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dimanche, juillet 17, 2016

Le premier noir à entrer au Pérou faisait partie de l'expédition de Pizarro


Le premier noir à entrer au Pérou faisait partie de l'expédition de Pizarro. Il était Guinéen, esclave d'Alfonso de Molina, l'un des Trece del Gallo. L'espagnol débarqua à Tumbes avec deux cochons, un coq et quelques poules, mais ce fut la peau noire de l’esclave qui attira le plus l'attention des indiens.

La légende raconte qu'ils lui offrirent de l'eau pour qu'il se lave, mais sa couleur ne changea pas. Les indiens le regardèrent avec plus de surprise encore. Ils ne pouvaient simplement pas y croire.

Il n’existe pas de chiffres exacts relativement à l’importance du commerce esclavagiste en Amérique, mais depuis le milieu du XVe siècle, au moins 10 millions d'africains ont débarqué sur les côtes du Nouveau Monde, un nombre trompeur si on tient compte du fait que trois esclaves sur quatre mouraient sur le trajet.

Un crime de lèse humanité qui n'a jamais été réparé et sans lequel les empires anglais, français, hollandais, espagnols et portugais ne se seraient pas érigés sur le continent. Carlos Aguirre mentionne dans "Une Brève histoire de l'esclavage au Pérou"( Breve historia de la esclavitud en el Perú ) qu'environ 660 mille africains sont arrivés aux États-Unis, 4 millions au Brésil et 1 million 600 milles en Amérique espagnole.

Résultat : ces hommes et femmes avec leur variété de langues, de nationalités, de cultures, de rites et de coutumes, ont transformé chacune des régions qu'ils ont foulées, du Canada à la Patagonie.

Dans leur situation de captivité, les noirs ont configuré l'identité de l'actuel Brésil, le deuxième pays au monde avec la population noire la plus importante, ils ont également modelé la culture musicale de Cuba, de la Jamaïque et de toute l’Amérique Centrale et de la Caraïbe, ils ont développé l'industrie cotonnière du sud des États-Unis, et ils ont travaillé jusqu’à la mort dans les maisons, les haciendas et les mines d’Amérique du Sud.

Leur contribution est pourtant demeurée occulte durant des siècles. Elle fut invisible pour Vasconcelos au Mexique et minimisée par Mariátegui au Pérou, pour citer deux penseurs notables.

Au cours des cinquante dernières années, diverses études ont mis l'accent sur cette réalité comme d’une découverte de cette racine culturelle occulte du continent.

"Je parlerais d’une culture indoafrosinoaméricaine", dit l’anthropologue Humberto Rodríguez Pastor, auteur du livre "Negritud. Afroperuanos: resistencia y existencia". Par cette expression, il met l’accent sur les influences autochtones, africaines et chinoises dans la configuration des Amériques. Au-delà de la musique, qui est la contribution la plus visible, l'apport des afro-américains se trouve dans beaucoup d'autres aspects de la vie et de la culture du continent, dans quelques cas de manière anonyme.

"Dans la gastronomie, ils n'ont pas apporté de plantes et de condiments, mais ils ont apporté leur assaisonnement. La cuisine créole américaine a une grande influence noire. Toutes les églises de Lima ont été construites par des noirs, et que l’on ne connaisse pas leurs noms est une autre chose. Sans parler de Pancho Fierro ou de José Manuel Valdés (1767-1843), qui fut le médecin le plus important de Lima à la fin de la Colonie et dans les débuts de la République, à une époque où les curanderos (guérisseurs) noirs avaient un grand prestige ", dit Rodríguez Pastor.

L'histoire de Valdés est intéressante parce qu'il était le fils d'un musicien et d'une mulâtresse libre, et à cause de sa couleur il ne put obtenir que le titre de bachelier en Médecine. Cependant, il a contribué de façon importante à contrecarrer les épidémies à Lima.

Il fut professeur du Collège de Médecine, participa aux luttes d’indépendance et il se distingua en tant qu’historien (il a écrit une biographie de Fray Martín de Porres) et théologien.

La négritude

Les luttes des noirs pour leurs droits sont aussi vieilles que l’esclavage même. En 1609 s’établissait à Veracruz, au Mexique, le premier peuple libre du continent grâce à la rébellion des esclaves.

Haïti fut le premier pays indépendant de l'Amérique (1804) pour les mêmes raisons et pour ce qui est de la période contemporaine, les luttes civiles des noirs aux États-Unis ont eu des répercussions sur l’ensemble du continent.
Le 'Black Power' de la Jamaïque a des composantes politiques et culturelles, représentées dans la musique reggae; et au Brésil un mouvement solide de conscience noire existe aussi, de même qu’en Colombie.

"Nous partons du concept de diaspora ", dit Mónica Carrillo, jeune directrice de Lundu, un centre d’études et de promotion des afropéruviens. "Cette dispersion forcée de la population africaine a fait que nous sommes 150 millions d’afrodescendants dans les Amériques."

"C’est important de comprendre –poursuit-elle -- que le mot noir est une construction faite par les colonisateurs, en opposition avec le blanc. Il naît avec une charge négative qui implique le mal, le sale, l'abject. C'est pourquoi, peu à peu nous lui avons donné un sens positif. Maintenant nous pouvons dire que nous faisons partie du mouvement noir, mais nous préférons utiliser le terme afrodescendant qui renvoie à notre origine africaine et transcende la couleur de la peau".

