dépendances de la République. Les délinquants seront poursuivis et incarcérés pour être remis à la disposition du général en chef. 

Art. 10. Ceux qui favoriseraient les contrevenants aux différentes dispositions établies ci-dessus, en leur fournissant un asile ou quelque assistance que ce soit, seront sujets aux mêmes peines qu'eux; et si ce sont des Blancs, ils seront arrêtés et envoyés sous bonne escorte au général en chef qui prononcera telle amende qu'il appartiendra et renverra _la commission militaire s'il y a lieu à longue détention ou à des peines plus fortes suivant gravité du délit, surtout s'il y a complicité des brigands, sans préjudice des indemnités ~n faveur des propriétaires, comme il va être déclaré à l'égard des divagants. 

Art. 11. À l'avenir, tout divagant au-dessus de l'âge de 14 ans sera puni pour la première fois d'un an de chaîne et de la discipline correctionnelle sur la propriété à laquelle est attaché ; à la seconde fois, il sera puni de cinq ans de chaîne outre la discipline correctionnelle, et en cas de récidive, il sera livré à la commission militaire ou au tribunal spécialement établi à cet effet, qui lui appliquera les peines décernées contre les brigands et les voleurs publics. Dans tous les cas, le divagant qui sera rencontré avec des armes sera jugé d'après ces dernières dispositions.

Art. 12. Chaque habitant a la police particulière de son habitation, et peut infliger les peines spécifiées dans l'article précédent, ainsi que la punition du cachot, sous la surveillance du commissaire du gouvernement, qui est tenu de réprimer, dénoncer et poursuivre sous sa responsabilité tous abus et excès qui pourraient être commis de la part d'aucun habitant ; cette disposition est spécialement confiée au zèle et à la justice du commissaire supérieur. 
Art. 13. Les maîtres seront tenus de déclarer leurs divagants dans les 24 heures de leur absence au commissaire du gouvernement qui recevra lesdites déclarations sur un registre particulier; sous peine, contre l'habitant qui négligera de faire sa déclaration, d'être déchu de toute indemnité qui sera acquise au profit du trésor, et même de ses droits sur ledit individu si ce dernier est arrêté après 10 jours d'absence sans avoir été déclaré. 

Art. 14. Tout citoyen dans les villes, bourgs et dans la campagne qui, au mépris du présent arrêté, continuerait à garder, ou à l'avenir se trouverait avoir, travaillant au profit dudit citoyen, sur ses propriétés ou à son service, un ou plusieurs individus qui n'en dépendent point, sans la permission expresse du véritable propriétaire, ou sans la permission du commissaire du gouvernement de la commune où il réside, qui aurait reconnu son état d'affranchissement, sera réputé receleur de divagants. 

Art. 15. Tout receleur ou fauteur de la divagation sera condamné, par le fait même, à payer, dans les 24 heures, à la diligence du commissaire du gouvernement de la résidence où le fait aura lieu, une amende de 200 gourdes pour chacun des divagants désignés dans l'article 14 ; et si ce qu'il possède ne peut suffire au payement de l'amende, il sera puni d'un an de détention. L'amende, pour la seconde fois, sera de 400 gourdes par divagant, sans préjudice et en outre d'un an de détention; au cas où il serait insolvable, il sera banni de la colonie pour 10 ans. Enfin, pour la troisième fois, ses biens seront confisqués, et il sera banni à perpétuité. 

Dans tous les cas, il sera prélevé, sur lesdites peines pécuniaires, l'indemnité due au maître du divagant, à raison d'une gourde par jour, depuis la date de la déclaration qui en aura été faite au désir de l'article 13. 
Art. 16. Tout individu noir ou de couleur, attaché à quelque propriété, qui sera complice ou fauteur de la divagation, subira les mêmes peines que celles prononcées contre les divagants. 

Art. 17. Tous propriétaires, locataires et autres particuliers dans les villes comme dans les bourgs et campagnes sont tenus, sous les mêmes peines que les receleurs de divagants, de déclarer dans les 10 jours de la déclaration du présent au commissaire du gouvernement de leur résidence, tous les noirs nouveaux provenant des prises faites pendant la guerre et qui ont été mis ou sont parvenus en leur possession, présents ou non, pour en être dressé par lesdits commissaires un état nominatif qu'ils adresseront au commissaire supérieur chargé d'en faire le rapport au général en chef, qui prendra telle mesure qu'il jugera convenable ; ledit état fera mention de l'habitation où est placé l'individu dont il s'agit, du propriétaire ou locataire au service de qui il est, et de toutes les circonstances ou observations qui seront déclarées ou connues sur ledit individu. 

L'individu de cette classe qui sera trouvé divaguant, à moins qu'il ne soit dans l'exception de l'article 6, sera réputé épave et envoyé de suite au commissaire du gouvernement à la Basse-Terre qui le fera mettre au dépôt général de la geôle de ladite ville, en en donnant avis au commissaire supérieur qui en fera son rapport comme ci-dessus. 

Art. 18. Pour réprimer les abus et infidélités qui existaient dans l'imposition du quart alloué aux cultivateurs sur les revenus en y substituant un ordre de choses plus conforme à l'humanité, à dater du 20 thermidor [8 août] prochain exclusivement, le payement du quart est aboli. Tous les comptes seront néanmoins réglés et arrêtés jusqu'à cette époque par les commissaires du gouvernement, qui seront tenus d'en envoyer le tableau dans le mois au commissaire supérieur en faisant mention du payement, pour qu'au cas contraire il soit pris par le général en chef telles mesures qu'il appartiendra, excepté pour les habitations qui ont pu être incendiées en tout ou en partie dans les derniers événements, lesquelles en sont pleinement déchargées. 
À dater du 20 thermidor [8 août] prochain inclusivement, le temps du travail des cultivateurs et autres individus attachés aux manufactures sera divisé par semaine; il y aura repos tous les dimanches. Le général en chef va s'occuper des moyens de rétablir l'exercice du culte dans toute la colonie, conformément à ce qui est établi en France. 

À dater de la même époque, les habitants seront obligés de nourrir et vêtir les individus attachés à leurs habitations, savoir: 
Pour le vêtement, deux rechanges par an en toile, au gré des maîtres; 
Pour la nourriture, à chacun des individus depuis l'âge de 10 ans et au-dessus, 2 livres de viande ou 3 livres de morue, 2 pots de farine manioque, ou l'équivalent en autres vivres, par chaque semaine, et la moitié des vivres seulement à tous les enfants, depuis qu'ils sont sevrés jusqu'à l'âge de 10 ans. 
Les habitants seront tenus d'entretenir dans tous les temps une certaine quantité -e plantations en vivres, qui ne pourra être au-dessous de 5 carrés par 50 têtes de Noirs vaillants. 

Ils seront également tenus d'avoir un hôpital particulier où seront soignés, nourris - médicamentés à leurs frais, les malades et infirmes, avec un officier de santé dans les unes où il y en a. 

