dimanche, janvier 15, 2012

1er avril 1802 : Napoléon envoie des troupes militaires en Guadeloupe pour mater les vélléités autochtones..

Guerre pour le rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe
En Guadeloupe, la première déclaration d’abolition de l’esclavage par la Révolution de 1789 libéra les luttes d’un peuple jusque-là durement opprimé. La période 1789 - 1802 fut marquée par une grande effervescence sociale et l’apparition de leaders tels que Delgres, Ignace... qui combattirent pour la liberté et moururent pour elle.
Le 1er avril 1802, une expédition de 3 410 hommes, commandée par le général Richepance, appareillait de Brest.
Le 1er avril 1802, une expé­di­tion de 3 410 hommes, com­man­dée par le géné­ral Richepance, appa­reillait de Brest. Elle com­pre­nait des sol­dats aguer­ris et quel­ques-uns de ceux qui devien­dront les meilleurs offi­ciers de Napoléon. Après avoir imposé sa loi aux monar­ques d’Europe et colo­nisé l’Egypte, la France lan­çait sa plus grande expé­di­tion mari­time pour briser la volonté d’indé­pen­dance des Antillais. L’épopée Delgres, c’est une page de la résis­tance du peuple gua­de­lou­péen et un cha­pi­tre peu connu de l’his­toire napo­léo­nienne.
Connaître ce qui suivit...
 Ròt Kozé a publié la péti­tion inter­na­tio­nale de la Guadeloupe, Martinique, Haïti, Guyane, Réunion, concer­nant la ré-appro­pria­tion par les peu­ples de ces pays de la vérité his­to­ri­que et cultu­relle de leur région.
Le 28 mai 1802, soit 8 ans après avoir été aboli par la Convention, l’escla­vage est réta­bli en Guadeloupe après de vio­lents com­bats. En cette même année l’armée de Napoléon tente en vain de réta­blir l’escla­vage en Haïti. En Guyane l’abo­li­tion de 1794 est abro­gée en 1802, tandis que la Martinique rede­vient colo­nie fran­çaise après une occu­pa­tion bri­tan­ni­que, et donc une conti­nuité du sys­tème imposé au peuple noir déporté d’Afrique par les puis­san­ces escla­va­gis­tes euro­péen­nes aux Amériques.
En Guadeloupe, diri­gés par le Commandant Joseph IGNACE (né à la Guadeloupe) et le Colonel Louis DELGRES (né à la Martinique), des mili­tai­res noirs aidés par la popu­la­tion gua­de­lou­péenne, résis­tè­rent héroï­que­ment pen­dant près d’un mois à 4.000 mili­tai­res fran­çais envoyés par Napoléon Bonaparte pour réta­blir l’escla­vage en Guadeloupe. A leur tête, deux hommes, les géné­raux Richepance et Gobert qui n’hési­tè­rent pas à éliminer près de 6.000 Guadeloupéens (morts aux com­bats, pendus, fusillés et dépor­tés), soit 6 % de la popu­la­tion gua­de­lou­péenne de l’époque.
Aujourd’hui, 200 ans après, Napoléon Bonaparte, les géné­raux Gobert et Richepance, direc­te­ment res­pon­sa­bles de ce crime contre l’huma­nité, repo­sent en paix res­pec­ti­ve­ment aux vali­des, au cime­tière du Père Lachaise à Paris en France et au fort Delgrès en Guadeloupe. A l’inverse, nos aïeux, mar­tyrs de la guerre anties­cla­va­giste de mai 1802 en Guadeloupe n’ont tou­jours pas de tombes ! Il est aujourd’hui de notre devoir à nous, leurs arriè­res peti­tes filles et petits-fils, de res­ti­tuer l’hon­neur, la dignité et l’huma­nité de femmes et d’hommes qui se sont battus pour notre Liberté. Il est de notre devoir de remet­tre « les choses à leur place ».
 C’est pour­quoi :
‑ Matouba et Baimbridge en Guadeloupe, lieux où péri­rent Delgrès, Ignace et leurs com­pa­gnons d’armes, doi­vent enfin deve­nir des lieux sacrés. ‑ Les restes et sym­bo­les d’apo­lo­gie du crime que furent les mas­sa­cres de mai 1802 en Guadeloupe et le réta­blis­se­ment de l’escla­vage des Noirs aux Amériques doi­vent dis­pa­raî­tre à tous jamais de nos ter­ri­toi­res.
En effet, aucune com­mu­nauté humaine ne peut vivre har­mo­nieu­se­ment lorsqu’elle accepte de garder dans sa terre la dépouille ou les sym­bo­les à la gloire des cri­mi­nels ayant orga­nisé le mas­sa­cre de ses aïeux.
Le 10 mai 2001, les par­le­men­tai­res de la République fran­çaise ont voté une loi reconnais­sant la traite, la dépor­ta­tion et la mise en escla­vage de nos aïeux comme crime contre l’huma­nité. Napoléon Bonaparte qui réta­blit l’escla­vage en Guadeloupe et en Guyane qui tenta de la réta­blir en Haïti, est donc direc­te­ment res­pon­sa­ble de crime contre l’Humanité.
C’est pour­quoi nous Guadeloupéens, Martiniquais, Haïtiens, Guyanais, Réunionnais, ainsi que tous ceux et celles qui sou­tien­nent notre démar­che, deman­dons au gou­ver­ne­ment de la République fran­çaise et aux auto­ri­tés des col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­ria­les de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Guyane et de la Réunion d’éliminer toutes réfé­ren­ces napo­léo­nien­nes et d’apo­lo­gie des crimes escla­va­gis­tes sur la terre de nos aïeux.
En par­ti­cu­lier, nous exi­geons :
- que le géné­ral Richepance, res­pon­sa­ble de crime contre l’huma­nité en Guadeloupe, soit rapa­trié en France,   
- que le “ Fort Napoléon ” situé aux Saintes en Guadeloupe soit débap­tisé !   
- que la statue de Joséphine, épouse impé­riale de Napoléon, au fron­ton de laquelle est repré­senté “ le sacre de l’empe­reur des fran­çais ”, soit enle­vée de la place de la Savane de la capi­tale de la Martinique, détruite et rem­placé par une statue du Noir rebelle en guerre contre l’escla­vage,   
- que celle du cri­mi­nel Desnambuc, res­pon­sa­ble du géno­cide amé­rin­dien en Martinique subisse le même sort,  qu’une statue de Louis Delgrès soit érigée à Saint Pierre sa ville natale,   
- que l’aéro­port de Cayenne en Guyane qui porte le nom de Rochambeau, géné­ral de Napoléon vaincu par Dessalines en 1803 en Haïti soit débap­tisé,   
- que le dra­peau escla­va­giste bleu et blanc aux quatre ser­pents soit enlevé des bâti­ments publics et ne soit plus uti­lisé comme sym­bole pré­tendu­­ment repré­sen­ta­tif de la Martinique.
de Ròt Kozé n° 128 
(Janvier/Février 2002)