Palenques et confréries

Peut-être le premier échappement de l'oppression se trouvait dans cette résistance secrète au dieu imposé par le christianisme, que l’on dota de rites et de pouvoirs qui renvoyaient à l'Afrique ancestrale.

La santería à Cuba et ses orichás (les dieux), le candomblé au nord du Brésil et dans les Guyanes, le vaudou à Haïti ou la macumba à Bahía (Brésil) renvoient à un syncrétisme de manifestations religieuses, également nourries par les cultures indigènes locales.

Par exemple Shangó, le dieu de la foudre, de la guerre et de la musique, est devenu Sainte Barbara, Ochún la Vierge de la Charité ou Yemayá, la reine de la mer devenue la Vierge de Regla et Babalú Ayé devenu San Lázaro.
Cette religiosité chargée de sens mystique et de résistance était associée à la danse et à la musique, et s'est développée dans ces espaces libérés que les marrons (les esclaves fugitifs) établirent dans les montagnes de l'Équateur, de la Colombie, du Brésil ou des Antilles.

Ces palenques ou quilombos (le nom qu’ils portent au Brésil) furent stratégiques dans le processus de préservation et le syncrétisme des cultures africaines.
Comme l’indique Mónica Carrillo, en Équateur, il s’agissait de toute la région d’Esmeraldas, dont la devise reste jusqu’à présent "rebelde por libre y por libre nunca esclava", (rebelle pour la liberté et pour la liberté jamais esclave), ou Palmares au Brésil, où l’on célèbre la journée de la conscience noire, ou San Basilio sur la côte nord de la Colombie, un territoire libéré seulement alors que le XXème siècle était bien entamé.

Bien que le territoire est devenu un foyer de résistance, au Pérou le phénomène n'a pas été si marqué. "Tout d'abord à cause de la géographie", dit Humberto Rodríguez Pastor, "notre côte est aride, c'est pourquoi les palenques furent nombreux et petits, le plus connu était celui de Huachipa, qui ne rassemblait pas plus de 40 noirs".

Un autre point central consiste en ce que les esclaves qui sont arrivés au Pérou n'appartenaient pas à une seule ethnie, comme au Brésil, mais ils étaient achetés sur des marchés du Panama et de Cartagena. Ils appartenaient à divers groupes (un article du "Mercurio Peruano" parle de terranovos, lucumés, mandingas, cambundas, carabelíes, cangaes, chalas, huarochiríes, congos et mirengas), ils parlaient différentes langues et beaucoup d’entre eux étaient nés en Amérique.

C'est la raison pour laquelle on les classifia en gros en bozales (ceux qui venaient d'Afrique) et en ladinos (ceux qui connaissaient l’Espagnol). Ici, leur organisation se basa sur les confréries, qui étaient des fraternités réunies autour d'un saint.

Vers 1619, il y avait dix-neuf de ces communautés à Lima et la plus connue était celle qui donna naissance au Señor de los Milagros.

"Au cours des dernières années", raconte Mónica Carrillo, " les jeunes afrodescendants péruviens se sont rapprochés des religions africaines à travers la musique cubaine moderne, ils ont connu Shangó à travers Celina y Reutilio et la religion yoruba à travers des groupes de timba ".

La dette envers la culture africaine est impayable. Et il y en a encore beaucoup à reconnaitre et à accepter. Peu savent que des termes comme "quimba", "banana", "conga", "mambo", " mucama ", " tocayo ", ont des racines africaines.
Autre fait : Garret Morgan, un afro-américain, fut l'inventeur du signal d’arrêt automatique en 1923. Il vendit les droits à Général Electric par la suite pour seulement 40 mille dollars.

Cependant, dans beaucoup de pays d'Amérique, le racisme latent persiste. Au Brésil cette pratique est punie, et au Pérou les mesures se contentent d’éviter la discrimination dans des lieux publics. C'est pourquoi le triomphe du démocrate Barack Obama aux États-Unis a également été perçu ici comme une réparation, comme une nouvelle occasion de changement.

"Ma mère a pleuré à cause de cette nouvell, avoue Mónica Carrillo. Elle a remercié Dieu de lui avoir permis de la vivre, et elle s'est rappelée de la fois où elle est allée dans un hôpital et qu’un médecin a refusé de s'occuper d'elle parce qu'elle est noire".

RYTHME ET COULEUR

L’écriture noire
Après des siècles d'infortune et de ségrégation à cause de leur race, la population afro-états-unienne a récemment abordé les cénacles de la culture officielle entre 1920 et 1930. Dans les années 20, à New York, la communauté noire de Harlem débordait de créativité artistique, principalement grâce à l'apogée du jazz et du rhythm & blues. Des musiciens tels que Duke Ellington ou des interprètes comme Bessie Smith étaient accueillis comme des stars, même en dehors des États-Unis. Avec eux renaissaient également la danse et le théâtre ayant des racines noires.

Ce bouillonnement culturel favorisa l’émergence de ce qu’on appelle La Renaissance de Harlem par laquelle des narrateurs et des poètes de race noire intégrèrent pleinement la Littérature américaine. Leur principale influence était la musique populaire noire qui leur dictait des rythmes syncopés, une imitation de sons et d'improvisations semblables au jazz.