Les dispositions du présent article sont spécialement recommandées à la surveillance et à l'humanité des commissaires du gouvernement, sous l'inspection particulière du commissaire supérieur.

Art. 19. Les mesures prescrites par les arrêtés précédents du général en chef sont maintenues en tout ce qui n'est point contraire au présent, qui sera imprimé, lu, publié, enregistré et affiché, partout où besoin sera. 
Ordonne à tous les officiers civils, militaires, tribunaux, notaires, el chacun en ce qui les concerne, d'avoir à s'y conformer. 

Fait au quartier général, à la Basse-Terre (Guadeloupe), le 28 messidor de l' l'an X [17 juillet 1802] de la République française. 
RICHEPANCE.

Source: document cité intégralement dans La Revue coloniale, 1844. 
28 messidor an 10 [17 juillet 1802] 


jeudi, mai 31, 2018

Quand la guerre des mémoires éradique l'Histoire


"Monsieur, voici la position du Comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage que je préside sur la question de Colbert."


Nous sommes concernés par les prises de position récentes autour de la demande de débaptiser les lieux publics du nom de Colbert, à partir d'un argumentaire qui met l'accent sur le fait que le nom de Colbert est lié à deux piliers du système esclavagiste colonial de l'Ancien Régime, le Code noir. Pour la théorie, et les Compagnies de commerce pour la pratique. Cette demande est portée, notamment, dans une pétition dont les initiateurs principaux sont Louis-Georges Tin, du CRAN, et Louis-Sala Molins.

Nous ne sommes pas favorables à cette demande, sur le fond et sur la forme.

Des faits discutables.

Relevons quelques erreurs et incohérences dans l'argumentaire. L'Edit sur la police des esclaves, ultérieurement vulgarisé sous le nom de Code Noir, qui porte le nom de Colbert, date de mars 1685. Or, Jean-Baptiste Colbert, celui qui est célébré au fronton des bâtiments publics, est mort deux ans plus tôt, en 1683. Le Colbert de l'Edit est son fils, Colbert de Seignelay.

En revanche, Jean-Baptiste Colbert est bien celui qui a restructuré la Compagnie des Indes, en regroupant toutes les compagnies antérieures en deux secteurs géographiques, Orient et Occident.

Réformateur, et non fondateur, puisque toutes les compagnies pratiquant le commerce colonial, et notamment la traite des esclaves, existaient bien avant qu'il n'occupe le ministère du Commerce.

Enfin, il est surprenant de s'offusquer de la contradiction entre le nom de Colbert et la devise républicaine « Liberté, Egalité, Fraternité », puisqu'il existe un décalage de plus d'un siècle entre les deux. La Révolution française, en célébrant Vauban, Turenne, ou Jean Bart, grands serviteurs de la monarchie, n'a pas manifesté une telle passion éradicatrice.

Il faut être attentifs aux contextes croisés.

Il faut élargir le propos. Le problème réside dans la confrontation entre deux mises en contexte. Si la tâche primordiale de l'historien est la contextualisation, celle-ci présente une double dimension, savoir replacer un acteur dans son époque, et tenir compte de la demande actuelle de fractions de nos concitoyens qui s'estiment légitimement victimes d'une action entreprise dans un passé révolu. En l'occurrence, reconnaître chez Colbert à la fois la volonté de rationaliser un mode de production esclavagiste qui n'était guère contesté à son époque, et le souci du service public ; et admettre que les esclaves et leurs descendants sont les victimes d'un crime contre l'humanité, pour lequel l'Etat monarchique porte une lourde part de responsabilité.

Oublier ou déformer le passé conduit à une impasse tragique.

La façon de régler un problème d'éducation et d'intégration est-il d'effacer les traces laissées par l'Histoire dans notre patrimoine commun ? Nous répondons par la négative. L'abbé Grégoire en son temps, franc républicain et ami des Noirs, avait fermement condamné le vandalisme qui consiste à détruire les traces symboliques du passé monarchique et féodal. Le même problème se pose aux Etats-Unis avec les statues des généraux sudistes, en Europe de l'Est avec les nombreuses empreintes du régime totalitaire.

Condamner le passé à l'oubli, outre le risque de le revivre, témoigne d'une conception héroïque de l'Histoire. Un personnage public n'est pas monolithique, prisonnier pour la postérité d'une seule action, enfermé dans une image univoque. Il est complexe et contradictoire, comme le réel. Sortons de cette vision manichéenne, qui oppose tout d'un bloc les héros et les salauds. Substituer des figures héroïques à d'autres qui auraient failli ne changera rien au problème, car nous savons bien que Toussaint-Louverture, ou Louis Delgrès, portaient aussi les contradictions de leur temps et de leur condition. Décapiter la statue de Joséphine relève de la magie, et non de la pédagogie.

Alors, que faire ?

Essayons de manier la plume, plutôt que de brandir les ciseaux ou le burin. Nous préconisons une pédagogie plurielle et collective. L'enseignement de l'Histoire est certes central dans la construction d'un récit critique commun ; mais il faut beaucoup de temps et de patience pour retisser une trame rompue, et pour combattre les mythologies et les approximations véhiculées par la désinformation en réseaux. Les collectivités publiques peuvent contribuer à répandre les informations historiques indispensables au moyen de panneaux explicatifs, ou de brochures, à l'abord des monuments publics, ou bien aider les musées et les archives à organiser des expositions, des conférences pour le grand public.


Frédéric Régent 

mardi, mai 15, 2018

XVIIe siècle : la traite des Irlandais, esclaves blancs, vers les plantations des West Indies



Il faut remonter au début du XVIIe siècle avec la bataille de Kinsale, puis à Cromwell qui débarque en Irlande en 1649 et perpètre un véritable massacre, pour découvrir une politique d’exil et la traite des Irlandais, d’abord vers le fleuve Amazone puis vers les Antilles , à Antigua, Montserrat, puis la Guyane, la Virginie, la Caroline du Nord, la Géorgie et la Nouvelle-Angleterre. 

Au XVIIe siècle, les troupes de Cromwell ont conquis l’Irlande et pris Drogheda le 11 septembre 1649. Dix mille habitants ont été massacrés. Plus de cent mille hommes, femmes et enfants ont été déportés. Leur crime : être de confession catholique. 30.000 prisonniers militaires, puis 100.000 Irlandais, beaucoup de femmes et d’enfants, seront vendus comme esclaves. 

Le mot ici est à prendre dans sa définition absolue. La monarchie anglaise projette sur l’Irlandais une haine ancestrale, jusqu’à détruire l’aspect social, culturel et religieux de ce pays. On peut parler ouvertement de génocide. 

