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samedi, mai 12, 2018

Première colonisation des Antilles Françaises (sources)


A propos des sources, et la présence des esclaves lors du début de la colonisation des Antilles au XVII e siècle, sachant que :"Les premiers esclaves noirs sont introduits à Hispaniola dès 1493 dans le sillage des voyages de Christophe Colomb [ Mervyn RATEKIN, « The early sugar industry in Española »,..., en même temps que les premiers plants de canne ramenés des Canaries ou de Madère.

https://www.jstor.org/stable/2509696

Pour ce nous concernant en omettant les grandes Antilles et la période de la flibusterie et de la piraterie, quelques sources concernant le début de la colonisation des petites Antilles, notamment par les Français au 17 e siècle.

Histoire générale des isles de S. Christophe, de la Guadeloupe, de la Martinique, et autres dans l'Amérique (1654) RP Jean Baptiste Dutertre

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9801488s

L'ouvrage de Charles de Rochefort paru en 1658, à la page 55 p2 il est décrit le quartier des esclaves.

Histoire naturelle et morale des iles Antilles de l'Amérique 
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k74105c/f55.image

Pour les guerres caraïbes où maîtres et esclaves combattent côte à côte.

Histoire générale des Antilles habitées par les François 
T1 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1140206
T2 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k114021k
T3 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k114022z
T4 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1140206

Et l'excellent ouvrage du Révérend Père :"J.-B. Delawarde. Les Défricheurs et les petits colons de la Martinique au XVIIe siècle.

http://mediatheques.collectivitedemartinique.mq/…/SY…/191631

Cette bibliographie n'est pas exhaustive...

Bonne lecture !

Evariste Zephyrin

mercredi, décembre 20, 2017

La Compagnie danoise des Indes occidentales et de Guinée


La Compagnie danoise des Indes occidentales et de Guinée s'établit sur l'île de Saint-Thomas en 1672, s'étendant jusqu'à l'île Saint-John en 1683 (une annexion conflictuelle avec le Royaume-Uni jusqu'en 1718), et racheta l'île de Sainte-Croix à la Compagnie française des Indes occidentales le 15 juin 1733. En 1754, les îles furent revendues au roi du Danemark, devenant des colonies royales danoises administrées par un gouverneur.


Pour exploiter les îles avec les plantations de canne à sucre, le royaume du Danemark, comme les autres puissances européennes introduit des esclaves en provenance d'Afrique dès 17631. Les dures conditions entrainèrent une révolte en 1733 très durement réprimée1.

Pendant les guerres napoléoniennes, les îles furent occupées par les Britanniques ; d'abord de mars 1801 jusqu'au 27 mars 1802, puis de décembre 1807 jusqu'au 20 novembre 1815 où elles furent rendues au Danemark.

La traite négrière dans les possessions danoises sera interdite en 1792, le Danemark étant le premier pays à l'interdire2 mais l'esclavage ne sera lui aboli sur les îles antillaises danoises qu'en 18481. L'économie des îles basées sur la culture de la canne à sucre périclite alors1, de nombreux colons quittent les îles et le royaume Danois se désintéresse alors de ses possessions antillaises.

Le 12 décembre 1916, les îles furent vendues contre 25 millions de dollars US aux États-Unis d'Amérique, intéressés par leur position stratégique proche du canal de Panama. L'administration danoise se termina officiellement le 31 mars 19173.

Avant 1917, les langues parlées étaient un créole français proche de celui de Sainte-Lucie, l'anglais et l'espagnol, mais le danois était peu parlé, et surtout utilisé dans l'administration, ou par des Danois. 

samedi, avril 27, 2013

Une histoire manipulée pour une mémoire contrôlée


Au Congo comme partout ailleurs , les manuel d’histoire étaient écrit par les colonisateurs. De plus ils avaient le monopole de la parole, si bien qu’entre 1908 et 1960 les belges purent, en toute liberté et en toute impunité, manipuler l’histoire de ce pays et enseigner aux Congolais combien ils devaient vénérer la mémoire du roi Léopold. « un texte de 1959, relève Hochschild, destiné aux jeune soldats congolais pour devenir sous-officiers dans la force publique, expliquait que l’histoire révélait comment les Belges, par leurs actions héroïques, avaient réussi à créer un immense territoire. En combattant les esclavagistes « arabes » pendant trois années de sacrifices et de persévérance acharnée, ils avaient brillamment accompli la campagne la plus humaine du siècle, en libérant les peuples décimé et exploités de cette partie de l’Afrique. Quant aux adversaires du régime, qui n’étaient pas nommés, les critiques émises au cours des campagnes de diffamation entreprises par des étrangers jaloux s’étaient révélées sans fondement. Au Congo, grâce à leur supériorité militaire, les bourreaux gardèrent le pouvoir, la maîtrise de l’histoire et de son interprétation.

jeudi, février 14, 2013

Le supplice de Hatuey


Il s'agit d'une toile peinte vers 1930 d'Augusto García Menocal présentant le supplice de Hatuey, un chef amérindien de Cuba qui avait résisté de toutes ses forces à la conquête espagnole de l'Île.