Les poètes pionniers dans cette exploration furent Carl Dunbar et Langston Hughes qui dans leurs poésies parlaient de l'orgueil racial et exhortaient les afro-nord- américains à cultiver une tradition culturelle. La marque de ce mouvement est telle que plus tard, elle influencera la beat generation et plus récemment celle des troubadours populaires du rap.

La Renaissance de Harlem était également l’héritière des "spirituals" que l’on chantait durant les cérémonies religieuses de la communauté noire et du folklore des esclaves noirs en général. D'autres représentants de ce mouvement furent Zora Neale Hurston (une romancière et anthropologue), Nella Larsen (romancière), Jessie Fauset (éditrice, poétesse, essayiste et romancière), Countee Cullen (poète), Claude McKay (poète), James Weldon Jonson (poète), Arna Bontemps (poète) et Richard Bruce Nugent (poète), entre autres.

Dans les années 50 et 60 le mouvement des écrivains noirs participa de manière enthousiaste à la lutte pour les droits civils de leur communauté et il produisit une littérature fortement politique, qui s'est étendue jusqu'aux débuts des années 70, surtout pour les poètes.

Durant ces années le poète le plus célèbre fut LeRoi Jones (qui se rebaptisa Imamu Amiri Baraka) et le suivaient June Jordan, Dudley Randall, Nikki Giovanni, Naomi Long Madgett, Mae Jackson, S. E. Anderson, Etheridge Knight, A.B. Spellman ou James Emmanuel (qui a un poème célère intitulé "Black Panther", allusion symbolique au mouvement radical noir du même nom). Le ton politique de leurs poèmes ne diminua pas la musicalité, ni le brio de leurs prédécesseurs, en employant de plus le sarcasme, le vers court, la polyrythmie et une intensité émotive.

Autres domaines

Curieusement, dans les années 20, dans les régions de l'Afrique d'influence coloniale française, un grand mouvement se produit également, celui qui provoque l'apparition de poètes et de narrateurs africains de valeur. En 1920 un livre pour enfants apparaît au Sénégal qui fonde cette expression, Les Trois Volontés de Malic, de l’écrivain Amadou Mapaté Diagne.

L’éclosion des poètes et des écrivains qui se succéderont rapidement va de paire avec des œuvres comme celle du poète français Blaise Cendrars, qui enfant avait vécu en Égypte et qui publie son " Anthologie nègre ", fortement influencé par cette culture en 1921.

L'ébullition de la culture noire se répand sur d’autres continents. En 1928 débute à Cuba le "negrismo" cubain, également influencé par la musique de l'île (principalement le son) et par la santería de tradition abakuá, comme l'a bien noté Alejo Carpentier. En 1930 paraitra le recueil de poèmes "Motivos del son" de l’emblématique Nicolás Guillén, et l’année suivante son non moins célèbre "Sóngoro Cosongo".

Au Pérou qui a également connu ce fourmillement, le plus célèbre représentant des lettres afropéruviennes est le décimista Nicomedes Santa Cruz.
Avec lui figurent Gregorio Martínez (et son splendide roman "Canto de Sirena"), Antonio Gálvez Ronceros (avec l’emblématique "Monólogo desde las tinieblas") et le poète Enrique Verástegui, dont l’ardeur est plus cosmopolite. (E.S.H.)

LUTTES ET PASSIONS

Au XXIème siècle résonne le tambour
L'historien cubain Manuel Moreno Fraginals rappelle une phrase qui résume très bien le climat d'asphyxie et de passion dans lequel se développe la culture africaine sur notre continent : "Le problème ici est de ne pas mourir".
Marquée par l'urgence la plus extrême, frappée par la violence physique et psychologique de l'esclavage, la communauté noire a fait de l'expression musicale un espace de survie morale depuis son établissement en Amérique. Un espace qui allait devenir l’éventail varié de manifestations musicales le plus puissant au monde alors que le XXe siècle était entamé: le blues, le jazz et le rock and roll aux États-Unis; la zamba au Brésil; le son, le mambo et le guaguancó à Cuba; le merengue en République Dominicaine; le candombe en Uruguay, etcétéra.

Et qu’en fut-il chez nous?

Pour le maître Octavio Santa Cruz, guitariste et spécialiste en traditions musicales du Pérou ce qu’on appelle aujourd’hui musique afropéruvienne a une présence réelle depuis la Colonie, mais il s’agit d’une présence ambivalente. " Tout comme la réalité créole va en s’amplifiant et en se reconfigurant dans la société, la culture noire commence à se transformer et à s'intégrer comme un élément important à ce processus complexe de métissage".

Selon Santa Cruz cette ambivalence réside dans l'aspect social : la population noire, marquée par la marginalité d'un statut social inférieur, voit son patrimoine culturel imprégner le pays sans pouvoir se sentir comme faisant partie du phénomène.

Comme dans le cas du blues américain, la genèse de la musique afropéruvienne se produit dans les champs, durant de longues journées tortueuses de travail. Santa Cruz explique que ces expressions musicales originaires ont surgi de manière absolument spontanée comme une façon de marquer le rythme pendant le travail - la coupure de la canne, par exemple - et d'alléger la monotonie et le malaise du travail forcé.

"Il est également probable qu'il y ait eu une série de chants plus dramatiques, dans lesquels la tristesse et l'oppression devenaient explicites. Des chants improvisés dans le hangar, dans le dos des contremaîtres".