La Reine Elizabeth Ière, James II, Charles Cromwell ont commis, sous la bannière de Dieu, des horreurs que l’histoire civilisée ne peut oublier. Déportation, colonisation, éradication, la proclamation de 1625 initialise le bannissement outre-mer des prisonniers politiques, vendus comme travailleurs des plantations, autrement dit, comme esclaves. Mais indigents, prisonniers, déserteurs, sans domicile, orphelins, fermiers révoltés, prêtres, professeurs vont suivre. Tout est prétexte à la déportation car la main d’œuvre, là-bas, est nécessaire. 

Le constat est effrayant, la population irlandaise de l’île est réduite alors de moitié en dix ans. L’Angleterre va exploiter ce filon et cette matière première, de traités en accords, de rebellions sanglantes en révoltes brutales, pendant des décennies.Une infime minorité survivra aux douze semaines que nécessite la traversée de l’Atlantique. 

En septembre 1655, Cromwell exige que mille cinq cent jeunes Irlandais de douze à quatorze ans soient envoyés en Jamaïque et dans les Antilles anglaises pour compenser la mortalité des esclaves blancs. Ce plan est adopté par le Conseil d’Etat. Selon "The Curse of Cromwell : A History of the Ironside Conquest of Ireland", les prêtres irlandais sont systématiquement déportés en Amérique avec des vieillards de plus de quatre-vingts ans. 

Le 25 mars 1659, la mise en esclavage de prisonniers politiques blancs est débattue au parlement anglais. Sa pratique s’intensifie après le 16 avril 1746, quand les fantassins du Scottish Highland, Français et Irlandais combattant de l’armée jacobite, perdent la bataille de Culloden. Ils sont déportés à la Barbade à partir des ports de Londres, Plymouth, Southampton, Douvres, Aberdeen. En Angleterre, les protestants les plus démunis sont également victimes de Cromwell qui en février 1656 a ordonné de déporter mille deux cent Anglaises. Deux mille autres les rejoindront le mois suivant. La même année Cromwell fait déporter en Jamaïque tous les Ecossais sans habitation.

On ne peut occulter le rôle actif et déterminant de Cromwell dans l’esclavage sans parler de son appartenance à la franc-maçonnerie primitive, celle qui commence avant Anderson et Desaguliers. Niée par les historiens officiels, cette origine de la franc-maçonnerie n’est jamais relatée...

Source : La traite des esclaves irlandais - Les esclaves "Blancs" oubliés
Les esclaves que l'histoire a convenu d'oublier

par John Martin -2008-

mercredi, décembre 20, 2017

La Compagnie danoise des Indes occidentales et de Guinée


La Compagnie danoise des Indes occidentales et de Guinée s'établit sur l'île de Saint-Thomas en 1672, s'étendant jusqu'à l'île Saint-John en 1683 (une annexion conflictuelle avec le Royaume-Uni jusqu'en 1718), et racheta l'île de Sainte-Croix à la Compagnie française des Indes occidentales le 15 juin 1733. En 1754, les îles furent revendues au roi du Danemark, devenant des colonies royales danoises administrées par un gouverneur.


Pour exploiter les îles avec les plantations de canne à sucre, le royaume du Danemark, comme les autres puissances européennes introduit des esclaves en provenance d'Afrique dès 17631. Les dures conditions entrainèrent une révolte en 1733 très durement réprimée1.

Pendant les guerres napoléoniennes, les îles furent occupées par les Britanniques ; d'abord de mars 1801 jusqu'au 27 mars 1802, puis de décembre 1807 jusqu'au 20 novembre 1815 où elles furent rendues au Danemark.

La traite négrière dans les possessions danoises sera interdite en 1792, le Danemark étant le premier pays à l'interdire2 mais l'esclavage ne sera lui aboli sur les îles antillaises danoises qu'en 18481. L'économie des îles basées sur la culture de la canne à sucre périclite alors1, de nombreux colons quittent les îles et le royaume Danois se désintéresse alors de ses possessions antillaises.

Le 12 décembre 1916, les îles furent vendues contre 25 millions de dollars US aux États-Unis d'Amérique, intéressés par leur position stratégique proche du canal de Panama. L'administration danoise se termina officiellement le 31 mars 19173.

Avant 1917, les langues parlées étaient un créole français proche de celui de Sainte-Lucie, l'anglais et l'espagnol, mais le danois était peu parlé, et surtout utilisé dans l'administration, ou par des Danois. 

dimanche, novembre 26, 2017

En Libye on vend comme esclaves des jeunes africains


En Libye on vend comme esclaves des jeunes africains que la misère a jetés sur les routes .On fait semblant de découvrir l' esclavagisme en Afrique,un peu d'histoire pour rappeler que depuis 652 et même avant cela n'a jamais cessé.
Il est grand temps à ce que l’on ouvre une des pages des plus sombres et plus sanguinaire de l’histoire du monde arabo-musulman : Leur "génocide voilé"
Nous ne devons pas cacher certaines vérités. Les Arabes lors de leurs premières conquêtes en Afrique amenèrent avec eux beaucoup de malheurs. Dix-sept millions, oui 17 millions, d’Africains furent razziés, capturés, massacrés, castrés et déportés vers le monde arabe,et l Afrique du nord dont la Tunisie. Les musulmans tenaient à la fois le Coran d’une main et les couteaux aux nuques de l’autre.

La traite négrière en afrique par les arabes a débuté dès le VIIe siècle et plus exactement en 652 lorsque l’émir et général arabe Abdallah Ibn Saïd a imposé aux Soudanais et au roi nubien Khalidurat, un « bakht » (accord), les obligeant à livrer annuellement des centaines d’esclaves. L’article 5 de ce bakht stipule clairement que les nubiens doivent «livrer chaque année trois cent soixante esclaves des deux sexes, qui seront choisis parmi les meilleurs de votre pays et envoyés à l’imam des musulmans» ! 

Trouvant ce commerce très juteux les arabes poussèrent leurs razzias jusqu’aux confins de l’Afrique noire d’est en ouest et du nord au sud. De Zanzibar (actuelle Tanzanie au bord de l'océan indien) à l'empire du Ghana en passant par l'empire du Mali. 

Bien que l’asservissement des peuples noirs remonte à la nuit des temps pharaoniques, ce n’est hélas, qu’avec les arabes qu’il prend une «dimension industrielle» puisque c’est en 652 donc, que pour la première fois la traite négrière sera inventée et planifiée par les Arabes. 

On croyait que ce mal absolu qui a plongé pendant plus de treize siècles des millions de peuples noirs dans les ténèbres s’était « officiellement » arrêté au début du XXe siècle, avec une primeur pour la Tunisie du XIXe siècle qui a aboli en premier l’esclavage en 1846. Mais voila que les libyens retrouvent ces ignominieux réflexes et que de temps en temps, et cela dans un incroyable silence assourdissant des pays africains ,l ONU ,l Europe...Nous entendons qu’ici ou là, au Soudan, en Arabie ,Qatar ,Koweit .. et surtout en Mauritanie, que certains s’adonnent encore à ce rite moyenâgeux. 

