lundi, avril 18, 2016

16 avril 1827 : Création de la Gourde



Vote de la loi créant la monnaie haïtienne, la Gourde, sous la présidence de Jean-Pierre Boyer. Le nom de "gourde" vient de la francisation de la monnaie espagnole le "peso gordo" (peso lourd ou peso-or).
Les premiers papiers monnaie émis par un gouvernement haitien remonte à l’année 1827, sous la présidence de Jean Pierre Boyer (1818-1843).Ces billets ont été autorisés par la loi du 16 Avril 1827 et circulèrent sous les dénominations d’une (1), de deux (2), quatre (4), huit (8), dix (10), seize (16) et vingt-cinq (25) gourdes. Leurs dimensions et présentation variaient suivant les émissions.

La valeur de la gourde par rapport aux devises étrangères de l’époque n’est pas connue. Cependant, Suzie Castor rapporte que le papier monnaie qui circulait à la fin de la présidence de Sylvain Salnave (1867-1869) n’avait aucune valeur. Il fallait près de mille gourdes pour faire un dollar américain. Et la gourde dut affronter la concurrence déloyale d’autres monnaies dont le peso mexicain et le dollar américain. Ces derniers, ayant été imposés par simple décret administratif 3. Par moquerie, les Haïtiens appelaient ces billets, parfois grossièrement imprimés, ‘zorèy bourik’.

La Convention du 13 Avril 1919 (devenue caduque en 1969) fixa le taux de change à cinq gourdes pour un dollar américain. Ce taux resta en vigueur jusqu’au début des années 80. Le coup de grâce fut donné en 1989 quand 56 millions de la devise américaine furent expatriés. Leslie Delatour, un économiste et ancien ministre des Finances du Conseil national de gouvernement, qualifia cette fuite de capitaux de « véritable saignée »3. Depuis lors, la monnaie haïtienne s’est considérablement dévaluée par rapport au dollar américain. Le marché se libéralisa et le taux de change devient très fluctuant.

16 Avril 1845.- Louis Pierrot devint président d’Haiti remplaçant Philippe Guerrier décédé la veille:
Agé de 84 ans au moment de son élection, cet ancien combattant de la guerre de l’indépendance ne vint à Port-au-Prince pour prendre possession de son siège que le 8 mai. Il ne tarda pourtant pas à transporter le siège de la présidence au Cap.

16 Avril 1848.- Début d’un carnage tendant à éliminer les adversaires de gouvernement de Faustin Soulouque:
Tout a débuté par un coup sur la cour du palais nationale. Des hommes sous le commandement du général Maximillien Augustin, dit Similien, se livrèrent à un vrai carnage ciblant les opposants qui n’avaient pas eu le temps de demander la protection des consuls en place à Port-au-Prince.

C’est arrivé aujourd’hui !… : 18 Avril Haiti


18 Avril 1852.- Sacre de Faustin 1er. comme empereur d’Haiti: Empereur sous l’égide de la constitution impériale promulguée le 20 septembre 1849, Il a attendu près de 31 mois pour se faire sacrer après deux semaines de réjouissances et de festivités.

18 Avril 1807.- Loi créant la première force de police: Le premier corps de police fut établi à Port-au-Prince., composé de seulement 25 hommes commandés par un capitaine et un lieutenant. Ces policiers qui s’occupaient surtout de l’hygiène et de la tranquillité des rues, portaient un uniforme bleu à boutons blancs, une épée et un chapeau retapé.

lundi, avril 04, 2016

“COMBIEN DE NAVIRES ONT AINSI EMPORTE A TRAVERS L’ATLANTIQUE, DES ENNEMIS JURES, ENCHAINES L’UN A L’AUTRE "


Quelle fut la responsabilité des Africains dans la déportation transatlantique ?

Aucune se dépêcheront de dire certains, mineure, nuanceront d’autres...

Le pire c’est que cette dénégation dont on ne saurait dire si elle est plus indécente que stupide, sera souvent le fait de descendants d’esclaves eux-mêmes, qui commettront ainsi une double trahison. D’une part, celle de n’avoir pas avoir fait l’effort documentaire qu’il leur était moralement fait obligation vis à vis du martyr de leurs ancêtres, pour partager par la mémoire, la réalité et non une histoire fictive pour leur arrangement personnel, de leur odyssée. Mais également, par la non dénonciation, toujours parce que cela les arrange mieux ainsi, des circonstances peu glorieuses qui ont valu à ces malheureux de se retrouver captifs, par le fait de leurs semblables. Car ceux qui se retrouvaient dans la cale du bateau savaient très bien par quel cheminement malheureux ils s’étaient retrouvés là, et que leur sort fut scellé bien avant qu’ils n’aient aperçu pour la première fois de leur vie, un homme blanc...

Oui, absoudre ainsi, par une attitude simplificatrice et irresponsable voulant que dans cette affaire il y eut tout simplement les bons d’un coté et les mauvais de l’autre, ceux des ennemis féroces de ces malheureux qui furent la cause effective de leur captivité, c’est nier en les trahissant, ce qui fut la moitié de leur douleur.

Bien sûr, nous connaissons le schéma si facile et toujours réitéré auquel s’accrochent d’autant plus ceux qui se trouvent dans cette posture, que sa stupidité permet d’y accoler d’autres concepts fantasmatiques tels que celui d’un prétendu “peuple noir”, et selon lequel des hommes blancs s’en seraient venus d’Europe pour capturer des hommes de ce peuple noir qui vivait jusqu’alors uni dans la paix et la sérénité, afin de les emmener comme esclaves aux Amériques, et aussi simplement qu’il suffit de l’énoncer...

Ceci leur permet de ne donner qu’une seule couleur à la culpabilité dans cette affaire, et de manifester contre celle-ci une vindicte qui aurait risqué autrement de concerner également certains avec lesquels ils font front, et malgré l’évidence que les choses n’auraient pas pu se passer de la sorte, ces gens vous soutiendront ce bobard avec virulence.

Et tout cela, même si vous leur faites remarquer qu’à condition de déjà y mettre des moyens militaires conséquents, ce qui ne sera le cas que durant la période de la colonisation qui viendra beaucoup plus tard, ce genre d’opération de chasse et de capture massive de nègres dispersés jusqu’au plus profond de la savane ou de la forêt, parfois même à des centaines de kilomètres des côtes, combien même il aurait été ponctuellement faisable, et il ne l’était manifestement pas, il ne l’aurait certainement pas été dans la durée.

Car, sauf à prendre les Africains pour les derniers des derniers, la surprise aidant, ce genre d’opération aurait peut-être pu fonctionner durant quelques temps, quelques années tout au plus, mais certainement pas sur toute la durée de trois long siècles pendant lesquels pourtant prévenus, expéditions après expéditions, années après années, capture après capture, jamais ces Africains n’auraient trouvé durant tout ce temps la moindre parade, ne serait-ce qu’en se regroupant pour faire efficacement front à ce qui n’était à l’époque que quelques poignées d’aventuriers, afin de se soustraire à cela...