Aucun de ces chants ne survécut jusqu'à nos jours, certainement parce qu’ils étaient perçus comme instigateurs de subversion et en conséquence, ils étaient censurés, interdits.

Santa Cruz prend l'exemple du panalivio. "Il semble que le panalivio était un chant rebelle, très intense, puissant, et pourtant, ce qui nous est parvenu est une sorte d’air doucereux, cadencé. J’imagine que pour subsister,il a subi tout un processus de transformation, et c’est probablement la raison pour laquelle il ressemble peu à l’original".

Mais la censure ne répondait pas seulement à une stratégie pratique de répression. Avec le temps et progressivement apparurent une série d’obstacles et d’entraves d’ordre moral.

Au milieu du XIXe siècle quelques danses ayant un caractère sensuel indéniable, comme la zamacueca ou la mozamala ont commencé à s'introduire dans la société créole, mais elles ont généré des situations compliquées, puisque l'on traita de ' pernicieux ' tout ceux qui les pratiquaient.

Au début de XXIème siècle, on voit que le métissage a été inévitable. Et à coup sûr, il a été profitable. Comme le dit Luis Delgado Aparicio dans le livre "Lo africano en la cultura criolla" (Le fait Africain dans la culturecréole): on a vécu "le triomphe cosmopolite et universel du tambour". Mais beaucoup d'informations culturelles très précieuses ont également été perdues : des genres musicaux entiers ont disparu, victimes de cette vieille chaîne de censures, ou d’indifférence et de négligence.
(D.O.)
Au cours des trente dernières années, la culture afropéruvienne s'est vue revalorisée, pour beaucoup grâce à l'œuvre magnifique des frères Nicomedes et Victoria Santa Cruz, et aujourd'hui, la communauté noire ne se démène plus seulement sur le terrain de la création musicale et artistique, mais également dans la réflexion académique et l’intervention politique. Et le combat continue.




Par Jorge Paredes - Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga


mardi, avril 01, 2014

CONTRE L'OUBLI


Ce jour-là (17/03/1911): En 1911, un rapport historique présenté par un enquêteur irlandais Roger Casement a constaté que plus de 30.000 populations autochtones Amazon ont été réduits en esclavage, torturés, violés et affamés en seulement 12 ans pendant le boom du caoutchouc.

R. Casement a été envoyé par le gouvernement britannique pour enquêter sur les crimes commis par le géant de caoutchouc Colombie-enregistré : la Société de l'Amazonie péruvienne. Il a constaté, «Les crimes reprochés contre beaucoup d'hommes maintenus à l'emploi de l'Amazonie péruvienne Société sont de la forme la plus atroce, y compris l'assassinat, le viol, et la flagellation constante".

Les agents de la société ont enrôlé des dizaines de tribus indigènes dans l'ouest Amazonien pour recueillir du caoutchouc sauvage pour les marchés européens et américains.

En quelques décennies, la plupart des tribus ont été complètement anéanties.


On This Day (3/17/1911): In 1911 a historic report submitted by Irish investigator Roger Casement found that over 30,000 Amazon indigenous people were enslaved, tortured, raped and starved in just 12 years during the rubber boom. R. Casement was sent by the British government to investigate crimes committed by British-registered rubber giant, the Peruvian Amazon Company. He found, “The crimes charged against many men now in the employ of the Peruvian Amazon Company are of the most atrocious kind, including murder, violation, and constant flogging”. Agents of the company rounded up dozens of indigenous tribes in the western Amazon to collect wild rubber for the European and American markets. In a few short decades many of the tribes were completely wiped out.

lundi, août 01, 2011

Cent ans après : le mystère irrésolu des esclaves du caoutchouc


Une Indienne d’Amazonie a lancé un appel pour lever le voile sur la destinée de deux esclaves indiens amenés en Grande-Bretagne il y a un siècle.
Cent ans après la publication d’un article du Daily News sur ses ancêtres Omarino et Ricudo, Fany Kuiru, une Indienne witoto de Colombie, a appelé l’opinion publique ‘à l’aider à connaître le sort qui a été réservé à [ses] frères indiens… afin que [leurs] esprits puissent reposer en paix’.
Le consul britannique Roger Casement avait rencontré ces Indiens en 1910 dans le Putumayo, au sud de la Colombie. Omarino avait été échangé contre un pantalon et une chemise. Ricudo avait été ‘gagné’ lors d’une partie de cartes.
Roger Casement avait été envoyé par le gouvernement britannique pour enquêter sur les atrocités commises en Amazonie durant le boom du caoutchouc par une compagnie anglo-péruvienne, il avait ramené les deux Indiens au Royaume-Uni pour dénoncer publiquement les horreurs dont il avait été témoin.
La demande exponentielle de caoutchouc amazonien a commencé après la découverte, par Charles Goodyear, de la vulcanisation qui est à la base de nombreuses applications industrielles du caoutchouc, dont les pneus d’automobiles. Cette découverte a été à l’origine de la première production industrielle à grande échelle des célèbres voitures Ford.
Casement avait estimé qu’en l’espace d’une douzaine d’années, 30 000 Indiens avaient été réduits à l’esclavage, torturés et tués pour répondre à la demande croissante de caoutchouc de l’Europe et des Etats-Unis.
‘Nous devons aller de plus en plus loin dans la forêt pour récolter le caoutchouc et si nous n’en rapportons pas, ou pas assez rapidement, ils nous tirent dessus’, avait dénoncé Omarino au Daily News.
De nombreux Indiens isolés contemporains sont les descendants des survivants des atrocités de l’époque du caoutchouc qui ont fui vers des régions reculées pour échapper aux massacres, aux tortures et aux épidémies qui décimaient la population indigène.
Lorsqu’elle a vu les photographies de ses ancêtres, Fany a déclaré à un représentant de Survival : ‘Toutes les nations ont participé à l’extermination des Indiens : la Colombie les a délaissés, le Pérou a été le cerveau et le complice de cet holocauste, l’Angleterre l’a financé et le Brésil a déraciné des tribus entières pour les faire travailler dans les plantations de caoutchouc’.
Nul ne sait ce que sont devenus les deux esclaves, dont les derniers propos qu’ils adressèrent au Daily News furent : ‘Londres est une ville magnifique, mais notre grande rivière et notre forêt remplie d’oiseaux sont encore bien plus belles. Un jour nous y retournerons’. Y sont-ils jamais retournés?
Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd’hui : ‘Le boom du caoutchouc peut être perçu comme une histoire lointaine, mais ses conséquences sont toujours présentes. Lorsque l’Occident a commencé à s’éprendre de l’automobile, leurs lettres d’amour étaient écrites avec le sang des Indiens. Un crime massif contre l’humanité a été perpétré par une compagnie britannique dans la région du Putumayo. Sans exagérer le parallèle, il existe toujours des compagnies britanniques commeVedanta, mais cette fois-ci en Inde, qui convoitent les territoires indigènes pour en exploiter à outrance leurs ressources. Il est temps de mettre un terme définitif à de tels crimes et à commencer à traiter les peuples indigènes comme des êtres humains’.
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samedi, octobre 02, 2010