Ces derniers auront ainsi ouvert en premier une longue période de tragédies faites d’humiliations, de sang et de morts et ils seront hélas, les derniers à la refermer soit disant officiellement au siècle dernier.

C'est en regardant l histoire en face que nous pourrons guérir de nos tares et intégrer enfin l'Histoire de l'Humanité qui se fait sans nous. Pardon à toutes nos sœurs et à tous nos frères africains. Nous aussi on est en colère !

dimanche, mai 21, 2017

Jardin-nègre, ça correspond à quoi ?


"Je vous avais dit ci-devant, parlant du grage, que le code noir avait interdit en 1685 la pratique des jardins que le maître donnait aux nègres, énumérant plutôt une liste d’aliments à fournir aux esclaves chaque semaine. Seulement constatant qu’en général les maîtres ne donnaient pas suffisamment à manger aux esclaves et voyant que de toute manière cette tradition du jardin-nègre sur l’Habitation avait fini par prendre aux yeux de ces derniers une importance considérable, le gouvernement royal du Roi-soleil avait généralisé cette mode plutôt que de continuer de l’interdire, d’autant qu’elle symbolisait en outre l’illusoire idée d’une perpétuation de la petite paysannerie africaine sous les tropiques. L’ordonnance du 17 octobre 1786 finit par rendre obligatoire l’existence de ce jardin. « Il sera distribué à chaque nègre ou négresse une petite portion de l’habitation pour être par eux cultivée à son profit, ainsi que bon leur semblera». Mais, s’entend, cela ne dédouanait pas le maître du devoir de nourrir ses différents ateliers d’esclaves.


Les nègres ont toujours été attachés à leur petit bout de terre comme à la prunelle de leurs yeux. Les propriétaires d’esclaves le comprirent bien vite et s’en servirent comme d’un outil de chantage, une espèce de soupape de sécurité, menaçant presque quotidiennement d’enlever le lopin de terre à ceux des esclaves qui n’étaient pas sages et obéissants. Et vu qu’à l’époque rien n’était plus dégradant que de se faire punir de la sorte, cela contribua de la tranquillité du maître.

Maintenant il y a une nouvelle évolution puisque la loi de 45 prévoit que chaque esclave devra disposer d’un jour dans la semaine pour travailler à son compte. Je déduis que cela réaffirme implicitement qu’il ait un jardin."

Josépha Luce

vendredi, février 03, 2017

Une nouvelle date contre la traite des humains décidée par le Pape François autour de Ste Bakhita



Une nouvelle date contre la traite des humains décidée par le Pape François autour de Ste Bakhita : le calendrier commémoratif s'agrandit, et se politise avec la date du 8 février.

Communiqué :

"Le 8 février, fête de Sainte Bakhita, a été déclarée par le Pape François « Première Journée internationale de prière et de sensibilisation contre la traite des êtres humains. »

Qui était Ste Josephine Bakhita ? Elle est née au Soudan en 1869, dans une famille aisée. Alors qu’elle n’avait que 9 ans, elle fut enlevée par des négriers : vendue à plusieurs reprises, elle connut les atrocités d’un esclavage qui laissa dans son corps jusqu’à 144 cicatrices des sévices subis. Elle a enduré aussi des violences sexuelles. Malgré ses souffrances, elle gardait une grande bonté. Elle est arrivée en Italie dans les mains d’un marchand qui l’a donnée à sa fille comme esclave domestique. C’est là que Bakhita a rencontré le Christ en croix à qui elle s’est sentie identifiée. Elle est baptisée sous le nom de Joséphine.


Lorsque sa maîtresse quitte l’école-internat où elle se trouve avec sa servante-esclave, Bakhita refuse de l’accompagner sous l’argument qu’elle est une «enfant de Dieu », donc libre… La famille porte l’affaire devant les tribunaux et avec l’aide des sœurs canossiennes elle gagne la liberté. Alors elle devient sœur canossienne jusqu’à sa mort survenue en 1947. Dans le délire de sa maladie elle criait : « Desserrez les chaînes… elles sont si lourdes !

« Selon l’ONU, plus de 21 millions de personnes de tout âge, genre et condition, mais surtout des pauvres, sont exploités physiquement, économiquement, sexuellement et psychologiquement et vivent dans une servitude inhumaine et humiliante. C’est l’esclavage moderne.

En France cette traite prend la forme d’exploitation sexuelle, d’incitation au vol ou à la mendicité, de service domestique forcé et de trafic d’organes. Ailleurs, il se présente de plus comme mariage forcé, enfants casseurs de pierres, cueilleurs de cacao, porteurs, enfants miniers, enfants soldats, en servitude pour dettes, travailleurs agricoles, etc.

Quelques données de ce grand péché caché de notre siècle qui est la traite humaine :
- Plus de 2 millions d’enfants sont vendus chaque année pour être des esclaves sexuels.

- Toutes les 30 secondes une personne devient esclave dans le monde.

-  Actuellement un esclave ne coûte que $300, c’est pourquoi il y a davantage d’esclaves aujourd’hui que dans les années de la traite des Noirs. En Inde un enfant coûte moins cher qu’une vache.

- 50% des victimes de la traite humaine sont des enfants.

- Les trafiquants d’esclaves ont gagné 32 milliards de dollars en 2014.

En instituant cette journée contre la traite humaine, le Pape nous invite à prendre conscience de ce phénomène mondial et à nous mobiliser contre ce fléau, à passer de la conscience à la prière, de la prière à la solidarité et de la solidarité à l’action, en nous engageant pour que la traite et les nouvelles formes d’esclavage disparaissent de notre monde.

Begoña Iñarra, Sœur de Notre-Dame d’Afrique"

samedi, septembre 17, 2016

Louis X le Hutin


"Pendant son court règne (1 an et demi), l’esclavage fut aboli. Par un édit du 3 juillet 1315, le souverain prohiba l'esclavage sur le territoire français. L'édit en question dispose que " selon les droits de la nature, chacun doit naître franc ". Dès lors, le royaume de France vécut avec le précepte : " Le sol de France affranchit celui qui le touche ". C'est en application de cette loi qu'en 1571, à Bordeaux, des esclaves en provenance d'Afrique furent affranchis par le parlement de ladite ville pour avoir foulé le sol français". <http://www.bu.univ-rennes2.fr/blog/23-05-2016/louis-x>.

mercredi, août 24, 2016

Fin de mission pour le CNMHE, vers une prise de pouvoir du gens du CM98


Pour celles et ceux qui s’intéressent à la façon dont le drame de l’esclavage est pris en compte officiellement aujourd’hui en France, il faut lire ce courrier envoyé par Myriam Cottias à Manuel Valls. L’historienne martiniquaise était jusqu’ici la présidente du Comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage (CNMHE). Mais, contre toute attente, son mandat n'a pas été renouvelé par le chef du gouvernement. Voici ce qu’elle en dit dans ce courrier co-signé par la majorité des membre du Comité, eux aussi virés: Antonio de Almeida Mendes, François Durpaire, Annie Fitte-Duval, Jean-Claude Judith de Salins, Josy Roten et Maboula Soumahoro.