La toile s'intitule «Je ne veux pas aller au Ciel»: ce titre c'est la réponse que Hatuey a fait à la question que lui adressait un des moines (franciscain ou dominicain) qui sont présents dans la toile.

Le moine demanda donc à Hatuey s'il voulait aller au Ciel. Hatuey lui demanda si ces hommes qui le suppliciaient iraient eux aussi au Ciel. À la réponse affirmative du moine, Hatuey lui dit: «Je ne veux pas aller au Ciel». Hatuey fut donc brûlé sur le bûcher mais il l'aurait été de toute façon. 

Les Espagnols exterminèrent tous les Amérindiens de Cuba et en massacrèrent la presque totalité dans toutes les terres américaines dont ils firent la conquête.

Comme les Anglais. Comme les Portugais. Quand ils ne les exterminèrent pas, il firent en sorte de leur faire oublier leur langue, leur religion, leur culture. Au génocide des corps, ils ont ajouté le génocide des esprits.

Et ces génocides se poursuivent encore maintenant (sous d'autres formes)

lundi, septembre 05, 2011

Discours du Roi des Belges Léopold II aux missionnaires du Congo en 1883 transmis par Patrice E. Lumumba Olenga //



Révérends Pères et chers Compatriotes, La tâche qui nous est confiée à remplir est très bien délicate et demande beaucoup de tact. Vous allez certes pour évangéliser, mais votre évangélisation doit s'inspirer avant tous des intérêts de la Belgique. Le but principal de notre mission au Congo n'est point d'apprendre aux nègres à connaître Dieu, car ils connaissent déjà ; Ils parlent et se soumettent à MUNGU, un NZAMBI, un NZAKOMBA et que sais-je encore.

Ils savent que tuer, coucher avec la femme d'autrui, calomnier et injurier est mauvais. Ayons le courage de l'avouer, vous n'irez donc pas leur apprendre à connaître ce qu'ils savent déjà. Votre rôle essentiel est de faciliter la tâche aux administrateurs et aux industriels. C'est donc dire que vous interpréterez l'évangile de façon qu'il sera à mieux protéger vos intérêts dans cette partie du monde. Pour ce faire, vous veillerez entre autre à désintéresser nos sauvages des richesses dont regorgent leurs sous-sols pour éviter qu'ils s'y intéressent, qu'ils ne vous fassent pas une concurrence meurtrière et rêvent un jour à vous déloger.

Votre connaissance de l'évangile vous permettra facilement de trouver des textes recommandant aux fidèles d'aimer la pauvreté.

Tel par exemple "Heureux les pauvres ,car le royaume des cieux est à eux et, c'est difficile aux riches d'entrer au ciel".

Vous devez les détacher et faire mépriser tout ce qui leur prouve le courage de nous affronter.
Je fais ici allusion à leurs fétiches de guerre qu'ils prétendent point ne pas les abandonner et vous devez mettre tout en œuvre pour les faire disparaître. Votre action doit se porter essentiellement sur les jeunes afin qu'ils ne se révoltent pas si le commandement du prêtre est contradictoire à celui des parents. Les enfants doivent apprendre à obéir ce que leur recommande le missionnaire qui est le père de leur âme.
Insistez particulièrement sur la soumission et l'obéissance ; éviter de développer l'esprit dans les écoles : Apprendre aux élèves à écrire et non à raisonner. Ce sont là, chers compatriotes, quelques uns des principes que vous appliquerez.
Vous trouverez beaucoup d'autres dans les livres qui vous seront remis à la fin de cette conférence. Evangélisez les nègres pour qu'ils restent toujours soumis aux colonialistes blancs, qu'ils ne se révoltent jamais contre les contraintes à que ceux-ci leurs feront subir.
Faites leur réciter chaque fois "heureux ceux qui pleurent car le royaume des cieux est à eux".
Convertissez toujours les noirs au moyen de la chicote. Gardez leurs femmes pendant neuf mois à la soumission afin qu'elles travaillent gratuitement pour nous.
Exigez ensuite qu'ils vous offrent en signe de reconnaissance des chèvres, poules, oeufs, chaque fois que vous visitez leurs villages. Et faites tout pour que le nègre ne devienne jamais riche. Chantez chaque jour qu'il est impossible aux riches d'entrer au ciel. Faites leur payer une taxe chaque semaine à la messe de dimanche, utiliser cet argent prétendument destiné aux pauvres à transformer vos missions en des centres commerciaux florissants. Instituez pour eux un système de confession qui fera de vous de bons détectives pour dénoncer tout noir qui a une prise de conscience contraire aux autorités investies de pouvoir de décision.
Enseignez aux Nègres d'oublier leur héros afin qu'ils n'adorent que les nôtres.