Les Caraïbes des Petites Antilles. Tenir compte de l’Histoire

L’article que nous proposons est une importante contribution de l’historien caribéen Henry Petitjean Roget à un colloque qui s’est tenu à Porto Rico. 

A son retour du premier voyage, le récit de Christophe Colomb promettait la découverte de telles richesses que dès 1493 le Pape Alexandre VI concédait aux Espagnols, par la Bulle « Inter Coetera » les territoires nouvellement reconnus. Les Traités signés à Tordesillas en 1493 et 1494 entre Espagnols et Portugais sous l’autorité du pape partageaient le monde au seul profit des Espagnols et des Portugais. François 1er demanda à voir, dit-on, « l'article du Testament d'Adam qui faisait la part si belle aux espagnols et aux portugais ».

Dès le début du XVI° siècle, les français, écartés des îles par la présence espagnole, décident de s’implanter au Brésil. Les voyages de Colomb sont tout de suite connus en Europe, mais la première traduction en français de la « Lettre de Colomb », paraît seulement en 1553. Marthyr de Angleria est le premier à écrire une histoire du Nouveau Monde. Ses « Décades, de Orbo Novo », sont publiées en français à Paris en 1532. « L’histoire naturelle et générale des Indes, isles et terres ferme de la grande mer océane », d’Oviedo est traduite par Jean Poleur à Paris en 1536.

Jusqu’à la première moitié du XVII° siècle, des navires français reviendront en France, chargés de bois rouge (2) pour les teintureries de Rouen et de Dieppe et de marchandises troquées avec les indiens. Les voyages français vers le Brésil, et les contacts avec les Tupis expliquent l’origine du nom « Caraïbe » qui a remplacé le véritable nom des Callinagos (3) des Petites Antilles et la présence de nombreux mots tupis dans leur langue qui sont restés en français.




Un peu d’histoire de France

Pour mieux situer l’action des navigateurs français dans le contexte de luttes entre nations pour l’appropriation de l’espace américain nouvellement découvert, un bref rappel des souverains français qui se sont succédés entre 1498 et 1654 s’avère nécessaire. De 1498 à 1654, la France a connu huit souverains et deux régences. Ce sont celles de Catherine de Médicis, épouse d’Henri II, mère du roi Charles IX, de 1560 à 1564 et celle de Marie de Médicis, femme d’Henri IV et mère du roi Louis XIII, de 1610 à 1617. Dès les traités de Tordesillas, les rois de France ont encouragé les voyages des navigateurs et des marchands en direction du Nouveau Monde. Il fallait découvrir des terres à disputer aux Espagnols et aux Portugais.

Les souverains Français. 1498-1643

Louis XII Roi de France de 1498 à 1515
François 1°Roi de France de 1515-1540
Henri II Roi de France de 1547 à 1559
François II Roi de France de 1559-1560
La Régence par Catherine de Médicis épouse d’Henri II de 1560 à 1564
Charles IX Roi de France 1564-1574
Henri III Roi de France 1574-1589
Henri IV Roi de France 1589-1610
Régence de Marie de Médicis de 1610 à 1617
Louis XIII Roi de France de 1610-1643
Régence d’Anne d’Autriche 1643 à 1654, infante d’Espagne, épouse de Louis XIII.
Louis XIV Roi de France 1654- 1715

Les Français en Amérique

Les frères Verrazzano (1) explorent pour le compte de François 1er, les côtes nord américaines en 1523 et la Floride et les Petites Antilles en 1528. 

Girolamo y est tué et "dévoré" par des Callinagos. Le drame se serait probablement déroulé en Guadeloupe (2). 