Serge Bilé

"Alors que la mission que vous aviez confiée au CNMHE se termine, nous vous prions, très cordialement, de noter que nous n'avons pas eu le plaisir d'échanger directement avec vous. Le rendez-vous que la présidente du Comité avait sollicité n'a jamais été obtenu.

La mémoire de l'esclavage est une question sérieuse. Elle mérite morale, éthique, refus de la violence, respect de la parole des uns et des autres et non pratiques de terreur. Elle ne doit pas servir de marchepied pour le pouvoir. Elle ne doit pas être un argument électoraliste de séparation communautaire. La gauche doit garantir ces exigences sans ajouter au délitement de la société française car ainsi que vous le disiez le 10 mai 2014 : « l'histoire de l'esclavage est inscrite dans la chair de la Nation » .

Aussi, souhaitons-nous que vous tiriez des conclusions qui s'imposent. Notre mandat est achevé (cela a été confirmé par un SMS de Madame la ministre des Outremer!) et nous tirons fierté de nos résultats. Le travail du Comité a représenté beaucoup d'engagement et d'investissement mais aussi de luttes contre l'adversité, le dénigrement et la calomnie, émanant de certains membres du CNMHE, en minorité. Trois à vrai dire : Emmanuel Gordien, Philippe Pichot et Frédéric Régent ?

Nous voulons maintenant les porter à votre attention car nous sommes scandalisés de voir que ces trois membres sont pressentis pour être renouvelées dans leur mandat. Nous l'interprétons comme une attitude de mépris vis-à-vis de nos actions car ces personnes n'ont œuvré au sien du CNMHE que pour leurs propres intérêts. Elles ont manifesté leur opposition à la plupart des actions (que vous trouverez en annexe à ce courrier) qui ont été menées y compris le concours pédagogique national « la Flamme de l’Égalité » et le projet qui nous semble indispensable, à savoir la « Fondation pour la Mémoire et l'Histoire de l'Esclavage ».

Plus encore, ces personnes ont violenté par la parole le doyen de notre groupe, la secrétaire-générale ; ont cherché régulièrement par la violence de leur ton et de leur propos à intimider tous ceux qui n'étaient pas d'accord avec elles, c'est-à-dire la majorité des membres du CNMHE ; elles ont eu des manœuvres de dénigrement souterrain en permanence ; l'un d'entre eux a regretté que la loi Christiane Taubira ne s'intéresse pas « aux Blancs qui ont été mis en esclavage » Nous le prenons comme un affront pour notre travail et comme un mépris pour l'Outre-mer et vous demandons d'y remédier.

Nous pensons qu'il en va de la dignité que la Gauche doit à l'histoire et à la mémoire de l'esclavage et aux valeurs de la république. Nous vous prions, Monsieur le Premier ministre, de croire en l'expression de notre considération

Myriam Cottias
"


samedi, avril 30, 2016

LES FEMMES DE NDER : RESISTANTES SENEGALAISES A L'ESCLAVAGE


Voilà un fait particulièrement tragique resté longtemps dans la mémoire des Sénégalais. L'histoire des femmes de Nder qui, un mardi du mois de novembre 1819, se sacrifièrent collectivement pour ne pas tomber entre les mains des esclavagistes maures.

Un bel acte de résistance à saluer, pour que jamais la bravoure de ces dames ne tombe dans l'oubli... Reines d'Afrique et héroïne de la diaspora noire

A cette époque, le Walo constituait une province prospère située à l'embouchure du fleuve Sénégal. Ses habitants, de paisibles cultivateurs, vivaient du commerce avec les caravaniers du commerce transsaharien et avec les gens de Saint-Louis, première capitale coloniale du Sénégal, où ils écoulaient leurs denrées agricoles. Le fleuve séparait le Walo de la Mauritanie où était notamment établie la tribu des Trarzas. D'eux, on ne savait jamais à l'avance s'ils débarqueraient en clients pour échanger des marchandises ou en ennemis pour se ravitailler en captifs. Toujours est-il que depuis l'installation des troupes françaises à Saint-Louis, les Maures ne cessaient d'accentuer leur pression contre le Walo, qu'ils voulaient faire passer sous leur contrôle, afin d'empêcher la région de tomber sous domination européenne.

Cette année là, une longue période d'accalmie avait succédé aux violents affrontements dont les guerriers maures et leurs alliés Toucouleurs étaient une fois de plus sortis vainqueurs. On était au début de la saison sèche et Nder vivait un peu au ralenti. Le Brack (le Roi) était à Saint-Louis pour se faire soigner d'une mauvaise blessure reçue lors de la bataille de Ntaggar contre les Maures justement. Comme à l'accoutumée, les dignitaires du royaume étaient du voyage et une bonne partie de la cavalerie les accompagnait.

Ce mardi comme les autres jours, les hommes avaient rejoint les champs dès l'aube, la daba (houe traditionnelle) sur l'épaule. D'autres s'étaient rendus à la chasse, tandis qu'un troisième groupe avait pris la direction du fleuve où étaient amarrés leurs barques de pêcheurs. Seuls quelques ceddos (soldats) étaient restés en garnison, et s'occupaient à astiquer nonchalamment leurs grands fusils de traite. Dans le village aux cases rondes livré aux femmes, aux enfants et aux vieillards, régnait l'animation du quotidien. Les coups de pilon, en une ronde saccadée, redoublaient d'ardeur à moudre le mil. Les femmes, vaquant à leurs occupations, s'interpellaient à l'intérieur des concessions. D'autres s'affairaient à l'entour des greniers où étaient entreposées les dernières récoltes. Quelques-unes enfin bavardaient tranquillement sur la place du village, tandis que les jeunes enfants se poursuivaient bruyamment autour de l'arbre à palabres où, le soir venu, les anciens avaient coutume de dérouler les histoires du passé.

Soudain un cri d'effroi troubla la quiétude du lieu. En un instant, les rires se figèrent, les pilons tombèrent, les concessions se vidèrent. Tous les regards convergèrent vers la femme qui venait de franchir en trombe l'entrée du tata, ce mur d'enceinte en branchages et terre glaise, censé protéger les villages en cas d'offensive.

La main agrippée à une calebasse ruisselant d'eau bien que vidée de son contenu, la femme haletait, terrorisée : « Les Maures ! Les Maures sont là ! Ils arrivent ! J'étais au bord du lac de Guiers et je les ai vus à travers les roseaux. Une armée de Maures ! Ils ont avec eux une troupe de Toucouleurs conduits par le chef Amar Ould Mokhtar ! Ils s'apprêtent à traverser le fleuve et viennent vers notre village ! »

Toutes les femmes crièrent en même temps. Elles savaient quel sort les attendait... Les Maures avaient repris leurs razzias dans le Walo pour s'approvisionner parmi les autochtones. Un grand nombre d'hommes, de femmes et d'enfants seraient arrachés à leurs familles pour être vendus comme esclaves aux riches familles d'Afrique du Nord. Cela avait toujours été ainsi et Nder y avait perdu bien des fils et des filles.

