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dimanche, septembre 06, 2020

Discours sur les trois tombes.




" Au nom de l’ordre et de la force publique, au nom de l’autorité qui nous régente, au nom de la loi et au nom de la France, une poignée d’assassins en armes vient de creuser trois tombes d’un coup dans notre sol Lamentinois. 
Crime plein de lâcheté et plein d’horreur ! 
Crime policier, crime raciste, crime politique. 

Policier certes, parce que pas une main civile 
N’a commis en cette nuit du Vendredi 24 Mars 1961 
Le moindre geste meurtrier.

Crime raciste certes, même quand des valets de notre sang, de notre race, au service à la fois de la force et de l’argent, trahissent leur sang, trahissent leur race, pour se faire vils et dociles assassins. 

Crime politique certes, parce qu’il fut organisé pour et par les forces d’oppression capitalistes et colonialistes et qu’il s’est commis au grand détriment de familles ouvrières des plus humbles mais des plus dignes. 

Vingt-et–un blessés et trois cadavres, voici le bilan de cette nuit tragique, de ces minutes de rage policière. 

Nous mesurons alors le poids du mépris des meurtriers en uniformes et nous savons aujourd’hui encore mieux qu’hier le peu de poids que pèsent dans la balance de l’Etat Français les vies humaines, lorsque ces vies-là sont celles des nègres de chez nous.

Le plus féroce des meurtriers, fut-il fusil au poing, mitraillette au côté, chasse de la voix le chien qui devant sa porte approche, pour l’avenir des sévices qu’il encourt. 

Ici, les assassins officiels- sans crier gare- 
Couchent sur le sol en deux salves sanglantes, 
Des hommes, des femmes, qui ont commis la faute de ne pas être contents d’avoir été si longtemps trompés, abusés, exploités.

Qui veut du pain aura du plomb 
au nom de la loi, au nom de la force, 
au nom de la France , 
au nom de la force de la loi qui vient de France. 

Pour nous le pain n’est qu’un droit, 
pour eux le plomb c’est un devoir. 

Et dans l’histoire des peuples noirs 
Toujours a tort qui veut du pain 
Et a raison qui donne du plomb. 

Ainsi vont les choses pour nous les noirs. 

De mal en pis elles vont, les choses.

Pour que les cris des peuples noirs, ceux de l’Afrique, ceux du Congo, 
ceux de Cayenne et ceux d’ici, ne puissent s’unir en une seule voix dont les échos feront un jour éclater l’avenir en gros morceaux de joie, de tendresse et d’amour, feront s’évaporer la haine, la domination et la servilité, feront pleuvoir du bonheur pour les pauvres, pour que les échos de cette immense voix des travailleurs de toutes les races, unis, égaux, en droits, ne puissent résonner à l’unisson, on étrangle, on enferme et l’on tue. 

Dans les lambeaux de quel drapeau vont se cacher 
Pour palpiter les principes humains de le morale française ? 
Sous les plis de quelle bannière va se tapir la charité chrétienne ? 
Répondez, citoyens, camarades, répondez, vous que le plomb tient aux entrailles et qui râlez à l’hôpital. 

Répondez, vous que les balles assassines 
Ont couchés dans le silence. 

Répondez, vous trois qui avez passé vos brèves années 
dans le culte du travail et de dieu. 

Réponds- moi Suzanne MARIE-CALIXTE, belle et forte camarade, 
toi qui pendant tes 24 années passées sur terre, as cultivé l’amour de ta mère et de ta grand’mère, l’amour des tiens, l’amour de Dieu, de tes prochains. 
Dis-moi quelle dernière prière tu venais d’adresser à ton Seigneur dans son Eglise que tu quittais à peine, quand les gendarmes firent entrer la mort par un grand trou dans ton aisselle, à coups de mitrailleuses. 

Et si ton Dieu t’accueille au ciel, 
Tu lui diras comment les choses se sont passées. 
Tu lui diras qu’Alexandre LAURENCINE ici présent 
Avait seulement 21 ans.

Qu’il s’est couché sur le pavé et que c’est là, face contre terre, 
qu’il fut tiré et qu’il fut tué, déjà couché, prêt au tombeau. 
Tu lui diras que son papa s’était baissé pour l’embrasser 
et qu’à la main il fut blessé. 

Tu lui diras jeune fille, qu’Edouard VALIDE 
garçon tranquille de 26 ans, donnait le dos aux assaillants, 
et qu’à la nuque il fut atteint et que sa tête de part en part fut traversée. 
Tu lui diras que des Français forment ici une gestapo qui assassine dans le dos 
au nom de la loi, au nom de la force, au nom de l’ordre, au nom de la France 
au nom de l’ordre qui vient de France. 

Vous trois, amis, dont la police et la gendarmerie ont cru utile et agréable d’ouvrir les tombes à coups de fusil, vous trois dont les mains étaient vides 
comme vos poches et votre ventre, vous trois dont la tête était pleine de tracasseries et de soucis, de manque d’argent et de malheur, vous trois dont le cœur était plein d’espoir et d’amour sachez que votre sang a fécondé le sol de votre ville pour que se lèvent des milliers de bras qui sauront un jour honorer votre martyre,dans la paix, dans la raison et dans la liberté. 

Vos noms rejoignent glorieusement 
Ceux du François de 1900, 
Ceux du Carbet de 1948, 
Et tous ceux qui pour les mêmes raisons, sont les victimes du plus fort et de la trahison.

Au nom de l’Edilité de votre ville, au nom de tout un peuple de Travailleurs, je m’incline avec piété devant vos trois cercueils et je salue affectueusement vos familles dans la douleur. 

Puisse votre souvenir illuminer nos luttes à venir qui seront dures certes- 
ici vos bières nous l’indiquent à suffire- mais qui seront, nos luttes, assurément victorieuses. 

Car nous sommes tous avec vous trois par votre sang, par notre honneur, 
liés, pour la raison contre la trahison, dans le courage contre la lâcheté,
dans l’amour contre la haine,pour la liberté contre la servilité, pour la fraternité des peuples contre le racisme, pour la paix et le bonheur universels 
contre l’égoïsme cruel de quelques uns. 

Fiers et Chers Camarades, Adieu ! "


Georges GRATIANT

samedi, juin 27, 2020

TOMBEAU DES CARAÏBES : LA VERITABLE HISTOIRE


1658. Nicolas, chef Caraïbe en Cabesterre, monte à St Pierre accompagné de 16 autres autochtones. Tout à leur joie, ils sont à prendre un ou deux pété-pié avec quelques compères blancs au magasin-cabaret du sieur Le Maître, dans le quartier du Fort, quand ils sont encerclés par Beausoleil et ses sbires. Bilan du guet-apens : 13 Caraïbes tués, 3 prisonniers. Nicolas, blessé, tente de rallier sa pirogue. Il se jette à la mer, nageant au fond, remontant de temps à autre pour envoyer maladivement quelques pierres à ses assaillants, essuyant à chaque remontée une giclée de coups de fusils. On l’acheva d’un coup de mousqueton dans l’œil. Le 30 mai 1650, Duparquet arrive à Grenade dans le but bien avoué d’exterminer les « sauvages » là-bas, comme il dit. De nuit, son chef de troupe Jaham de Vertpré et 60 soldats tombent sur les Caraïbes en plein caouinage (« vin » rituel). Ils massacrent sans distinction les autochtones. Un groupe de fuyards est acculé sur une falaise surplombant la mer et, plutôt que de tomber aux mains des "Français" (ils savent que de toute façon ils seront passés au fil de l’épée), ces derniers se jettent dans le vide. Duparquet rentre au pays le 6 juin et longtemps après, les colons martiniquais vont s’attarder à raconter leur exploit à Grenade au tombeau des Caraïbes, ou « Coffre à mort », lieu qui s’appela là-bas « Falaise des Sauteurs ». Plus tard, on dira que Nicolas s’est suicidé, sis à Madinina, avec 16 de ses compagnons au tombeau des Caraïbes plutôt que d’être esclave ; tout ceci étant dû bien sûr au fruit d’une espèce d’amalgame fait entre les évènements déroulés à St pierre en 1658, et ceux survenus à Grenade quelques années plus tôt.