Jacques Cartier effectue trois voyages en direction des côtes nord américaines avec l’aval du roi de France Henri II entre 1534 et 1542. Sous le règne de Charles IX, Ribault, explore la Floride en 1562 puis René de la Laudonnière en 1564 tente de s’y implanter à son tour. 

Samuel de Champlain, sous Henri IV, est au Canada en 1603. La période qui concerne plus particulièrement l’espace antillais, s’étend de la découverte du Brésil à l’installation officielle des Français à la Martinique et en Guadeloupe en 1635.

Les Français au Brésil au XVI° siècle : L’émergence d’un exotisme américain

Écartés des îles par la présence espagnole, les français se tournent vers le continent, le Brésil en particulier. On sait que, parallèlement aux expéditions qui ont fait l’objet de récits ou de rapports à leurs commanditaires, de nombreux voyages à vocation commerciale ont eu lieu. Tous ces navigateurs ont relâché aux Petites Antilles sur leur route de retour pour éviter les îles espagnoles. Dès 1504, Paulmier de Gonneville avait abordé le Brésil. Il avait ramené avec lui, Essomericq le fils d’un chef indien Carijo. Faute de pouvoir le rapatrier chez les siens, comme il s’était engagé à le faire, il l’adopta et le maria à l’une de ses nièces. (Deschamps 1891 : 5). 

En 1519, Denis de Honfleur revint à Rouen avec « sept sauvages brésiliens » (Deschamps 1891 : 6). Un riche armateur de Dieppe, Jean Ango, organisa en 1522 un voyage au Brésil avec Denis de Honfleur qui s’y était déjà rendu trois ans plus tôt. L’idée d'occuper les territoires que se partagent espagnols et portugais s’impose peu à peu aux Français. En 1531 une centaine de français tentent d’installer un fort non loin de Recife sur l’île Saint Alexis. Au bout de quelques mois, les portugais réussissent à mettre un terme à cette tentative d’implantation étrangère sur leur territoire. En 1546 une flotte française composée de 18 navires quitte le port du Havre pour le Brésil. Quatre ans plus tôt à Rouen, sur les berges de la Seine, avait eu lieu la reconstitution d’une somptueuse fête brésilienne avec des Indiens, des arbres d’Amazonie et des animaux exotiques. (Vidal 2008 : 23). Henri II et Catherine de Médicis, accompagnés par la cour, y assistèrent. Cette fête persuada le roi Henri II d’encourager les voyages en direction du Brésil. En 1556, il envoie au Brésil le cartographe havrais, Le Testu, pour dresser une carte des cotes.

Sur ordre de Coligny, l’Amiral calviniste, Nicolas Durant de Villegaignon, part en 1555 pour implanter une colonie protestante . Il l’installe sur une île de la baie de Guanabara, l’actuelle baie de Rio de Janeiro. Cette tentative de colonisation française, s’achève en 1560. Le moine cordelier André Thevet qui avait accompagné de Villegaignon, résida un an au Brésil. Il écrivit une relation de son séjour et de sa rencontre avec les Indiens(3). Elle est publiée à Paris en 1557. Alors que Thevet avait déjà quitté la colonie protestante, Calvin, pour venir en aide à de Villegaignon en buttes à de nombreuses dissensions au sein de la colonie, lui avait envoyé quelques protestants dont, Jean de Léry, un calviniste convaincu. De Léry débarque en 1557 et reste dix mois sur place. Le récit de son séjour, « Histoire d’un voyage fait en la terre du Brésil » fut publié en 1578. Une autre tentative de colonisation française du Brésil eut lieu dans la région d’Ibiapaba-Ceara entre 1590 et 1604. Henry IV avait décrété en 1604 que le commerce maritime ne dérogeait pas. Tout noble pouvait s’y livrer, sans perdre ses titres et ses qualités. Une telle décision avait pour but de développer des voyages dans des buts commerciaux. En 1604, Daniel de la Touche de la Ravardière effectua une expédition en Guyane pour rejoindre une expédition française qui s’était installée sur l’Oyapock. A son retour en 1605, le roi lui avait concédé, « les Isles et terres du Maragnon et contrées adjacentes ». Ce territoire correspondait à celui où l'Amiral de Villegaignon avait tenté, cinquante ans auparavant, d’implanter sa colonie protestante. Tous les espoirs français d’installation dans la région de São Luis de Maranhão, s’évanouissent entre 1612 à 1615, lors de l’expédition conduite par Daniel de la Touche de la Ravardière qui espérait fonder la « France équinoxiale ». Il était accompagné du moine cordelier Yves d’Évreux. De retour en France, d’Évreux obtint du roi Louis XIII l’autorisation de publier le récit de son voyage « Les Singularités de la France Antarctique » qui paraît en 1557. Pour de raisons politiques, l’ouvrage est saisi et détruit(4). Yves d’Évreux est autorisé à publier en 1615 la seconde partie de sa relation, « La suite de l’Histoire des choses mémorables advenues sur le Maragnon es années 1613 et 1614 ».