Pendant ce temps, à quelques kilomètres de là, postés sur l'autre rive du fleuve, les cavaliers enturbannés venus du désert s'apprêtaient à lancer leurs chevaux à l'assaut du village. Les femmes décidèrent aussitôt d'organiser la résistance avec les soldats demeurés sur place.

A la hâte, elles expédièrent les enfants dans les champs avoisinants sous la conduite de leurs aînés, afin qu'ils se cachent dans les hautes tiges de mil. Puis elles se précipitèrent dans leurs cases pour en ressortir vêtues de boubous et de pantalons bouffants, qui d'un époux, qui d'un père, qui d'un frère ; les cheveux dissimulés sous des bonnets d'homme. Elles s'étaient munies de tout ce qui pouvait servir à leur défense : coupe-coupe, lances, gourdins et même de vrais fusils qu'elles s'apprêtaient à manier pour la première fois.

Amazones d'un jour, ces femmes se battirent avec l'énergie du désespoir. Servantes, paysannes, aristocrates, jeunes, vieilles, elles s'engagèrent, animées de leur seul courage, dans la terrible confrontation avec l'ennemi. Dans leurs chants de célébration à la mémoire de ces femmes d'exception, les griots, illustrateurs des pages de l'histoire africaine, assurent que ce jour là, elles tuèrent plus de trois cents Maures. Le combat était cependant inégal. Les ceddos furent rapidement exterminés. Des rigoles de sang bouillonnant s'épandaient en une boue rougeâtre sur le sol de terre battue. Ça et là gisaient pêle-mêle des cadavres et des blessés agonisants.

Face à la farouche détermination des survivantes qui, bien que désarmées, étaient supérieures en nombre à la colonne ennemie, le chef Amar Ould Mokhtar lança à ses troupes l'ordre de dispersion. Les cavaliers du désert rangèrent leurs sabres effilés, prirent leurs blessés en croupe et retraversèrent le lac. Vexé d'avoir été tenu en échec par de simples femmes, le chef maure savait cependant qu'elles ne pourraient résister longtemps malgré leur bravoure. Ne voulant pas risquer d'abîmer la « marchandise », il comptait revenir un peu plus tard, afin de les prendre vivantes pour en tirer un meilleur prix sur les marchés d'esclaves.

Les femmes du Walo se sentirent perdues... A bout de forces, elles ne pouvaient soutenir une seconde attaque. Les hommes avaient tous péri et le messager qui s'était précipité à la recherche de secours, arriverait sûrement trop tard. Tout espoir était vain.

Femmes de Nder ! Dignes filles du Walo ! Redressez-vous et renouez vos pagnes ! C'est alors qu'une voix s'éleva au-dessus des clameurs, des lamentations et des hurlements de douleur. C'était Mbarka Dia, la confidente de la linguère (reine) Faty Yamar. Elle seule savait se faire obéir des courtisanes énergiques et autoritaires qui entouraient la reine. Prenant appui contre l'arbre à palabres, parce qu'elle-même avait été blessée, elle se mit à haranguer ses compagnes :

« Femmes de Nder ! Dignes filles du Walo ! Redressez-vous et renouez vos pagnes ! Préparons-nous à mourir ! Femmes de Nder, devons nous toujours reculer devant les envahisseurs ? Nos hommes sont loin, ils n'entendent pas nos cris. Nos enfants sont en sûreté. Allah le tout puissant saura les préserver. Mais nous, pauvres femmes, que pouvons-nous contre ces ennemis sans pitié qui ne tarderont pas à reprendre l'attaque ? »

« Où pourrions-nous nous cacher sans qu'ils nous découvrent ? Nous serons capturées comme le furent nos mères et nos grands-mères avant nous. Nous serons traînées de l'autre côté du fleuve et vendues comme esclaves. Est-ce là un sort digne de nous ? »

Les pleurs s'arrêtèrent, les plaintes se firent plus sourdes... « Répondez ! Mais répondez donc au lieu de rester là à gémir ! Qu'avez-vous donc dans les veines ? Du sang ou de l'eau de marigot ? Préférez-vous qu'on dise plus tard à nos petits enfants et à leur descendance : Vos grands-mères ont quitté le village comme captives ? Ou bien : Vos aïeules ont été braves jusqu'à la mort ! »

La mort ! A ce mot, fusa une sourde exclamation. « La mort ! Que dis-tu Mbarka Dia ? » « Oui mes sœurs. Nous devons mourir en femmes libres, et non vivre en esclaves. Que celles qui sont d'accord me suivent dans la grande case du conseil des Sages. Nous y entrerons toutes et nous y mettrons le feu... C'est la fumée de nos cendres qui accueillera nos ennemis. Debout mes sœurs ! Puisqu'il n'y a d'autre issue, mourrons en dignes femmes du Walo ! »...

Le soleil était maintenant haut dans le ciel. Un silence angoissant s'abattit sur le village. Muettes de désespoir, les femmes s'avancèrent lentement vers la vaste case qui s'élevait, imposante, au milieu du village. Pas une n'avait osé s'opposer à Mbarka Dia, de crainte que l'écho de leur couardise ne rejaillisse sur leur descendance. Une dernière fois elles contemplèrent le décor familier de leur quotidien, laissèrent traîner leurs regards embués de larmes sur les volailles affolées, les greniers pillés, les pilons abandonnés sur le sol, les marmites renversées, les cases éventrées et tous ces cadavres de proches qui commençaient à gonfler sous l'effet de la chaleur...

Alors elles s'entassèrent dans la case principale. Quelques jeunes mères qui n'avaient pas voulu se séparer de leurs nouveau-nés, les serraient contre leurs seins, à les étouffer. La dernière à pénétrer dans la pièce était enceinte et près de son terme. Mbarka Dia ferma la porte. D'un geste précis, elle enflamma une torche et sans même un tremblement, la lança contre l'une des façades de branchages. Aussitôt jaillit un immense brasier. A l'intérieur de la case, les femmes enlacées, serrées les unes contre les autres, entonnèrent, comme pour se donner un dernier sursaut de courage, des berceuses et de vieux refrains qui depuis leur enfance avaient rythmé leurs activités.

