mardi, mai 10, 2011

Commémoration de l’abolition de l’esclavage mardi 10 mai 2011 à 18 heures place du général-Catroux, Paris 17e



 
Pour la troisième année consécutive, l’association des Amis du général-Dumas, présidée et fondée par l’écrivain et réalisateur  d’origine guadeloupéenne Claude Ribbe (Le Crime de NapoléonLe nègre vous emmerde) organise le 10 mai 2011, à Paris, place du général-Catroux, à 18 heures devant le monument à la mémoire du général-Dumas (fers brisés de Driss Arcidet) inauguré par Bertrand Delanoë en avril 2009, la commémoration parisienne de l’abolition de l’esclavage. 

Cette manifestation est organisée avec la participation de la ville de Paris, de la mairie du 17earrondissement, de la délégation générale à l’outre mer, de l’Université Paris IV-Sorbonne (centre universitaire Malesherbes) et des associations antillaises amitié Marie galantaise et Armada. 

L’armée française intervient chaque année depuis 2009 dans la partie officielle de cette commémoration à travers un hommage militaire au général Dumas, père de l’écrivain. 

Claude Ribbe, à l’origine du monument installé par la ville de Paris et obtenu de haute lutte – qui remplace une statue figurative abattue par les nazis en 1943 – milite depuis plusieurs années pour que le général révolutionnaire, né esclave, privé de Légion d’honneur depuis 1802, soit déclaré membre de droit de cet ordre national par Nicolas Sarkozy. 

Une pétition, signée par 6000 personnes, est en ligne dans ce sens
Pour l’instant le président de la République n’a pas donné satisfaction à cette demande.

Claude Ribbe considère que « la commémoration de l’abolition de l’esclavage, loin d’être le prétexte à l’expression du communautarisme, doit être une manifestation consensuelle et bon enfant réunissant des Français de toutes couleurs et de toutes opinions à travers les figures positives de héros issus de l’esclavage [comme le général Dumas ou le chevalier de Saint-George dont il est le biographe ] qui puissent servir de modèle aux jeunes des quartiers ».

L’édition 2010 de cette manifestation, chaque année plus populaire - en particulier parmi les originaires d’outre mer et d’Afrique - avait réuni un millier de participants.

Cette année, de nombreuses personnalités, dont Christiane Taubira, Rama Yade, Yazid Sabeg, commissaire à la Diversité et à l’égalité des chances, George Pau-Langevin, Lilian Thuram, Victorin Lurel, les ambassadeurs d’Haïti, du Sénégal, des USA  sont attendues.

Outre la musique de la gendarmerie mobile (50 exécutants) et un piquet d’honneur des troupes de Marine, 100 écoliers parisiens chanteront pour l’abolition, accompagnés par les tambours du groupe Miyo. La soprano guadeloupéenne Leila Bredent (petite fille du maire de Pointe à Pitre, Henri Bangou) interprètera quant à elle  acapella l’intégralité des 7 couplets (méconnus) de La Marseillaise démontrant ainsi de manière spectaculaire que l’hymne républicain n’est nullement la propriété exclusive de l’extrême-droite. Un pique-nique républicain, offert par les associations antillaises, est prévu sur la place du général-Catroux. La suite de la manifestation se déroulera à partir de 19 h 30 au centre universitaire Malesherbes, situé sur la place avec une lecture-concert dédiéesau chevalier de Saint-George avec Claude Ribbe et l’orchestre du chevaler de Saint-George.

Claude Ribbe, l’organisateur de cette manifestation, est par ailleurs le réalisateur du film Le chevalier de Saint-George (docu-fiction inédit, 52’) diffusé mardi 10 mai 2011 par France 3 à 23 h 50 en ouverture de La nuit de l’abolition  www.chevalier-de-saint-george.com. L’avant-première de ce film avait réuni à Paris, au théâtre Marigny, le 2 mai, 1000 participants avec la visite surprise du ministre de l'Intérieur et de l'Outre-mer, M. Claude Guéant.

Le 10 mai 2011- commémoration de la traite et de l'esclavage

10 mai 2010 - jardin du Luxembourg - photo Evariste Zephyrin


Nous somme le  10 mai, et  en France c’est un jour de commémoration, il y a des cortèges de célébrations  du souvenir de la traite négrière et de l’esclavage un peu partout.

Ce matin à 11 h30  la cérémonie officielle  avait lieu au Sénat  en présence du président de la république Nicolas Sarkozy,  qui tant qu'il a pu,  avait soigneusement évité d'y mettre les pieds, mais aujourd'hui, pour les 10 ans de cette loi et l’approche de la campagne électorale,  il y est.


Un dernier rendez-vous parisien à  18 h,  sur la place du général Catroux : la  commémoration parisienne de l’abolition de l’esclavage du 10 mai 2011.

A ces manifestations s’ajoutent les commémorations se déroulant en province,  Nantes, Bordeaux, pour ne citer que ces deux capitales régionales et dans les banlieues en autres, dans toutes les villes abritant une population issue de la tragique histoire de la traite et de l’esclavage.