Josépha Luce

samedi, juin 20, 2020

Un éclairage sur Lynch, ou plutôt les Lynch.


""Concernant Pointe Lynch, en gros, on se doit de ne pas tout mélanger. Disons d'emblée, pour déblayer tout ça, qu'il y a lieu de faire le distinguo entre trois Lynch .

Le premier, William Lynch (1742- 1820), le plus connu, fut le juge inventeur de la loi lynch (Lynch Law) et par extension du lynchage qui désigne une pratique de châtiment et parfois d'exécution sommaire sans procès, surtout si on était pris en flagrant délit. On n'avait pas à chercher la vérité, tu étais pendu manu militari, tanpi pou'w ki kité yo tenbé'w!

Le deuxième Lynch, Willie Lynch, fut un esclavagiste originaire de la Barbade qui alla en Virginie en 1712 partager avec d'autres propriétaires d'esclaves des techniques permettant de mater n'importe quel atelier. Ce théoricien de l’esclavage institua une méthode permettant de procéder au "cassage" de la femme africaine, en brisant et neutralisant leur volonté de résistance, en mettant l'homme noir dans des dispositions où il sera un moins que rien dans l'optique d'instituer l'homme blanc comme recours à la protection de la femme noire.

Et puis il y a le troisième Lynch, Gautier Lynch, qui débarqua à St Pierre en Martinique vers 1710 et qui été naturalisé en 1713. Il s'installa au Robert. Probablement fortuné, il fut un colon relativement important puisque sa fille Marguerite-Rose épousera le juge Guillaume Houdin, homme très influent en Martinique, conseiller puis doyen du conseil supérieur, et s'alliera aux Dubuc et aux Kirwan par d'autres filles.

Il fut donc colon, il avait des esclaves, mais il n'a rien à voir avec les 2 autres, qui, de leur côté, n'ont jamais mis les pieds en Martinique. Bien entendu, lé 3, yonn pa vo lòt! Mé annou pa mélanjé yo. William, Willie, épi Gautier!""


Mèsi an chay !


 Josapha Luce

Les chefs caraïbes en Martinique


"Ne t'avance pas trop en disant que notre regard est sélectif, en prenant comme corollaire par exemple le fait que l'on ait très peu de trace des chefs caraïbes.


On a plus de traces des chefs caraïbes que tu ne le penses, mais les Caraïbes qui ont laissé des traces étaient eux-mêmes des chefs « corrompus ». Plus que nous encore. 

Les Caraïbes ne juraient que par la France, si bien que leurs vrais noms se perdaient au fur et à mesure dans les méandres de l'oubli à cause de leur fatuité à s'acculturer à tout ce qui venait du « compère » français.

Arlet était frère de Pilote, beaucoup le savent, mais peu savent que Pilote avaient des cousins notamment Capo, qui migra sur différents sites en Martinique, ou encore Navire, qui était préposé au ravitaillement en eau des gros bateaux de passage, près de sa case à l’embouchure de la Rivière Case Navire, tout ceci contre 2 ou 3 assiettes et cuillères.

Beaucoup ont oublié que François, Robert et encore Louis, habitaient trois villages proches qui sont maintenant peuplés de Franciscains, Robertins et Trinitéens. 


D’autres peinent à croire qu’un grand chef (commune du François) se fit appeler Le Simon, kidonk le « pêcheur », parce qu’il aimait à se prendre pour Pierre, le plus grand dans la bible après Jésus. 

Salomon fut grand d’entre les grands dans l’ancien testament. Quand on passe le cap Salomon, on ne pense même pas à ce grand chef caraïbe. Le père Labat nous parle du Caraïbe La Rose. Qui se soucie, à Pointe La Rose, du Caraïbe qui laissa son nom au lieu ? 

Je passe sous silence Capitaine Nicolas, je vais lui consacrer un post et en profiter pour pour démystifier un peu les histoires autour de "Coffre à mort" et du "Tombeau des Caraïbes".

Il n'y a qu'un seul Caraïbe qui tint jusqu’au bout à son nom originel, refusant toute sa vie à ne pas se teindre à la couleur française, et en cela il mérite d’être mis au panthéon des valeureux autochtones non corrompus, c’est Macabou."


Josapha Luce 

vendredi, juin 19, 2020

La Ville du MORNE-ROUGE



Le Morne-Rouge est une commune du Nord de la Martinique située au nord de Fonds-Saint-Denis, à l'est de Saint-Pierre au sud d'Ajoupa-Bouillon et à l'ouest du Lorrain. C'est la commune la plus « élevée » de l'île, culminant à 500m par rapport au niveau de la mer. Elle bénéficie d'ailleurs d'une vue imprenable sur sa voisine Saint-Pierre.

Cette commune tire son nom du mot « Morne » qui signifie petite montagne et rouge de la couleur de la pierre volcanique. C'est plus tard que les colons l'ont prénommé comme cela en raison de son sommet dégarni.

Le Morne-Rouge actuel se trouve sur l'un des territoires les plus rapidement occupés lors de période coloniale de la Martinique. Les morne de la région ont notamment été la terre d'accueil des Hollandais et des juifs venus du Brésil en 1654.

Son histoire se conjugue avec celle de Saint-Pierre dont elle faisait partie jusqu'en 1889 et ... à peine née et déjà détruite. 2 ans seulement après son érection en commune indépendante elle est durement touchée par un cyclone dévastateur en 1891 puis 11 ans après elle est intégralement détruite lors des diverses éruptions de la Montagne Pelée en 1902 bien qu'épargnée lors de la plus mémorable du 8 mai 1902.

C'est lors de l'éruption du 30 mai 1902 la seconde éruption de l'année du volcan que le Morne-Rouge sera complètement détruit. En plus des nombreux dégâts matériels, près d'un milliers habitant de la commune décèdent.

Il faudra attendre plusieurs années voire décennies pour que la population de l'île ne se méfie plus de son volcan et reviennent repeupler la commune alors délaissée. Si vers la fin de 1920, la population revient elle est apeurée suite aux prévisions de nouvelle éruptions en 1930. Le volcan menace à nouveau et la ville est évacuée pour éviter tout nouveau bilan humain. Heureusement l'éruption ne sera que magmatique et n'entraînera aucun dégât matériel ou humain.

Les habitants rejoindront bientôt leur commune d'origine.

En mémoire aux victimes des éruptions du volcan de 1902, un monument a été érigé à la sortie de la commune.

samedi, mai 23, 2020

CASSER LES STATUES DE SCHOELCHER EST UNE DÉMARCHE QUI MÉCONNAÎT UNE PART DE L’HISTOIRE DE LA FIN DE L’ESCLAVAGE !



Ma lettre traduit une volonté de dialogue ( serait-elle impossible ?) avec les jeunes activistes. Accepteront elles et ils cette invite ?

Des statues de Victor Schoelcher tant au centre Camille Darsières ( ex tribunal de Fort de France) que celle de l’entrée du bourg de Schoelcher ( à Case Navire), ont été abattues ce vendredi 22 mai.

Le coup d’éclat se définit grandement comme militant, il reste très malheureusement erroné et perturbe encore plus notre compréhension de notre histoire.

Les militants et militantes des années 1960 et 1970 (avec lesquels je suis fier d’avoir très fortement agi) rejetaient le rôle d’une France qui aurait octroyé l’émancipation, par l’action bienfaitrice de ses seuls abolitionnistes dont Schoelcher. Cette génération exigeait de ne pas minorer le rôle de la lutte des esclaves pour l’arrachement de leur émancipation. Elle faisait ressortir que l’ignorance et la méconnaissance des 22 et 23 mai, ne devaient pas perdurer.
Le 22 mai, jour de 5 événements marquants à Saint Pierre et au Prêcheur, devenait à juste raison la date-phare qu’elles et ils érigeaient comme date de commémoration et de célébration, avant même celle du 23 mai, date réelle et officielle de l’abolition de l’esclavage.