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mardi, janvier 03, 2012

HeLa : l'incroyable destin d'une «immortelle»


Un livre raconte l'histoire d'Henrietta Lacks, une jeune Noire amé ricaine dont le cancer a permis à la médecine de soigner des millions de personnes. Ecrit par la journaliste scien tifique Rebecca Skloot et best-seller aux Etats-Unis, cet ouvrage paraît en France.


Henrietta et son mari, Day, cultivateur de coton dans les années 40. (DR)
Que reste-t-il d'Henrietta Lacks née le 1er août 1920 à Roanoke, en Virginie? Essentiellement les deux premières syllabes de son prénom et de son nom: HeLa. Ces quatre lettres ont fait de cette femme noire américaine, quasi analphabète et cancéreuse, l'un des personnages les plus importants de la médecine moderne.
4 février 1951. Henrietta Lacks parcourt avec son mari les trente kilomètres qui séparent son domicile de l'hôpital Johns Hopkins de Baltimore, seul établissement de la région soignant gratuitement les pauvres et accueillant les gens de couleur. Il pleut. Henrietta sort de la vieille Buick en clopinant, sa veste sur la tête. Elle a 31 ans et souffre d'un mal de ventre tenace. A force de ne pas vouloir se rendre chez le médecin, la douleur est devenue intenable. «J'ai un nœud dans le ventre», lâche-t-elle à l'infirmière, dans la salle d'attente réservée aux Noirs. En fait de nœud, le gynécologue Howard Jones lui découvre une tumeur cancéreuse maligne à l'utérus.
L'incroyable histoire d'Henrietta Lacks ne fait que commencer. Rebecca Skloot a mis plus de dix ans à la reconstituer. Un travail de fourmi qui se lit à la fois comme un roman et un livre scientifique et qui lui a valu le prix du Livre de l'année par le libraire en ligne Amazon*.
Rebecca Skloot explique qu'en 1951, l'hôpital Hopkins ne se contente pas de soigner les malades. Il dispose d'un département recherche. A l'époque, tous les laboratoires espèrent en vain développer des expériences in vitro (en dehors d'un organisme vivant). Malheureusement, personne n'arrive à cultiver des cellules humaines assez longtemps pour entreprendre des travaux sérieux. Quelle que soit la manière dont elles sont nourries, elles dépérissent.
Surpris par la fulgurance du cancer d'Henrietta, les médecins lui prélèvent des cellules pour les étudier sans même lui demander son avis. Une pratique alors courante. A Hopkins, un certain docteur George Gey dirige le laboratoire de recherches sur les cultures tissulaires. Quand il arrive avec le prélèvement d'Henrietta, son assistante le reçoit sans beaucoup d'enthousiasme. Elle prépare les éprouvettes et inscrit HeLa sur les échantillons. Elle est persuadée que les cellules périront comme toutes les autres.
George Gey espère. Il y croit d'autant plus qu'en 1943 des chercheurs ont réussi la réplication à l'infini de cellules de souris.
Le lendemain, quand l'assistante vérifie les échantillons HeLa, elle constate que les cellules saines sont mortes. En revanche, il se passe de drôles de choses dans les éprouvettes qui abritent les cellules cancéreuses. Ces dernières restent en vie ! George Gey ne s'emballe pas. Mais au bout de quelques jours, force est de constater que non seulement elles sont en vie, mais qu'elles prolifèrent à une vitesse vertigineuse. Leur nombre double toutes les vingt-quatre heures ! Gey vient de réussir ce que le monde scientifique espère depuis des années : une culture de cellules humaines immortelles.