Malgré la bonne volonté des autorités, municipalités, ces cérémonies restent un non-événement. C'est ce que disait une lettre que j'ai reçue m'invitant à la cérémonie du 10 mai dans les jardins du Luxembourg, plus précisément : «  Le 10 mai 2011 sera le 10e anniversaire de la loi Taubira. Cette loi a défini l'esclavage comme crime contre l'Humanité et a instauré, chaque 10 mai, une journée de commémoration de l'abolition de l'esclavage et de la traite négrière.

Or, au bout de 10 ans, force est de constater que cette journée est restée un non-évènement.

Il est donc nécessaire que l'ensemble des forces de progrès se mobilise pour que cette page de l'histoire ne soit pas passé sous silence. »

Le constat est terrible, nous ne nous sommes pas appropriés le 10 mai, ce jour de commémoration d'un crime dont fut victime nos ancêtres.

Qu’est-ce qui motive ce relatif désintérêt pour cette commémoration, est-ce le désir d’oublier et de passer à autre chose, est-ce le sentiment de dévalorisation que cette histoire engendre ou est-ce d’autres raisons qui nous valent cette situation de non-appropriation de cette journée ?

En tout cas, l’attitude de nos compatriotes nous questionne, il faudra sans doute à un moment où un autre, y apporter des réponses et rectifier le tir.


Evariste Zephyrin

samedi, mai 07, 2011

mardi 10 mai 2011 : 163ème anniversaire de la 2ème abolition de l’esclavage


Montreuil Patio de l’immeuble de la CGT 263 rue de Paris Montreuil (93) Métro Porte-de-Montreuil ou Robespierre

Dans le cadre de l’année des outre mer et du 10 anniversaire de la loi Taubira de janvier 2001, reconnaissant enfin, après des dizaines d’années de luttes, les traites négrières : crimes contre l’humanité. La CGT a décidé de placer le Mardi 10 mai 2011 sous le signe du « Tout Monde », en hommage à Edouard GLISSANT et de « l’Emancipation humaine » l’année du 50 anniversaire de la mort de Frantz FANON.
Aussi, la CGT a le plaisir de vous inviter à participer à son 6 forum participant du devoir de mémoire et pour avancer vers les incontournables réparations.

Programme

Avec stands de dégustation et d artisanat
- 14 H 00 : Rendez-vous dans la patio. Hommage à Edouard GLISSANT : Marie-France ASTEGIANI et à Frantz FANON : Hervé FUYET du Cercle Frantz FANON
- 15 H 00 :Impérativement 1er débat : Thème : Les conséquences de la traite négrière et de l esclavage sur la situation actuelle de néocolonialisme dans les DOM et en Afrique Avec : George LAFARGE - Marcel DORIGNY Historiens - Jean-Marie BRISSAC Syndicaliste CGTG - Mustapha GUEYE Cercle Frantz FANON - Monique VATONNE Collectif des Originaires de l Outre-Mer CGT - Jean-Bernard BIMIKE
- 16 H 30 : Intermède poétique avec JYB, slameur et Félicien GERENT, conteur
- 17 H 00 : 2 débat Thème : Exigence de liberté, de démocratie et de droits en réparation Avec Bruno DALBERTOT Secteur International CGT - Jean-Marie BRISSAC CGTG Casimir LARGENT CGT FAPT - Gaëtan SILENE CGT Equipement Jules LAVANIER CGT Territoriaux
- 18 H 30 : Groupe VANILLE-BOURBON : danseuses réunionnaises Groupe de GWO-KA
- 19 H 30 : Buffet réunionnais sur réservation
- 21 H 00 : Soirée culturelle et fraternelle JIPS et le groupe MOON - Jean-Pierre BOYER - AMR Maloya - Tropiques de Paris
- 02 H 00 : Fin

La loi Taubira fête son 10ème printemps

Le 10 mai 2011, journée nationale de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions dégage cette année une aura particulière.