Ce positionnement politique venait à la suite des travaux en 1945 de Gabriel Henry, en tant qu’adjoint au maire de la municipalité communiste dirigée par Césaire et de la conférence d’Armand Nicolas en 1960, publiée en 1962. Après eux, non seulement les manifestations politiques se multiplièrent, mais aussi les travaux artistiques, telle la célèbre sculpture de Khokho René-Corail sur la place de Trénelle ou le discours bien entendu flamboyant d’Aimé Césaire en 1971, dans lequel il glorifiait la proclamation du 4 avril, le décret du 27 avril de Schoelcher mais « pour lequel il fallut un 22 mai ».

Les historiens-chercheurs de Martinique (parmi lesquel-le-s je me place) eurent cependant à mettre en lumière que la disparition du statut juridique d’esclave reste l’aboutissement de plusieurs éléments diversifiés ; éléments que nous ne devons pas opposer mais appréhender comme systémiques ( c’est à dire complémentaires voire interdépendants).

Sur les deux-cent vingt-trois ans du système esclavagiste chez nous (1635-1848), les 59 dernières années, de 1789 à 1848 ont vu s’accélérer les insurrections d’esclaves entre Saint Pierre en août 89 jusqu’à Gradis en 1847, en passant par les révoltes nombreuses de 1791-1792, les révoltes de Compère Général Fayance en 1794, les tentatives de Tiberge et de Fourne en 1795, les séditions du carnaval de 1797, la révolte de Kina en 1800, la révolte de Basse Pointe de 1809, la révolte de septembre 1811 à Saint Pierre, le soulèvement du Lamentin en 1820, la révolte partie du Canari cassé au Carbet de 1822, la révolte de Saint Pierre de 1831, l’affaire de Spoutourne à Trinité en 1831, la sanglante répression de Fonds Massacre à Grand-Anse (Le Lorrain) en 1833. 

C’est essentiel pour nous de connaître tout cela, mais ce n’est pas sûr que tous, nous nous attachons à les connaître à fond et à les méditer.

Par contre et en outre, il faut aussi remonter à l’ambiance révolutionnaire de la fin du XVIII ème siècle (1794-1802). Celle-ci modifia le contexte dans notre Caraïbe. Toutes les anciennes colonies françaises et celles qui l’étaient restées ( Sainte Croix, Saint Martin, Guadeloupe, Dominique, Martinique, Sainte Lucie, Saint Vincent, Grenade, Tobago et aussi Trinidad, sans oublier la Guyane) se soulevèrent au nom des droits humains que la Révolution française proclamait le 26 août 1789. Nous avons eu à ce moment nos Delgrès, Ignace ou la mythique mulâtresse Solitude, les Saintes Luciennes Marie Rose Toto et Flore Gaillard, nous avons eu Joseph Chatoyer le Garifuna de Saint Vincent ou Julien Fédon de la Grenade. Toutes ces luttes qui pour la plupart se sont terminées en défaites (dont la Martinique), étaient connectées puisque des combattant-e-s venant des différentes îles, se sont retrouvés dans ces divers fronts. Seule La Guadeloupe a résisté plus longtemps de 1794 à 1802 se définissant comme le centre de la lutte révolutionnaire et antiesclavagiste des petites Antilles (La Martinique et Saint Martin ayant été livrés par les planteurs aux troupes anglaises).

Ce fut aussi le temps de la lumineuse expérience des associations serviles où les femmes reines de ces groupes étaient de diligentes activistes et créèrent des initiatives qui par la suite perdurèrent tout un siècle.

Seule la colonie française de Saint Domingue survécut et triompha des troupes de Napoléon voulant rétablir l’esclavage. Le pays devint Haïti, indépendante et sans esclave en 1804. C’était l’exemple qui redonnait espoir et qui donna de la vigueur à toutes ces insurrections martiniquaises dont nous avons parlé. Haïti indépendante, dirigée par ses nègres libres, inspira et aida les indépendances et la fin de l’esclavage en Amérique du sud (Vénézuéla, Colombie, Équateur, Pérou, Bolivie, etc). Il devenait clair pour nos ancêtres que la servitude pouvait être éliminée.

L’abolition de la traite négrière en 1807, suivie de celle de 1815 au traité de Vienne, puis la fin effective dans les colonies françaises de la traite négrière clandestine en 1831, vinrent hâter la fin du système esclavagiste.

La défense des libres de couleur après les 300 déportations de 1824 suite à l’affaire dite Bisette-Fabien-Volny eut au moins le double effet premièrement d’intensifier en France le mouvement abolitionniste avec des gens importants comme François Arago et l’avocat Isambert mais deuxièmement aussi d’amplifier les droits civiques des libres de couleur dans le courant de la décennie de 1830.

La décision anglaise de se rallier à l’abolition de l’esclavage effective en 1838 attisa en Martinique cette aspiration de libération que connaissaient les deux îles voisines situées à une quarantaine de kilomètres (Dominique et Sainte Lucie).

C’est tout l’ensemble de ce contexte qui permit au dynamique mouvement abolitionniste français d’imposer l’abolition de l’esclavage à l’ordre du jour des débats politiques cruciaux en France. Ce ne pouvait être qu’une précieuse aide à la lutte de nos ancêtres sur place. Les békés ne s’y trompèrent pas ; pour eux Schoelcher est érigé comme l’ennemi qu’on déteste, qu’on vilipende, caricature et calomnie.

Glorifier les luttes des esclaves doit nous conduire à mettre ensemble tous les éléments du contexte et comprendre qu’elles et ils ont su
1) s’inspirer de l’expérience des associations serviles,
2) tirer les leçons des défaites de 1794-1802,
3) se nourrir de la révolution haïtienne,
4) se réconforter des émancipations sud-américaines,
5) apprécier l’alliance avec les libres de couleur quand ceux-ci se sont, pour un grand nombre détachés de leurs positionnements esclavagistes,
6) utiliser pour le marronage maritime les émancipations des îles anglophones, et enfin
7) s’appuyer sur le travail des abolitionnistes français dont Schoelcher.
Tous ces éléments entrent dans le combat de nos ancêtres. Ce sont ces conditions favorables qu’ils ont pu maîtriser et qui font toutes parties de l’héritage anti-esclavagiste.

Fort de France le 22mai 2020
Gilbert Pago, historien et militant politique.

P.S. Quelques propos posent problème dans les vidéos entendues ce 22 mai. La loi sur l’indemnité quand bien même elle fut dans la logique du gouvernement provisoire et de tous les abolitionnistes même Bisette, n’a pas été le projet de loi (venant de l’exécutif) ni la proposition de loi (venant des députés) par Schoelcher. Celui-ci n’étant plus au gouvernement dès juin 1848, après l’échec électoral des républicains socialistes du gouvernement provisoire et surtout le massacre anti-ouvrier et anti-partageux de Cavaignac en juin 48. La loi d’indemnisation des colons date d’avril 1849 ( pas d’avril 1848), lorsque le président de la république est Louis Napoléon (le futur Napoléon III) et que la majorité est faite des républicains modérés conservateurs, des royalistes et des bonapartistes. Les républicains socialistes dont Schoelcher représentent 10% de l’assemblée constituante, c’est à dire la minorité.


vendredi, octobre 18, 2019

Les trois fêtes du Carbet


Les renseignemens suivans par le curé du Carbet, transmis à ses successeurs, à l'occasion de la fête de la St Jacques, il les a recueillis de la dernière religieuse ursuline qui les lui a racontés sous forme de conversation en 1826.

Je dois, avant tout, dire que ces trois fêtes ont été un peu déra(ngées?) par la révolution de Juillet 1830, car ces trois fêtes, coïncidant à peu près avec les trois journées, nos gouvernans avaient profité de cette coïncidence pour flatter le pouvoir régnant, et avaient par la voie de la police, ordonné que ces fêtes se feraient en mémoire de la lib(erté?) que la France croyait avoir conquise à l'avènement de Louis-Philippe au trône. 

Cette interprétation ne plut pas à tout le monde, et ces fêtes devinrent moins bruyantes parce qu'elles n'étaient pas fréquentées par une aussi grande affluence que par le passé.