Ne présentez jamais une chaise à un Noir qui vient vous voir. Donnez-lui au plus une tige de cigarette. Ne l'invitez jamais au dîner même s'il vous donne une poule chaque fois que vous arrivez chez lui.





N.B Ce texte nous a été transmis par Mr. Moukouani-Bukoko, né en 1915. Il a obtenu ce texte par un heureux hasard en 1935. Mukwani-Bukoko infirmier à Kwamuth (Congo) Bolobo, achète une bible. Ce texte se trouvait dans cette bible. Le missionnaire l'avait oublié par mégarde. Pièce à conviction : Archives du CRL/PL transmis par Patrice E. Lumumba Olenga Que vous inspire le texte ci-dessus ? Copyright Afriqu'Info asbl Source : Cameroun Online : Discours du Roi des Belges Léopold II aux missionnaires du Congo en 1883 transmis par Patrice E. Lumumba Olenga

samedi, octobre 02, 2010

Les Caraïbes des Petites Antilles. Tenir compte de l’Histoire

L’article que nous proposons est une importante contribution de l’historien caribéen Henry Petitjean Roget à un colloque qui s’est tenu à Porto Rico. 

A son retour du premier voyage, le récit de Christophe Colomb promettait la découverte de telles richesses que dès 1493 le Pape Alexandre VI concédait aux Espagnols, par la Bulle « Inter Coetera » les territoires nouvellement reconnus. Les Traités signés à Tordesillas en 1493 et 1494 entre Espagnols et Portugais sous l’autorité du pape partageaient le monde au seul profit des Espagnols et des Portugais. François 1er demanda à voir, dit-on, « l'article du Testament d'Adam qui faisait la part si belle aux espagnols et aux portugais ».

Dès le début du XVI° siècle, les français, écartés des îles par la présence espagnole, décident de s’implanter au Brésil. Les voyages de Colomb sont tout de suite connus en Europe, mais la première traduction en français de la « Lettre de Colomb », paraît seulement en 1553. Marthyr de Angleria est le premier à écrire une histoire du Nouveau Monde. Ses « Décades, de Orbo Novo », sont publiées en français à Paris en 1532. « L’histoire naturelle et générale des Indes, isles et terres ferme de la grande mer océane », d’Oviedo est traduite par Jean Poleur à Paris en 1536.

Jusqu’à la première moitié du XVII° siècle, des navires français reviendront en France, chargés de bois rouge (2) pour les teintureries de Rouen et de Dieppe et de marchandises troquées avec les indiens. Les voyages français vers le Brésil, et les contacts avec les Tupis expliquent l’origine du nom « Caraïbe » qui a remplacé le véritable nom des Callinagos (3) des Petites Antilles et la présence de nombreux mots tupis dans leur langue qui sont restés en français.




Un peu d’histoire de France

Pour mieux situer l’action des navigateurs français dans le contexte de luttes entre nations pour l’appropriation de l’espace américain nouvellement découvert, un bref rappel des souverains français qui se sont succédés entre 1498 et 1654 s’avère nécessaire. De 1498 à 1654, la France a connu huit souverains et deux régences. Ce sont celles de Catherine de Médicis, épouse d’Henri II, mère du roi Charles IX, de 1560 à 1564 et celle de Marie de Médicis, femme d’Henri IV et mère du roi Louis XIII, de 1610 à 1617. Dès les traités de Tordesillas, les rois de France ont encouragé les voyages des navigateurs et des marchands en direction du Nouveau Monde. Il fallait découvrir des terres à disputer aux Espagnols et aux Portugais.

Les souverains Français. 1498-1643

Louis XII Roi de France de 1498 à 1515
François 1°Roi de France de 1515-1540
Henri II Roi de France de 1547 à 1559
François II Roi de France de 1559-1560
La Régence par Catherine de Médicis épouse d’Henri II de 1560 à 1564
Charles IX Roi de France 1564-1574
Henri III Roi de France 1574-1589
Henri IV Roi de France 1589-1610
Régence de Marie de Médicis de 1610 à 1617
Louis XIII Roi de France de 1610-1643
Régence d’Anne d’Autriche 1643 à 1654, infante d’Espagne, épouse de Louis XIII.
Louis XIV Roi de France 1654- 1715

Les Français en Amérique

Les frères Verrazzano (1) explorent pour le compte de François 1er, les côtes nord américaines en 1523 et la Floride et les Petites Antilles en 1528. 