Dix ans déjà qu’a été promulguée la loi Taubira. 21 mai 2001, les parlementaires français adoptent à l’unanimité le texte qui vise à appeler un chat, un chat. La traite négrière et l’esclavage sont désormais reconnus comme « crime contre l’humanité ». Il aura fallu des années de mobilisation d’intellectuels et d’associations pour en arriver là. Depuis, le calendrier français a vu fleurir plusieurs journées nationales de commémoration. Le 10 mai devient en 2006 la journée nationale des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions. Et le 23 mai est dès lors dédié à la mémoire des victimes de l’esclavage. 
Le CNRS a vu naître en 2008 un centre international de recherche sur les esclavages. Les littératures, spectacles, colloques, documentaires, expositions, sur le sujet se font de plus en plus foisonnants. Les archives nationales et départementales ont commencé à numériser des documents concernant la traite de l’esclavage.
Tout en constatant ces nombreux progrès, les « militants de la mémoire » comme le CMPHE (Comité pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage, présidé par Françoise Vergès depuis 2009, officiellement chargé des actions et programmes mis en place pour appliquer la loi Taubira) estiment qu’il reste beaucoup à faire. Notamment dans le domaine de l’enseignement et de la médiation. Trop peu de Français encore connaissent cette partie de l’histoire. « Il est inacceptable que des siècles qui ont vu des êtres humains mis en esclavage, privés de droits civiques, de patrimoine, et de patronyme, soumis au fouet et aux fers, et qui ont contribué à la richesse économique de la France, soient oubliés», peut-on lire dans la déclaration solennelle du CMPHE, pour les dix ans de la loi.
Le 10 mai 2011, journée nationale de commémoration de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions, célèbrera aussi le 10ème anniversaire de la loi Taubira. Le tout dans le cadre très contesté de la fameuse année de l'Outre-Mer. A 11h, le Président de la République prononcera un discours officiel dans les jardins du Luxembourg. C’est là qu’en 2007 fut installé le premier monument national dédié à la mémoire des esclaves. C’est là encore que sera dévoilée une stèle dédiée à la mémoire des esclaves, celle-là même que le CMPHE avait réclamée.
De nombreux colloques, manifestations, et événements en tous genres auront lieu afin de célébrer ce multiple anniversaire. Entre autres :
  • La maison de l’UNESCO accueille conférences et débats, le mardi 10 mai de 14h à 19H30 au 125, avenue de Suffren, Paris 7ème – Métro Ségur
  • Le musée du Quai Branly « expose l’esclavage » lors d’un colloque international du 11 au 13 mai.
  • Le groupe SOS organise un débat en partenariat avec Respect Mag :« Crise Outre-mer, deux ans après ? », le jeudi 12 mai, de 19h à 20H30, à l’auditorium Boris Vian de la Villette. En présence de Françoise Vergès, politologue et présidente du Comité pour la Mémoire et l’Histoire de l’esclavage, Carpanin Marimoutou, auteur et professeur à l'Université de la Réunion, Georges-Pau Langevin, députée du XXème arrondissement de Paris et de Serge Romana, généticien et président du Comité Marche du 23 mai 1998. Inscription gratuite mais obligatoire
  • Le festival Rues du monde propose un week-end créole à la Villette du 12 au 15 mai. En savoir plus
  • L’association Bulles d’oxygène présente une comédie musicale sur le thème de l’esclavage, intitulée « Terre de mémoires » et menée par une trentaine de jeunes issus des quartiers populaires. Rendez-vous le 9 mai 2011 à 20H30 au Théâtre Dejazet, Paris 3ème. Entrée sur réservation auprès de danielmrabet@gmail.com
  • L’association Africa organise une conférence-repas pour le 163è anniversaire de l’abolition de l’esclavage dans ses locaux de la Courneuve.Réservation obligatoire 48h avant. Contacter François au 01.48.36.95.74. / 06.98.65.90.20.
  • Le Bataclan accueille du 10 au 14 mai le festival Africaphonie « Musique, danse et maronnage ». Le 10 mai se tiendra un spectacle autour des musiques du monde et de l’esclavage. Programme détaillé surwww.africaphonie.com
  • LE HAVRE (76) - Cérémonie officielle le 10 mai à 11h suivie d’une rencontre à 18h autour de dix ans de recherches historiques sur le Havre, port négrier et, en soirée, d’un spectacle « Roads to freedom » ; Du 4 au 8 mai, colloque sur « Le Havre, Saint Domingue et Haïti au XVIII-XIXème siècles » ; et du 2 au 28 mai, expositions de photographies sur « l’esclavage moderne ».
  • BREST (29) – Soirée autour du poète haïtien Jean METELLUS et Festival BreizhAfrica. En savoir plus
  • PONTARLIER (25) – 3ème édition du « Festival sans chaînes » le 6 et 7 mai, avec un débat sur : « les mémoires et nouvelles formes de résistances culturelles » avec entre autres Françoise Vergès (CPMHE) et Christiane Taubira. En savoir plus
  • TOULOUSE (31) – Commémoration, marche et rencontres autour de la sixième journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions avec le Collectif 161 – Programme consultable surhttp://collectif161toulouse.blogspot.com
  • NANTES (44) – Parcours mémoriel dans la ville le 8 mai, expositions de photographies au Musée des Ducs de Bretagne « autour des traces de la traite aujourd’hui ». La cérémonie officielle aura lieu le 9 mai en présence de Jean-Marc AYRAULT et Christiane TAUBIRA.
  • NANCY (54) – Une double exposition en 32 panneaux sur « l’esclavage d’hier…et d’aujourd’hui » se tiendra du 9 au 27 mai à l’hôtel de ville. En savoir plus
  • MARTINIQUE – du 9 au 14 mai – Festival culturel « Mix’Art Madinina » en clôture de l’opération « MIX’ART à l’école » où plus de 2000 collégiens et lycéens interrogent la question de la diversité à travers un concours de dessins. De nombreux artistes plasticiens et musiciens proposeront 3 grandes expositions accompagnées de spectacles, concerts, fusions et performances entre tradition et modernité. Puis le 22 mai : célébration de l’abolition en Martinique.
  • GUADELOUPE – 27 mai – Célébration de l’abolition.
  • GUYANE – 10 juin – Célébration de l’abolition en présence de Maryse Condé et de Françoise Vergès.
  • LA REUNION – 20 décembre 2011 – Fête de la Liberté et célébration de l’abolition.
Fanny Fontan

vendredi, mai 06, 2011

Christiane Taubira : "cette loi m’a grandi"

députée de Guyane. Une décennie plus tard, elle revient sur un combat, personnel, mais aussi pour la mémoire collective.

Votre loi a dix ans. Quel regard peut-on porter sur elle aujourd’hui ?