A l'époque de la liberté générale en 1848, il y avait un grand refroidissement à cause des inquiétudes des différentes castes dont est composée la société coloniale, quoi qu'on en dise. Mais peu à peu, les personnes intéressées à les voir se raviver, c'est à dire les négocians, les marchandes de bombons et de rafraichissemens, ont, par leurs sollicitations auprès des magistrats, obtenu que la population de St Pierre et du Carbet, auraient une entière liberté de circuler et de s'amuser à l'occasion de la fête du Carbet et les deux jours suivant.

Ainsi ont commencé ces ébats populaires que l'on décore hardiment du nom de fête.

Voici donc comment ont commencé les deux fêtes qui suivent celle du Carbet ; car celle-ci a pris naissance à la naissance de la paroisse, par la bénédiction de son église sous le vocable de St Jacques le Majeur qui se célébrait toujours avant le concordat de 1801 le 25 juillet quelque fut le jour de la semaine où cette fête tombat. Mais depuis le concordat, cette fête est renvoyée au dimanche suivant.

Les marchandes de bombons qui ont coutume d'en faire plus qu'elles n'en peuvent vendre, profitaient d'une fête de Ste Anne qui était la seconde patronne du couvent des ursulines et qui se célébrait le 26 juillet, pour aller le lendemain de la St Jacques à la porte d'une cour du couvent, laquelle s'ouvrait du côté de la savanne, et sur laquelle, plus tard, furent construites les premières casernes. Là, les esclaves du couvent auxquels les religieuses avaient donné congé, s'amusaient, dansaient, même entre eux, venaient acheter les bombons restés de la St Jacques. Les gardiennes d'enfans, sachant qu'il y avait des bombons, se réunissaient là pour amuser leurs enfans, et (?) se mettaient à danser en dehors comme en dansant en dedans. Plus tard, d'année en année, par progression d'autres que des gardiennes d'enfans, sont venus se joindre à cette foule et l'ont grossie. Telle est l'origine de la seconde fête appelée Ste Anne.

Reste le troisième fête, appelée fête MACAQUE parce qu'elle n'a aucune généalogie avec une fête religieuse.

Voici pourtant comment elle s'établit.

La fête de Ste Anne qui se faisait le long de la rivière du fort rive gauche, attirait beaucoup de personnes de la campagne, car les habitans, eux aussi, avaient donné congé à leurs esclaves, et ceux venus de tous les points et surtout de la campagne qui s'étend au delà de la Rivière des pères, et jusqu'au Prêcheur, passaient quelques fois la nuit en ville et s'en retournaient le troisième jour, débouchant par le quartier de la galère. Les bombons ne rassasient jamais, ceux-ci reparurent encore au passage de ceux qui retournaient à leurs foyers, ca les fabricantes en faisaient toujours un peu plus chaque année, et pour ne pas les garder à leurs compte, elles allaient les présenter aux passans, et, comme la veille, établissaient des tables chargées de bombons et de liqueurs. Les papas et les mamans en achetaient pour en porter à leurs enfans. Les Da (bonnes d’enfants) de la ville, allaient sur les bords de la Rivière, comme elles allaient la veille sur les rives de celle du fort, et y recommençaient leurs danses et leurs ébats comme la veille. Les gens de la campagne s’en mêlaient ayant obtenu la permission de leurs maîtres. Ainsi s’est établie la fête appelée Macaque par ce qu’elle était une singerie de celle de la veille.

Ces deux fêtes n’ont pas d’autre origine.

Ces fêtes ont été très bruyantes, très brillantes, et se prolongeaient très avant dans la nuit. Les esclaves y étalaient tout le luxe dont ils étaient capables ; luxe auquel les maîtres contribuaient, en prêtant aux esclaves, bons sujets, leurs montres, chaînes, boutons, boucles d’oreilles, et quelques fois des robes de soie. Chaque tribu africaine avait son pavillon que portait la reine du Bal ; chacune avait sa danse particulière qui semblait n’avoir pas d’ordre, qui cependant était régulière en son genre. Outre ces danses, il y avait aussi des espèces de Baladins qui faisaient des tours de force surprenants ; c’était à qui ferait les sauts les plus périlleux ; j’en ai vu qui, étant debout, se lançaient, les pieds en l’air, et qui retombaient debout, derrière la place qu’ils occupaient. Ce tour de force se voit rarement en France ; d’autres nègres marchaient sur leurs mains, les pieds en l’air.

On peut encore voir quelques échantillons de ces prestiges des danses qui se font à la St Jacques du Carbet, et aux fêtes qui suivent car, depuis quelques années, ces fêtes se raniment et deviennent de plus en plus fréquentées. Celle du Carbet attire tous les curieux de St Pierre. Depuis que les bateaux à vapeur sont établis, ceux-ci crachent toute la journée, par de fréquents voyages, une foule qu'il n'est pas permis d'apprécier. Le tunnel, ouvert cette année, facilitera encore d'avantage la population, surtout celle qui n'a pas le gousset bien garni. »

Journal de l'abbé Goux et de ses successeurs, numérisé et accessible en ligne sur le site internet des archives départementales de la Martinique (http://www.patrimoines-martinique.org/ark:/35569/a011386268758QdBTtc/1/22)

A propos du rôle joué par les Africains du Carbet :
https://www.amazon.fr/registre-matricule-tradition-ancestrale-africaine/dp/2956833405

mercredi, janvier 03, 2018

DETAILS DE L’HISTOIRE

Très tôt, la colonisation a vu les noirs entre eux s’adonner à certaines formes de dénigrement et de rejet de l’autre, parfois même au sein d’une même ethnie. La première vague d’esclaves arrivée dans les îles étant originaire d’Afrique de l’ouest, Cap-Vert, Casamance et autre haut-Sénégal, ils ne vont pas se gêner de stigmatiser ceux qui venaient après, ces infortunés serviles de la deuxième vague, que les premiers appelaient indifféremment de manière dédaigneuse « nègres-Guinée ». 

Les premiers, qui prenaient un malin plaisir à se désigner comme « créoles », n’hésitaient pas à faire comme le maître, traitant leurs congénères de « bossales », les fustigeant plus souvent que rarement d’un « Sacré vié nèg-djiné !» s’agissant de les remettre à leur place. Plus tard, les Nèg-Djiné feront de même puisqu’à leur tour ils diront méchamment aux Congos, les derniers arrivés, de retourner chez eux, en Afrique (mais cela, c’est pour une toute autre raison). Pire, comme je le disais au début, la stigmatisation, voire le racisme, existait au sein de gens de même ethnie. Les esclaves ne se mariaient pratiquement pas (une explication vous sera donnée dans un prochain post). Mais quand cela arrivait, il était très difficile à un esclave issu de l’atelier de s’unir à une femme venant de la domesticité. Kidonk, un parent qui était domestique voyait très mal sa fille se marier avec un nègre de jardin. À un plus haut échelon, cela se constatait également, puisque le mulâtre se voyait très mal venir dire oui devant monsieur l’abbé avec une « négresse » au bras. Dire que de nos jours certains ont du mal à comprendre le « nèg kont nèg »

 ! Bonne journée à tous !

Josepha Luce

dimanche, mars 19, 2017

Conneries

Sur ATV, au journal de 19h :" les colons ont importés le cochon sauvage pour nourrir les esclaves qui s'étaient échappés". Ils va vraiment falloir les sanctifier : Ils ont partagés leur culture, ..., et fait en sorte que les esclaves marrons ne meurent pas de faim. Trop gentils !!! "

M. Symphor 


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Réponse  de Josépha Luce 

 Ce fut exactement le contraire. Lorsque les colons sont arrivés en Martinique, on trouvait des cochons sauvages. Mais deux ou 3 décennies plus tard, la voracité légendaire de ces mêmes colons avait occasionné l'extinction de la race des cochons sauvages (qui avaient été introduits par les Espagnols), de même que les perroquets, diable, lamantin, lézard... De toute façon tout le monde sait que le colon exécrait le marron, et tout esclave qui donnait la moindre bouchée de manger à un marron était puni d'un quatre-piquet plus ou moins long puis jeté dans la geôle d'habitation. Par conséquent, je ne vois pas trop bien comment ils leur donneraient à manger en même temps!

dimanche, février 14, 2016

CHALVET : 14 FÉVRIER 1974, UNE DATE DE L'HISTOIRE MARTINIQUAISE

Tableau: Claude Cauquil 
"Chalvet 1974" est à n'en pas douter; l'un des évènements les plus marquants dans la mémoire collective du monde agricole et des Martiniquais.

