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lundi, mai 10, 2021

Historique des abolitions


Quelques petites erreurs dans tes dates d'abolition... le premier fut le Portugal sur son territoire et la France bien parmi les premiers mais forcée par Saint-Domingue

En Europe, le Portugal fut le premier pays à abolir l'esclavage par le décret du 12 février 1761
Le 29 août 1793 par le conventionnel Léger-Félicité Sonthonax à Saint-Domingue.
Le décret du 4 février 1794 abolit l'esclavage sur toutes les colonies de la France par un vote de la Convention. La loi du 20 mai 1802 maintient l'esclavage dans les territoires (Martinique, Tobago et Sainte-Lucie, Réunion, Île Maurice) dans lesquels le décret du 4 février 1794 n'avait pas été appliqué. La même année, l'esclavage est rétabli en Guadeloupe. Il est rétabli en Guyane entre 1802 et 1804. La tentative de le rétablir à Saint-Domingue échoue et conduit à l'indépendance d'Haïti.
Le 1er janvier 1804, l'ancienne colonie française de Saint-Domingue, devenue République d'Haïti, à travers son acte d'indépendance, déclare libre tous les hommes sur son territoire.
En 1810 par le Chili
En 1813 par l'Argentine.
En 1821 par la Colombie.
En 1829 par le Mexique.
Le 2 mars 1833 pour les colonies britanniques.
En 23 janvier 1846 par la Tunisie.
Le 9 octobre 1847 par la Suède à Saint-Barthélemy23 et le 26 décembre par l'Empire ottoman.
Le 27 avril 1848 (troisième abolition) par la France sur les colonies françaises.
En 1848 par le Danemark sur leur colonie de l'île St.Croix (Antilles)
En 1863 par les Pays-Bas.
Le 18 décembre 1865 dans tous les États-Unis, après la Guerre de Sécession.
En 1873, John Kirk informa le sultan Barghach ben Saïd de Zanzibar qu'un blocus total de l'île était imminent. Barghach signa à contrecœur le traité anglo-zanzibari qui abolit la traite des esclaves dans les territoires du sultan, ferma tous les marchés d'esclaves et protégea les esclaves libérés.
Le 13 mai 1888 au Brésil.
En 1942 par l'Éthiopie.
En 1980 en Mauritanie, dernier pays à avoir officiellement aboli l'esclavage. J.M Montoute

mardi, mai 22, 2018

Victor Mazulime député né esclave



Elu représentant du peuple lors des premières élections législatives tenues après l’abolition de l’esclavage dans les colonies, Victor Petit-Frère Mazulime (1789-1854) a été le premier député martiniquais noir. Esclave affranchi, sa vie extraordinaire reste peu connue. Retour sur son parcours, occulté de nos livres d’histoire.

A mesure qu’il sentait monter son dernier souffle, alité dans la chambre de son hôtel particulier parisien, en cet hivernal samedi 28 janvier 1854, le cœur meurtri de n’avoir pas revu sa Martinique, Victor Petit-Frère Mazulime devait se remémorer ses premiers pas de représentant du peuple dans la salle des Quatre colonnes du Palais Bourbon après son élection en Martinique le 9 août 1848. Un souvenir chassant l’autre, au moment de passer de l’autre côté du monde, il devait aussi se rappeler son départ de son Fort-Royal natal, qu’il ne pouvait pas savoir définitif, sur ce navire qui l’emmenait vers les Etats-Unis, âgé d’à peine 13 ans, au service de son maître, le maréchal des logis Mottet, chef de la gendarmerie.



Muté à Paris, Mottet affranchit son esclave domestique. Il est engagé par le général Pernéty qui en fait son cocher et son homme de confiance. Le jeune homme se marie avec la femme de chambre de la fille du général. Le couple aura deux filles, dont l’une meurt jeune. La survivante, Uranie, ouvrira un pensionnat colonial pour jeunes filles au pays natal de son père.

Qu’a donc pu ressentir le représentant Mazulime en traversant la place de la Concorde avant de pénétrer en ce lieu du pouvoir ? De la fierté, certainement, d’avoir été choisi par les électeurs de sa terre natale. La sensation d’être écrasé sous le poids des responsabilités aussi. Et un immense soulagement, lui qui n’a pas ménagé sa peine pour que ses frères et soeurs esclaves soient enfin affranchis. Son entrée au palais abritant l’Assemblée nationale constituante bruisse de mille discussions et de cent discours depuis de longues semaines. Les représentants du peuple élus les 23 et 24 avril ont un programme chargé : la rédaction de la Constitution de la Deuxième République.



Deux mois auparavant, la royauté est chassée. Du 22 au 24 février, les barricades fleurissent à Paris. Le peuple se révolte contre le roi Louis-Philippe et la Monarchie de Juillet, instaurée en 1830. Ce régime a remplacé celui de la Restauration mis en place en 1814 et 1815. Le dernier gouvernement de François Guizot est empêtré dans une crise économique et politique durable. Il choisit d’amplifier la répression des manifestations de l’opposition organisées dans toute la France sous la forme de banquets. En dépit de leurs désaccords, républicains et libéraux s’unissent pour mettre fin au régime de la monarchie constitutionnelle.



L’abdication de Louis-Philippe en faveur de son gendre, le duc Philippe d’Orléans, trop tardive, est vaine. L’un des porte-parole de la rébellion, le célèbre poète Alphonse de Lamartine, proclame la Deuxième République le 24 février à l’hôtel de ville aux côtés de Ledru-Rollin. L’heure du retour des libertés publiques a sonné, dans les colonies aussi. C’est l’effervescence chez les républicains.

Les partisans de l’abolition, natifs des colonies réfugiés ou en exil à Paris exultent. Mazulime est au centre de la bataille pour l’émancipation. Lui qui milite depuis tant de temps en faveur de la libération de ses frères de couleur est sur tous les fronts. Il se tient aux côtés de Cyrille Auguste Charles Bissette, le grand abolitionniste martiniquais condamné au bagne, puis réhabilité, qui tient la victoire de toute une vie.

La monarchie définitivement abolie

Le nouveau régime s’installe. Un gouvernement collégial provisoire de 11 membres signe plusieurs décrets instaurant le suffrage universel, l’interdiction de la peine de mort, le rétablissement de la liberté de réunion et de la liberté de la presse. Sans oublier la suppression de l’esclavage. Les élections législatives se tiendront tout le long de l’année 1848 à des dates différentes dans chacune des colonies. Le calendrier dépend de la prise d’effet du décret d’abolition et transformant les esclaves en citoyens. Ce sera le 9 août en Martinique, le 22 août en Guadeloupe, le 30 octobre en Guyane et au Sénégal. La Réunion et les comptoirs de Madagascar (Nosy-Bé et Sainte-Marie), ne sont pas représentés à l’Assemblée nationale constituante. 

Ce n’est pas la première fois que les colonies disposent de délégués à l’Assemblée nationale. Sous la Révolution, la Martinique a été représentée par Janvier Littée, homme de libre couleur, ou mulâtre. Les Noirs ne pouvaient pas être électeurs ni éligibles. Littée a siégé à la Convention nationale avec Jean Crassous de Medeuil et Michel Fourniols d’octobre 1793 à octobre 1795, puis au Conseil des Cinq-Cents avec ce dernier jusqu’en mai 1797. Arrivé au pouvoir en 1799, Napoléon Bonaparte supprime la représentation parlementaire des colonies. Les protestations des colons, les békés, et de leurs relais parisiens n’y changeront rien. Cette éviction sera prolongée durant trente ans sous la Restauration (1814-1830) et la Monarchie de Juillet (1830-1848).