Et c’est là qu’apparait la mystification car il est clair que la durée aussi longue de la déportation ne peut s’expliquer que si elle se trouve articulée sur une disposition qui était propre au continent africains et qui en l’occurrence, était la “mise en servitude”, telle qu’elle se pratiquait depuis des lustres, principalement des vaincus des conflits incessants entre nations africaines, qui sévissaient alors et qui hélas perdurent aujourd’hui. Et ce; même s’il n’existait pas à l’origine de commerce de ces captifs, coutume qui sera apportée par les Arabes, imités en cela par les Européens dont la lourde faute historique consistera en l’ampleur dévastatrice qu’ils donneront à celui-ci.

Et qu’on ne nous parle pas en télescopant les époques et en accordant aux aventuriers du 16ème siècle qui ne disposaient que de vieilles pétoires à pierre qui tiraient un coup toutes les dix minutes en étant placées sur un chevalet, la mobilité des armes à feu qui n’apparaîtront qu’au 19ème siècle, pour nous faire croire que c’est grâce à cela que ces aventuriers dont les tenants de ce bobard ne se préoccupent jamais de nous dire combien ils étaient, ont pu avec quelques poignées d’hommes encercler des villages entiers pour en faire captifs les habitants probablement rendus incapables de se défendre parce qu’apeurés, et surtout, organiser les fameux “convois”, qui permettaient après plusieurs semaines de marche, de faire parvenir les captifs de l’intérieur des terres jusqu’à la côte, au milieu des populations hostiles...

Tout cela est non seulement faux, mais parfaitement stupide...
  
Le plus incroyable dans cette affaire, c’est qu’il n’y a pas lieu de se questionner jusque dans la nuit des temps pour savoir ce qui s’est effectivement passé. Car, contrairement à ce que s’imaginent certains, nous disposons d’une très abondante documentation, établie avec toute la rigueur des documents comptables et des livres de bord des navires négriers, pour mettre en évidence ce qui fut tout simplement ainsi que l’indique directement le mot “traite”, lequel n’a rien à voir avec un éventuel traitement infligé aux esclaves, mais qui décrit une opération commerciale, terme qui est d’ailleurs à l’origine du mot anglais “trade”, ce qui fut un gigantesque commerce d’hommes rendus captifs par leurs semblables, en échange de produits manufacturés en provenance d’Europe.

Toute la malhonnêteté dans cette affaire, c’est de feindre de croire pour les uns, et de proclamer bruyamment pour les autres, que ce sont les Européens qui s’en allaient eux-mêmes faire des captifs chez les Africains qui ignoraient tout de cette pratique, et qui par conséquent, portent l’entière et exclusive responsabilité dans ce désastre. Et ce faisant, alors qu’il est clair qu’il y eut dans cette affaire des vendeurs et des vendus, ces gens commettent le crime de solidariser la mémoire des vendus avec celle de ceux qui les ont vendus, en salissant ainsi celle des premiers. Qui peut croire que cette façon de descendants d’esclaves, de falsifier ainsi la mémoire de leurs martyrs, pourrait leur valoir la faveur de la destinée ?

Ceci étant, il est certain que des Africains n’ont pas du manquer de se faire razzier directement le long des côtes, comme cela s’est toujours fait depuis la lointaine antiquité sur les bords de la Méditerranée, mais ces malheureux capturés directement par des Européens, selon un schéma qu’on veut faire passer pour avoir été la cause essentielle de la traite, ne représentent pas grand chose parmi les millions et les millions de captifs qui furent déportés, et qui étaient pour la plupart, des captifs des guerres que des nations africaines se livraient, précisément afin d’alimenter une demande croissante de leurs clients Européens en captifs. Ces gens faisaient alors du captif, comme d’autres font de l’agriculture...

Il faut bien comprendre que telle est la logique même du commerce dit “triangulaire”, celle de bateaux partant principalement des ports de l’Atlantique tels que Nantes et Bordeaux concernant la France, chargés des “paquets”, d’ou le nom de “pacotille” concernant la valeur relativement faible de leur contenu, eu égard aux vies d’hommes qu’il permettait d’acquérir, afin d’un troc pour se procurer des esclaves, puis s’en allant les vendre aux Amériques, pour revenir  en Europe chargés de produits qui étaient alors exotiques tels que le sucre et le coton.

Si donc c’était les Européens qui se chargeaient de capturer eux-mêmes les Africains, il n’y aurait pas eu lieu que se développent en Europe, toutes les activités qui étaient liées à ce commerce. Or pour bien prendre la mesure des choses, et sortir de cette imagerie stupide de quelques aventuriers s’en allant razzier sur les côtes d’Afrique, il faut savoir que pour un pays comme la France, les activités liées directement ou indirectement à ce commerce, représentaient 1/5 de l’activité commerciale totale de ce pays, et 1/8 des emplois, ce qui était absolument considérable...!

Une campagne négrière était une opération extrêmement importante et complexe à organiser, qui coûtait à l’époque l’équivalent du prix d’un hôtel particulier parisien, c’est dire. C’est d’ailleurs ce qui justifie toute la documentation comptable dont on dispose aujourd’hui, d’autant que ces campagnes ont justifié la mise en place d’opérations bancaires qui existent encore dont les fameuses “lettres de change” qui permettaient aux capitaines négriers, de ne pas avoir à rapporter d’argent des Antilles pour servir ainsi d’appâts aux pirates, et qui sont devenus ce que l’on appelle justement aujourd’hui, des “traites”.

Il fallait préparer les navires pour des campagnes qui pouvait durer jusqu’à neuf mois, en les armant dans les deux sens du terme, celui des armateurs qui se chargeaient de recruter les personnels et de prévoir les équipements, et dans le sens militaire car il s’agissait au départ de navires marchands sur lesquels on installait des pièces pour faire face à la piraterie, et deux pièces au moins dirigées vers le pont, pour le cas où il se produirait une révolte d’esclaves, ce qui n’était d’ailleurs pas le danger le plus probable pour les capitaines négriers.

Car, le danger le plus probable, c’était le risque de règlements de comptes furieux qui se produisaient assez fréquemment au fond de la cale, entre membres de tribus ennemies, d’ou la remarque du capitaine Théodore Cannot citée en titre, car on s’arrangeait pour ne pas emporter trop de membres d’une même tribu d’un coup, pour que justement ne puissent pas s’organiser de révoltes...

Il fallait de plus prévoir de quoi bien sûr nourrir et entretenir les captifs autant que les équipages durant des mois, étant entendu que le but de la manœuvre n’était pas de livrer des cadavres aux Amériques, ce qui demandait des préparatifs importants et coûteux, en plus de tous les matériels nécessaires pour entraver les esclaves.

Ces opérations ne s’improvisaient pas, et pour se procurer des captifs; les capitaines pouvaient procéder à ce que l’on appelait la traite “ à la volée ”, laquelle consistait pour eux, après avoir donné un coup de canon pour signaler leur présence le long des côtes, à faire disposer par des matelots, des “paquets” sur le rivage.