Christiane Taubira  : Elle a modifié le code pénal français puisqu’il y a désormais une reconnaissance officielle et solennelle et une modification des programmes scolaires dans laquelle est engagée le gouvernement. Elle est exécutée de manière satisfaisante. Un rapport annuel est publié, il fait était de l’enseignement au primaire, au collège et au lycée. Ce sont d’incontestables progrès. La journée de commémoration est installée depuis six ans. Le Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage a été créé par la loi. C’est installé dans le paysage, on a trouvé le rythme de croisière.

La mobilisation des associations est un peu inégale, mais je constate que la culture associative change. Elles ont été longtemps dans la récrimination, elles sont aujourd’hui davantage dans l’exigence d’un certain nombre d’actes, tel que le Musée de l’esclavage. Ce centre national dont Edouard Glissant était chargé de faire la préfiguration, un travail dont il a d’ailleurs tiré une publication (Mémoires d’un esclavage, la fondation d’un centre national, édité chez Gallimard, ndlr), c’est un nouveau défi.

Où en est-on de la requête déposée devant le Conseil de l’Europe ?

C. T. : La reconnaissance universelle est acquise. Elle a été actée lors du sommet international contre le racisme, la xénophobie et les intolérances. La déclaration finale de l’ONU en septembre 2001 à Durban a pris acte que la traite négrière et l’esclavage constituent un crime contre l’humanité. L’Europe a été très impliquée dans la traite et l’esclavage. L’Angleterre reconnaît cette histoire depuis plusieurs années, elle accompli des actes significatifs, elle accompagne des études universitaires en la matière, finance des musées mais elle n’a pas reconnu la traite et l’esclavage comme des crimes contre l’humanité. D’autres pays ne veulent pas en entendre parler. Que la France fasse la démarche auprès du Conseil de l’Europe, c’était une façon d’accompagner les pays pour qu’ils accomplissent cet acte, qui a du sens. La première réparation doit être symbolique : on doit donner un nom et un statut aux crimes. Voilà l’intérêt du Conseil de l’Europe. Ceci étant, la démarche n’est pas vraiment engagée, mais à Durban, il y avait tous les pays européens. La déclaration de Durban engage tous les pays membres de l’ONU.


Vous avez parlé de l’engagement des associations mais quid de la société ?

C. T.  : Il existe plusieurs strates. Avant la loi, des enseignants s’intéressaient à cette histoire et l’enseignaient. La loi a inscrit cet enseignement dans les programmes scolaires de tous les niveaux. Elle élargit aussi le spectre de l’enseignement. Avant la loi, le décret de 1983 parlait de consacrer une heure le 27 avril (27 avril 1848, décret de l’abolition de l’esclavage par Victor Schoelcher, ndlr) à l’abolition de l’esclavage. Les manuels scolaires s’en trouvent modifiés ; les enseignants disposent de plus de supports pédagogiques. Le rapport annuel les aide à améliorer leur travail pédagogique. L’école est le lieu de préparation des citoyens pour comprendre l’histoire et le monde. A côté des écoles, il y a le milieu associatif qui n’est pas forcément lié à l’Outremer, ni à l’ancien empire colonial. Exemple, la Ligue des droits de l’homme et la Ligue de l’enseignement. De grandes associations s’intéressent à ces questions, elles sont sensibles aux valeurs portées par ces sujets humanistes.

C’est inégal pour le reste de la société. Les universitaires, les avocats, les juges sont plus sensibilisés. Mais les gens ordinaires qui ne sont pas dans les colloques tous les jours, qui n’ont pas accès à l’information tous les soirs ? Ceux-là dépendent du relais qui est fait par les médias. De nombreuses villes de France osent regarder leur passé. Un travail considérable a été fait à Nantes, ville pionnière en matière, de face-à-face avec l’Histoire. Il faut noter aussi les efforts de La Rochelle, de Bordeaux dont le maire est très fier du musée d’Aquitaine et de son département sur la traite et l’esclavage. Les villes portuaires et d’autres font des efforts pour que le citoyen ait accès à l’information. Je donne des interviews toute l’année sur le sujet, je suis invitée dans des écoles. Cela prouve que le sujet intéresse. On progresse. Puis de temps en temps, il y a un pic comme l’Année des Outre-mer qui est fait pour qu’on se focalise à nouveau sur l’histoire.


C’est une loi qui, encore aujourd’hui, est attaquée, notamment par Eric Zemmour ou le député UMP Christian Vanneste. Quel est votre sentiment ?

C. T.  : La société française est dans une période où toute une série de réflexes, d’instincts, de crispations ont plus facilement libre cours. C’est assez funeste, mais c’est lié à l’état de désarroi de la société et à la réceptivité de certains citoyens à des discours simplistes, mesquins, individualistes. Cette parole se libère, mais on a aussi affaire à un courant de pensées que j’ai déjà affronté. En 2005, une quarantaine de députés UMP avaient signé une pétition demandant l’abrogation de cette loi. Lors du débat sur la loi du 23 février 2005 (loi portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés), on avait entendu à l’Assemblée nationale, avec moins de talent, des discours qui valaient les clichés qu’on entendait sous la IIIe République. C’est bien que ce courant s’exprime, cela prouve que ce n’est pas un sujet banal, sans profondeur, sur lequel tout le monde s’entend. Il y a des désaccords car des gens continuent à avoir des préjugés, ils pensent qu’une catégorie d’humains peut être opprimée. Si la traite et l’esclavage étaient légaux aujourd’hui, on retrouverait des gens du côté des négriers, des armateurs, de ceux qui défendent les intérêts d’Etats auprès des compagnies. C’est là, cela existe. Parfois, ces gens font profil bas, et là, ils font plutôt des cocoricos.