Girolamo y est tué et "dévoré" par des Callinagos. Le drame se serait probablement déroulé en Guadeloupe (2). 

Jacques Cartier effectue trois voyages en direction des côtes nord américaines avec l’aval du roi de France Henri II entre 1534 et 1542. Sous le règne de Charles IX, Ribault, explore la Floride en 1562 puis René de la Laudonnière en 1564 tente de s’y implanter à son tour. 

Samuel de Champlain, sous Henri IV, est au Canada en 1603. La période qui concerne plus particulièrement l’espace antillais, s’étend de la découverte du Brésil à l’installation officielle des Français à la Martinique et en Guadeloupe en 1635.

Les Français au Brésil au XVI° siècle : L’émergence d’un exotisme américain

Écartés des îles par la présence espagnole, les français se tournent vers le continent, le Brésil en particulier. On sait que, parallèlement aux expéditions qui ont fait l’objet de récits ou de rapports à leurs commanditaires, de nombreux voyages à vocation commerciale ont eu lieu. Tous ces navigateurs ont relâché aux Petites Antilles sur leur route de retour pour éviter les îles espagnoles. Dès 1504, Paulmier de Gonneville avait abordé le Brésil. Il avait ramené avec lui, Essomericq le fils d’un chef indien Carijo. Faute de pouvoir le rapatrier chez les siens, comme il s’était engagé à le faire, il l’adopta et le maria à l’une de ses nièces. (Deschamps 1891 : 5). 

En 1519, Denis de Honfleur revint à Rouen avec « sept sauvages brésiliens » (Deschamps 1891 : 6). Un riche armateur de Dieppe, Jean Ango, organisa en 1522 un voyage au Brésil avec Denis de Honfleur qui s’y était déjà rendu trois ans plus tôt. L’idée d'occuper les territoires que se partagent espagnols et portugais s’impose peu à peu aux Français. En 1531 une centaine de français tentent d’installer un fort non loin de Recife sur l’île Saint Alexis. Au bout de quelques mois, les portugais réussissent à mettre un terme à cette tentative d’implantation étrangère sur leur territoire. En 1546 une flotte française composée de 18 navires quitte le port du Havre pour le Brésil. Quatre ans plus tôt à Rouen, sur les berges de la Seine, avait eu lieu la reconstitution d’une somptueuse fête brésilienne avec des Indiens, des arbres d’Amazonie et des animaux exotiques. (Vidal 2008 : 23). Henri II et Catherine de Médicis, accompagnés par la cour, y assistèrent. Cette fête persuada le roi Henri II d’encourager les voyages en direction du Brésil. En 1556, il envoie au Brésil le cartographe havrais, Le Testu, pour dresser une carte des cotes.

Sur ordre de Coligny, l’Amiral calviniste, Nicolas Durant de Villegaignon, part en 1555 pour implanter une colonie protestante . Il l’installe sur une île de la baie de Guanabara, l’actuelle baie de Rio de Janeiro. Cette tentative de colonisation française, s’achève en 1560. Le moine cordelier André Thevet qui avait accompagné de Villegaignon, résida un an au Brésil. Il écrivit une relation de son séjour et de sa rencontre avec les Indiens(3). Elle est publiée à Paris en 1557. Alors que Thevet avait déjà quitté la colonie protestante, Calvin, pour venir en aide à de Villegaignon en buttes à de nombreuses dissensions au sein de la colonie, lui avait envoyé quelques protestants dont, Jean de Léry, un calviniste convaincu. De Léry débarque en 1557 et reste dix mois sur place. Le récit de son séjour, « Histoire d’un voyage fait en la terre du Brésil » fut publié en 1578. Une autre tentative de colonisation française du Brésil eut lieu dans la région d’Ibiapaba-Ceara entre 1590 et 1604. Henry IV avait décrété en 1604 que le commerce maritime ne dérogeait pas. Tout noble pouvait s’y livrer, sans perdre ses titres et ses qualités. Une telle décision avait pour but de développer des voyages dans des buts commerciaux. En 1604, Daniel de la Touche de la Ravardière effectua une expédition en Guyane pour rejoindre une expédition française qui s’était installée sur l’Oyapock. A son retour en 1605, le roi lui avait concédé, « les Isles et terres du Maragnon et contrées adjacentes ». Ce territoire correspondait à celui où l'Amiral de Villegaignon avait tenté, cinquante ans auparavant, d’implanter sa colonie protestante. Tous les espoirs français d’installation dans la région de São Luis de Maranhão, s’évanouissent entre 1612 à 1615, lors de l’expédition conduite par Daniel de la Touche de la Ravardière qui espérait fonder la « France équinoxiale ». Il était accompagné du moine cordelier Yves d’Évreux. De retour en France, d’Évreux obtint du roi Louis XIII l’autorisation de publier le récit de son voyage « Les Singularités de la France Antarctique » qui paraît en 1557. Pour de raisons politiques, l’ouvrage est saisi et détruit(4). Yves d’Évreux est autorisé à publier en 1615 la seconde partie de sa relation, « La suite de l’Histoire des choses mémorables advenues sur le Maragnon es années 1613 et 1614 ».