Désormais, les habitants des colonies ont à nouveau le droit de choisir leurs députés. Il convient au préalable de refondre l’administration coloniale. Le ministre de la Marine François Arago, républicain, astronome et physicien renommé, nomme auprès de lui un sous-secrétaire d’Etat aux Colonies. C’est Victor Schoelcher, républicain, franc-maçon, précipitamment rentré de Saint-Louis du Sénégal où il était en campagne pour l’abolition.

Le lendemain de son arrivée à Paris, le 4 mars, Schoelcher met en place une commission, dont il est le président. Elle est chargée de « préparer, sous le plus bref délai, l'acte d'émancipation immédiate dans toutes les colonies de la République ». Ce qui implique d’accorder le droit de vote aux anciens esclaves et d’attribuer un patronyme à ceux qui n’en ont pas. La commission de 7 personnalités connues pour leur engagement abolitionniste siège sans désemparer dès le 6 mars.



Schoelcher écarte Bissette de la commission pour l’abolition

Hormis son président Schoelcher, le plus connu des membres de la commission pour l’abolition est le Martiniquais François-Auguste Perrinon, commandant dans l’artillerie de marine, premier homme de couleur natif des Antilles admis à l’Ecole Polytechnique, en 1842. En congé de l’armée, il se consacre à la production de sel dans sa propriété de Saint-Martin. Il a pu y démontrer que le salariat devait se substituer au travail gratuit. Il est l’un des plus influents des membres de la commission. Comme le haut fonctionnaire Henri-Joseph Mestro, en poste depuis plusieurs années à la direction des Colonies du ministère de la Marine.

L’avocat parisien Adolphe Gatine en est aussi. Il a défendu les mulâtres martiniquais Cyrille Bissette, Jean-Baptiste Volny et Louis Fabien fils, accusés d’avoir distribué en 1823 une brochure réclamant l’égalité des droits entre Blancs et hommes de couleur. Autre membre important de la commission, Charles Gaumont, ouvrier horloger parisien, militant du mouvement prolétarien. Rédacteur à «L’Union », il avait publié en 1844 la pétition des ouvriers de Paris en faveur de l’abolition de l’esclavage. Deux secrétaires sont chargés de la rédaction des travaux : l’historien Henri Wallon, spécialiste de l’esclavage dans l’Antiquité, et Louis Percin, avocat martiniquais.

Au grand dam de ses amis, Bissette est écarté par Schoelcher, son rival. Les deux hommes poursuivent le même but mais ne s’entendent pas sur les voies et moyens pour y parvenir. Entre autres griefs, Bissette reproche à Schoelcher d’avoir voulu une émancipation progressive des esclaves. Durant une quinzaine d’années, ils échangent invectives et attaques. Rancunier, l’abolitionniste parisien reste insensible à une pétition des amis de l’abolitionniste martiniquais réclamant son insertion au sein de la commission.

Plusieurs membres de ce groupe de travail hésitent à accorder le droit de vote immédiatement aux esclaves d’hier. Selon l’historienne Nelly Schmidt, « la représentation des colonies à l'Assemblée par élection au suffrage universel avait provoqué la réticence de nombreux membres de la commission. Mestro, fonctionnaire responsable du Bureau des Colonies au ministère, mais aussi Perrinon et Gatine jugèrent l'octroi de droits politiques aux «nouveaux libres» dangereux, inapplicable dans des colonies où les antagonismes sociaux étaient encore si profonds. »

« les nègres sont de grands enfants, aussi peu capables de connaître leurs droits que leurs devoirs ». 
Froidefonds Desfarges

Il faut ajouter à ces tergiversations le mépris ouvertement affiché par les délégués des colons. «Applicable aux hommes âgés de plus de 21 ans, le suffrage dit universel fit l'objet des tentatives de réduction les plus fantaisistes. Les délégués des planteurs de Guadeloupe, Jabrun et Reizet, souhaitèrent par exemple que seuls « les libres avant l'émancipation générale » fussent admis à l'exercice de ce droit civique. Froidefonds Desfarges, délégué des colons de Martinique qui venait de remplacer Jollivet, récemment décédé, avait estimé que « les nègres sont de grands enfants, aussi peu capables de connaître leurs droits que leurs devoirs » nous dit Nelly Schmidt.

Ces réserves trouvent écho au sein de la commission. Mestro plaide la prudence et la patience. Perrinon craint que les futurs citoyens ne soient pas mûrs pour exercer le droit de vote. Il propose de prendre exemple sur l’expérience des colonies anglaises. L’esclavage y a été aboli en 1833 et le droit de vote appliqué progressivement. Si les anciens esclaves peuvent désormais choisir leurs représentants, ceci ne signifie pas ipso facto que ceux-ci défendront leurs intérêts. Elire des colons nostalgiques de l’esclavage n’est pas exclu.




Voter oui, mais pour quel représentants ?

C’est la crainte exprimée par Mazulime. Venu présenter une « adresse des nègres et d’hommes de couleur » à la commission lors de sa séance du 11 mars, il expose sa crainte que les futurs affranchis, analphabètes et mal informés, soient influencés par les colons. Schoelcher lui rétorque qu’il y a des Blancs et des mulâtres capables de défendre la cause des Noirs. Mazulime est à moitié convaincu. Quelques semaines plus tard, sur les conseils de ses amis, il se porte candidat suppléant à la députation sur la liste républicaine aux côtés de Cyrille Bissette, Pierre-Marie Pory-Papy, le maire de Saint-Pierre, et Victor Schoelcher.

Le rapport final de la commission est adopté par le gouvernement provisoire. Le décret abolissant définitivement l’esclavage est publié au Journal officiel le 27 avril 1848. Il prend effet en Guadeloupe, Guyane, Martinique, Réunion et dans les comptoirs du Sénégal et de Madagascar. L’interdiction de l’esclavage actée, les travailleurs serviles deviendront, du jour au lendemain, des citoyens libres, électeurs et éligibles.

Mazulime se prépare à la bataille, sans pour autant mener campagne dans sa circonscription. Vivant à Paris depuis de longues années, il s’est nourri de l’activisme déployé aussi bien par Bissette que par Schoelcher. Il se reconnaît aisément dans ce courant républicain, réclamant l’égalité des droits et un changement de régime dans les colonies.

D’après l’historien Marc Séfil, le courant républicain des années 1840 
« revendiquait une assimilation complète des colonies à la métropole. Les personnalités marquantes de ce courant étaient des membres de l’élite des gens de couleur comme François-Auguste Perrinon ou des notables comme Pierre Pory-Papy, qui s’étaient déjà illustrés sur le front de l’abolition. Mais on y trouve aussi des hommes de couleur de conditions plus modestes, comme Louisy Mathieu en Guadeloupe ou Victor Mazulime en Martinique. »

Un militant abolitionniste de longue date

Sans être un chef politique, Mazulime milite activement pour l’abolition. Il est trésorier général d’une association, « Les Enfants de l’Afrique », regroupant les partisans de l’émancipation des esclaves. Il participe aux réunions du comité de rédaction de La Revue des colonies, le journal mensuel fondé par Bissette pour propager ses idées. Il fait signer des pétitions aux côtés de Louis Fabien fils, compagnon de lutte de Cyrille Bissette et de Jean-Baptiste Volny. Des activistes efficaces.