Les chants commencèrent à faiblir... aussitôt remplacés par de violentes quintes de toux. C'est alors que la future mère, guidée par son instinct de survie, poussa violemment la porte d'un coup de pied et, happant une goulée d'air, se précipita à l'extérieur où elle s'évanouit sur la terre battue. Celles qui vivaient encore ne bougèrent pas. Quelques-unes eurent le temps de murmurer : « Qu'on la laisse. Elle témoignera de notre histoire et le dira à nos enfants qui le raconteront à leurs fils pour la postérité. » Celles qui n'avaient pas encore été asphyxiées continuaient à chercher dans leurs chants de supplique, le courage de rester dans ce cercueil incandescent. Et les voix s'éteignirent peu à peu... Tout à coup, un effroyable craquement domina le crépitement des flammes. La charpente du toit venait de s'affaisser sur les corps. C'est un silence de mort qui accueillit les hommes arrivés trop tard au secours du village. Toutes les femmes de Nder avaient péri. Sauf une.

Les anciens affirment qu'à ce moment là, de gros nuages noirs voilèrent le ciel et tout devint obscur. Comme pour cacher la douleur de ces pères, de ces fils et de ces époux, anéantis par un désespoir que ni leurs cris, ni leurs larmes ni même le temps, ne sauraient apaiser. A partir de ce jour et pendant très longtemps, s'instaura dans le village de Nder un rite connu sous le nom de « Talata Nder », pour honorer la mémoire de ces héroïnes. Chaque année, un mardi du mois de novembre, aucune activité ne venait troubler cette journée de souvenir. Et pendant de longues heures, hommes et femmes, jeunes et vieux, restaient enfermés à l'intérieur de leurs concessions pour prier et rendre hommage au sacrifice des femmes de Nder.

Aujourd'hui, me dit-on, ce petit village du Walo est livré à l'abandon et à l'effacement de la nature, comme de la mémoire. Aucune commémoration ne vient plus rappeler la page d'histoire qui s'y est écrite. Nos dignes ancêtres de Nder ne mériteraient-elles pas mieux que l'indifférence après cette belle leçon d'héroïsme qu'elles nous ont laissée ?

Source : Reine d'Afrique et héroïne de la diaspora noire de Sylvia Serbin.


mercredi, mai 21, 2014

LA BANQUE DE FRANCE FUT CREE AVEC L'ARGENT DE L'ESCLAVAGE


Les colons du Nouveau Monde français ont dépassé les Américains dans leur avidité pour le travail des esclave. Lorsque les États-Unis ont acquis la Louisiane à la France, le premier gouverneur envoyé de Washington a rendu compte que : " Aucun sujet semble être aussi intéressant pour les esprits des habitants de toutes les régions du pays que j'ai visités que celui de l'importation de brutes nègres d'Afrique. cette autorisation serait aller plus loin avec eux, et de mieux concilier le gouvernement des États-Unis, que tout autre privilège qui pourrait être étendu à ce pays .... ouvriers blanc, disent-ils, ne peuvent pas être fait dans ce climat malsain. "

Intrus français avaient sauté dans le commerce des esclaves africains de l'Atlantique au début du 16ème siècle, un siècle avant le premier Yankee  ne fasse voile pour l'Afrique. Près de 200 navires à destination de la Sierra Leone ont navigué de trois ports normands entre 1540 et 1578. Un renégat portugais, naviguant sous pavillon français comme Jean Alphonse, a été l'un des pionniers de la mise en place du "commerce triangulaire" entre l'Afrique, le Nouveau Monde et l'Europe .

Le gouvernement français a cherché à promouvoir des économies de plantation dans ses colonies des Antilles. Avec un capital, au crédit, à la technologie - et les esclaves - empruntés aux Pays-Bas, ces îles ont commencé à prospérer en tant que centres d'exportation de sucre. Les Hollandais établi le premier succès moulin à sucre françaises en 1655. Par 1670, la Martinique, la Guadeloupe et Saint-Christophe avait 300 exploitations sucrières.

Réalisant que l'esclave était la clé pour cela, le monopole de la Compagnie des Indes Occidentales, en grande partie financé par l'Etat, a été organisé en 1664. Une flotte française a pris de nombreuses usines aux Néerlandais à Goré et la Sénégambie dans les années 1670. En 1672, le gouvernement français a offert une prime de 10 livres par esclave transporté vers les Antilles françaises. Cela a entraîné la formation d'une deuxième société de monopole, la Compagnie du Sénégal  fondée en 1673. En 1679 elle comptait 21 navires en service .

Totaux de l'esclavage français au 17ème siècle étaient inférieurs à ce qu'ils auraient pu être en raison de l'incompétence, de faillites, et la mauvaise gestion et les règles strictes royales sur l'achat ou vente à d'autres empires. En 1720, cependant les négociants privés français avaient brisé les monopoles et la traite des esclaves explosé sous le drapeau français .

Au cours des seules années 1730, les Français ont expédié probablement plus de 100.000 esclaves d'Afrique. Le gouvernement a augmenté la prime par esclave livré à 100 livres, et en 1787 haussé à nouveau à 160 000. Par les années 1760, le nombre moyen de navires esclavagistes qui quittent les ports français était de 56 par an, ce qui ne ressemble pas à un grand nombre, mais ils étaient gros navires, en moyenne 364 esclaves par bateau . Les cortège d'horreurs de la traversée, bien sûr, ont été multipliées dans les plus gros navires. En 1767, le français a dépassé la Colombie dans la production de sucre pour la première fois .

mardi, octobre 01, 2013

Condoleeza Rice et Spike Lee exhument le passé du port négrier de Bimbia (Cameroun)


SENENEWS.COM avec Jeune Afrique- Dans la recherche de leurs racines africaines des personnalités américaines comme Condoleeza Rice, Spike Lee ou Eddy Muphy exhument le passé des comptoirs négriers établis au Cameroun à l’image de celui de Bimbia. Suscitant l’intérêt des organisations afro-américaines de recherche identitaire mais aussi les appétits touristiques de l’Etat camerounais.

Des bambous d’Inde recourbés forment une voûte, comme une porte se refermant sur le visiteur. Il est à peine 14 heures mais le soir semble déjà tomber dans cette forêt tropicale, sans doute l’une des plus inhospitalières au monde. Nous nous trouvons à l’entrée du comptoir négrier de Bimbia, un petit village juché sur les hauteurs de la ville balnéaire de Limbé, dans le sud-ouest du Cameroun. Découvert en 1987, Bimbia est aujourd’hui un site culturel classé au patrimoine national par l’État camerounais, qui rêve de l’inscrire au patrimoine mondial de l’Unesco. Des archéologues arpentent cette nouvelle “route de l’esclave” après qu’y ont été découverts de nombreux vestiges. Mais plusieurs années de recherches dans les archives et sur le terrain, entre Afrique, Europe et Amérique, seront encore nécessaires pour que Bimbia se transforme en un lieu de pèlerinage majeur. Dikolo, la localité qui abrite le port de Bimbia, veut pourtant y croire et organise déjà des visites guidées.