Les premiers relations des voyages contribuent peu à peu à changer la mentalité et le goût de l’époque(5). Un allemand, Hans Staden, partit pour le Brésil en 1547 avec des marins . Il effectua un second voyage durant lequel, capturé par les Tupis, il resta prisonnier 9 mois et failli être mangé. Le récit de Staden, publié en allemand en 1557(6), révélait pour la première fois la réalité de l’anthropophagie de Tupinambas. Il rencontra un succès incroyable. Au début du XVII° siècle l’influence des voyages vers le Brésil prit de l’ampleur. Elle se manifesta par un engouement accru pour les objets exotiques. Montaigne, qui avait à son service un domestique qui avait servi de truchement au Brésil, rapporte : « II se void en quelques lieux et entre autres chez moi, la forme de leurs lits, de leurs cordons, de leurs espées et bracelets de bois de quoi ils couvrent leurs poignets au combat et de grandes cannes ouvertes par un bout, dont le son desquelles ils soutiennent la cadence de leurs danses »(7). Les publications de voyages au Brésil ont finit par faire comparer la vie des Sauvages à un âge d'or. « Le bon Indien va paraître réunir en lui toutes les vertus antiques et chrétiennes, c'est de l'Amérique et des Îles que l'on va rêver et c'est des récits de voyages qui abondent avant Rousseau et dont Rousseau s'inspire » (Chinard(8) 1934 : 7).


16th century image of a Caribbean native house.

Les relations des missionnaires.

Des missionnaires accompagnent les premiers émigrants. Ce sont eux qui, au XVII° siècle, ont contribué à faire connaître les îles et leurs habitants. En outre, comme l’a souligné Chinard, « ces prêtres étaient en même temps des hommes « cultivés et quelques uns des érudits, presque tous en tout cas d'anciens professeurs …. Leur idéal de vie n'est pas purement chrétien, il est en même temps classique ou antique, et les sauvages américains vont leur apparaître sous les traits des Romains de la République, ils leur prêteront la gravité et l'éloquence de Caton ou de personnages de Tite-Live... »(9) (Chinard 1934 : 6). Jésuites, Capucins, dominicains ou laïcs ont rédigé leurs « Relations » en gardant présent à l'esprit un désir de satisfaire le besoin d'exotisme du public français, par la description détaillée de leur voyage, des plantes et des animaux qu’ils ont vus, des « Sauvages » qu’ils ont côtoyé.

L’influence sur les Callinagos des contacts entre indiens tupis du Brésil et Français.

Après les premières tentatives d’implantation au Brésil, les français prennent réellement pied en Amérique sous le règne du Roi Louis XIII. En 1620, Richelieu se fait décerner par le roi la charge de Grand Maître et Surintendant de la navigation et commerce de France. Courant 1625, un flibustier français, Pierre Belain d’Esnambuc, s’était réfugié sur l’île de Saint Christophe. L’île avait été abandonnée par les Espagnols et était occupée par des Anglais et des Callinagos. Anglais et Français s’entendent pour se partager l’île, mettant rudement à l’écart les Sauvages. Dès 1626, Richelieu fonde, avec l'accord papal (Urbain VIII), la Compagnie de Saint Christophe. En 1627, le Cardinal crée la Compagnie des Indes d'Amérique, sur le modèle de la Compagnie des Indes fondée aux Pays Bas en 1621. L'un des buts avoués de ces compagnies était de fonder des colonies et « maintenir la religion catholique à l'exclusion de toute autre » (Deschamps 1891 : 79). Charles Liénard de l'Olive et Jean du Plessis d’Ossonville prennent possession de la Martinique le 25 juin 1635, au nom du Roi de France. La scène se déroule à Fonds Laillet, non loin du village actuel de Belle-Fontaine, devant un groupe de callinagos (10). Effrayés par les serpents, les français se rembarquent précipitamment et se dirigent vers la Guadeloupe. Ils y débarquent le 28 juin.