Outre le décret d’abolition, un autre texte instaure le suffrage universel, réservé aux hommes de plus de 21 ans. Nelly Schmidt nous apprend que, tant en Guadeloupe qu’en Martinique, «des campagnes électorales particulièrement vives, auxquelles les loges maçonniques prennent une part déterminante, s’ouvrent dès le lendemain de l’abolition. Des clubs politiques, de nouveaux journaux sont créés, la participation électorale dépassant parfois le taux de 70% lors des premiers scrutins des années 1848-1850. (…) Les élections législatives ont lieu dès août 1848 en Guadeloupe et en Martinique, organisées en fonction du décret instaurant le suffrage universel masculin du 5 mars 1848 et des instructions accompagnant le décret d’abolition de l’esclavage ».




La participation est forte. Faute de disposer du nombre précis des électeurs inscrits, Nelly Schmidt la situe entre 52 et 58 %. Cyrille Bissette l’emporte avec 96 % des voix. Pierre Pory-Papy est second avec 93 %. Il est suivi par Schœlcher qui obtient 92 % des suffrages des 33.743 votants. Ce dernier totalise 47% en Guadeloupe, quand François-Auguste Perrinon obtient 48 % et Louisy Mathieu, né esclave comme Mazuline, 34 %.

Elu en Guadeloupe et en Martinique, Schœlcher choisit de représenter la Martinique. Il laisse son siège de Guadeloupe à son suppléant, Louisy Mathieu. L’élection de Bissette est annulée, en raison de son ancienne condamnation au bagne. Il est contraint de laisser son siège au suivant de liste, Mazulime. Vivant à Paris, celui-ci se rend au Palais Bourbon dès qu’il apprend son élection, plusieurs semaines après ce fameux 9 août gravé à jamais dans sa mémoire, ce jour où la Martinique a choisi librement ses députés.

Devenu coutumier des arcanes parlementaires, le citoyen Victor Petit-Frère Mazulime ne cesse de batailler ferme pour défendre la nouvelle Constitution. Le texte adopté le 4 mai consacre, entre autres libertés fondamentales, l’abolition de l’esclavage. Vraisemblablement lassé des joutes politiques incessantes, mais ô combien rassuré quant à la solidité des nouvelles institutions coloniales, il se retire peu à peu de la vie publique.


Rentier, propriétaire d’un hôtel particulier dans le 6 ème arrondissement de Paris, rue Duguay-Trouin, il ne se présente pas aux élections de 1849 destinées à mettre en place l’Assemblée nationale législative. Il rendra hommage au régime en ces termes : «Honneur et reconnaissance à la République française qui a rendu la liberté aux noirs. Je fus nommé en août 1848 le premier de la race noire représentant du peuple par 18 492 nouveaux citoyens à l'Assemblée constituante. Je dois cette reconnaissance à la République seule. Aussi je dis : vivons et mourons pour elle ». C’est ainsi qu’en ce 28 janvier 1854, Mazuline, venu au monde esclave, peut s’en aller la conscience tranquille, la paix intérieure gagnée, la dignité obtenue, la liberté conquise. Né enchaîné, il s’en va en homme libre.

Jean-Marc Party - Publié le 21/05/2018 à 15:33, mis à jour le 22/05/2018 à 09:42

lundi, janvier 16, 2017

A PROPOS DE LA GREVE DE LA FAIM DE SERGE ROMANA


Depuis le 13 janvier 2017, Serge ROMANA, président d’un comité dénommé Comité de Mémoire 98 (CM98), a entrepris de faire une grève de la faim devant le Sénat.

Motifs ? La suppression par le sénat, suite à un amendement d’un sénateur guadeloupéen dans le projet de loi sur l’égalité réelle, d’un article 20A qui prévoyait  de scinder la commémoration de la mémoire de l’esclavage entre le 10 mai journée nationale des mémoires sur la traite de l’esclavage et de leurs commémorations et le 23 mai prévu comme journée des victimes l’esclavage colonial.

Quand on connaît le positionnement résolument révisionniste voire négationniste de Serge ROMANA sur la traite négrière et l’esclavage des noirs, on  comprend très vite que cette grève de la faim ne peut être qu’une mise en scène bien organisée via les réseaux sociaux afin d’occuper les devants de la scène et se faire passer pour le chantre de la mémoire de l’esclavage.

Or, tous ceux qui mènent depuis plus de 30 ans un véritable  combat pour la mémoire et la réparation ne peuvent  que se rendre à l’évidence : M. ROMANA  soutenu par les descendants esclavagistes et les représentants  de l’état français,  met tout en œuvre pour étouffer l’émergence de cette mémoire et la mise en place de la nécessaire réparation des  afro-descendants qui subissent encore les conséquences dramatiques de ce crime contre l’humanité.

Ainsi, dans la fondation qu’il a mise en place avec  des grands blancs créoles,  et quelques créolisés sbires des ministères français, M. ROMANA prône la Réconciliation avec les descendants de nos tortionnaires esclavagistes en affirmant notamment qu’il nous faut  « une mémoire vidée d’accusations contre les blancs.

M. ROMANA une mémoire vidée est une mémoire tronquée !

Vous osez nous demander d’accepter  que ce crime contre l’humanité a été commis  sans criminel !!!  Mais cependant avec des victimes puisque vous faites une grève de la faim pour avoir la date qui vous convient afin de  commémorer la mémoire  des victimes de l’esclavage colonial.

N’est ce pas honteux ? Surtout quand nous savons tous que ces descendants d’esclavagistes continuent de nous dominer grâce à la possession des richesses générées par la sueur et le sang de nos ancêtres.

Sous couvert de réconciliation,  vous entendez de nouveau, comme l’a fait l’Etat français après 1848,  organiser l’oubli des victimes du crime que vous sommez de ne pas accuser leurs tortionnaires  toujours bien vivants et actifs.
Vous allez même plus loin que l’Etat français, dans votre démarche négationniste, puisque ce sont les victimes qui sont mis en accusation : d’avoir oublié leur ancêtres de ne pas les commémorer comme il se doit etc….

M. ROMANA c’est trop tard, votre grève de la faim pour la suppression d’un  article dans une loi française,  destinées à retenir une date pour commémorer la mémoire des victimes (de qui puisque pour vous il n’y a pas de criminel), ne trompe plus personne car tout un chacun sait qu’elle n’est destinée qu’à satisfaire votre mégalomanie galopante.

Pour conclure permettez-moi de vous poser ces questions, vous qui êtes associés avec les puissances économiques de nos pays  et qui avez vos entrées dans tous les ministères de la république française :

-  Pourquoi  n’avez-vous pas fait une grève de la faim  quand les magistrats de la cour de cassation nous a rejetés hors humanité en estimant qu’il n’y avait pas lieu de condamner un blanc créole qui avait estimé que l’esclavage avait de bons cotés au motif qu’aucun texte ne le permettait, la loi TAUBIRA n’étant qu’une coquille vide.

- Où étiez-vous quand des avocats de Martinique et de Guadeloupe sont venus à plusieurs reprises plaider à la 17 ème chambre correctionnelle de PARIS pour faire sanctionner les agissements discriminatoires de ces magistrats.

Peut être estimez vous qu’un tel combat ne peut être le vôtre puisqu’il aboutit à mettre en accusation un système raciste fondé sur la domination du….blanc créole ce que vous refusez de faire dans votre démarche de….Réconciliation.