La France a du mal à réconcilier son histoire et sa mémoire ?

C. T.  : C’est extrêmement douloureux. Lorsque l’histoire n’est faite que de moments glorieux, c’est très facile de la ressasser. La France aime répéter son histoire, elle l’enseigne très tôt. Elle sélectionne considérablement. Elle a occulté certaines pages qui existent, qui sont là, tangibles. Cependant, il y a toujours eu une grande conscience française pour porter cette histoire-là. Désormais, c’est la loi de la République. C’est une obligation pour le gouvernement de l’exécuter. Elle traverse l’ensemble de la société, mais je comprends qu’une histoire soit difficile à assumer, mais elle est là et on ne peut la gommer.


C’est une loi importante pour vous. Cela a été un processus long et difficile, trois ans sont passés entre le dépôt de la proposition et son adoption au Sénat.

C. T. : Cela a été difficile et douloureux. J’ai connu les périodes les plus difficiles de ma vie. J’ai beaucoup souffert nerveusement et physiquement. J’ai somatisé. Je me suis tordu la cheville le jour de la première lecture. J’ai eu des maux dans tout le corps. Trois ans après, j’étais encore incapable d’en parler. Lorsqu’on m’invitait pour en parler, au bout de trois phrases, j’avais une boule dans la gorge. Il y a peu de temps que je suis capable d’évoquer cette loi. Cela a été très douloureux. J’ai dû replonger dans cette histoire alors que je pensais avoir fait la paix avec. J’ai dû affronter des préjugés y compris avec des collègues avec lesquels je partage des idéaux. Cela a été une rude épreuve mais elle m’a grandi.

 Laurence THEATIN

Extrait : Un peu d'histoire de la colonisation de la Martinique




En 1635, le sieur Liénart de l’Olive  voulut faire la guerre aux Caraïbes, Du Plessis s’y opposa arguant : « cela serait contraire aux ordres du Roi et des seigneurs de la Compagnie qui, ayant pour but principal la conversion de ces infidèles, voulaient qu’on entretînt  la paix avec eux pour faciliter ce dessein[1]. »  Mais l’Olive, n’oubliait pas l’objectif de la colonisation, la conversion des Sauvages, et dès le début il s’y employa. La mort de Du Plessis, lui laissa les mains libres et trouva un prétexte pour  attaquer les Indiens : «En 1636, un an après l'arrivée de l'Olive et Duplessis, et quelques mois après la mort de ce dernier,  l'Olive décida d'exterminer  les "Sauvages".  La majorité se cacha;  deux furent pris et massacrés; deux autres faits  prisonniers.[2] »  Les missionnaires s’insurgèrent en parlant de « conspiration ». Du Tertre, le P. Raymond et  les autres religieux s’opposèrent à la politique menée par de l’Olive : « Il n’était pas permis de faire la guerre injustement à une nation libre et lui ravir ses biens et habitations[3].»  Les Français prirent l’avantage, mais l’insécurité  fut telle, qu’ils durent se terrer dans leurs forts, car les embuscades succédaient aux embuscades. 

En 1640, la paix revint après une médiation de Dyel Du Parquet (Gouverneur de la Martinique) avec les Indiens et la nomination d’Aubert comme gouverneur en  remplacement de l’Olive. Mais en 1650, les guerres redémarrèrent, en 1656 les Caraïbes firent  une alliance avec les Nègres marrons qu’ils débauchaient des plantations[4]

En 1657, ils attaquèrent les colons au Morne Riflet[5] ; et la même année, les Caraïbes signèrent la paix : « Quoique la paix eût été conclue avec les Caraïbes, cela ne les empêchait pas de nuire aux Français (…) Après les avoir armés de flèches et de boutous, les Caraïbes les roucouèrent à leur façon afin qu’ils ne fussent pas reconnus, et ces deux nations sauvages de l’Afrique et de l’Amérique, mêlant leurs haines barbares contre leurs maîtres et leurs vainqueurs, couraient à la faveur des ténèbres, la torche à la main, brûlant les cases et massacrant ceux qui fuyaient à leur approche[6].» L’une des ripostes nous est racontée, par l’historien Sidney Daney, un des tenants du système colonial, un esclavagiste avec la mentalité de son époque, avec tout le mépris,  l’arrogance et la fatuité  que cela implique, affichant la supériorité des siens comme une affirmation d’une irrécusable évidence : « Les Français en firent un carnage général, sans distinction de sexe ni d’âge. C’est ainsi que cette nation se vit chasser encore d’une de ses îles par les Européens, et que la Martinique en fut entièrement délivrée, sur la fin de l’année 1658 [7].» Si la Martinique se trouvait « délivrée» de ses autochtones, ces derniers n’étaient pas encore vaincus, et en l’an 1660, Houel  fut chargé par les Gouverneurs de la Martinique et de St Christophe, d’établir un traité de paix avec les Indiens : « parce que la dite Isle Martinique était engagée dans la guerre avec les  dits Sauvages il y a plus de six ans, qui  a causé de très grands malheurs par les meurtres, incendies et enlèvement de Nègres, fait par les dits Sauvages, en quoi le service du Roi  a reçu un notable préjudice.[8]» Ils négocièrent avec « quinze Sauvages des plus renommés des isles de Saint-Vincent, de la Dominique, et de ceux qui avaient été chassés de celle de la Martinique. » L’une des conditions de cet accord de  paix,  fut que les Indiens rendissent les cinq cents Nègres esclaves volés sur les habitations et que les colons cessent toute tentative de peuplement sur Saint-Vincent et la Dominique, qui resteraient « leur seul lieu de retraite. »