Le 13 février 1974, la capitale de la Martinique est paralysée par des grèves commencées depuis le 17 janvier et qui allaient encore se durcir car les négociations entre patrons et les ouvriers n'ont rien donné. La grogne gagnait plusieurs communes; Rivière Pilote, le Lamentin, le Robert et Gros Morne. Les employés du public, du privé, les ouvriers, tous faisaient entendre leurs revendications. Les gendarmes qui avaient pour rôle de maintenir l'ordre rencontraient partout de grandes difficultés. La tension était à son comble dans le pays et la moindre manifestation se soldait par l'intervention des policiers qui étaient régulièrement assaillis par des jets de pierres. Ils répondaient à coups de gaz lacrymogène.

C'est dans ce contexte de crispation que la tragédie du jeudi 14 février va se dérouler, ce jour là partout dans l'île des foyers de protestations se déclaraient, les autorités avaient décidé de mettre un terme à la révolte ouvrière. C'est ainsi que dans le milieu de la matinée, sur le plateau de Chalvet à Basse Pointe les ouvriers se sont retrouvés nez à nez avec les forces de l'ordre. Ces derniers n'ont pas hésité à utiliser leurs armes. Au cours de cette fusillade de nombreux blessés, un gendarme aura également la main tranchée, il y a un mort : llmany Sérier, dit Renor, 55 ans, père de famille nombreuse. L'émoi est considérable les gendarmes sont accusés de meurtre.

llmany Sérier est enterré le surlendemain au Lorrain. Des centaines de personnes défilent derrière les centrales syndicales, les mots d'ordre syndicaux sont remplacés par des cris de vengeance "Orsetti assassin", "llmany nous te vengerons" et par des slogans politiques "à bas la répression coloniale, songé l'Algérie, songé l'lndochine, Martinique lévé". Deux heures avant l'enterrement, le corps d'un jeune homme de 19 ans ,Marie Louise, est découvert sur une plage de Basse Pointe, non loin de Chalvet. Des dizaines d'habitants s'agglutinent autour du corps et très vite les témoignages laissent entendre que Marie Louise figurait dans un groupe impliqué dans un affrontement avec les policiers.

Il a fallut ces deux morts de ce mois de février pour mettre un terme à la grève puisque le protocole de fin de conflit est signé le 19 février avec les syndicats. La détermination des ouvriers a permis de remporter une grande victoire pour le monde agricole. Les circonstances de la mort de Marie Louise n'ont jamais été élucidées et jusqu'en octobre 1974, plusieurs des ouvriers agricoles ou indépendantistes ont été arrêtés par les gendarmes. Par exemple, Alex Ferdinand; professeur d'histoire, a fait plusieurs jours de prison. Il a été arrêté et poursuivi pour entrave à la liberté de travail et violences à agents. Les poursuites judiciaires se sont soldées par des peines de prison avec sursis que l'amnistie est venue effacer.

14 FEVRIER 1974 EN MARTINIQUE, LA TUERIE DE CHALVET AU LORRAIN

 Ilmany Sérier dit Renord
"Il y a 30 ans, deux ouvriers agricoles grévistes étaient assassinés à Chalvet au Lorrain En Martinique, le 14 et le 16 février 1974, étaient des journées noires.

Renord Ilmany, ouvrier agricole gréviste de 55 ans était assassiné par les gendarmes au lieu-dit Chalvet sur la commune de Basse-Pointe. Une embuscade avait été tendue contre les grévistes regroupés sur l’habitation Fonds Brulé au Lorrain. Une dizaine de camions de gendarmes poursuivaient les grévistes qui regagnaient en groupe la commune de Basse-Pointe. Un hélicoptère crachait sur eux des grenades lacrymogènes. C’est à ce moment que les ouvriers, accompagnés de jeunes militants, ont été pris en chasse par les gendarmes qui ont tiré. Plusieurs ont été blessés, Omer Cyrille, Guy Crétinoir, Rasroc, François Rosaz. Renord Ilmany est tué. Dans cette tuerie, un autre ouvrier trouvera la mort. Un jeune ouvrier maçon, gréviste, Georges Marie-Louise, sera retrouvé deux jours plus tard, gisant mort à l’embouchure de la rivière Capot également dans la commune du Lorrain, probablement après avoir été frappé à mort par les membres des forces de répression, gendarmes ou autres. La soldatesque s’était une fois encore déchaînée contre des travailleurs en grève pour défendre leur pain et leurs droits.

LA SITUATION SOCIALE EN 1974
La situation des classes laborieuses s’était dégradée. Dans les années 70, les dernières usines à sucre avaient cessé de fumer. Pour les possédants, les békés, la canne ne permettait plus de faire suffisamment de profits. Après avoir touché des millions de subventions de l’Etat, ils avaient fermé les usines à sucre et investi dans l’import-export. De grands super-marchés apparaissaient. Des masses d’ouvriers agricoles perdaient toutes ressources, surtout les plus âgés. Les plus jeunes avaient pu trouver un emploi dans le bâtiment ou sur les plantations de bananes qui avaient pris la place des champs de cannes.

Les années 70 sont aussi marquées par des hausses de prix importantes. Les capitalistes ont décidé de faire payer la crise du pétrole aux masses laborieuses. Le gouvernement français à leur service, fait marcher la planche à billet. Le passage au nouveau franc complique encore les choses pour les travailleurs et rend le coût de la vie de plus en plus élevé. Tout est cher: l’essence, les transports, les marchandises de première nécessité, huile, pain, farine, poisson. La misère s’installe dans les foyers des travailleurs. Parallèlement, on assiste à une recrudescence de l’arrogance des patrons, et de l’administration coloniale qui voudraient imposer à la population ce recul social. Alors, les escarmouches de type raciste se multiplient entre patrons békés et travailleurs et chômeurs. En Martinique, le Conseil Général dirigé par Emile Maurice et sa majorité de droite suit fidèlement cette politique.

LES TRAVAILLEURS NE SE LAISSENT PAS FAIRE
Dès la fin de l’année 1973, on assiste à une multiplication des conflits. Les travailleurs revendiquent des augmentations de salaire importantes pour compenser les hausses des prix. Ils refusent le saupoudrage et les miettes acceptées trop souvent par les directions syndicales.

Les salariés du journal France-Antilles dressés contre leur patron Hersant font grève depuis deux mois. Les ouvriers du Bâtiment sont à leur troisième semaine de grève illimitée. Ils exigent 25% d’augmentation sur leur salaire. Après le 28 décembre 1973, les salariés de l’ex-SPEDEM, aujourd’hui EDF Martinique, se préparaient eux aussi à rentrer en grève, suite à une entourloupette du préfet de l’époque, le dénommé Orsetti, qui renvoyait une négociation prévue sur leurs revendications à la fin du mois de janvier. Ils rentrent en grève non-limitée le 7 février. Lorsque l’administration décide début janvier d’augmenter le tarif des cantines, les collégiens des CET, fils et filles de travailleurs, vont eux aussi descendre dans les rues pour refuser les augmentations. Ils auront le soutien de leurs parents et de l’ensemble de la population et se trouveront bien souvent au coude à coude avec les grévistes, notamment ceux du bâtiment, dans les manifestations.

Les ouvriers agricoles eux aussi sont en grève depuis le 17 janvier 1974, pour des augmentations de salaire . Ils réclament notamment la suppression du SMAG qui est le salaire minimum garanti dans l’agriculture, plus bas que le SMIG et veulent un salaire de 35.46F pour huit heures de travail. Sur certaines plantations, ils sont aidés par de jeunes militants issus du mouvement nationaliste.

PRÉPARATION DE LA GRÉVE GÉNÉRALE DU 12 Février

Devant l’ampleur des mouvements sociaux, les directions syndicales de l’époque, la CGTM, la CGTT-FO, et CFTC ont lancé un mot d’ordre de grève générale illimitée à partir du 11 février. Elles ont mis sur pied une plate-forme de revendications en 12 points dont l’alignement du SMIC et les allocations familiales sur ceux de la France. Mais ces directions, apparaissaient plutôt timorée à beaucoup de travailleurs. Elles ne semblent pas prêtes à faire réellement du 12 février un succès pour arracher les revendications ouvrières, elles ne se montrent pas présentes aux côtés des grévistes.