Les Africains s’en venaient constater ce qui leur était proposé, puis après avoir emporté le paquet, s’en revenaient avec quelques captifs qu’ils proposaient au choix du commis du capitaine négrier. Mais ce type de traite prenait du temps pour n’emporter que quelques captifs à chaque fois. Les capitaines préféraient donc s’adresser aux “factoreries”, ces comptoirs tenus par des Européens, où les “convoyeurs”, ces Africains qui avaient à charge la conduite et la surveillance du convoi, et dont les descendants aujourd’hui sont ces Africains qui portent des noms portugais, livraient les convois, et où ils pouvaient acquérir d’un coup plusieurs dizaines d’esclaves.

Lorsqu’après avoir livré bataille et fait de nombreux captifs, un roi envisageait de faire sa livraison, une estafette s’en allait annoncer sa venue pour qu’il soit correctement accueilli dans la factorerie. Le premier jour n’était destiné qu’à faire ripaille, les négociations serrées ne s’engageant que le lendemain. A ce sujet, circulait à cette époque un “guide” du capitaine négrier, pour lui indiquer quels était les meilleurs endroits pour se procurer des captifs, et tout ce qu’il fallait savoir pour pouvoir opérer le bon choix parmi ceux-ci, en particulier comment parvenir à établir leur âge, et bien sûr leur bon état de santé.

En échange de leur livraison, les Africains recevaient principalement, des outils, des métaux, des étoffes, du mobilier, de la vaisselle et de la verroterie, de l’alcool, et également ce dont ils étaient les plus demandeurs, des armes. Ceci pour défaire la légende selon laquelle il y avait conflit à cette époque, entre eux et les Européens et il est remarquable que dans tous les fortins qui furent érigés le long des côtes par ces derniers pour protéger ce commerce, aucune des pièces d’artillerie n’était orientée vers les terres d’où aurait pu venir un danger africain, mais qu’elles étaient toutes orientées vers la mer, pour faire échec à la concurrence d’autres nations européennes auprès des Africains.

Certaines tribus de la côte s’étaient spécialisées pour fournir en produits frais les navires négriers, et surtout, pour se charger d’opérer le transbordement vers ces navires ancrés loin du bord là où il n’y avait pas de port, les dizaines de captifs qui voyaient en ces instants les dernières chances pour eux de s’évader, et qui était prêts à tout tenter, encadrement musclé à bord d’embarcations, qui ne pouvait se faire par les seuls quelques matelots du bord...

Il faudrait bien sûr encore beaucoup développer concernant cette affaire, mais ce qu’il est intéressant d’en retenir pour l’instant, c’est que ce sont exactement les mêmes dispositions des Africains vis à vis de leurs semblables, qui ont fait la faveur opportuniste des Européens à l’époque, et qui, à cause même de ce déni qui n’a pas permis de mettre à plat toute cette affaire afin d’en tirer des enseignements profitables, se trouve à l’origine de tous les désastres africains d’aujourd’hui.

C’est ainsi que la mise en servitude qui a existé sur tous les continents de cette planète, et qui est bien l‘archaïsme social de l’Afrique de l’époque que les Européens vont savoir parfaitement exploiter, perdure encore jusqu’aujourd’hui dans certains endroits du continent dont la Mauritanie. C’est en exploitant les rivalités des nations africaines que les Européens vont parvenir à déstabiliser totalement ce continent avant d’en faire la conquête. Or, cette façon de faire, ils l’opèrent encore avec toujours autant de bonheur jusqu’aujourd’hui. C’est en favorisant certains chefs en les armant, afin qu’ils puissent leur livrer les richesses du continent, humaines autrefois, matérielles aujourd’hui, qu’ils sont parvenus et parviennent toujours à exploiter ce continent...

Tant que de façon bornée et avec la plus totale malhonnêteté intellectuelle, certains continueront à demeurer dans le déni, les différentes communautés concernées par cette affaire, qu’elles soient alors du continent ou de sa diaspora, ne seront pas libérées des tares comportementales qui font aujourd’hui leur grande faiblesse, et leur malheur...


                                        Paris, le 6 février 2015
                                            Richard Pulvar  

dimanche, avril 03, 2016

DANSE DE GUERRIERS ET DE BEAUTES CHEZ LES NAGAS


Il s’agit d’un ensemble de tribus de redoutables guerriers du nord-est de l’Inde, qui sont demeurés des coupeurs de têtes jusque dans les années soixante, et qui furent rassemblés en 1920 en une entité, le Nagaland, sous la férule des Britanniques, en acquérant ainsi une conscience nationale.

Certains Nagas rassemblés dans le “Naga National Concil”, mènent aujourd’hui une lutte indépendantiste, car ce peuple possède deux particularités qui le singularisent par rapport au reste de l’Inde, tout d’abord le fait qu’il s’agit de “Chinkis”, autrement dit de Chinois de l’Inde, et parce qu’il est chrétien à 85%...

Les Nagas avaient obtenu des Britanniques à la veille de leur départ de l’Inde, un délai et une protection durant ce délai, pour décider par référendum de leur avenir politique, et c’est à plus de 90% qu’ils se sont prononcés pour leur indépendance, avec le soutien du Mahatma Gandhi qui malheureusement pour eux, se fera assassiner l’année suivante…

A ce référendum, les autorités Indiennes désireuses de conserver à tout prix le Nagaland répondront par la proclamation de la loi martiale et une occupation armée du pays, qui sera l’occasion de terribles exactions menées par les militaires contre les femmes nagas. Celles-ci vont à cause de cela massivement s’engager et jouer un rôle essentiel qui le demeure aujourd’hui, dans le mouvement de libération…

Curieusement, alors que les Nagas sont volontiers ostracisés en Inde, il n’en demeure pas moins que la grande beauté de leurs femmes fascine et même obsède littéralement d’autant les autres Indiens, que ceux-ci veulent les croire “faciles”, parce que découvrant largement leurs épaules et leurs jambes, elles ne sacrifient pas au code vestimentaire des autres femmes de l’Inde…

Richard Pulvar

mardi, mars 08, 2016

8 Mars - Journée internationale des droits des femmes

Réunion féministe. France, vers 1900
© Albert Harlingue - Roger-Viollet

En 1944, les femmes obtiennent le droit de vote en France. Mine de rien, c’est 42 ans après l’Australie, 26 ans après la Grande-Bretagne, l’Allemagne et l’URSS, et même 10 ans après la Turquie.

Et surtout près de 100 ans après les hommes, en France.




Discours d'une candidate député à la permanence électorale de Madeleine Pelletier, 1910
© Albert Harlingue -Roger Viollet
Il faut dire que chez nous, le système parlementaire a une spécificité.

Il est composé de deux chambres: l’Assemblée Nationale, qui a adopté dès 1919 une proposition de loi instaurant le vote des femmes ; et le Sénat qui a tout fait pour s’y opposer, quitte à ignorer totalement qu’il était saisi du sujet.

Et ce à plusieurs reprises.

Les vieux sont sourds, c’est connu….

Les suffragettes sortant du ministère des Affaires étrangères. Paris, vers 1910
© Albert Harlingue - Roger-Viollet
Il faudra attendre la Libération, pour que l’on reconnaissance l’existence des femmes dans la vie politique. Il faut dire qu’elles n’ont pas ménagé leurs forces dans la Résistance, où elles ont pris la même part que les hommes.