Monsieur ROMANA contrairement aux membres de la communauté des afro- descendants que vous tentez de couillonner nous savons que vos amis députés de l’assemblée nationale française vous accordera votre jouet que vous appelez pompeusement une « arme politique » à savoir l’adoption de la date du 23 mai pour la une commémoration des victimes de l’esclavage colonial.

Et alors vous bénéficierez de l’aura nécessaire  pour accéder au poste que vous souhaitez au sein du pouvoir colonial français puisque  c’est  vous qui avez présidé le comité qui a organisé le 23 mai 1998 cette marche des afros descendants à l’initiative de nombreuses associations dont vous ne semblez nullement vous souciez actuellement.

Ce qui est sur c’est que votre démarche résolument négationniste ainsi que tout le fric que les HAYOT, DE LUCY et DE JAHAM et autres blancs créoles, mettront dans votre fondation pour créer une mémoire expurgée du crime  et orientée dans l’acceptation de la domination du blanc,  ne suffiront pas à arrêter notre marche inexorable pour la reconnaissance pleine et entière de  notre dignité humaine qui implique la réparation.

Le 14 janvier 2017
Pour le MIR Martinique
C. DUHAMEL

samedi, septembre 17, 2016

Louis X le Hutin


"Pendant son court règne (1 an et demi), l’esclavage fut aboli. Par un édit du 3 juillet 1315, le souverain prohiba l'esclavage sur le territoire français. L'édit en question dispose que " selon les droits de la nature, chacun doit naître franc ". Dès lors, le royaume de France vécut avec le précepte : " Le sol de France affranchit celui qui le touche ". C'est en application de cette loi qu'en 1571, à Bordeaux, des esclaves en provenance d'Afrique furent affranchis par le parlement de ladite ville pour avoir foulé le sol français". <http://www.bu.univ-rennes2.fr/blog/23-05-2016/louis-x>.

lundi, août 15, 2016

L’événement déclencheur de l’insurrection du 22 mai


"Le 20 mai au soir à l’habitation Duchamp, le maître a interdit le tambour pendant la soirée de la grage du manioc ; pourtant c’est la coutume et Romain, le tanbouyé, refuse d’obéir ; il en résulte un "charivari". Duchamp appelle les gendarmes qui arrêtent Romain et le conduisent à la geôle à Saint-Pierre.

Une foule de plus en plus nombreuse d’esclaves et de "libres" venant du Prêcheur mais aussi du Morne-Rouge, du Carbet, des quartiers de Saint-Pierre se dirigent vers la ville et réclament à grands cris la libération de Romain. Pory-Papy, un mulâtre adjoint au maire de Saint-Pierre prend sur lui de faire libérer Romain. Les esclaves regagnent joyeusement les habitations : ils ont gagné !

Tout aurait pu en rester là si Huc n’avait pas fait tirer sur eux – trois morts et dix blessés. On fait demi-tour, on se dirige vers Saint-Pierre emportant morts et blessés. On tue au passage le beau-fils de Huc qui fait de la provocation. Il s’en suit une véritable bataille qui fera vingt morts dans les rangs des révoltés. Mais ils l’emporteront. Huc et quelques familles békés sont contraints de fuir par la mer et quitteront définitivement la Martinique pour Cuba, Puerto-Rico ou mieux le sud des Etats-Unis où l’esclavage a encore de belles années devant lui…

Le 22 mai, le peuple envahit les rues de Saint-Pierre. Des familles békés se réfugient dans la maison des Sanois. Les insurgés entourent la maison. Un coup de feu est tiré de l’intérieur et tue un manifestant ; la maison est alors incendiée ; on dénombrera trente-trois morts.

Nous sommes le soir du 22 mai, une grande partie de Saint-Pierre est en flammes. Le peuple en armes s’est soulevé et réclame l’abolition immédiate de l’esclavage.

Le conseil municipal de Saint-Pierre appelle en urgence le gouverneur Rostoland et lui demande de décréter l’abolition même si pour ce faire il outrepasse ses pouvoirs.

L’émancipation n’a pas été octroyée, nous savons que nos ancêtres l’ont conquise. Le soir du 22 mai, Saint-Pierre est en flammes. Le 23 au matin le gouverneur Rostoland , pressé par le conseil municipal de la ville, signe le décret d’abolition"...

Marie-Christine Permal :
Intervention du 22 mai 2009 à l’Anse Cafard (Diamant)

jeudi, mai 12, 2016

Indemnisation des anciens propriétaires d'esclaves


L’article 5 du décret 27 avril 1848 a posé les bases des indemnités accordées aux anciens propriétaires. Elles furent débattues lors de trois séances de l’Assemblée Nationale (19 janvier, 23 et 30 avril 1849).

Le principe posé par l’article 5 du décret 27 avril 1848 a été mis en œuvre par la loi n° 285 du 30 avril 1849, suivie du décret d’application n° 29 du 24 novembre 1849 relatif à la répartition de l’indemnité coloniale.

Ces textes ont institué un système d'indemnisation ultra favorable... Aux anciens propriétaires.

Une première indemnisation immédiate de 6 millions de francs fut versée immédiatement , et une rente annuelle de 6 millions de francs sur 20 ans, soit au total 120 millions de francs, inscrits sur le grand livre de la dette publique.

Au final, ont été affranchis 248 010 esclaves. Leur valeur marchande, fut fixée réglementairement et variable :

- prix d’un esclave de la Martinique : 425, 34 F

- prix d’un esclave de la Guadeloupe : 469,53 F

- prix d’un esclave de la Guyane : 624,66 F

- prix d’un esclave de la Réunion : 711,59 F

S’agissant de la Guadeloupe, 87 087 esclaves ont été affranchis et l’indemnisation s’est élevée à 1 947 164,85 F pour la compensation immédiate, et 38 943 296,00 F pour la rente, soit un total de 40 890 461,00 F.

Pendant ce temps, l’indemnisation versée aux esclaves était de zéro franc, zéro centime.

- Une honte, une erreur qui entache notre pays, comme à t'on pu fixer un prix pour un humain ???

- Comment a t'on pu indemniser les propriétaires sans indemniser les victimes ?

jeudi, février 05, 2015

Le 4 février

Le 4 février commémorait la première abolition de l'esclavage pris sous la Convention en le 4 février 1794, Toussaint Louverture fut l'un des combattants pour l'émancipation des Noirs, l'un des libérateurs de Haïti.

Il fut nommé capitaine général par Bonaparte, avant que celui-ci outré par les idées progressiste de Toussaint Louverture ne décida d'envoyer ses troupes commandé par le général Leclerc, l'arrêter et le déporter en juin 1802 en France.

Il fut dans le Doubs au fort de Joux ou il y mourut le 7 avril 1803, après un hiver particulièrement rude dans le Jura.

Rodolf Etienne nous offre une traduction créole de Monsieur Toussaint, d'Edouard Glissant au édition Mémoire d'encrier.

lundi, février 02, 2015

A propos de la décision de la mairie FN de Villers-Cotterêts de commémorer le général Dumas le même jour à la même heure


Le maire de Villers-Cotterêts (Aisne) M. Franck Briffaut (Front national) avait refusé, le 10 mai 2014, journée nationale de commémoration de l’esclavage et de ses abolitions, de rendre officiellement hommage au général Dumas, né esclave dans une ex-colonie française.

Cet hommage,  l’association des amis du général Dumas, avec le soutien de nombreuses associations, l’avait néanmoins rendu.