Pourtant dans les secteurs en lutte, la détermination des travailleurs est grande et les grèves se sont radicalisées face à l’arrogance patronale (coupures d’électricité, débauchages sur les chantiers, riposte à coups de pierre aux interventions policières dans les manifestations).

Alors, des jeunes travailleurs, certains d’entre eux politisés, appelleront leurs camarades à prendre leur mouvement en main et à mettre en place des «comités de grève» pour garder le contrôle du mouvement jusqu’à la satisfaction des revendications. Et les travailleurs des secteurs en lutte se rejoignent à la Maison des Syndicats, ou encore dans les manifestations, lors des débauchages.

SUCCÈS DE LA GRÉVE DU 12 FÉVRIER ET DU 13 FÉVRIER
Le 12 février, environ 5000 travailleurs de tous les secteurs, se retrouvent dans les rues de Fort de France pour réclamer des augmentations de salaires, fustiger les patrons et le gouvernement. Les jeunes des collèges et des lycées sont également dans les rues. Fort de France est ville morte. En fin de journée, la grève est reconduite après une assemblée générale des travailleurs à Fort de France. Le lendemain, la situation est tendue. Après plus de deux mois de grève pour certains secteurs, l’heure n’est pas aux défilés-promenade. Des grévistes se répandent par petits groupes dans les rues de Fort de France. Ils obligent les magasins qui ont ouvert leurs portes à baisser les rideaux pour respecter la grève. Au soir du deuxième jour, la grève générale n’est pas arrêtée. Mais les directions syndicales tirent en arrière. Elles craignent d’être débordées par la base, trop déterminée. Les partis politiques tels le PCM ou le PPM, iront jusqu’à faire chorus avec l’administration en dénonçant dans leur presse ou dans des communiqués, les «agitateurs gauchistes» .

LA TUERIE DE CHALVET
C’est dans ce contexte, que la préfecture avec à sa tête le préfet Orsetti et à la demande du patronat de la SICABAM (organisation des planteurs békés de l’époque), décidera de mettre un coup d’arrêt sanglant à cette grande mobilisation ouvrière. C’est dans les champs de banane au Lorrain qu’ils frapperont.

Fin de la grève générale Choqués par l’assassinat d’un gréviste de l’agriculture, des masses de travailleurs, des grévistes, des politiciens, et aussi des gens «de tous les horizons sociaux», se regrouperont pour célébrer ses obsèques. Ils se retrouveront dans la même émotion au moment des obsèques du jeune Marie-Louise. La grève générale n’était plus à l’ordre du jour. La répression policière scélérate avait été orchestrée par les possédants et leur pouvoir pour casser le mouvement ouvrier.

Les mobilisations ouvrières continuèrent néanmoins plusieurs jours encore même si elle n’étaient plus aussi massives. C’était le cas des employés de l’entreprise Figuères chargée du ramassage des ordures ménagères à Fort de France, de ceux des boulangeries, ou des banques et des hôpitaux. Et le 19 février 1974, le quotidien France-Antilles qu’on ne pouvait soupçonner de quelconque sympathie pour les grévistes titrait encore «situation confuse sur le front social». Le 21 février 1974, un accord fut signé dans la banane. Les patrons bananiers acceptaient de payer la journée de travail de huit heures à 39.50F.

Avec leurs frères les plus exploités, les travailleurs de Martinique avaient fait reculer le patronat béké de l’agriculture. Dans d’autres secteurs, tels le bâtiment ou à la SPEDEM, des revendications importantes furent arrachées. Les patrons et tous ceux qui sont à leur service, leur avaient fait lourdement payer ces avancées. Cette page écrite du sang des ouvriers fait aujourd’hui partie de leur histoire et de leur quête de respect et de dignité pour une vie meilleure.

Source : Combat ouvrier N°898, édition de février 2004.

vendredi, novembre 07, 2014

Léopold BISSOL un des pères de l'assimilation...


Né le 8 octobre 1889 au Robert (Martinique)
Décédé le 18 septembre 1982 à Fort-de-France (Martinique)
Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale constituante (Martinique)
Député de la Martinique de 1946 à 1958

Léopold Bissol est né le 8 octobre 1889 à Augrain, commune du Robert (chef-lieu de canton sur la côte Nord de la Martinique). Il est de père inconnu, sa mère, Nelcine Nelsina Bissol, étant cultivatrice. A l'âge de deux ans, il perd celle-ci dans un cyclone qui ravagea la Martinique en 1891. Après le certificat d'études primaires, Léopold Bissol entre au cours complémentaire de Fort-de-France (Martinique), puis devient artisan ébéniste. Ses activités professionnelles s'accompagnent, à partir de 1922, d'une importante action syndicale auprès des ouvriers agricoles, et, plus tard, il déclarera notamment à ce sujet : "Syndicaliste, j'ai formé plusieurs syndicats, et éveillé ceux qui étaient en sommeil en 1936". De fait, Léopold Bissol est pratiquement considéré comme le fondateur du parti communiste martiniquais. Il sera également conseiller des prud'hommes pendant une douzaine d'années.

Proche du parti communiste, Léopold Bissol aura rapidement des responsabilités politiques importantes aux niveaux régional et local. Elu conseiller municipal, puis conseiller général de Fort-de-France en 1937, il participe activement à la Résistance pendant la guerre, et reçoit la médaille de la résistance. En 1945, il est élu au conseil municipal de Fort-de-France, et nommé adjoint au maire de la ville. Il sera par la suite conseiller municipal de Rivière-Pilote, dans l'intérieur, et, à partir du 24 avril 1955, conseiller général de Vauclin (sur la côte Nord de l'île). Il dirige en outre l'hebdomadaire Justice.

Le 21 octobre 1945, aux élections pour la première Assemblée nationale Constituante, il est élu au deuxième tour député communiste de la 2e circonscription de la Martinique, avec 8 185 voix sur 14 825 suffrages exprimés (mais 47 418 inscrits). Membre de la Commission des territoires d'outremer, il dépose notamment, le 17 janvier 1946, une proposition de loi demandant que la Guadeloupe et la Martinique soient départements français, et intervient largement dans la discussion qui s'y rapporte : " L'Assemblée (...) aura, j'en suis sûr, le mérite de réaliser les souhaits formulés par Victor Schœlcher depuis 1848 (...). Que ce soit en 1870-1871, en 1914--1918, en 1939-1945, les fils et les filles des vieilles colonies ont toujours eu un élan spontané, volontaire vers la France envahie et meurtrie. Pas un bourg des Antilles qui n'ait payé son lourd tribut à la lutte de la France contre les invasions ennemies... " La loi d'assimilation est votée à l'unanimité le 19 mars 1946.
Le 2 juin 1946, Léopold Bissol, candidat communiste dans la même circonscription de la Martinique, recueille au deuxième tour 9 100 voix sur 17 295 suffrages exprimés (47 858 inscrits), et devient membre de la seconde Assemblée nationale Constituante. Il siège à nouveau à la Commission des territoires d'outremer.

Lors des élections du 18 novembre 1946 pour la première législature, Léopold Bissol figure en seconde position sur la liste présentée par le parti communiste dans le département de la Martinique. Cette liste, conduite par le maire de Fort-de-France, Aimé Césaire, réunit 34 659 voix sur 55 007 suffrages exprimés (119 467 inscrits), et remporte deux des trois sièges à pourvoir. Léopold Bissol devient donc député de la Martinique pour la première législature. L'élection ne pourra cependant être validée que le 22 mai suivant, le 5e bureau déposant un rapport tendant à l'annulation, sans être cependant suivi par la majorité de l'Assemblée. Celle-ci conclut toutefois à la nécessité d'une révision intégrale des listes électorales à la Martinique.