De Gaulle en était conscient, mais n’y voyait pas une priorité à la fin du conflit.



Manifestation féministe à la mémoire de Condorcet, organisée par Séverine - Quai du Louvre 1914
A l'Assemblée consultative provisoire qui s’en suivit, l'amendement du communiste Fernand Grenier instaurant le vote des femmes, est finalement adopté par 51 voix contre 16, et la vacance du Sénat.


Manifestation féministe aux élections législatives. Bureau de vote improvisé pour faire voter les femmes. Paris, 1914
© Maurice-Louis Branger - Roger-Viollet
Les Françaises obtiennent enfin le droit de vote et celui d’être élues. Elles voteront pour la première fois en 1945 et entreront au Sénat en 1946.Toutefois, bien avant 1945, et pendant des décennies, les femmes s’étaient battues pour obtenir ce doit. On les appelait les suffragettes…


Journal Le Rire 1914 "Quand les femmes voteront..." "Le petit isoloir portatif..."
Si l’on a vu en France sous l’Ancien Régime, des exemple de votes des femmes, le sujet est assez marginal et tient souvent à leur condition de veuve, représentant leur époux décédé.

Sous la Révolution, on opéra la distinction entre citoyens actifs et citoyens passifs, les femmes étant classées avec les enfants, les étrangers, et ceux qui ne payaient pas d’impôts, dans cette catégorie.


Inutile de dire que les citoyens passifs ne pouvaient voter, ou se faire élire….



Propagande de la Ligue d'action féministe pour l'obtention du droit de vote. France, 1925
© Albert Harlingue - Roger-Viollet
Ni Condorcet, ni Olympe de Gouges auteure de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en 1791, n’y purent rien changer. « La femme a le droit de monter sur l'échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune ».

C’est bien dit, et donc elle finira sur l’échafaud….

En 1848 donc, le Gouvernement provisoire de la République instaure le « suffrage universel » masculin.


Manifestation féministe. Paris, vers 1930
© Albert Harlingue - Roger-Viollet
Le mouvement suffragiste apparaît en 1903 en Grande-Bretagne, et en 1906 en France. Hubertine Auclert, Madeleine Pelletier , Marguerite Durand ou Louise Weiss sont des figures emblématiques de ce mouvement, jusqu’en 1936. Des centaines d’associations féministes militent pour le vote des femmes. Elles font des pétitions, écrivent aux députés, certaines s’enchaînent aux grilles de l’Assemblée nationale, alertent les journalistes.

Campagne du journal Le Matin en faveur du vote des femmes, vers 1930 © Roger-Viollet
La fin de la guerre de 1914-1918 permit de faire prendre conscience de l’importance des femmes. Elles avaient remplacé les hommes, et étaient leur égal. C’est pour cela que le droit de vote leur fut accordé en 1918 en Grande-Bretagne, et c’est aussi pour cela que l’Assemblée Nationale fit de même en France en 1919. Mais le Sénat s’y opposa. Et il s’y opposa encore en 1922, 1928, 1929, 1931 et 1936.


Manifestation en faveur du vote des femmes, devant la Chambre des députés 1935 © Roger-Viollet
Après la Grande guerre, elles présentent des candidates, comme aux municipales de 1925, pour toucher l’opinion publique. En l’absence de droit, et paradoxalement, des femmes siègent dans les conseils municipaux et même trois sont nommées sous-secrétaires d’État en 1936 par le Front populaire.

© Roger-Viollet
Centre de propagande pour le vote des femmes dirigé par Louise Weiss De gauche à droite Maryse Demour, Hélène Roger-Viollet, Jeanine Nemo, Louise Weiss et Clara Simon. Paris, février 1936

1er vote des femmes, 29-avril-1945
Photo Robert Doisneau
C’est la vacance du Sénat, qui s’était tant opposé à cette idée, qui permit finalement aux députés d’accepter le vote des femmes en 1944.
Comme il a été dit, ce droit ne leur a pas été accordé, elles l’ont gagné….



1945 Les femmes votent pour la 1ère fois.





1962 : Alors que les femmes ont obtenu le droit de vote depuis 18 ans, les fillettes revendiquent ...
Il est à peu près certain que celle-ci a obtenu gain de cause, et a pu voter en 1981.



lundi, mars 07, 2016

La candace

Une candace est une reine chez les anciens nubiens. La civilisation nubienne s’étendait au sud de l’Égypte (Soudan), à partir de -300 avant JC et jusqu’au au 2e siècle de notre ère. La Nubie était un royaume dirigeait par des femmes (les candaces) durant sept siècles.

L’une des candaces, avait dirigé une armée qui avait mis en déroute Alexandre le plus grand conquérant de l’époque.

Plus tard le voyageur arabe Ibn Batouta nous raconte son étonnement lors de son voyage au Soudan en ces termes: « Ils (les nubiens) se nomment d’après leur oncle maternel et non d’après leur père; ce ne sont pas les fils qui héritent des pères, mais bien les neveux, fils de la sœur du père.»

dimanche, février 14, 2016

CHALVET : 14 FÉVRIER 1974, UNE DATE DE L'HISTOIRE MARTINIQUAISE

Tableau: Claude Cauquil 
"Chalvet 1974" est à n'en pas douter; l'un des évènements les plus marquants dans la mémoire collective du monde agricole et des Martiniquais.

Le 13 février 1974, la capitale de la Martinique est paralysée par des grèves commencées depuis le 17 janvier et qui allaient encore se durcir car les négociations entre patrons et les ouvriers n'ont rien donné. La grogne gagnait plusieurs communes; Rivière Pilote, le Lamentin, le Robert et Gros Morne. Les employés du public, du privé, les ouvriers, tous faisaient entendre leurs revendications. Les gendarmes qui avaient pour rôle de maintenir l'ordre rencontraient partout de grandes difficultés. La tension était à son comble dans le pays et la moindre manifestation se soldait par l'intervention des policiers qui étaient régulièrement assaillis par des jets de pierres. Ils répondaient à coups de gaz lacrymogène.

C'est dans ce contexte de crispation que la tragédie du jeudi 14 février va se dérouler, ce jour là partout dans l'île des foyers de protestations se déclaraient, les autorités avaient décidé de mettre un terme à la révolte ouvrière. C'est ainsi que dans le milieu de la matinée, sur le plateau de Chalvet à Basse Pointe les ouvriers se sont retrouvés nez à nez avec les forces de l'ordre. Ces derniers n'ont pas hésité à utiliser leurs armes. Au cours de cette fusillade de nombreux blessés, un gendarme aura également la main tranchée, il y a un mort : llmany Sérier, dit Renor, 55 ans, père de famille nombreuse. L'émoi est considérable les gendarmes sont accusés de meurtre.

llmany Sérier est enterré le surlendemain au Lorrain. Des centaines de personnes défilent derrière les centrales syndicales, les mots d'ordre syndicaux sont remplacés par des cris de vengeance "Orsetti assassin", "llmany nous te vengerons" et par des slogans politiques "à bas la répression coloniale, songé l'Algérie, songé l'lndochine, Martinique lévé". Deux heures avant l'enterrement, le corps d'un jeune homme de 19 ans ,Marie Louise, est découvert sur une plage de Basse Pointe, non loin de Chalvet. Des dizaines d'habitants s'agglutinent autour du corps et très vite les témoignages laissent entendre que Marie Louise figurait dans un groupe impliqué dans un affrontement avec les policiers.