Plus de 100 ans de contacts entre les Français et les Tupis au Brésil, puis entre les Callinagos et les Français ont laissé des traces dans la culture callinago. Elles sont surtout perceptibles dans la langue caraïbe avec des mots, qui ont été conservés en français et en créole. Dans le domaine de la cuisine, le « migan », à l’origine une sorte de purée de patates douce et de manioc, dans laquelle les tupis délayaient les cendres de leurs parents défunts, est devenu aux Antilles une préparation à base de fruit à pain, d’épices et de porc. Le « coui », une calebasse coupée en deux, qui est un contenant ou une écope pour vider les canots, se nommait « atagle » en caraïbe insulaire. Manioc est le mot tupi pour désigner la racine que les Callinagos consommaient sous le nom de « kiere ». Le mot « tapioca » est tupi. « Ouassou » désigne en tupi une grosse écrevisse. Le mot est resté en créole de la Guadeloupe pour une écrevisse de grande taille (Macrobrachium Holthuis) aux pinces impressionnantes. Le « carbet », la maison des hommes c’est « taboui » en caraïbe. Le nom « Agouti », qui s’applique à un petit rongeur, que l’on peut rencontrer à la Désirade, devenu plus rare sur la côte sous le vent de la Basse terre de Guadeloupe, est tupi. Il a supplanté le mot « picouli » en caraïbe insulaire. « Giraumon », une citrouille, est tupi. « Maringouin », un moustique, et « Sarigue » (Didelphis marsupialis ), un opossum sont aussi tupis. L’expression faire un « caouinage » que l’on retrouve dans les relations de chroniqueurs du XVII° siècle, pour désigner les grandes fêtes durant lesquelles les Callinagos buvaient énormément de bière de manioc, le « ouicou », vient du tupi. C’est enfin un autre mot tupi, « caraïbe », qui désignait le chamane, qui, par confusion avec le mot caribe utilisé par les Espagnols et carib en anglais, a conduit à appeler les « Callinagos », les Caraïbes. On ne devrait pas substituer au nom Callinago, celui de « Caraïbe » pour remplacer le terme « Caribe » des chroniques espagnoles antérieures à la découverte du Brésil. Enfin, l’une des expéditions tardives vers le Brésil, sous la direction d’un certain Capitaine Fleury, s’est effectuée en 1618-1620. Elle est à l’origine de la plus ancienne relation connue sur les Caraïbes. Arrivés à la Martinique avec un navire en piteux état, au terme de nombreuses péripéties, alors qu’ils revenaient vers la France plus pauvres qu’au départ, les français affamés et épuisés furent accueillis dans un village de caraïbes. Parmi l’équipage se trouvait un érudit. Il a relaté son voyage dans la chronique qu’il tenait. C’est ainsi qu’il a décrit dans le détail la vie quotidienne des habitants du village dans lequel il a séjourné dix mois. Ce séjour s’est passé quinze ans avant l’arrivée du père Raymond Breton à la Martinique. Cette « Relation d’un infortuné voyage fait en la terre de Brésil », dont l’auteur n’est toujours pas identifié, a été découverte par Jean Pierre Moreau, dans les manuscrit de la bibliothèque Imguibertine de Carpentras, en France. Il l’a publiée en 1987, sous le titre « Un flibustier français dans la mer des Antilles en 1618/1620 ».

Maisons des Tainos

Il m’a semblé intéressant d’évoquer les liens commerciaux et culturels qui reliaient au 16° et 17° siècles des îles des Petites Antilles au Brésil, par le biais des voyageurs français. Les descriptions des amérindiens brésiliens quoique leur culture soit différente de celle des Caraïbes apportent d’importantes informations qui contribuent à éclairer des aspects des croyances et des pratiques des Caraïbes insulaires relatées par les chroniqueurs qui les ont côtoyés.

H. Petitjean Roget



Notes

(1) Mollat du Jourdin, Michel et Jacques Habert. Giovanni et Girolamo Verrazano navigateurs de François I er. Imprimerie nationale. Paris 1982.

(2) Mollat du Jourdin…1982 : 124.

(3) André Thevet. Le Brésil et les Brésiliens ». Les français en Amérique durant la deuxième moitié du XVI° siècle. Choix de textes et notes par Suzanne Lussagnet. Presses Universitaires de France 1953

(4) La relation n’est connue que par un seul exemplaire qui a été conservé par chance par François de Razilly qui avait participé à l’expédition.