Neuf mois plus tard, le 4 février 2015, jour anniversaire de la première abolition de l’esclavage, le même Franck Briffaut va rendre au général Dumas, à Villers-Cotterêts, l’hommage officiel refusé le 10 mai.

Nous ne pouvons que nous réjouir de voir la municipalité de Villers-Cotterêts admettre, fût-ce avec 9 mois de retard, d’une part que le général Dumas est une figure emblématique de la nation, d’autre part qu’il faut commémorer l’abolition de l’esclavage.

Ce même 4 février 2015, à 18 heures, l’association des amis du général Dumas, comme elle l’avait déjà fait le 4 février 2014, célébrera le général Dumas devant le monument dont elle a demandé et obtenu l’installation, en 2009, place du général-Catroux à Paris (17e).

Elle commémorera ainsi la 1ère abolition de l’esclavage par la République française le 4 février 1794 tout en faisant écho à l’ouverture du Black History Month des Afro-Américains.

Nous appelons à cette occasion tous les descendants d’esclaves, tous les Afro-descendants, tous les Africains de France et tous leurs amis à se rassembler à notre appel.

Nous souhaitons montrer que le général Alexandre Dumas,  héros républicain, figure de l’intégration, arrivé sans papiers sur le territoire français, victime du racisme, ne saurait être récupéré par aucun parti, à plus forte raison s’il ne partage pas les valeurs que le général  défendait.

Dans le contexte des violences atroces des dernières semaines, mais aussi après la polémique déclenchée par le spectacle Exhibit B  et  la répression inadmissible qui a visé les Afro-descendants et les Africains de France exprimant leur légitime indignation face à cette « performance » imposée grâce à l’argent et la force publiques, il convient de montrer que la lutte contre la négrophobie ambiante s’inscrit dans le combat contre toutes les formes de racisme au même titre que la lutte contre l’antisémitisme ou l’islamophobie.

Ce combat passe par la valorisation des figures emblématiques dont le général Dumas est, sans conteste, le plus bel exemple.

Le monde entier est préoccupé par la montée du racisme en France, et il est attentif à  la  manière dont la France traite la mémoire des héros issus de ses minorités.

Les Français dont les ancêtres ont subi l’esclavage et la colonisation ont besoin de savoir que les  héros qui leur ressemblent - et qui peuvent servir de modèles aux plus jeunes - ne sont pas exclus du panthéon national par un apartheid mémoriel qui s’ajouterait aux injustices sociales renforcées par le racisme.

Traiter ces héros par le mépris, comme c’est trop souvent le cas, c’est s’exposer demain aux plus graves dangers.

Nous demandons  à l’État, en honneur du général Dumas, de répondre à la demande de la ville de Paris exprimée par le vœu du 1er octobre 2014 et de mettre en chantier un centre Dumas de culture et de mémoire, dédié aux descendants d’esclaves, aux Afro-descendants et aux Africains de France 1er octobre 2014 et  de mettre en chantier un centre Dumas de culture et de mémoire, dédié aux descendants d’esclaves,  aux Afro-descendants et aux Africains de France, qui pourrait accueillir par ailleurs le centre des outre-mer, promis par M. François Hollande voici déjà trois ans, comme il a été promis de retirer le mot « race » de la Constitution.

Claude Ribbe

A l’occasion du 221e anniversaire de l’abolition de l’esclavage

A l’occasion du 221e anniversaire de l’abolition de l’esclavage du (4 février 1794) et de l'ouverture du Black History Month,  L’association des amis du général Dumas et Claude Ribbe vous invitent à vous rassembler à Paris

mercredi  4 février 2015 à 18 heures
précises devant le monument au général Dumas
Place du général-Catroux
75017 Paris
Métro Malesherbes
ligne 3 bus 94

mercredi, mars 20, 2013

" ANGELA DAVIS, qui est aujourd'hui la rédactrice en chef d'un jour du journal l'Humanité, s'exprime sur la peine de mort....


LA PEINE DE MORT, UN FANTÔME DE L'ESCLAVAGE

"Lorsque la loi abolissant la peine de mort entrera en vigueur au Maryland, cela initiera, je l'espère, un processus qui conduira d'autres États à abolir à leur tour la peine capitale. Les États-Unis sont le seul pays industrialisé à avoir recours de façon systématique à la peine capitale pour des crimes ordinaires. L'an dernier, à la même époque, Troy Davis a été exécuté en Géorgie en dépit d'une extraordinaire mobilisation internationale. Son exécution a prouvé la difficulté du combat contre la peine de mort aux États-Unis. Mais je crois que nous allons dans une bonne direction. D'un point de vue historique, la survivance de la peine de mort aux États-Unis est très liée à l'héritage esclavagiste. La peine capitale aurait dû être abolie au XVIIIe siècle, en même temps que les châtiments corporels. Mais, lorsque la peine de mort fut peu à peu abandonnée, pour n'être réservée qu'aux meurtriers, elle est restée une punition commune, systématique pour les esclaves noirs. Dans certains États, plus de cinquante infractions pouvaient justifier la mise à mort d'esclaves noirs. En fait, l'esclavage fut une sorte de refuge pour la peine de mort. Et lorsque l'esclavage fut aboli, la peine de mort est restée une sanction commune pour les anciens esclaves, pour les Noirs devenus libres. Cette dimension historique permet de comprendre à quel point la peine de mort est en fait une institution raciste, un fantôme de l'esclavage, une survivance du système esclavagiste au XXIe siècle. L'alternative à la peine de mort, à la mort physique, c'est malheureusement la mort civique. Les États-Unis ont la taux de détention le plus élevé du monde, avec 2,5 millions de détenus. Si tous ceux qui sont déchus de leurs droits civiques, à la suite de condamnation pouvaient voter, George W. Bush n'aurait jamais été élu! Il faut donc abolir la prison comme modèle dominant de sanction, ce combat est intrinsèquement lié à celui de l'abolition de la peine de mort. "

vendredi, mars 01, 2013

Sur les traces des indemnisations payées aux propriétaires d'esclaves dans les Caraibes anglaises


Lorsque le Royaume-Uni a aboli l'esclavage en 1833, le gouvernement de l'époque a versé 20 millions de livres en indemnisation - pas aux esclaves, mais à leurs propriétaires. La route par la suite empruntée par cet argent a été suivi par une équipe d'historiens de l'UCL, dont le nouveau site, Legacies of British Slave Ownership, a été lancé mercredi dernier.

Basé sur le travail de l'historien Nick Draper - qui a passé trois ans à effectuer des recherches sur le nom de chaque propriétaire d'esclaves dans les Antilles britanniques au moment de l'abolition de l'esclavage - l'équipe de l'UCL a mis trois ans de plus à suivre les traces de l'argent à partir du moment de l'indemnisation. On espère ainsi faire la lumière sur l'impact réel de l'esclavage sur l'histoire du Royaume-Uni dans tous les domaines de la vie, en voyant les impacts immédiats physiques, culturels, artistiques, politiques et autres effets de cet argent.