Il a fallut ces deux morts de ce mois de février pour mettre un terme à la grève puisque le protocole de fin de conflit est signé le 19 février avec les syndicats. La détermination des ouvriers a permis de remporter une grande victoire pour le monde agricole. Les circonstances de la mort de Marie Louise n'ont jamais été élucidées et jusqu'en octobre 1974, plusieurs des ouvriers agricoles ou indépendantistes ont été arrêtés par les gendarmes. Par exemple, Alex Ferdinand; professeur d'histoire, a fait plusieurs jours de prison. Il a été arrêté et poursuivi pour entrave à la liberté de travail et violences à agents. Les poursuites judiciaires se sont soldées par des peines de prison avec sursis que l'amnistie est venue effacer.

14 FEVRIER 1974 EN MARTINIQUE, LA TUERIE DE CHALVET AU LORRAIN

 Ilmany Sérier dit Renord
"Il y a 30 ans, deux ouvriers agricoles grévistes étaient assassinés à Chalvet au Lorrain En Martinique, le 14 et le 16 février 1974, étaient des journées noires.

Renord Ilmany, ouvrier agricole gréviste de 55 ans était assassiné par les gendarmes au lieu-dit Chalvet sur la commune de Basse-Pointe. Une embuscade avait été tendue contre les grévistes regroupés sur l’habitation Fonds Brulé au Lorrain. Une dizaine de camions de gendarmes poursuivaient les grévistes qui regagnaient en groupe la commune de Basse-Pointe. Un hélicoptère crachait sur eux des grenades lacrymogènes. C’est à ce moment que les ouvriers, accompagnés de jeunes militants, ont été pris en chasse par les gendarmes qui ont tiré. Plusieurs ont été blessés, Omer Cyrille, Guy Crétinoir, Rasroc, François Rosaz. Renord Ilmany est tué. Dans cette tuerie, un autre ouvrier trouvera la mort. Un jeune ouvrier maçon, gréviste, Georges Marie-Louise, sera retrouvé deux jours plus tard, gisant mort à l’embouchure de la rivière Capot également dans la commune du Lorrain, probablement après avoir été frappé à mort par les membres des forces de répression, gendarmes ou autres. La soldatesque s’était une fois encore déchaînée contre des travailleurs en grève pour défendre leur pain et leurs droits.

LA SITUATION SOCIALE EN 1974
La situation des classes laborieuses s’était dégradée. Dans les années 70, les dernières usines à sucre avaient cessé de fumer. Pour les possédants, les békés, la canne ne permettait plus de faire suffisamment de profits. Après avoir touché des millions de subventions de l’Etat, ils avaient fermé les usines à sucre et investi dans l’import-export. De grands super-marchés apparaissaient. Des masses d’ouvriers agricoles perdaient toutes ressources, surtout les plus âgés. Les plus jeunes avaient pu trouver un emploi dans le bâtiment ou sur les plantations de bananes qui avaient pris la place des champs de cannes.

Les années 70 sont aussi marquées par des hausses de prix importantes. Les capitalistes ont décidé de faire payer la crise du pétrole aux masses laborieuses. Le gouvernement français à leur service, fait marcher la planche à billet. Le passage au nouveau franc complique encore les choses pour les travailleurs et rend le coût de la vie de plus en plus élevé. Tout est cher: l’essence, les transports, les marchandises de première nécessité, huile, pain, farine, poisson. La misère s’installe dans les foyers des travailleurs. Parallèlement, on assiste à une recrudescence de l’arrogance des patrons, et de l’administration coloniale qui voudraient imposer à la population ce recul social. Alors, les escarmouches de type raciste se multiplient entre patrons békés et travailleurs et chômeurs. En Martinique, le Conseil Général dirigé par Emile Maurice et sa majorité de droite suit fidèlement cette politique.

LES TRAVAILLEURS NE SE LAISSENT PAS FAIRE
Dès la fin de l’année 1973, on assiste à une multiplication des conflits. Les travailleurs revendiquent des augmentations de salaire importantes pour compenser les hausses des prix. Ils refusent le saupoudrage et les miettes acceptées trop souvent par les directions syndicales.

Les salariés du journal France-Antilles dressés contre leur patron Hersant font grève depuis deux mois. Les ouvriers du Bâtiment sont à leur troisième semaine de grève illimitée. Ils exigent 25% d’augmentation sur leur salaire. Après le 28 décembre 1973, les salariés de l’ex-SPEDEM, aujourd’hui EDF Martinique, se préparaient eux aussi à rentrer en grève, suite à une entourloupette du préfet de l’époque, le dénommé Orsetti, qui renvoyait une négociation prévue sur leurs revendications à la fin du mois de janvier. Ils rentrent en grève non-limitée le 7 février. Lorsque l’administration décide début janvier d’augmenter le tarif des cantines, les collégiens des CET, fils et filles de travailleurs, vont eux aussi descendre dans les rues pour refuser les augmentations. Ils auront le soutien de leurs parents et de l’ensemble de la population et se trouveront bien souvent au coude à coude avec les grévistes, notamment ceux du bâtiment, dans les manifestations.

Les ouvriers agricoles eux aussi sont en grève depuis le 17 janvier 1974, pour des augmentations de salaire . Ils réclament notamment la suppression du SMAG qui est le salaire minimum garanti dans l’agriculture, plus bas que le SMIG et veulent un salaire de 35.46F pour huit heures de travail. Sur certaines plantations, ils sont aidés par de jeunes militants issus du mouvement nationaliste.

PRÉPARATION DE LA GRÉVE GÉNÉRALE DU 12 Février

Devant l’ampleur des mouvements sociaux, les directions syndicales de l’époque, la CGTM, la CGTT-FO, et CFTC ont lancé un mot d’ordre de grève générale illimitée à partir du 11 février. Elles ont mis sur pied une plate-forme de revendications en 12 points dont l’alignement du SMIC et les allocations familiales sur ceux de la France. Mais ces directions, apparaissaient plutôt timorée à beaucoup de travailleurs. Elles ne semblent pas prêtes à faire réellement du 12 février un succès pour arracher les revendications ouvrières, elles ne se montrent pas présentes aux côtés des grévistes.

Pourtant dans les secteurs en lutte, la détermination des travailleurs est grande et les grèves se sont radicalisées face à l’arrogance patronale (coupures d’électricité, débauchages sur les chantiers, riposte à coups de pierre aux interventions policières dans les manifestations).

Alors, des jeunes travailleurs, certains d’entre eux politisés, appelleront leurs camarades à prendre leur mouvement en main et à mettre en place des «comités de grève» pour garder le contrôle du mouvement jusqu’à la satisfaction des revendications. Et les travailleurs des secteurs en lutte se rejoignent à la Maison des Syndicats, ou encore dans les manifestations, lors des débauchages.