(5) « C’est Rabelais, avec son « Pantagruel » publié en 1552 qui reflète le plus la pensée des français de l’époque. « Il n’a pu connaître que les explorations portugaises et espagnoles et les premières explorations françaises. Marthyr de Angleria, Oviedo, les relations de Colomb, de Vespuce, Jacques Cartier ont été à peu près ses seules sources d’informations » (Deschamps 1891 : 22)

(6) Staden Hans , véritable histoire et description d’un pays habité par des hommes sauvages, nus et anthropophages , situé dans le nouveau monde nommé Amérique, inconnu dans le pays de Hesse avant et depuis la naissance de Jésus-Christ jusqu’à l’année dernière. Hans Staden de Hombourg, en Hesse, l’a connu de sa propre expérience et le fait connaître actuellement par le moyen de l’impression. Marbourg, chez André Kolben, 1557 Traduction française . Éditions AM Métaillé. Paris 1979

(7) Essais 1. 31, cité par Deschamps 1831 : 37

(8) Chinard, Gilbert. L’ Amérique et le rêve exotique dans la littérature française au XVII° et au XVIII° siècle. Paris Librairie E. Droz. 1934

(9) Chinard, Gilbert. L’ Amérique et le rêve exotique dans la littérature française au XVII° et au XVIII° siècle. Paris Librairie E. Droz. 1934.

(10) Un tableau du peintre Théodore Gudin (1802-1880), a évoqué de façon très romantique sur fond de cocotiers en bord de plage, la scène de prise de possession de l’île.


Orientations bibliographiques

Chinard, Gilbert. L’Amérique et le rêve exotique dans la littérature française au XVII° et au XVIII° siècle. Paris Librairie E. Droz. 1934

De Dampierre, Jacques. Essai sur les sources de l’histoire des Antilles françaises (1492-1664) : Mémoires et documents publiés par la société de l’École de Chartres VI. Paris. A picard et fils, Éditeurs. 1904.

Deschamps, Louis. Histoire de la question coloniale en France. Plon. Paris 1891

Gannier, Odile. Les derniers indiens des Caraïbes ; Images mythe et réalité. Ibis rouge éditions. 2003.

Moreau, Jean-Pierre. Un flibustier français dans la mer des Antilles en 1618/1620. Manuscrit inédit du début du XVII° siècle publié par Jean-Pierre Moreau. Éditions Jean-Pierre Moreau. 56 rue Emmanuel-Sarty, 92140, Clamart. 1987

Mollat du Jourdin, Michel et Jacques Habert. Giovanni et Girolamo Verrazano navigateurs de François I er. Imprimerie nationale. Paris 1982.

Staden, Hans. Nus féroces et anthropophages. 1557. Éditions A.M. Métailié. Paris 1979


Pointe-à-Pitre Mercredi 29 septembre 2010

mardi, février 13, 2007

Restituer des oeuvres d'art... mais à qui ?

Le 5 février, l'Unesco organisait une rencontre à Paris sur un thème à l'intitulé prudent et passe-partout : "Mémoire et universalité, de nouveaux enjeux pour les musées." Mais le sujet, sur lequel les participants étaient conviés à débattre, était loin d'être académique : les musées doivent-ils restituer les oeuvres aux pays où elles ont été créées, ces derniers les considérant comme des éléments constitutifs de leur identité ?