Tony Mardaye


[1] Du Tertre, I, 83.
[2] Du Tertre, I, 88
[3] Père Raymond Breton, Relation de l’île de la Guadeloupe, Basse-Terre, Société d’Histoire de la Guadeloupe, 1978, I,  p. 92
[4] « Les nègres africains, déjà en grande quantité, étaient depuis quelques temps, attirés par les caraïbes dans les bois où ils vivaient dans un état de vagabondage, appelé, aux colonies, marronage. Ces nègres, profitant de l’irruption des Sauvages, qui avaient fait fuire les habitants  vers le fort Saint-Pierre, s étaient grossis de ceux qui quittèrent alors leurs maîtres, et s’étant partagés en bandes, les uns s’étaient joints aux Caraïbes, les autres s’étaient mis à piller, brûler, tuer et commettre les atrocités les plus horribles. »  Sidney Daney, op. cit., p. 74
[5] Ces excursions nocturnes et sanglantes   durèrent un an. Les Caraïbes et les nègres, enhardis par l’inaction des colons, ne s’astreignirent plus à profiter des ombres de la nuit pour se livrer à leurs déprédations et à leurs meurtres. Ils poussèrent l’audace jusqu’à s’avancer en plein jour, le 29 août 1657, sur des mornes qui dominent Saint-Pierre, appelé Morne Riflet, brûlèrent quelques cases, tuèrent plusieurs personnes à coups de flèches… Sidney Daney, op, cit., p. 81.
[6] Sidney Daney de Marcillac : Histoire de la Martinique depuis la colonisation jusqu’en 1815, Fort Royal, imp. E. Ruelle, 1846. réimprimé en 1963 par la société d’histoire de la Martinique Ed.  des Horizons, p.81.
[7] Sydney Daney, op cit., p.108
[8] Du Tertre, I,  p 564 à 570..

mercredi, mai 04, 2011

Le Nègre selon Pierre Larousse


« C’est en vain que quelques philanthropes ont essayé de prouver que l’espèce nègre est aussi intelligente que l’espèce blanche. Quelques rares exemples ne suffisent point à prouver l’existence chez eux de grandes capacités intellectuelles. Un fait incontestable et qui domine tous les autres, c’est qu’ils ont le cerveau plus rétréci, plus léger et moins volumineux que l’espèce blanche, et comme, dans toute la série animale, l’intelligence est en raison directe des dimensions du cerveau, du nombre et de la profondeur des circonvolutions, ce fait suffit pour prouver la supériorité de l’espèce blanche sur l’espèce noire. Mais cette supériorité intellectuelle, qui selon nous ne peut être révoquée en doute, donne-t-elle aux blancs le droit de réduire en esclavage la race inférieure ? Non, mille fois non. Si les nègres se rapprochent de certaines espèces animales, par leurs formes anatomiques, par leurs instincts grossiers, ils en diffèrent et se rapprochent des hommes blancs sous d’autres rapports et nous devons en tenir grand compte. Ils sont doués de la parole, et par la parole nous pouvons essayer de les élever jusqu’à nous, certains d’y réussir dans une certaine limite. Du reste, un fait physiologique que nous ne devons jamais oublier, c’est que leur race est susceptible de se mêler à la nôtre, signe sensible et frappant de notre commune nature. Leur infériorité intellectuelle, loin de nous conférer le droit d’abuser de leur faiblesse, nous impose le devoir de les aider et de les protéger. »

 Pierre Larousse, Article Nègre, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle (1872)

mardi, mai 03, 2011

Le Roi Béhanzin : du Dahomey à la Martinique


Ce livre est un document exceptionnel. Le Roi Béhanzin : du Dahomey à la Martinique raconte les douze années que le souverain a passé dans la lointaine île antillaise après avoir été défait par l’armée française.

L’exil qu’il a connu de 1894 à 1906 est en tous points unique : prisonnier politique, Béhanzin est reçu avec tous les honneurs dus à son rang ; Africain, il se retrouve au milieu de Martiniquais, anciens esclaves venus de sa contrée, vendus notamment par ses aïeux.

La rencontre est inouïe entre ce roi fidèle à ses traditions et ces Antillais citoyens français, pas tout à fait français, de moins en moins africains, en train de se créer une identité antillaise.
Entouré d’une partie de sa famille (quatre épouses, trois filles et le jeune prince Ouanilo), le roi du Dahomey réclame sans repos ni répit le droit de retourner dans son pays.

C’est son existence qui est ici reconstituée, nourrie de documents de l’époque, de travaux historiques, de l’aide de spécialistes béninois, de reconstitutions par l’auteur qui a vécu en Martinique avant de s’installer au Bénin où il a achevé l’écriture de l’ouvrage.