SUCCÈS DE LA GRÉVE DU 12 FÉVRIER ET DU 13 FÉVRIER
Le 12 février, environ 5000 travailleurs de tous les secteurs, se retrouvent dans les rues de Fort de France pour réclamer des augmentations de salaires, fustiger les patrons et le gouvernement. Les jeunes des collèges et des lycées sont également dans les rues. Fort de France est ville morte. En fin de journée, la grève est reconduite après une assemblée générale des travailleurs à Fort de France. Le lendemain, la situation est tendue. Après plus de deux mois de grève pour certains secteurs, l’heure n’est pas aux défilés-promenade. Des grévistes se répandent par petits groupes dans les rues de Fort de France. Ils obligent les magasins qui ont ouvert leurs portes à baisser les rideaux pour respecter la grève. Au soir du deuxième jour, la grève générale n’est pas arrêtée. Mais les directions syndicales tirent en arrière. Elles craignent d’être débordées par la base, trop déterminée. Les partis politiques tels le PCM ou le PPM, iront jusqu’à faire chorus avec l’administration en dénonçant dans leur presse ou dans des communiqués, les «agitateurs gauchistes» .

LA TUERIE DE CHALVET
C’est dans ce contexte, que la préfecture avec à sa tête le préfet Orsetti et à la demande du patronat de la SICABAM (organisation des planteurs békés de l’époque), décidera de mettre un coup d’arrêt sanglant à cette grande mobilisation ouvrière. C’est dans les champs de banane au Lorrain qu’ils frapperont.

Fin de la grève générale Choqués par l’assassinat d’un gréviste de l’agriculture, des masses de travailleurs, des grévistes, des politiciens, et aussi des gens «de tous les horizons sociaux», se regrouperont pour célébrer ses obsèques. Ils se retrouveront dans la même émotion au moment des obsèques du jeune Marie-Louise. La grève générale n’était plus à l’ordre du jour. La répression policière scélérate avait été orchestrée par les possédants et leur pouvoir pour casser le mouvement ouvrier.

Les mobilisations ouvrières continuèrent néanmoins plusieurs jours encore même si elle n’étaient plus aussi massives. C’était le cas des employés de l’entreprise Figuères chargée du ramassage des ordures ménagères à Fort de France, de ceux des boulangeries, ou des banques et des hôpitaux. Et le 19 février 1974, le quotidien France-Antilles qu’on ne pouvait soupçonner de quelconque sympathie pour les grévistes titrait encore «situation confuse sur le front social». Le 21 février 1974, un accord fut signé dans la banane. Les patrons bananiers acceptaient de payer la journée de travail de huit heures à 39.50F.

Avec leurs frères les plus exploités, les travailleurs de Martinique avaient fait reculer le patronat béké de l’agriculture. Dans d’autres secteurs, tels le bâtiment ou à la SPEDEM, des revendications importantes furent arrachées. Les patrons et tous ceux qui sont à leur service, leur avaient fait lourdement payer ces avancées. Cette page écrite du sang des ouvriers fait aujourd’hui partie de leur histoire et de leur quête de respect et de dignité pour une vie meilleure.

Source : Combat ouvrier N°898, édition de février 2004.

samedi, février 06, 2016

LAICUS, l’homme du peuple (laos), le commun CLERICUS, celui qui sait écrire, l’homme d’église



Il est intéressant de noter qu’au départ, il n’y a pas d’opposition philosophique entre le “laïc”, et le “clerc”, qui confessent l’un et l’autre en une même croyance dans une société qui, dans le sens moderne de ce terme, ignorait alors tout de la “laïcité”, mais une différence de compétence. Car au contraire du clerc qui possédait une connaissance lui permettant de d’admettre le fait de Dieu, le laïc sans instruction, ne possédait curieusement que sa “foi”.

Le terme laïc ne s’opposera au terme clerc que vers la fin d’un 19ème siècle de furieuse lutte anticléricale et où, à l’heure ou la république de Jules Ferry se chargeait de l’éducation des enfants, il désignera celui qui n’aura pas reçu d’éducation dans le cadre de l’église, et donc pas reçu d’éducation religieuse…

Cependant, la loi de séparation de l’église et de l’état de 1905, ne fait pas état de ce qui deviendra la “laïcité”, qui est une notion très française qu’ignorent la plupart des pays, comme la Grande Bretagne ou la Reine d’Angleterre se trouve à la tête de l’église anglicane, l’Allemagne où il existe encore le concordat, ou les Etats-Unis d’Amérique où le président prend ses fonctions en prêtant serment au dessus de la bible, et où se trouve inscrite sur les billets de la monnaie américaine la phrase, “in God we trust” ( nous croyons en Dieu).

La laïcité est donc une notion inconnue et dont l’acquiescement n’est absolument pas évident, pour la plupart des hommes qui relèvent d’autres cultures, parce que dans celles-ci, il n’existe encore “d’ascèse” établissant la “norme” comportementale, que religieuse. Ceci, parce qu’il ne s’est pas établi dans ces cultures, comme en France à la faveur des “lumières”, puis au cours et au-delà de la révolution, cet “accord” tacite quant aux nécessités sociales et aux obligations comportementales de chacun, dans une société de liberté de conscience, avant qu’elles ne soient traduites dans la loi, établissant ainsi une nouvelle forme de “convenance”. Celle-ci fut en fait issue d’un débat dégagé de tous les dogmes religieux et de toutes traditions étatiques selon lesquelles jusqu’ici, seuls les puissants inspiraient la loi, et qui allait constituer une véritable “ascèse républicaine”.

Ce n’est finalement que dans la constitution de la quatrième république qui en 1946, se substituait à “l’état français” de Philippe Pétain de triste mémoire, que la république fut proclamée laïque, démocrate, et sociale. Ceci, pour signifier clairement que plus aucune considération d’ordre religieux, ne devait interférer avec la conduite des affaires de l’état, et que tous les citoyens se trouvaient égaux devant la loi, quelle que soit leur pratique religieuse.

Il est clair que les persécutions au prétexte religieux qui eurent lieu au cours de la deuxième guerre mondiale, justifiaient pleinement cette proclamation haut et fort, de laïcité.

Mais, paradoxalement, en reconnaissant le droit à la pratique religieuse de chacun, l’état laïc allait se trouver dans l’obligation d’organiser les conditions de cette liberté de culte, et veiller à son respect, et n’allait pas tarder à se trouver en contradiction avec lui-même. Ceci, dans la mesure où, si elles furent écartées du pouvoir, les religions n’en pas moins continué de d’imposer à leurs ouailles des règles comportementales logiques de leurs doctrines et qui, dans la mesure où elles s’adressent à des collectivités, confinent fatalement à constituer des règles sociales dont la nocivité réside dans le fait qu’elles ne peuvent être partagées par tous, et ceci, au nom d’une liberté de culte qui leur est justement garantie par la laïcité elle-même…

Nous sommes là dans le même schéma selon lequel les fondamentalistes religieux se hissent au pouvoir à la faveur de la démocratie, de sorte que leur légitimité à exercer ce pouvoir leur est incontestable, et qui l’utilisent afin de mettre justement fin à cette démocratie.