L'actualité est en effet brûlante. Des pièces antiques appartenant au Musée Getty, de Los Angeles, sont réclamées par l'Italie. Le retour des frises du Parthénon, que l'on peut admirer au British Museum de Londres, est un vieux cheval de bataille de la Grèce. Plusieurs pièces précolombiennes sont revendiquées par les pays sud-américains. Et nombre de pays africains estiment que leur patrimoine, disséminé dans des musées du monde entier, doit retourner chez eux.
Sur le podium de l'Unesco se trouvaient des responsables de musées occidentaux, riches en pièces "venues d'ailleurs" : Henri Loyrette, du Louvre, Neil MacGregor, du British Museum, Mikhaïl Piotrovsky, pour l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, Richard West, du Musée des American Indian de Washington. Il y avait aussi des universitaires (le Guatémaltèque Juan Antonio Valdés et le Français Krzystof Pomian), la représentante du comité de déontologie de l'ICOM, le Conseil international des musées (l'Australienne Bernice Murphy) et le directeur de l'Ecole du patrimoine africain à Porto-Novo, au Bénin (Alain Godonou).
Les échanges se sont bornés à des généralités pertinentes. Chaque invité dans son rôle. L'Europe parlant d'universalité, l'Australie de technologies nouvelles à mettre au service des peuples - les oeuvres chez nous, leur représentation virtuelle dans les "pays sources" -, les Etats-Unis d'espace civique, l'Amérique latine de rééquilibrage des échanges Nord-Sud et l'Afrique - la plus pugnace - en posture d'éternelle victime.
Tout était juste, rien n'était dit. Au point de se perdre dans les différentes demandes de restitution. Car ces dernières, de registre très différent, appellent des solutions diverses. Il y a d'abord le pillage archéologique récent et avéré. Le Musée Getty s'est mis dans une mauvaise situation en refusant la restitution à l'Italie de plusieurs oeuvres pillées - dont une statue d'Aphrodite en marbre et un bronze, l'Athlète triomphant - dont le parcours clandestin a été parfaitement reconstitué.
Autre cas de figure : la pièce revendiquée a quitté le pays source depuis longtemps et "légalement", faisant désormais partie du patrimoine de son nouveau propriétaire. Le cas le plus célèbre - et le plus conflictuel - est celui des frises du Parthénon, au British Museum. Elles ont été enlevées en 1801 par Lord Elgin sur les ruines de l'Acropole d'Athènes. Le Britannique disposait d'un firman (une autorisation officielle) du sultan turc (l'autorité légale à l'époque) pour entreprendre ce dépeçage. Le gouvernement grec conteste ce point et réclame avec obstination ce qu'il considère comme étant un élément central de son identité culturelle.
La plupart des musées occidentaux gardent un silence prudent sur ce cas d'école. Leurs salles sont en effet garnies d'oeuvres qui ont souvent une histoire similaire : la Vénus de Milo ou la Victoire de Samothrace, sculptures acquises par la France et conservées au Louvre, ou le temple de Pergame (aujourd'hui Bergama, en Turquie), démonté par les archéologues allemands et remonté à Berlin. Et la Grèce, plus que jamais, fait du retour au pays de son patrimoine antique une priorité. Son refus de prêter au Louvre, sous prétexte de fragilité, une statue qui devait constituer un des fleurons d'une exposition consacrée au sculpteur Praxitèle, à partir du 23 mars, n'est-elle pas une manifestation de sa mauvaise humeur ?
D'autres pays se montrent également offensifs. La Colombie, l'Equateur, le Pérou interviennent de plus en plus fréquemment dans les capitales occidentales, lors de ventes aux enchères, pour réclamer des pièces qui seraient sorties illégalement de leurs pays. Si un objet "exfiltré" au XIXe siècle par des huaqueros (pilleurs de tombes) ne pose pas trop de problème, il devient "brûlant" dès qu'on se rapproche de la période contemporaine. Quelle est la date "limite" au-delà de laquelle une restitution est exigible : 1970 - date de la signature de la convention de l'Unesco qui codifie la circulation et la protection des objets d'art, mais n'est pas rétroactive - ou celle des lois locales, souvent plus précoces, mais peu respectées et rarement reconnues sur le plan international ?

COLONISATION ET PERTE DE MÉMOIRE
Pour l'Afrique, le problème est encore plus complexe. Le continent, constatent beaucoup de spécialistes africains, a été soumis à la traite négrière, puis colonisé. Il a, de ce fait, perdu l'essentiel de son patrimoine. Cette privation équivaut à une perte de mémoire. Si le drame atroce de la traite qui a vu la déportation de millions d'africains a peu touché son patriomoine matériel, la période de colonisation a largement coïncidé avec l'évaporation de ce patrimoine. Qu'il soit détruit, pillé ou vendu.
Un grand nombre de sculptures, après être passées entre les mains de collectionneurs privés (et d'abord celles des artistes, Picasso, Matisse ou Derain), se retrouvent aujourd'hui dans les musées occidentaux, notamment celui du Quai Branly, en France. Certains militent pour une restitution. Mais à qui rendre ces objets qui font aussi partie du patrimoine mondial et qui doivent donc être conservés, étudiés et exposés dans de bonnes conditions ? Les colonisateurs avaient créé sur place des musées - celui de Dakar, par exemple, l'un des plus prestigieux de l'ouest africain. Aujourd'hui, ces établissements, peu fréquentés, font peine à voir. Leurs collections se sont autodétruites faute de soins et de crédits. Elles ont également été vendues par des conservateurs indélicats ou jamais payés par les divers gouvernements africains pour lesquels un musée n'est pas une priorité. Faut-il inventer, pour le continent africain, un autre système que celui des musées pour préserver son patrimoine ? Peut-être. Mais lequel ?
Le travail que fait Alain Godonou à Porto-Novo est essentiel. Pour la première fois, une institution africaine, indépendante des pouvoirs en place, forme des professionnels, donne des expertises, entreprend des actions de sensibilisation à ce patrimoine. Il faut avouer cependant que le processus n'en est qu'à ses débuts. Doit-on, dès aujourd'hui, prendre le risque de restituer des objets susceptibles de disparaître ou de reprendre le chemin du marché ? Encore une question sans réponse. Et qui n'a pas été posée à l'Unesco.

Emmanuel de Roux