Le Roi Béhanzin : du Dahomey à la Martinique — événements importants et page méconnue — , est une contribution à l’Histoire du Bénin et à l’Histoire de France.
Publié par un éditeur français, Arléa, distribué par Le Seuil, le livre est distribué au Bénin, aux Antilles et en France.




L’auteur





Écrivain et journaliste français, Patrice Louis a choisi avec son épouse de venir vivre définitivement au Bénin où il aspire à transmettre les savoirs accumulés au fil de sa carrière.
Il est riche d’une expérience variée dans les médias, tant de presse écrite (Le Monde), qu’à la radio (Europe 1, France Inter, BFM, Radio Caraïbes International) et à la télévision (Canal +, TF1, LCI, i-télé, ATV).

Au Bénin, il enseigne le journalisme à l’ENAM, à l’ISMA, à Talents & Médias, etc.

Il est l’auteur d’une douzaine de livres dont trois sur Aimé Césaire qu’il a bien, connu et qui lui a fait découvrir Béhanzin : ABC… ésaire (dictionnaire), Rencontre avec un Nègre fondamental (entretiens), Le Ruban de la fille du pape (essai).
Il a écrit des ouvrages sur la langue française, ses mots et ses expressions (Du bruit dans Landerneau, C’est beau mais c’est faux, A dormir debout, Toutes les Suédoises s’appellent Ingrid).
Auteur d’un dictionnaire de l’Internet et des nouvelles technologies (dico.com), il a aussi signé des ouvrages sur l’histoire martiniquaise.

Patrice Louis prépare un livre sur le prince Ouanilo, dans le sillage de Le Roi Béhanzin : du Dahomey à la Martinique.

Enfin, ce Français pris de passion pour le Bénin et son destin, a été accueilli à bras ouverts par Sa Majesté Houédgni Gbéhanzin, Roi du Danhomè, qui l’a intronisé, ainsi que son épouse, au rang de grand dignitaire.

Ils répondent désormais aux noms de Dah Allatonvoun et Nah Mihouessa.

EVENEMENT LITTERAIRE

A l’occasion de la sortie du livre Le Roi BEHANZIN du DAHOMEY à la MARTINIQUE, la librairie BUFALO est heureuse de vous inviter à rencontrer l’auteur Patrice Louis qui dédicacera son livre.
La librairie BUFALO est située dans la 1ère rue à LIBRAIRIE BUFALO gauche après ECOBANK Avenue STEINMETZ Tél :( 229) 21 31 57 26 en descendant de l’échangeur. Fax : (229) 21 31 84 01 E-mail :bufalo@bufalo-benin.com

Mémoire de l'Outre-mer vous invite à découvrir son programme du mois de Mai 2011



Nous avons donné à la "Femme" une place prépondérante dans nos activités autour de la Commémoration de l'Abolition de l'esclavage et des traites négrières afin de souligner le 10ème anniversaire de la loi du 10 mai 2001 initiée par Christiane TAUBIRA qui sera l'invitée d'honneur de la Ville de Nantes le 9 mai 2011 à 18h30 

Jusqu'au 16, vous pouvez voir à l'espace culturel Louis Delgrès, l'exposition d'Alexia BROSSAUD intitulée
"La lutte contre l'esclavage, un combat d'hommes ... mais aussi de femmes"

- Deux conférences pour marquer cet anniversaire :
  • Mercredi 4, avec Arlette GAUTIER, profeseur de sociologie à l'Université de Brest, sur le thème "Femmes et esclaves aux Antilles du XVIIème au XIXème sicèle",
  • Vendredi 6, avec Marie FREMIN, doctorante à l'Université de Cergy, sur le thème "Trois mises en fiction de la voix et de l'expérience féminines de l'esclavage",
Samedi 7 : Journée "Mémoire artistique" , cinéma, contes et musique, trois temps forts tout au long de cette journée,

Lundi 9 : Journée "Mémoire littéraire"
  • Goûter littéraire avec Evelyne BRISOU-PELLEN autour de son livre jeunesse "Deux graines de Cacao"COMPLET
  • Soirée Lecture poétique avec Roland BRIVAL, critique littéraire, homme de théâtre, compositeur et chanteur de jazz

COMMEMORATION DE L'ABOLITION DE L'ESCLAVAGE ET DES TRAITES NEGRIERES Mardi 10 sur l'esplanade de l'Île Gloriette à Nantes
et le soir à la Maison des Arts de Saint-Herblain avec un spectacle de Léonora MIANO intitulé SANKOFA CRY (nombre de places limité réservation obligatoire)

Vendredi 13 : Soirée Littéraire avec Dany LAFERRIERE en partenariat avec la Librairie VENT D'OUEST à 20h00., présentée par Alain GIRARD (de la librairie Vent'Ouest) et Raul CAPLAN (enseignant-chercheur à l'Université d'Angers). 
Mais de 17h00 à 19h00, Dany LAFERRIERE sera à la Librairie VENT D'OUEST, Place du Bon Pasteur à Nantes.