Les premiers relations des voyages contribuent peu à peu à changer la mentalité et le goût de l’époque(5). Un allemand, Hans Staden, partit pour le Brésil en 1547 avec des marins . Il effectua un second voyage durant lequel, capturé par les Tupis, il resta prisonnier 9 mois et failli être mangé. Le récit de Staden, publié en allemand en 1557(6), révélait pour la première fois la réalité de l’anthropophagie de Tupinambas. Il rencontra un succès incroyable. Au début du XVII° siècle l’influence des voyages vers le Brésil prit de l’ampleur. Elle se manifesta par un engouement accru pour les objets exotiques. Montaigne, qui avait à son service un domestique qui avait servi de truchement au Brésil, rapporte : « II se void en quelques lieux et entre autres chez moi, la forme de leurs lits, de leurs cordons, de leurs espées et bracelets de bois de quoi ils couvrent leurs poignets au combat et de grandes cannes ouvertes par un bout, dont le son desquelles ils soutiennent la cadence de leurs danses »(7). Les publications de voyages au Brésil ont finit par faire comparer la vie des Sauvages à un âge d'or. « Le bon Indien va paraître réunir en lui toutes les vertus antiques et chrétiennes, c'est de l'Amérique et des Îles que l'on va rêver et c'est des récits de voyages qui abondent avant Rousseau et dont Rousseau s'inspire » (Chinard(8) 1934 : 7).


16th century image of a Caribbean native house.

Les relations des missionnaires.

Des missionnaires accompagnent les premiers émigrants. Ce sont eux qui, au XVII° siècle, ont contribué à faire connaître les îles et leurs habitants. En outre, comme l’a souligné Chinard, « ces prêtres étaient en même temps des hommes « cultivés et quelques uns des érudits, presque tous en tout cas d'anciens professeurs …. Leur idéal de vie n'est pas purement chrétien, il est en même temps classique ou antique, et les sauvages américains vont leur apparaître sous les traits des Romains de la République, ils leur prêteront la gravité et l'éloquence de Caton ou de personnages de Tite-Live... »(9) (Chinard 1934 : 6). Jésuites, Capucins, dominicains ou laïcs ont rédigé leurs « Relations » en gardant présent à l'esprit un désir de satisfaire le besoin d'exotisme du public français, par la description détaillée de leur voyage, des plantes et des animaux qu’ils ont vus, des « Sauvages » qu’ils ont côtoyé.

L’influence sur les Callinagos des contacts entre indiens tupis du Brésil et Français.

Après les premières tentatives d’implantation au Brésil, les français prennent réellement pied en Amérique sous le règne du Roi Louis XIII. En 1620, Richelieu se fait décerner par le roi la charge de Grand Maître et Surintendant de la navigation et commerce de France. Courant 1625, un flibustier français, Pierre Belain d’Esnambuc, s’était réfugié sur l’île de Saint Christophe. L’île avait été abandonnée par les Espagnols et était occupée par des Anglais et des Callinagos. Anglais et Français s’entendent pour se partager l’île, mettant rudement à l’écart les Sauvages. Dès 1626, Richelieu fonde, avec l'accord papal (Urbain VIII), la Compagnie de Saint Christophe. En 1627, le Cardinal crée la Compagnie des Indes d'Amérique, sur le modèle de la Compagnie des Indes fondée aux Pays Bas en 1621. L'un des buts avoués de ces compagnies était de fonder des colonies et « maintenir la religion catholique à l'exclusion de toute autre » (Deschamps 1891 : 79). Charles Liénard de l'Olive et Jean du Plessis d’Ossonville prennent possession de la Martinique le 25 juin 1635, au nom du Roi de France. La scène se déroule à Fonds Laillet, non loin du village actuel de Belle-Fontaine, devant un groupe de callinagos (10). Effrayés par les serpents, les français se rembarquent précipitamment et se dirigent vers la Guadeloupe. Ils y débarquent le 28 juin.


Plus de 100 ans de contacts entre les Français et les Tupis au Brésil, puis entre les Callinagos et les Français ont laissé des traces dans la culture callinago. Elles sont surtout perceptibles dans la langue caraïbe avec des mots, qui ont été conservés en français et en créole. Dans le domaine de la cuisine, le « migan », à l’origine une sorte de purée de patates douce et de manioc, dans laquelle les tupis délayaient les cendres de leurs parents défunts, est devenu aux Antilles une préparation à base de fruit à pain, d’épices et de porc. Le « coui », une calebasse coupée en deux, qui est un contenant ou une écope pour vider les canots, se nommait « atagle » en caraïbe insulaire. Manioc est le mot tupi pour désigner la racine que les Callinagos consommaient sous le nom de « kiere ». Le mot « tapioca » est tupi. « Ouassou » désigne en tupi une grosse écrevisse. Le mot est resté en créole de la Guadeloupe pour une écrevisse de grande taille (Macrobrachium Holthuis) aux pinces impressionnantes. Le « carbet », la maison des hommes c’est « taboui » en caraïbe. Le nom « Agouti », qui s’applique à un petit rongeur, que l’on peut rencontrer à la Désirade, devenu plus rare sur la côte sous le vent de la Basse terre de Guadeloupe, est tupi. Il a supplanté le mot « picouli » en caraïbe insulaire. « Giraumon », une citrouille, est tupi. « Maringouin », un moustique, et « Sarigue » (Didelphis marsupialis ), un opossum sont aussi tupis. L’expression faire un « caouinage » que l’on retrouve dans les relations de chroniqueurs du XVII° siècle, pour désigner les grandes fêtes durant lesquelles les Callinagos buvaient énormément de bière de manioc, le « ouicou », vient du tupi. C’est enfin un autre mot tupi, « caraïbe », qui désignait le chamane, qui, par confusion avec le mot caribe utilisé par les Espagnols et carib en anglais, a conduit à appeler les « Callinagos », les Caraïbes. On ne devrait pas substituer au nom Callinago, celui de « Caraïbe » pour remplacer le terme « Caribe » des chroniques espagnoles antérieures à la découverte du Brésil. Enfin, l’une des expéditions tardives vers le Brésil, sous la direction d’un certain Capitaine Fleury, s’est effectuée en 1618-1620. Elle est à l’origine de la plus ancienne relation connue sur les Caraïbes. Arrivés à la Martinique avec un navire en piteux état, au terme de nombreuses péripéties, alors qu’ils revenaient vers la France plus pauvres qu’au départ, les français affamés et épuisés furent accueillis dans un village de caraïbes. Parmi l’équipage se trouvait un érudit. Il a relaté son voyage dans la chronique qu’il tenait. C’est ainsi qu’il a décrit dans le détail la vie quotidienne des habitants du village dans lequel il a séjourné dix mois. Ce séjour s’est passé quinze ans avant l’arrivée du père Raymond Breton à la Martinique. Cette « Relation d’un infortuné voyage fait en la terre de Brésil », dont l’auteur n’est toujours pas identifié, a été découverte par Jean Pierre Moreau, dans les manuscrit de la bibliothèque Imguibertine de Carpentras, en France. Il l’a publiée en 1987, sous le titre « Un flibustier français dans la mer des Antilles en 1618/1620 ».