Dans un entretien avec Wired.co.uk, le chercheur Keith McClelland affirme que ''40 à 50% [des £ 20m] sont restés au Royaume-Uni, et ont été distribué à environ 3.000 personnes. En tout près de 47.000 personnes ont reçu une indemnisation, donc, le montant d'argent resté en Grande-Bretagne était disproportionné par rapport au nombre de demandeurs. Certains ont reçu beaucoup d'argent, mais il y aussi des gens ordinaires issus de la classe moyenne qui ont fait des réclamations pour des sommes relativement peu élevées par rapport au total. Ce qui est intéressant c'est que, si on regarde l'ensemble des réclamations, dans les Caraïbes environ 40 à 50 % des requérants étaient des femmes. Il y a cette histoire selon laquelle les femmes ne possédaient aucuns biens, mais en réalité, il y avait un nombre important de femmes qui possédaient des esclaves comme biens. Environ 25 % des personnes ayant reçu des compensations en Grande-Bretagne étaient des femmes. "

Le paiement 20 millions de livres représentait 40% du budget du gouvernement britannique de l'époque, et correspont à environ £ 16,5 Milliards de Livres Sterlings d'aujourd'hui. Une personnalité de taille ayant reçu la compensation était George Hibbert, l'un des fondateurs de la Compagnie des Indes occidentales, qui a reçu plus de £ 63.000 Livres Sterlings pour 19 réclamations - un montant équivalent à plus £ 49 millions en argent d'aujourd'hui. John Gladstone, le père du premier ministre William Gladstone en était un autre, qui a reçu plus de £ 105.000 (livres sterlings) pour ses neuf réclamations, soit plus de £ 83 millions de livres Sterlings i l'attribution se faisait aujourd'hui. Il a investi une bonne partie de cet argent dans les chemins de fer à travers le Royaume-Uni, de même que pour fiinancer la construction du Liverpool Collegiate Institution, dont une partie subsiste aujourd'hui à travers l'école indépendante Liverpool College. Hibbert a accumulé une immense collection d'art, dont les œuvres d'artistes comme Rembrandt et Rubens, et également fortement agrandi sa maison de campagne sur ses terres, dans le Hertfordshire, un bâtiment qui subsiste encore aujourd'hui.

''Le business de l'esclavage fait partie des fondations de la Royal Bank of Scotland, mais il y a de nombreuses compagnies qui y sont liées d'une manière ou d'une autre'', indique McClelland. ''De nombreuses entreprises de la City (Londres) -. Beaucoup de gens qui mettent leur argent là où on peut voir où ça va ne le mettent pas dans l'économie industrielle, des choses comme le coton, mais plutot dans l'assurance et le transport, des choses comme ça". Une grande partie de l'argent fut investi dans les chemins de fer, neufs à l'époque, qui ont été fondamentaux dans la révolution industrielle - c'est peut-être difficile de prétendre qu'il n y pas eu une seule personne en Grande-Bretagne qui n'ait pas bénéficié de cet investissement.

Retracer ces informations a été un défi - si le site présente les dossiers complets de toutes les personnes ayant reçu une indemnisation du gouvernement, McClelland affirme qu'il a été difficile de recouper ces archives avec d'autres disponibles. ''Idéalement, on ferait cela avec des documents financiers, mais évidemment, ils sont inexistants pour 99% de la population, mais il y a des sources comme la London Gazette où on peut retrouver les gens qui investissent dans les banques et dans les compagnies d'assurance. Les compagnies de chemins de fer ont publié des listes de personnes qui ont investi dans les chemins de fer dans les années 1840 et on peut les retracer. Parfois, on ne peut pas être sûr qu'il s'agit de la même personne, mais on peut être raisonnablement confiant. "

"Une des choses que nous avons fait ce sont des ateliers publics dans plusieurs villes de Grande-Bretagne lors desquels des gens nous sont venus en aide - on a eu des historiens de la famille, des gens qui étaient intéressés, soit parce qu'ils avaient des ancêtres qui étaient esclaves, ou des gens dont les ancêtres étaient des propriétaires d'esclaves. Nous voulons que ce soit une ressource publique et à laquelle les gens puissent contribuer. " Il ya un dispositif sur le site internet pour ceux qui veulent faire des corrections ou des ajouts. La base de données du site a été conçue par McClelland, et construite par le web designer Mark Hadley.

''Nous voulons qu'elle soit complète, en particulier pour les propriétaires absents vivant à l'extérieur de la Grande-Bretagne, mais est-ce possible? Probablement pas'', affirme M. McClellan. "Certaines de ces personnes sont très obscures. Parfois, essayer de trouver les détails les plus élémentaires - Dates de naissance et de décès, de résidence - est très difficile Ce n'est pas exhaustif en ce qui concerne les héritages. Les héritages culturels, les collections de livres ou d'oeuvres d'art, c'est vraiment quelque chose qui prend énorméement de temps à faire. Il ya aussi l'héritage impérial -. il y a des gens qui sont partis de l'empire en tant qu' hommes d'affaires, administrateurs et dont les familles vivent désormais en Australie, au Canada ou n'importe où''.

Parmi les résultats les plus surprenants, on retrouve cette omniprésence de la possession d'esclaves à travers la société britannique. McClelland affirme que ''Beaucoup de gens pensent, à juste titre, à Londres, Bristol, Liverpool comme les grands centres d'esclaves à cause de la traite négrière, mais le commerce des esclaves est réparti sur toute la Grande-Bretagné Il y a des gens en Écosse, dans le nord-Est. On ne s'attendait pas à une répartition e cette ampleur, c'était généralisé. "

En rendant cette information plus facilement accessible, on espère que cela aidera les gens à mieux comprendre de quelle manière l'esclavage est associé à l'économie britannique des années 1800 et à son histoire. Alors qu'il est relativement facile de repérer la première génération des indemnisations, "une fois qu'on se retrouve au niveau des enfants et des petits-enfants des personnes ayant reçu de l'argent, on ne peut pas les retracer, c'est tellement diffus", indique M. McClellan.

"Nous pensons que probablement 10 à 15% des élites les plus riches étaient connectées au business de l'esclavage. Cela a des effets multiplicateurs et à un point, on ne peut pas dire que c'est une conséquence directe de l'esclavage ou de l'argent de l'esclavage. Si on regarde un endroit comme Liverpool dans les années 1840, il y a une injection de capitaux dans l'économie de la ville et dans l'ensemble de l'Économie du Lancashire à cette période qui provient de l'argent de l'indemnisation. Mais il ya une contribution beaucoup plus large du business de l'esclavage sur l'impact de sucre moins cher sur les niveaux de vie de la classe ouvrière, ce qui a des conséquences sur le coût de production, et qui explique pourquoi la Grande-Bretagne est mieux placée que, disons, la Chine pour s'industrialiser durant la même période. "

Il poursuit: ''Cela est lié aux débats actuels sur le programme d'enseignement de l'histoire dans les écoles. Michael Gove propose un programme très étroit d'esprit pour les enfants.Ce que nous disons à faire ce genre de travail, c'est que on ne peut pas penser à l'histoire britannique de cette façona. L'histoire britannique est connectée à l'esclavage, à l'Inde, tà l'ensemble de l'histoire de l'Empire. L'histoire impériale a des conséquences sur le type de société que nous sommes. Ce n'est pas séparé. Il ne s'agit pas simplement de faire savoir aux enfants noirs q'ils ont des ancêtres qui ont peut-être été esclaves, cela nous concerne tous, de savoir que cet héritage fait partie du tissu de la société britannique. Les gens ont besoin de comprendre cela. "

Jan Steadman

Traduit de l'Anglais par Guy Everard Mbarga http://guyzoducamer.afrikblog.com

http://www.wired.co.uk/news/archive/2013-02/27/slavery-database-goes-live?page=all

mardi, février 19, 2013

Le Mississippi abolit l'esclavage



Le 13e amendement de la Constitution américaine a officiellement mis un terme à l'esclavage aux Etats-Unis le 6 décembre 1865. Le Mississippi avait à l'époque refusé catégoriquement la réforme émancipatrice. L'État du Sud a finalement entériné le document le 7 février dernier, soit 148 ans après son adoption.