La désertion des églises allait éviter pendant quelques temps à cette contradiction de prendre trop d’ampleur. Mais l’arrivée ces dernières années du fondamentalisme religieux, qui consiste en un détournement des exigences religieuses et une exploitation outrancière de celles-ci, afin de parvenir à un résultat politique, va réactualiser le débat…

Aujourd’hui, la laïcité se trouve menacée sur deux fronts. Celui des fondamentalistes religieux qui prétendent imposer des règles sociales selon leur doctrine, ce que la laïcité leur interdit, mais au nom d’une liberté de culte garantie par cette même laïcité. Mais, il y a également le front de ceux que l’on désigne désormais comme étant les “laïcards” qui quant à eux, s’inscrivent dans une sorte de fondamentalisme passionnel parfaitement symétrique à celui des religieux et qui, dans une interprétation outrancière de l’idée de laïcité, ne se contentent pas de contenir la religion hors des affaires de l’état, mais prétendent dégager toute idée religieuse de la société tout entière, et abolir toute tradition qui serait issue même lointainement, de la pratique religieuse.

Ceci, au point de s’en prendre au fait d’un sapin de Noël ou d’une statue de la vierge dans un lieu public, du maintien dans le calendrier d’une fête religieuse, ou d’une galette des rois dans une cantine, alors qu’il s’agit là des éléments fondamentaux d’une culture qui s’est constituée justement autour d’une religion, mais qui se trouvent désormais dans un usage civil de plus en plus dégagé de leur références religieuses, et qui ne constituent en aucune façon une règle sociale à laquelle tous seraient tenus de s’obliger…

Ce détournement de l’esprit de la laïcité par les laïcards aura eu comme conséquence inattendue et extrêmement dommageable le fait que, des fondamentalistes tenant de religions différentes de la religion dominante, se sont très opportunément revêtus des mêmes habits que ces laïcards, en utilisant leur argumentaire de néant religieux. Ceci, afin de pouvoir combattre dans un premier temps, dans tous ses aspects devenus traditionnels, la religion la plus ancrée dans le pays et qui fait obstacle à leur projet, pour ensuite imposer sur un terrain rendu vierge, leurs règles dans les différents aspects de la vie sociale pour les uns, ou s’imposer à tous au nom de leur religion les faisant seigneurs sur cette Terre, pour les autres…

Si donc on en parle tant en ce moment, c’est tout simplement parce que la laïcité est devenue le paravent derrière lequel se jouent de féroces luttes pour le pouvoir…

Paris, le 6 février 2016
Richard Pulvar

lundi, janvier 25, 2016

CES VAILLANTS INDIENS NOIRS, LES SEMINOLES…



Face à la menace Britannique sur la colonie espagnole de la “Pâques fleurie”, dite en espagnol la “Pascua florida” d’après le jour où elle fut découverte, et qui sera dite plus tard plus simplement la Florida, c’est en 1689 que par un édit, le roi d’Espagne Philippe V autorisa les esclaves noirs fugitifs des colonies anglaises d’Amérique, à se réfugier en Floride. Ceci, afin de bénéficier de la liberté, mais en échange de servir dans une milice devant suppléer aux troupes espagnoles afin de s’opposer aux troupes britanniques.

Beaucoup d’esclaves de Caroline du sud et de Georgie, ayant eu connaissance de cette offre, se sont précipités vers la Floride pour y trouver refuge et liberté, même si bon nombre d’entre eux ne se sont finalement pas engagés dans cette milice. Mais ils ne furent pas les seuls car depuis quelque temps déjà, nombre d’Amérindiens fuyant eux aussi les persécutions britanniques, en particulier les Yamasee, les Hitchiti, et le Creek, avait également trouvé refuge en Floride.

Les milices eurent un instant raison des prétentions britanniques et c’est alors que partageant la même situation de réfugiés vis-à-vis des autres tribus indiennes, des autorités espagnoles et surtout, des colons espagnols qui avaient quant à eux réduit en esclavage 12 000 Amérindiens de Floride, et qui n’étaient guère mieux disposés vis-à-vis d’eux que les colons britanniques, ces noirs et ces indiens se sont alliés face à une commune adversité, celle que constituait les colonisateurs et les esclavagistes. Ceci, au point d’avoir donné naissance en peu d’années, à une communauté de métis qui sera dite “Séminole”.

Cette appellation découle du mot espagnol “cimarron” signifiant le “fuyard”, qui est devenu “cimano-li” puis “séminole”, et qui d’ailleurs parallèlement, a logiquement donné leur nom aux esclaves fugitifs dits “nègres marrons”, des Antilles…

Malheureusement pour elle, l’Espagne se trouvant alliée à la France durant la guerre de sept ans (1756-1763), elle se retrouvera dans le camp des perdants, de sorte qu’aux termes du traité de Paris de 1763 mettant fin à cette guerre, elle doit céder la Floride à la Grande Bretagne…

Mais ce ne sera pas pour longtemps car suite à la guerre d’indépendance menée par les Américains alliés à la France, contre la Grande Bretagne qui la perdra, le traité de Paris de 1783 qui met fin à cette guerre, imposera aux Britanniques de restituer la Floride à l’Espagne.

La jeune nation américaine éprouve alors le besoin de s’étendre territorialement, et après avoir très heureusement pour elle, obtenu en 1803 de la part de Napoléon qui avait un grand besoin d’argent pour poursuivre ses guerres, la cession de la totalité de la Louisiane de l’époque, laquelle représentait le quart des Etats-Unis d’aujourd’hui, alors même qu’elle n’espérait obtenir de lui que la Nouvelle Orléans, les dirigeants américains prétendront que l’ouest de la Floride faisait partie de la vente de la Louisiane, et en revendiqueront la possession…

Une première expédition américaine est donc menée contre la Floride, mais les Séminoles, hommes libres et désireux le demeurer ne l’entendent pas de cette oreille, et ce sera en 1817, le début de la première des trois “guerres séminoles”, qui opposeront farouchement les Etats-Unis d’Amérique à cette tribu de noirs indiens…

La première sera un désastre pour les Américains qui enverront 10 000 soldats secondés de 30 000 miliciens, pour défaire seulement 1400 Séminoles, mais qui repartiront en laissant 1500 hommes sur le terrain…

Cependant, l’empire colonial espagnol étant secoué par de violentes révoltes, particulièrement en Amérique du sud, et ne désirant pas s’engager dans une épreuve de force avec les Américains au risque de tout perdre, l’Espagne finira par céder la Floride à l’intérieur de laquelle demeurent les Séminoles, à ces Américains par le traité d’Adams-Onis de 1819. Les Séminoles obtiendront alors des Américains par le traité de Moultrie Creek en 1823, le droit de se rassembler et de s’établir dans une réserve au centre du pays…

Mais, c’est alors qu’arrive en 1835 comme 7ème président des Etats-Unis, un héros américain, Andrew Jackson, qui avait justement déjà combattu contre les Séminoles, et qui n’entend pas en rester là. Il fera approuver par le congrès un projet de déportation massive de ceux-ci, de l’autre coté du Mississippi, et ce sera le début de la deuxième guerre séminole.