Léopold Bissol siège dans de nombreuses commissions parlementaires. Outre celle des territoires d'outremer (1946), et celle de la marine marchande et des pêches (1947 à 1951), évidemment importante pour l'élu d'une île, il est également membre de la Commission du travail et de la sécurité sociale (1947), et de la Commission de la famille, de la population et de la santé publique (1948, 1949, 1950, 1951).

Léopold Bissol intervient souvent dans les discussions parlementaires, et notamment lorsqu'elles couvrent des questions relatives à l'outremer : ainsi, le 18 juillet 1947, pour déplorer que la loi de départementalisation de mars 1946 n'ait pas été suivie des décrets d'application correspondants. De même, il intervient à plusieurs reprises dans les discussions budgétaires. Le 8 juin 1950, à propos du budget de la marine marchande, il s'étonne des tarifs appliqués vers les Antilles et souligne que la départementalisation s'est accompagnée d'une augmentation très importante du prix du passage, alors que la Compagnie générale transatlantique jouit d'un monopole absolu. Il déplore également qu'il soit fait de moins en moins appel à des marins antillais. Le 12 juin suivant, il présente, à propos du budget de la santé publique, des observations sur la lutte contre la lèpre dans les territoires d'outremer. Enfin, il dépose le 22 novembre 1950, une proposition de résolution invitant le gouvernement à attribuer un premier secours de 15 millions de francs aux victimes de l'incendie de Marin, chef-lieu de canton du Sud de la Martinique.

Léopold Bissol vote pour la candidature de Léon Blum comme président du gouvernement provisoire (12 décembre 1946) et contre la question de confiance à la suite du vote de laquelle Paul Ramadier se séparera de ses ministres communistes (4 mai 1947), et il s'abstient volontairement lors du vote du 27 août suivant sur le statut de l'Algérie.

Le parti communiste présente à la Martinique, pour les élections législatives du 17 juin 1951, une liste toujours conduite par Aimé Césaire, maire de Fort-de-France. Ses engagements électoraux insistent tout particulièrement sur le fait que les communistes, écartés du pouvoir depuis 1947, ne peuvent être tenus pour responsables de l'aggravation de la situation, qu'ils décrivent. La liste communiste obtient 41 231 voix sur 65 626 suffrages exprimés (107 432 inscrits), et remporte deux des trois sièges à pourvoir. Léopold Bissol, en seconde position sur la liste, est donc réélu député de la Martinique pour la seconde législature.

Il est à nouveau nommé membre de la Commission de la marine marchande et des pêches (1951, 1953, 1954, 1955), et dépose un très grand nombre de textes qui concernent pratiquement tous la Martinique, les Antilles, ou, plus largement, la France d'outremer. Il s'agissait notamment, à la suite de la départementalisation, de faire appliquer outremer certaines dispositions régissant la France métropolitaine. Ainsi, sa proposition de loi du 13 novembre 1951 vise à introduire à la Guadeloupe, la Martinique et la Réunion, les dispositions de la lot du 5 avril 1884 sur l'organisation municipale qui n'y sont pas encore en vigueur. Le 27 mai 1952, il demande que l'on commémore officiellement le cent-cinquantième anniversaire de la mort, survenue le 28 mai 1802 à la Guadeloupe, du colonel Louis Delgrès, qui aurait résisté aux troupes du général Richepanse, "chargées par Bonaparte de rétablir l'esclavage".

Léopold Bissol intervient en outre très largement dans les discussions. Le 14 septembre 1951, il dépose une demande d'interpellation à propos des violences exercées par les gendarmes à Fort-de-France, puis une autre, le 19 février 1952, à propos des incidents graves qui s'étaient déroulés au Moule, chef-lieu de canton de la côte Nord de la Guadeloupe. Il intervient également sur les questions budgétaires lorsqu’elles intéressent les Antilles ou les affaires maritimes.

Léopold Bissol vote contre la ratification du traité de Paris sur la CECA (13 décembre 1951), contre l'ordre du jour gouvernemental lors des débats sur l'Indochine (27 octobre 1953), pour l'adoption de la question préalable opposée à la ratification du traité de Paris sur la CED (Communauté européenne de défense), vote équivalant au rejet du traité (30 août 1954), contre la confiance au gouvernement à propos de la politique et de la situation en Algérie (18 décembre 1954), et contre la confiance à Pierre Mendès France (5 février 1955). Le 31 mars suivant, il vote contre la loi d'urgence en Algérie, puis, le 29 novembre, contre la confiance à Edgar Faure.

Lors des élections du 2 janvier 1956 pour la troisième législature, Léopold Bissol figure à nouveau en seconde position sur la liste communiste conduite par Aimé Césaire à la Martinique. Ses engagements électoraux insistent sur les difficultés très grandes de la Martinique : "La plupart des distilleries ont cessé toute activité (...), la Martinique est devenue une terre de misère et de marasme". Avec 46 915 voix sur 75 868 suffrages exprimés (121 668 inscrits), la liste communiste conserve ses deux sièges, et lui--même est donc réélu député de la Martinique. Il est à nouveau nommé membre de la Commission de la marine marchande et des pêches (1956-1957). Député particulièrement actif, il ne dépose pas moins de onze textes au cours de cette brève législature. Sa proposition de loi du 7 février 1956 tend à normaliser les rapports entre les usines à sucre ou les distilleries et les petits planteurs qui les fournissent habituellement, et celle du 13 mai 1958 à développer la lutte contre la lèpre.

Il vote contre la confiance au gouvernement sur sa politique générale et la situation à Suez et en Algérie (25 octobre 1956), contre la confiance à Maurice Bourgès-Maunoury (12 juin 1957), contre la ratification des traités instituant la CEE et l'Euratom (9 juillet 1957), et contre la loi-cadre sur l'Algérie (30 septembre 1957). S'il se prononce pour l'état d'urgence (16 mai 1958) et la révision constitutionnelle (27 mai 1958), il vote contre la confiance au général de Gaulle (1er juin 1958) contre les pleins pouvoirs et la loi constitutionnelle (2 juin 1958).

Léopold Bissol s'était marié à Fort-de-France (Martinique) le 23 juin 1917 avec Marie-Marguerite Marie-Joséphine, dont il eut 8 enfants. Il est décédé à Fort-de-France le 18 septembre 1982 à l'âge de 93 ans


Source : Journal Justice

mardi, janvier 21, 2014

Histoire des Terres-Sainville


Le quartier Terres-Sainville, autrefois appelé « Faubourg Thébaudière » ou encore « Quartier des Misérables » était une zone marécageuse, particulièrement insalubre. Elle s’étendait sur une trentaine d'hectares et appartenait avant 1902 à un certain Marquis de Sainville. Parallèlement à ce développement, tout au long du XIX° siècle, le cœur de la ville de Fort-de-France prospérait, depuis le tremblement de terre de 1839 qui l’avait détruite, faisant disparaître pratiquement tous les bâtiments et occasionnant plusieurs morts. Quelques temps plus tard, un incendie a ravagé la ville, éliminant parfois, des familles entières que l’on n’avait pas pu sauver des flammes. On a reconstruit hâtivement quelques cases sur la place de la Savane afin de parer au plus pressé. Déjà , en 1892, un conseiller municipal avait signalé que le quartier des Terres-Sainville était un foyer d’infection. En 1896, l’hôpital civil a été construit sur le domaine de l’Hermitage. Ainsi, l’aménagement de la ville s’est poursuivi et le paysage autour des Terres Sainville s’est ordonné. 

Les canaux de drainage, qui ceinturaient les quartiers de la ville, au-delà des boulevards d’enceinte, furent comblés. Cette disposition a été prise dans les années 1869-1870. " On fit combler ces canaux et on les remplaça par des curettes " selon le Père JANIN (1924), d’après une thèse complémentaire de l’histoire des aménagements de Fort-de-France. Le maire de la ville, Monsieur Ruelle avait mis en vente les terrains ainsi dégagés. En juillet de l’année 1870, Madame Trabaud vendit à la mairie un terrain, afin de transférer l’ancien cimetière. Avant 1900, en marge de la ville , les Terres Sainville présentaient alors l’image d’îlots de cases séparées par une végétation de zones marécageuses. Dans ces îlots vers la rivière ou plus exactement le long de celle-ci, les Lakou apparaissaient .