- et nous terminerons ce mois de mai par un
Week-end spécial Guyane les Vendredi 27, Samedi 28 et Dimanche 29, en écho avec l'exposition des Archives départementales de Loire-Atlantique sur "Le Procès des insurgés de Cayenne", exposition ouverte jusqu'au 26 juin 2011 (à voir absolument)

Pour toute information sur cette programmation, vous pouvez nous joindre aux coordonnées ci-dessous :


P.S : Pour notre voyage de groupe au Sénégal, il nous reste quelques places disponibles pour ceux qui veulent à se joindre à nous.
Espace Culturel Louis Delgrès
Association MEMOIRE DE L’OUTRE-MER
 89 Quai de la Fosse - 44100 NANTES
 ouvert sans interruption :
-       lundi de 10h00 à 17h30
-       mardi, mercredi, jeudi et vendredi de 10h00 à 19h00
-       samedi de 12h00 à 18h00
( : 02 40 71 76 57 – 02 40 69 07 50

Commémoration du 10-mai à Fontenay-sous-Bois

10-mai_Fontenay-sous-Bois                                                                                            

dimanche, mai 01, 2011

African Origins : sur la piste des esclaves affranchis

Redonner une identité à des millions d'Africains déportés lors de la traite négrière au XIXe siècle : c’est le défi du site African Origins. En pariant sur la collaboration du public, le projet de l’université Emory, aux États-Unis, espère reconstituer le chaînon manquant dans la généalogie des anciens esclaves déportés vers les Amériques au XIXe siècle.
Au moment où le Sénégal célébrait, le 26 avril, la fin de l'esclavage, un hommage d'un genre un peu différent était rendu aux victimes de la traite négrière, de l'autre côté de l'Atlantique. G. Ugo Nwokeji et David Eltis, deux chercheurs américains de l’université Emory (Atlanta, États-Unis), ont lancé un site Internet interactif pour tenter de retrouver le nom originel et l'ethnie de plusieurs dizaines de milliers d’Africains déportés vers les Amériques au XIXe siècle, alors que la traite était interdite. Grâce à cette recherche, ils espèrent retracer l'histoire de millions d'esclaves restés anonymes.
Appelé « African Origins », le site met en avant une devise simple : « Votre savoir aide à écrire l’histoire ». Le principe est le suivant : chaque internaute est invité à faire partager ses connaissances en matière de patronymes africains sur une base de donnée contenant des informations sur près de 9 500 Africains réduits en esclavage.
Retranscriptions phonétiques
Les noms de ces derniers ont été recueillis par des Cours de commission mixte composées de juges de plusieurs nationalités. Établies entre 1819 et 1867 à Freetown (Sierra Leone), Nassau (Bahamas), La Havane (Cuba), Paramaribo (Surinam), Luanda (Angola), New York (États-Unis) et Rio de Janeiro (Brésil), ces juridictions avaient pour rôle de fournir des documents officiels d'hommes libres à des esclaves en partance pour les Amériques dont les navires avaient été arraisonnés par les marines britannique ou américaine. Car la Grande Bretagne et les États-Unis avaient interdit la traite négrière au début du XIXe siècle.
Au fil des pages, les greffiers consignaient le nom, l'âge, le sexe et dans certains cas, le lieu d’origine de chaque « affranchi ». Mais leurs relevés se limitaient généralement à des retranscriptions phonétiques. Ce qui pose des problèmes pour déterminer l'origine ethnolinguistique des patronymes de ces hommes et femmes qui ont souvent émigré aux États-Unis par la suite.
Pour surmonter cette difficulté; G. Ugo Nwokeji et David Eltis ont eu l’idée de réaliser des enregistrements sonores des noms tirés des registres, prononcés par des personnes parlant la même langue que les greffiers. Un hispanophone à l’accent cubain a ainsi été chargé de lire à voix haute un nom consigné dans le registre de la commission mixte de la Havane. Objectif : tenter de corriger les éventuelles erreurs orthographiques des greffiers pour déterminer l’origine ethnique de l’ancien esclave.
Chercheur en herbe
Les bandes sonores recueillies ont été envoyées à des spécialistes aux quatre coins de l’Afrique, pour établir un lien entre le nom consigné dans des registres et le nom réel de l’ancien esclave. Mais seulement quelques noms sur les plusieurs milliers listés ont pu être identifiés. D’où l’idée d’étendre la base de données à tous les internautes africains et de la diaspora.
Chaque chercheur en herbe peut saisir un nom au hasard et trouver ceux de la base qui ont une prononciation similaire ou écouter des patronymes enregistrés, puis suggérer des liens avec des dialectes voire des groupes ethniques auxquels ils peuvent appartenir. Chaque collaboration est ensuite analysée par les chercheurs et, si elle est jugée pertinente, ajoutée à la base de données.
Que sont devenus ces esclaves émancipés ? Où se sont-ils installés ? Quelles analogies tirer de ces résultats pour d'autres esclaves dont les noms n'ont pas été enregistrés mais dont on connaît certains détails du parcours (lieu d'embarquement et de débarquement, marchand, « propriétaires »...) ? À terme, les concepteurs du site espèrent avoir suffisamment d'informations pour mettre en ligne des cartes retraçant les migrations historiques des esclaves affranchis et de leurs descendants ainsi qu’un moteur de recherche par groupe ethno-linguistique. L’occasion peut-être, pour ceux qui ont déjà entrepris des travaux généalogiques, de reconstituer précisément leur ascendance... jusqu'en Afrique.
Le projet expliqué en vidéo