Cette ratification a été rendue possible grâce à un professeur d'université, Ranjan Batra, qui après avoir vu le dernier film de Steven Spielberg, Lincoln, a constaté que l'Etat du Mississippi, qui avait ratifié le 13e amendement abolissant l'esclavage en 1995, ne l'avait toujours pas notifié à l'Archiviste des Etats-Unis. Conséquence de cet oubli : la ratification n'était pas officielle. 

mardi, janvier 22, 2013

Il y a 167 ans, l'abolition de l'esclavage en Tunisie : les regards croisés de 3 chercheurs tunisiens



A l'occasion de la commémoration de l'abolition de l'esclavage en Tunisie, trois chercheurs présentent un dossier sur cette question, en Tunisie et dans le monde :

• Mounira Chapoutot-Remadi, professeur d'histoire du moyen âge du monde arabe et musulman et vice-présidente de l'Association Nawarni, rappelle la profondeur historique de l'histoire de l'esclavage et axe son propos essentiellement sur son évolution en Tunisie jusqu'à son abolition le 23 janvier 1846 ;

• Stéphanie Pouessel, anthropologue et chercheure à l'Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain, évoque ses retombées sur les mémoires plurielles dans la Tunisie d'aujourd'hui ;

• Ridha Tlili, historien chercheur, évoque quant à lui la traite négrière et le commerce triangulaire qui ont entrainé, pendant quatre siècles, la déportation de milliers d’Africains aux Amériques.

Nous tenons non seulement à rappeler à tous les Tunisiens, une page importante de l'histoire de notre pays et du monde et, par delà ce dossier, nous ambitionnons de demander l'inscription de cette date, qui fait honneur à nos ancêtres et nous remplit de fierté, dans notre calendrier national. C'est cette Tunisie, moderne, libre, tolérante, plurielle et riche de toute sa diversité, que nous aimons.


Mounira Chapoutot-Remadi
Coordinatrice du dossier

P.S : Une pièce sera donnée à Elteatro les 23-24 et 26 janvier, intitulée "Cherche Saadia désespérément".

Un devoir de mémoire : 
L'abolition de l'esclavage le 23 janvier 1846

Il est vrai que je suis fière de pourvoir dire et répéter à l'occasion, que mon pays a été le premier du monde arabe et musulman à abolir l'esclavage, le 23 janvier 1846.

Il est vrai que mon but aujourd'hui est de le rappeler à tous mes compatriotes afin d'inscrire cette date dans notre calendrier mémoriel national. Si le 2 décembre de chaque année correspond à la journée internationale de l'abolition de l'esclavage, le 23 janvier devrait être inscrit dans notre calendrier national.

L'esclavage est une institution vieille de plusieurs siècles et elle était générale dans l'Antiquité. Ce phénomène n'est donc pas lié à une religion ni à un espace géographique. La guerre et le commerce étaient les principales sources de l'esclavage. L'avènement des religions monothéistes allait, d'une certaine manière, contribuer à freiner sinon à diminuer le phénomène. Pour le christianisme comme pour l'islam, Il était interdit de réduire en esclavage, un coreligionnaire. L'émancipation de l'esclave était même un acte de piété recommandé en Islam. L'esclave femme devenue mère d'un garçon, Umm walad ne pouvait plus être vendue mais devait être affranchie.

Du point de vue de l'Islam, la division du monde en Dâr al-Islam, Dâr al-harb, allait permettre aux musulmans de continuer la traite pendant des siècles. C'est ainsi que des centaines de milliers de corps furent arrachés à leurs proches, vendus sur les marchés de la Méditerranée et de l'Asie. Leurs destinées furent diverses selon les époques, les pays, les fonctions qu'ils eurent à exercer. Les uns accédèrent aux fonctions les plus illustres, comme les sultans mamluks d’Égypte, les autres eurent beaucoup moins de chance, comme ceux qui furent astreints aux taches les plus dures. Certains également furent castrés et c'est comme eunuques qu'ils travaillèrent dans les palais des sultans. Ils furent affectés à la garde des harems et à l'éducation des jeunes esclaves. Les conditions de voyage étaient très dures et beaucoup mouraient en chemin avant d'atteindre leur destination finale.

Le vocabulaire arabe emploie une terminologie variée pour les désigner. L'esclave noir est appelé : 'abd, wasif, khadim, chouchen, hartani (pluriel Harratin) et akli en berbère ; l'esclave blanc : mamluk, 'ulj, saqlabi, rumi, jarkassi, turki, ... quand l'origine ethnique est précisée. Les taches domestiques étaient réservées aux noirs, les fonctions miliaires généralement aux autres.

Les flux étaient divers selon la géographie et les époques. Les sources arabes de la conquête décrivent et donnent des chiffres assez considérables d'esclaves berbères qui furent les premières victimes de ce trafic vers Damas et Bagdad. Malgré l'islamisation, le quint humain, takhmis, fut pratiqué sur les familles, provoquant une des plus grandes révoltes berbères en 740.

Une des premières expéditions de 'Uqba b. Nâfi' consista à aller capturer des esclaves au Fezzan. Très vite les Berbères eux-mêmes prirent en charge le commerce transsaharien et se chargèrent ainsi de la traite. Les Aghlabides se dotèrent d'une garde noire plus fidèle que l'armée arabe des conquérants qui fomentait de révoltes et était plus exigeante. Ils en employèrent d'autres dans l'agriculture et dans les grands domaines. Les dynasties suivantes continuèrent à s'appuyer sur ce commerce à la fois pour les besoins internes et externes.

Trois grands axes caravaniers sud-nord traversaient le Maghreb. Pour la Tunisie, la plupart des esclaves africains arrivait du Fezzan et du Bornou par Ghadamès et les autres empruntaient une deuxième route reliant Tombouctou au Djérid et à Gafsa, en passant par le Mzab. La Tunisie a été une zone de réception et de transit de ce trafic d'êtres humains. La traite a continué pendant des siècles. Beaucoup de ces hommes et de ces femmes se sont peu à peu fondus dans la population locale.

Un tournant important dans notre histoire a accéléré ce phénomène d'assimilation. Le règne d'Ahmed Bey (1837-1855) est resté dans notre mémoire comme la première entrée dans la modernité. Elle était certes dans l'air du temps aussi bien à Istanbul qu'au Caire. Des mesures semblables avaient été prises, mais l'originalité de notre pays, c'est d'avoir décrété avant tous les autres, l'abolition de l'esclavage le 23 janvier 1846.

Certes en examinant de près la situation de la Tunisie, 35 ans avant le Protectorat, on pourrait penser que ces mesures sont arrivées trop tard, qu'elles ont été commandées par la conjoncture internationale. La modernité plaquée, et non encore portée par la majorité de la population, n'était peut-être pas encore à l'ordre du jour. Certes, les lois ne font pas disparaître du jour au lendemain les lourdeurs des mentalités. Certes, la discrimination à l'égard de certains de nos compatriotes a du mal à disparaître.

Aujourd'hui, 167 ans se sont écoulés, nous devons retenir une chose importante. Oui nous sommes fiers d'être le premier pays musulman à avoir tourné la page de cet abominable commerce d'êtres humains et nous sommes fiers de notre diversité.