Jusqu’en 1904, le terrain dit des Terres-Sainville, la Trenelle ou Thébaudière, est la propriété des héritiers Lacalle. En décembre 1904, le terrain, suite à un jugement du Tribunal de Fort-de-France, en date du 16 janvier1904, est vendu aux enchères pour la somme de 100 000 francs. La propriété du faubourg Thébaudière administrée par Melle Marie de Berry. Sur ces terrains, s’élèvent de nombreuses constructions pauvres et les propriétaires des maisonnettes payent une redevance locative mensuelle aux propriétaires. Ce sont plus de 6000 personnes qui sont logées dans ce quartier, leur nom ne cessant d’augmenter depuis 1902, ce quartier accueillant particulièrement les réfugiés de la catastrophe de Saint-Pierre, entraînant une augmentation du prix du loyer.

En 1904, Victor Sévère alors candidat à la mairie pour un second mandat, inscrit à son programme municipal l’expropriation du quartier. Après une longue procédure judiciaire, le 25 mai 1911, intervient le jugement sur requête du procureur de la République qui prononce l’expropriation du faubourg au profit de la commune.

L’horizon se dégage encore davantage pour la municipalité lorsque le 1er mai 1914, le Conseil d’Etat rejette les pouvoirs de la Société du faubourg Thébaudière.

La guerre et ses préoccupations immédiates éloignent des autorités, la question des Terres-Sainville, qui n’est définitivement réglée qu’en mai 1920, alors que Victor Sévère est momentanément éloigné de l’administration municipale. Un terrain d’entente est trouvé et c’est finalement à l’amiable que la Société du faubourg Thébaudière cède à la commune, pour le prix de 1 850 000 francs, les Terres-Sainville. 

C'est Victor SEVERE, maire de Fort-de-France entre 1900 et 1945 qui, entreprit vers 1920 de faire assainir et aménager les Terres-Sainville. Les travaux d'assainissement du quartier et de la ville ont continué d'être menés pendant les mandatures successives du maire Aimé CESAIRE depuis 1945.

Progressivement les Terres-Sainville, de terre d'exode pour ceux des campagnes qui "descendaient en ville", devaient devenir le plus grand quartier ouvrier et artisanal. 

Tandis que faillite et dépôt de bilan des grands planteurs se multipliaient dans les années 1880, ouvriers agricoles et d’usines, petits ruraux ruinés arrivaient en ville, en flot pressé et ininterrompu. La situation était devenue vite ingérable en matière d’habitats. Elle a empiré encore lorsqu’en 1902, la ville de Saint-Pierre a disparu. Une vague de réfugiés a été accueillie à Fort-de-France, on l’a estimée à 18.900 personnes. Ces dernières ont été dirigées sur plusieurs quartiers : Fond Lahayé, la Médaille et aux Terres Sainville. 

Aujourd'hui le quartier des Terres-Sainville est peuplé de près de 2000 habitants .

Il est situé au nord du centre ville de Fort de France, entre la Rivière Madame (appelée autrefois la rivière du petit Brésil) à l'Ouest, et la Rocade (RD 41) à l'Est et au Nord.

Aujourd’hui, avec une topographie plate, les rues de ce quartier sont rectilignes, perpendiculaires les unes aux autres. De faibles largeurs, elles sont toutes à sens unique avec généralement un stationnement unilatéral et un trottoir de chaque coté.

Source : Micheline Marlin-Godier - l'histoire de la ville de Fort-de-France de 1884 à 1914 

lundi, août 19, 2013

18 août 1891: Un cyclone ravage la Martinique.


Il y a aujourd'hui 122 ans, un cyclone frappait durement l'île de l'arc antillais. Les observateurs de l'époque ont estimé que ce cataclysme ne trouvait de précédent, par son ampleur, que lors de l'ouragan de 1766 qui ravagea totalement la Martinique. En effet, les deux villes bâties furent durement touchées, les 31 bourgs pratiquement rasés, et les 150 habitations sucrières de l'île intégralement ravagées. Les pertes humaines furent également très lourdes puisque l'on portait le nombre de morts à plus de 400 et 1200 blessés, tous retrouvés sous les décombres. Voici ce qu'en disait, en octobre 1891, un article du journal "Le Monde Illustré":

"Les campagnes, plus ravagées que par une guerre, présentent le désolant spectacle des cannes à sucre arrachées, des cacaoyers et des caféiers brisés, des cultures vivrières saccagées. La destruction s'étend sur toute l'île".

"Les Documentaires Afros" commémorent aujourd'hui ce triste anniversaire et cette page de l'Histoire.

August 18, 1891: A cyclone hit the Martinique.

122 years ago today, a cyclone hit the island hard to the West Indies. Observers at the time felt that this cataclysm was a precedent in its scope, that during the 1766 hurricane that completely ravaged Martinique. Indeed, the two cities were built badly affected 31 villages virtually razed, and 150 sugar plantations of the island entirely destroyed. The casualties were also very heavy because it was the number of dead at more than 400 injured and 1200, all found in the rubble. This is what said in October 1891, an article in the newspaper "The World's Illustrated":

"The campaigns, plus ravaged by war, have the sad spectacle rods pulled sugar, cocoa and coffee broken food crops vandalized. Destruction extends over the whole island."

The "Afro-Documentaries" page today commemorate this sad anniversary.

mercredi, avril 17, 2013

HISTORIQUE DU QUAI DE MARIGOT (Martinique)


Le quai de Marigot fait partie intégrante de l’histoire de l’Usine du Lorrain (1889-1955) qui joua, à l’époque, un rôle considérable dans le développement économique et social de la commune et de la région. Fondée le 03 janvier 1889 par Pierre Guillaume ASSIER DE POMPIGNAN, principal actionnaire et premier administrateur de l’Usine, Ingénieur des Arts et Manufactures, l’Usine du Lorrain se situait sur le territoire de Marigot à environ 3 kilomètres de son bourg, dont les ruines sont visibles jusqu’à nos jours. A l’origine, le quai de Marigot possédait un appontement en bois dont l’autorisation de construction fut délivrée par Marie Alexis Emmanuel ANICET, 1er Maire de la Commune de 1889 à 1900. Le 05 novembre 1908, Pierre Guillaume ASSIER DE POMPIGNAN, reçoit l’autorisation du gouverneur FOUREAU de construire un appontement-môle en maçonnerie avec pieux et poutrelles métalliques portant une voie ferrée, pour l’embarquement des produits de la région (rhum et sucre) et le débarquement des approvisionnements destinés à la dite Usine. Le train devait s’y engager en marche arrière. Les barques acheminaient les marchandises jusqu’à des bateaux mouillant au large pour être chargés avant de faire voile vers leurs destinations. Trois pirogues effectuaient des navettes Marigot-Trinité et Marigot-Fort de France pour le transport des produits et du matériel. De même que les usines de Vivé, Sainte-Marie, Bassignac, l’Usine du Lorrain utilisera un bateau magasin nommé « Dock » pour servir au transport de son sucre à destination de Trinité. Plusieurs hangars de stockage furent construits le long de la rivière en bordure de mer. L’actuel Restaurant « Le Ghetto », situé non loin de ce quai est un ancien entrepôt de sucre de l’Usine du Lorrain. L’ouvrage, dont la longueur était de 50 mètres à partir de la lame, possédait une partie en raccord au rivage de 15 mètres. Cet appontement avait un axe longitudinal dans la direction N. 85° et 30° E et était raccordé à la voie ferrée de l’Usine. La plate-forme d’une largeur de 1m80 était, à la côte, 2m50 au dessus du niveau de la mer. Vendant ses actions et une partie de ses terres dans le courant de l’année 1916, Pierre Guillaume ASSIER DE POMPIGNAN se fit remplacer aux fonctions d’administrateur par son gendre Jean-Baptiste Marie Léon BALLY. L’usine du Lorrain deviendra la propriété de la famille BALLY qui en assurera l’administration pendant près de 40 ans. La fermeture de l’Usine du Lorrain en 1955, conséquence d’une conjoncture économique, sociale et technique, provoque la désaffection de l’appontement, devenu depuis un lieu de promenade unique en Martinique pour les amoureux et autres amoureux de la mer.