Cette fois les Américains vont mettre le paquet, plus de 40 000 hommes contre un même nombre de Séminoles qui auront la bonne idée de ne pas leur opposer un front, mais de mener contre eux une guerre interminable de harcèlement, telle que ces Américains en connaîtront une autre bien plus tard au Viet Nam, et avec le même résultat. Cette guerre totalement démoralisante pour eux et devenue impopulaire, se poursuivra jusqu’en 1842 et ils perdront en tout plus de 1600 hommes, contre 540 Séminoles.

Cette fois encore le conflit se terminera par un accord autorisant les Séminoles invaincus, à s’établir dans une réserve, mais plus au sud dans le pays…

Cependant, l’armée humiliée, et les chefs de plantation ulcérés par le mauvais exemple que constituaient pour tous les hommes qui se trouvaient encore soumis à l’esclavage, la hardiesse des Séminoles, le gouvernement américain décidera d’en finir une bonne fois, ce sera la troisième guerre séminole qui débutera en 1855.

Déjà, depuis 1854, un embargo commercial avait été décrété contre les Séminoles et des colons provocateurs venaient squatter des terres aux abords de la réserve. Cependant, l’armée régulière ne disposait plus que de 800 hommes en Floride, même si elle se trouvait secondée par dix compagnies de milices. Ce sont en fait les Séminoles qui pour se dégager de la pression vont mener la première attaque, une attaque surprise contre une ferme et qui aura montré qu’ils entendaient bien mener la même tactique de guerre de harcèlement, pour ne pas offrir aux Américains le bénéfice de leur supériorité numérique. Beaucoup de Séminoles en effet, lassés de cette situation avaient fini par quitter la Floride…

Mais les Américains non plus ne cherchent pas l’affrontement direct, et construisent un ensemble de forts autour de la réserve pour y établir en quelque sorte un siège. C’est alors que sachant que les Séminoles sont maintenant moins nombreux, même s’ils demeurent toujours aussi farouches, il leur vient l’idée de s’en sortir en monnayant tout simplement l’affaire, et en leur proposant 500 dollars pour chaque guerrier qui acceptera de quitter la Floride, davantage pour les chefs, et 100 dollars pour chaque femme et enfant.

Le 4 mai 1858, 163 Séminoles seulement s’embarquent pour la Nouvelle Orléans, et le Colonel Loomis qui pense qu’il n’en reste plus qu’une centaine en Floride, déclare la fin de la guerre le 8 mai. Cependant, il se trompe, mais quand les Américains découvrirons qu’il y a encore des centaines de Séminoles en Floride, ils seront préoccupés par un problème bien plus sérieux, la guerre de sécession. Ils vont alors négocier avec eux, leur neutralité dans le conflit et obtenir leur accord, les Séminoles ne bougeront pas durant le conflit.

A la fin de la guerre, les troupes régulières seront rappelées, et les miliciens renvoyés chez eux, et tous les forts établis autour de la réserve seront démantelés. Pour les remercier de leur neutralité, les autorités de Floride leur accorderont un siège dans chacune des deux assemblées législatives de l’état, mais les Séminoles n’y siègeront jamais, ils resteront tranquillement chez eux, jusqu’à aujourd’hui, et invaincus…

Richard Pulvar

jeudi, octobre 01, 2015

NOTICE NÉCROLOGIQUE "IN MEMORIAM" JEAN-MICHEL CUSSET (1959-2015)



Le vendredi 28 août 2015 ont été célébrées, dans son île natale tant aimée, Marie-Galante, les obsèques de notre très cher collègue et ami, Jean-Michel Cusset. Décédé à Paris, la semaine précédente, sa dépouille mortelle ayant été rapatriée, la veillée funèbre eut lieu à Grand Bourg, le jeudi 27 août, et l'inhumation, le lendemain, vendredi 28, à Saint-Louis.

En apprenant la triste nouvelle du décès de Jean-Michel Cusset nous avons été, comme tous ceux qui l'ont connu sous ses traits les plus attachants, accablés d'une tristesse inconsolable et nous nous insurgions contre la cruauté du destin. Jean-Michel Cusset nous a été enlevé dans la force de l'âge, alors qu'il donnait la pleine mesure de sa vocation intellectuelle et littéraire.

Né à Dakar, au Sénégal, de parents guadeloupéens, de souche marie-galantaise, Jean-Michel Cusset eut un itinéraire de vie et de pensée tout entier placé sous le signe distinctif de la passion des belles-lettres et des sciences humaines. Sa sensibilité poétique, incandescente, nourrissait également sa curiosité insatiable des enjeux théoriques de la science politique. Sa passion de la création poétique, son interrogation exigeante des divers ordres de la connaissance et du savoir, l'ont conduit à l'exercice de la profession d'enseignant, d'une part, et, d'autre part, dans le cadre de l'institution universitaire, aux activités de la recherche fondamentale.

Il faut d'abord, pour saisir dans leur cohérence les démarches successives de Jean-Michel Cusset, recommencer par le commencement : ses écrits poétiques sont la base d'appui de la théorie générale de la culture qu'il ambitionnait d'élaborer. Disciple du "Prince des Poètes" marie-galantais, Guy Tirolien, dont il s'est avec ferveur réclamé, Jean-Michel Cusset a publié
des recueils de poèmes qu'il faudra désormais lire ou relire avec la plus haute considération.
Soit, chronologiquement, les trois recueils intitulés :
-"Lettre à l'absente"(1998)
-"Poème pour un siècle nouveau"(2000)
-"Le sixième siècle"(2004)
-recueils auxquels il faut rattacher le poème dramatique "1802 ou Le dernier jour".

Dans l'ordre des travaux de recherche et d'analyse relevant de la théorie de la production sociale et des sciences de la culture, Jean-Michel Cusset est l'auteur d'une thèse de doctorat soutenue en 2013, à l'Université des Antilles et de la Guyane, Pôle de Guadeloupe, thèse ayant pour objet d'investigation l'identité culturelle et politique des Amériques.
Les contributions qu'il a dès lors fournies, sous forme d'articles ou de communications présentées à l'occasion de colloques ou de congrès, ont alternativement concerné les champs
thématiques suivants :
-les codes religieux de l'identité culturelle en Guadeloupe
-les codes de l'identité culturelle de la Caraïbe
-l'efficience des politiques publiques locales, le cas de la Guadeloupe
-identités en mouvement, l'invention des Amériques postmodernes ou la transmigration.

Quand il s'est su, hélas, condamné, Jean-Michel Cusset a dédié ses ultimes énergies à l'achèvement d'un ouvrage intitulé "L'identité narrative de la Caraïbe (Semiosis 1)", ouvrage érudit, riche d'intuition qui aménagent une synthèse dynamique des productions culturelles et artistiques Caribéennes.

L'hommage qui lui est ici justement rendu est à la mesure d'une perte dont nous sommes inconsolables.


"Mementote", dans l'au-delà, souviens-toi, Jean-Michel, tu ne marcheras pas seul, nous ne t'oublierons pas.

Roger TOUMSON, Alex SINAPAH,
Pointe-à-Pitre, 28 septembre 2015,