Maisons des Tainos

Il m’a semblé intéressant d’évoquer les liens commerciaux et culturels qui reliaient au 16° et 17° siècles des îles des Petites Antilles au Brésil, par le biais des voyageurs français. Les descriptions des amérindiens brésiliens quoique leur culture soit différente de celle des Caraïbes apportent d’importantes informations qui contribuent à éclairer des aspects des croyances et des pratiques des Caraïbes insulaires relatées par les chroniqueurs qui les ont côtoyés.

H. Petitjean Roget



Notes

(1) Mollat du Jourdin, Michel et Jacques Habert. Giovanni et Girolamo Verrazano navigateurs de François I er. Imprimerie nationale. Paris 1982.

(2) Mollat du Jourdin…1982 : 124.

(3) André Thevet. Le Brésil et les Brésiliens ». Les français en Amérique durant la deuxième moitié du XVI° siècle. Choix de textes et notes par Suzanne Lussagnet. Presses Universitaires de France 1953

(4) La relation n’est connue que par un seul exemplaire qui a été conservé par chance par François de Razilly qui avait participé à l’expédition.

(5) « C’est Rabelais, avec son « Pantagruel » publié en 1552 qui reflète le plus la pensée des français de l’époque. « Il n’a pu connaître que les explorations portugaises et espagnoles et les premières explorations françaises. Marthyr de Angleria, Oviedo, les relations de Colomb, de Vespuce, Jacques Cartier ont été à peu près ses seules sources d’informations » (Deschamps 1891 : 22)

(6) Staden Hans , véritable histoire et description d’un pays habité par des hommes sauvages, nus et anthropophages , situé dans le nouveau monde nommé Amérique, inconnu dans le pays de Hesse avant et depuis la naissance de Jésus-Christ jusqu’à l’année dernière. Hans Staden de Hombourg, en Hesse, l’a connu de sa propre expérience et le fait connaître actuellement par le moyen de l’impression. Marbourg, chez André Kolben, 1557 Traduction française . Éditions AM Métaillé. Paris 1979

(7) Essais 1. 31, cité par Deschamps 1831 : 37

(8) Chinard, Gilbert. L’ Amérique et le rêve exotique dans la littérature française au XVII° et au XVIII° siècle. Paris Librairie E. Droz. 1934

(9) Chinard, Gilbert. L’ Amérique et le rêve exotique dans la littérature française au XVII° et au XVIII° siècle. Paris Librairie E. Droz. 1934.

(10) Un tableau du peintre Théodore Gudin (1802-1880), a évoqué de façon très romantique sur fond de cocotiers en bord de plage, la scène de prise de possession de l’île.


Orientations bibliographiques

Chinard, Gilbert. L’Amérique et le rêve exotique dans la littérature française au XVII° et au XVIII° siècle. Paris Librairie E. Droz. 1934

De Dampierre, Jacques. Essai sur les sources de l’histoire des Antilles françaises (1492-1664) : Mémoires et documents publiés par la société de l’École de Chartres VI. Paris. A picard et fils, Éditeurs. 1904.

Deschamps, Louis. Histoire de la question coloniale en France. Plon. Paris 1891

Gannier, Odile. Les derniers indiens des Caraïbes ; Images mythe et réalité. Ibis rouge éditions. 2003.

Moreau, Jean-Pierre. Un flibustier français dans la mer des Antilles en 1618/1620. Manuscrit inédit du début du XVII° siècle publié par Jean-Pierre Moreau. Éditions Jean-Pierre Moreau. 56 rue Emmanuel-Sarty, 92140, Clamart. 1987

Mollat du Jourdin, Michel et Jacques Habert. Giovanni et Girolamo Verrazano navigateurs de François I er. Imprimerie nationale. Paris 1982.

Staden, Hans. Nus féroces et anthropophages. 1557. Éditions A.M. Métailié. Paris 1979


Pointe-à-Pitre Mercredi 29 septembre 2010