Mounira Chapoutot-Remadi
Professeur d'histoire, Université de Tunis
Vice-présidente de l'association Nawarni


Trace d’aujourd’hui :
jusqu’où reconnaitre les mémoires plurielles ?

La libération d’expression qui caractérise l’après-2011 est aussi celle qui invite les Tunisiens à se réapproprier leur histoire. Quand certains tiennent à souligner sa berbérité, d’autres reviennent à l’histoire islamique, ou ottomane quand l’histoire est vue par d’autres encore comme bourguibienne avant tout. Ses déclinaisons semblent infinies. Pour certains, il est temps aujourd’hui de soulever une partie de l’histoire transafricaine, celle qui a ramené des biens et des hommes. Une histoire de commerce d’hommes, la traite esclavagiste, qui fut abolie officiellement dans sa première version le 23 janvier 1846, mais qui laissa dans la société tunisienne des traces de subalternité, conscientes ou inconscientes, visibles jusqu’à nos jours.   

Mais soulever ce sujet longtemps tabou ou confiné aux marges d’une identité tunisienne et arabe appelée à être réconciliée n’est pas l’apanage des seuls historiens. Ce besoin émane d’une partie de la société en quête de reconnaissance, de respect et d’égalité. L’écho citoyen est de plus en plus grand (cf. la nouvelle association ADAM) et les créations artistiques se multiplient (théâtre, cinéma, etc.). Toutes soulignent un racisme encore présent dans la société tunisienne mais rappellent aussi des éléments endogènes prometteurs, comme la fierté d’une abolition de l’esclavagisme précoce, antérieure à la France et fruit d’une génération de penseurs modernistes à l’instar du réformateur Ibn Abou Dhiaf. L’islam y est souvent perçu comme levier de la libération, appelant à l’égalité des croyants devant la foi; le personnage de Bilel, esclave alors libéré par le prophète et premier muezzin du Messager, venant en attester. 

Au-delà des modalités propres au Nord de l’Afrique et au monde islamique, instituer la reconnaissance de la « date tunisienne » de l’abolition de l’esclavage, le 23 janvier, accole aux populations noires du Maghreb le modèle de la diaspora noire mondiale, essentiellement pensée jusque là comme transatlantique, c’est-à-dire partie d’Afrique en direction des Amériques, avec tout ce que cela a pu engendrer comme retour aux origines depuis le siècle dernier. Ce modèle propulseur d’identité -« noire », « post-esclavagiste » - est-il pertinent dans le monde arabe ? Les populations concernées trancheront.     

Le défi est grand, aujourd’hui en Tunisie, de ne pas politiser la question de l’héritage des populations noires et de la diversité culturelle en générale (en la réduisant à un argument anti-islamiste), ni même de la balkaniser en ethnicisant la cause, une cause d’abord nationale puis universelle. Elle appartient à tous et s’inscrit aujourd’hui, pour ceux qui s’efforcent d’élever le jour de l’abolition en jour de reconnaissance nationale, dans une lutte contre le racisme et toutes formes de discriminations ou de subordination moderne. Le désir de commémoration de cette date historique permet de transformer une histoire « négative », celle de la traite, en une histoire positivée, celle de la libération. Elle veut aussi rappeler l’histoire de milliers d’esclaves et panser les plaies des générations qui suivirent.  

L’enjeu est brûlant d’une actualité nationale, il en est de la représentation qu’une société se fait d’elle-même : comment est-il possible, dans le climat social et politique actuel en Tunisie, de penser des initiatives émanant de groupes particuliers fondés sur une langue ou une histoire « différente » sans être affilié à une volonté de séparatisme, de fitna ou de division de l’unité d’un pays jusque là entaché par un pouvoir mafieux puis scindé par l’espoir révolutionnaire  ?  


Stéphanie Pouessel, 
Anthropologue, chercheure à l’Institut de recherche 
sur le Maghreb contemporain, Tunis.


L’esclavage une si longue histoire

L’esclavage a une très longue histoire, puisque le commerce triangulaire a duré plus de quatre siècles. Les premiers navigateurs ont atteint le Cap Bojador en 1416 et les débuts des razzias ont laissé des traces qui remontent à 1441 sur le Rio de Oro. Depuis, les historiens avancent le chiffre de quinze millions de personnes qui auraient été victimes de la traite et de l’esclavage, mais si nous retenons l’estimation qui établit que pour un esclave arrivé aux Amériques, quatre ou cinq ont péri, dans les maisons de Zanzibar et pendant la traversée. Le chiffre pourrait alors s’élever d’une manière encore plus significative.

En 1791, une insurrection générale des esclaves éclate à Saint-Domingue (l’actuelle Haïti). Menés par Toussaint Louverture, les esclaves obtiennent la liberté politique en 1792. Et, en 1793, le commissaire civil Sonthonax proclame l’abolition de l’esclavage. Mais cette décision n’est pas encore confirmée par la Convention en 1794.  Exclu du Comité de Salut Public depuis six mois, animateur du club des Cordeliers, Danton rejoint Louis Dufay, colon et député de Saint-Domingue, pour obtenir cette confirmation. Fidèles à l’esprit de la Déclaration des droits de l’homme de 1789, les membres de la Convention acclament la proposition. Rétabli par Bonaparte en mai 1802, l’esclavage et la traite ne seront définitivement abolis qu’en novembre 1848. 

Cependant, pour comprendre l’histoire de l’esclavage, le recours à la notion de panafricanisme est incontournable. Même si le panafricanisme est né avec la première conférence africaine en 1900, son histoire commence bien avant ; c’est depuis le 17ème siècle, que les africains de l’Afrique et de la diaspora, en rejetant toutes formes de racisme vis-à-vis des noirs, ont affirmé l’égalité des peuples et le droit des africains et des noirs à vivre dans la liberté et la dignité, comme les autres êtres humains. Les premiers écrits contre l’esclavagisme de Antony Amo en 1703, Ignatius Sancho en 1782 et Ottobah Cuguano en 1787, et encore de l’esclave afro-américain James Somerset en 1772, sont des textes fondateurs qui forment en quelque sorte la préhistoire de la lutte des Noirs dans le monde. Par ailleurs, après cette période fondatrice, le thème de l’indépendance du territoire africain occupé par les puissances coloniales apparut comme une perspective devant mettre fin au processus de domination de l’Afrique et de l’esclavage.

Par la suite, l’UNIA, Universal Negro Improvement Association and African Communities League, fondée  par Marcus Garvey (1887-1940) devint la plus connue parmi les mouvements africanistes. Son fondateur en 1914 était un noir caribéen immigré aux États-Unis et héritier des traditions de résistance de la Caraïbe. 
Rappelons pour finir la synthèse des  revendications panafricanistes de  1902 «  le problème du vingtième siècle est celui de la question de couleur, la question de savoir à quel point les différences ethniques, qui se manifestent principalement par la couleur de la peau et de la qualité des cheveux, peuvent justifier le refus opposé à plus de la moitié du genre humain, quant au partage intégral des droits et privilèges de la civilisation humaine. ». 

La loi Christiane Taubira du 21 mai 2001 qui reconnaît la trait négrière et l'esclavage comme un crime contre l'humanité puis la conférence  internationale de Durban en septembre 2001 contre l'intolérance et le racisme montrent qu'encore au début du XXIe siècle, la lutte contre le racisme et la discrimination sont une préoccupation mondiale.


Ridha Tlili, chercheur