Au départ de Limbé, après 12 km de piste rocailleuse à bord d’un véhicule 4×4, il faut grimper à pied les 3 km qu’empruntaient jadis les esclaves entravés. Adolf Elwe Mwambo, notre guide, a exigé le paiement d’un droit d’entrée : 1 000 F CFA par personne, 5 000 F CFA par appareil photo, mais sans reçu. Bimbia, ex-État indépendant (jusqu’en 1884) de l’ethnie isubu, s’essaie au tourisme… Les informations qu’Adolf nous délivre, il les tient en partie de son grand-père, Charles Eyoum, 97 ans, dont le propre arrière-grand-père aurait participé à la capture des esclaves. Mais il semble surtout s’appuyer sur le projet Documentation et Restauration du site, financé et confié par les États-Unis à la Route des chefferies, en partenariat avec l’association Alliance internationale des Anneaux de la mémoire. Des riverains venus nous rejoindre affirment avoir eu connaissance de l’existence de la crique aux esclaves, mais ne s’y être jamais aventurés, car, aujourd’hui encore, nul n’en reviendrait jamais…

Une mangeoire et des chaînes encore visibles

Il a encore fallu enjamber les restes d’un gué pour découvrir les ruines d’une dizaine de structures. Notre guide nous explique que ce comptoir longtemps resté méconnu bénéficiait d’un environnement hostile, entre collines, ravins, volcan et côte rocheuse, qui n’offrait aux captifs aucune échappatoire… Repris par les historiens Stephen Fomin et Henry Kah et par l’archéologue Rachel Mariembe, des témoignages indiquent que, pendant la période d’intense commerce d’esclaves, les Isubus utilisaient ces obstacles naturels pour se cacher et se procuraient les esclaves dans l’arrière-pays. La position géographique de Bimbia était stratégique : sur le golfe de Guinée, à l’est de la baie de Biafra, entre Rio del Rey et Cameroon River (l’actuelle ville de Douala). Le maître des lieux, le roi Bilè, surnommé par les Anglais King William of Bimbia, était un homme d’affaires avisé, connu pour avoir convaincu les chefs des deux autres villages de l’État de prendre part au trafic, et pour l’avoir poursuivi après l’abolition de l’esclavage !

La tradition orale, confirmée par des recherches américaines, révèle que douze ou treize navires quittèrent Bimbia. Baptisé Falstaff, le premier a levé l’ancre en 1776 en direction de l’île Saint-Vincent. Le dernier, le Gabriel Dios Amigos, du capitaine Fena Manuel Gireau, parti en 1838, a accosté à Cuba. On retrouverait ainsi trace des esclaves qu’ils transportèrent en Caroline du Nord, au Brésil, en Guyane et à la Jamaïque. Au total, ce sont 2 393 hommes – 42,3 % d’enfants – qui embarquèrent à Bimbia, 2 078 étant parvenus à destination. Des notables de Dikolo et de Douala détiendraient encore des documents écrits datant de cette époque.

Au Cameroun, où l’histoire du pays n’est guère enseignée, certains doutent de l’authenticité de Bimbia. Mais l’un des vestiges les plus révélateurs de l’abjection de la traite bat en brèche la théorie de l’imposture : la mangeoire des esclaves, une auge oblongue sur laquelle il est possible d’observer des restes de chaîne métallique.

À l’intérieur des bâtiments, désormais colonisés par des fromagers centenaires, se dressent encore de monumentaux pylônes de brique et de pierre. Des marques profondes suggèrent que les captifs y étaient enchaînés. Si les changements climatiques ont conduit à la baisse du niveau de l’eau, le touriste devine encore l’océan fouettant les murs pendant que les pirogues récupéraient les prisonniers pour les parquer ensuite sur Nicholls Island, à quelque 300 m des côtes, où la profondeur des eaux permettait aux bateaux d’accoster. Aujourd’hui, l’île, couverte d’une vaste forêt, accueille de temps à autre quelques curieux, qui n’ont cependant jamais osé y passer la nuit. L’administration camerounaise, en particulier le ministère du Tourisme, a des projets plein les cartons, comme la construction d’un complexe hôtelier. Un pont devrait aussi permettre de réunir les deux rives…

Eddy Murphy et Spike Lee, les Camerounais

Si Bimbia est depuis quatre ans sous le feu des projecteurs, c’est sans doute grâce à l’Ancestry Reconnection Program (“programme de retour aux origines”), initié aux États-Unis depuis des décennies par l’association ARK Jammers et qui vise à identifier les trajectoires des navires négriers. Se fondant sur des tests ADN de la firme américaine African Ancestry, il a permis de désigner Bimbia comme l’un des ports d’embarquement. Plus de 8 000 Africains-Américains, dont les acteurs et producteurs Eddy Murphy et Spike Lee, ou encore Quincy Jones, se sont ainsi découvert des racines dans l’actuel Cameroun. Et depuis 2010, ils sont plus de cent cinquante à y avoir entrepris une quête de soi, cherchant à retrouver un peu de la culture de leurs ancêtres, de la même façon que les Italian Americans ou les Irish Americans perpétuent leur culture européenne.

Autobaptisés “Caméricains”, ces Cameroonian Americans sont donc passés par Bimbia. Une étape à leurs yeux si symbolique et si incontournable qu’ils se soumettent aujourd’hui à une cérémonie de purification dans l’océan Atlantique, suscitant un regain d’intérêt et des levées de fonds. C’est d’ailleurs l’ambassade des États-Unis qui, la première, a décidé d’agir, provoquant dans un premier temps l’ire des autorités camerounaises. Mais si les États-Unis ont accordé 40 millions de F CFA à la Route des chefferies, le projet Documentation et Restauration implique désormais le ministère camerounais de la Culture. Il permettra de mettre en place une signalétique délivrant des informations historiques sur le site, tandis que des vestiges de la période seront également collectés, catalogués et exposés. La construction à Limbé d’un musée d’histoire est sur les rails.

Arrière-petit-fils du King of Bimbia, l’ethnologue et historien Kuma Ndoumbe III, professeur en sciences politiques, lui, estime qu’il faut aller plus loin. “Ce serait une erreur de se focaliser sur Bimbia, affirme-t-il. Les statistiques indiquent qu’il est parti davantage d’esclaves de Douala que de Bimbia, entre 1777 et 1821, sans que se profile aujourd’hui l’ombre d’un projet.” Professeur d’études africaines et africaines-américaines à l’université de l’Arizona, Lisa Aubrey avance le chiffre de 46 000 à 68 000 esclaves pour l’ensemble du Cameroun, ce qui en ferait un centre de la traite négrière. De nouvelles fouilles pourraient révéler d’autres vestiges. Ainsi, à Douala, des marchés aux esclaves se sont tenus directement sur le fleuve Wouri : il faut donc y rechercher des forts. Sous le régime Ahidjo, certains avaient servi de prisons pour opposants politiques. “Malheureusement, le Cameroun cultive son amnésie”, regrette Kuma Ndoumbe III.