Une cellule miracle

La nouvelle se répand dans la communauté scientifique. Chaque chercheur réclame son lot de HeLa pour enfin poursuivre ses recherches dans de bonnes conditions. Alors qu'Henrietta Lacks vient à peine d'être terrassée par son cancer fulgurant de l'utérus, au mois d'octobre 1951, pratiquement autant de cellules que celles constituant son corps envahissent les labos. Dès 1952, «des milliers de litres de milieu de culture selon la recette de George Gey sont produits, raconte Rebecca Skloot. HeLa devient la bête de somme de la biologie mondiale».
Les cellules d'Henrietta traversent non seulement les Etats-Unis, mais partent en Amérique du Sud, en Europe et en Asie, par bateau, par avion ou même à dos de mulet. C'est sur HeLa que les chercheurs testent les techniques de congélation de cellules. C'est avec elle qu'ils normalisent les protocoles de culture de cellules. C'est aussi grâce à elle que la communauté scientifique avancera rapidement dans le domaine de la génétique, la lutte contre le VIH ou la compréhension des cancers.



Dès 1952, HeLa sauve des milliers de vie de la polio en permettant l'élaboration d'un vaccin par le Pr Jonas Stalk. La maladie est presque éradiquée en moins de deux ans. Des millions d'enfants, grâce à deux gouttes simplement posées sur la langue, abritent un peu d'Henrietta Lacks en eux.
Dans les années 60, le succès de HeLa, si facile à cultiver, finit par intéresser les journalistes. D'où vient cette cellule miraculeuse? Les médecins préfèrent le cacher, par peur sans doute qu'on ne leur reproche de ne pas avoir demandé son avis à la patiente. En 1973, une annonce est publiée dansNature, la revue de référence: «Cette femme a véritablement atteint l'immortalité, à la fois dans les tubes à essai et dans le cœur des scientifiques du monde entier. Pourtant, nous ne connaissons pas son nom! Quelqu'un a-t-il la réponse?» Les laboratoires ne répondront pas, laissant courir des rumeurs sur des noms divers comme Helene Lane ou Helen Larson.
Il faudra attendre les années 90 pour que son vrai nom soit enfin divulgué au grand public. Fin de l'histoire? Non, car un dernier secret doit être découvert dans l'incroyable vie post mortem d'Henrietta Lacks. Pourquoi? Oui, pourquoi ses cellules ne meurent-elles jamais? Le mystère est percé à la fin du XXe siècle. Grâce à HeLa, les chercheurs ont pu constater que des cellules cancéreuses sont capables de se reproduire à l'infini. Les cellules saines, elles, vieillissent au rythme d'un brin d'ADN existant dans chaque chromosome. Appelé télomère, il se réduit à chaque division cellulaire, puis disparaît. La cellule arrête alors de se diviser et meurt. En fait, les cellules cancéreuses sont capables de reconstituer leur télomère grâce à une enzyme, la télomérase. Cette véritable fontaine de jouvence est l'une des clés de l'immortalité possible de nos cellules.
Les chercheurs à l'origine de ces découvertes ont reçu le prix Nobel de médecine en 2009. Henrietta Lacks, elle, aurait 91 ans le 1er août prochain. Un peu morte, certes. Mais jamais aussi vivante qu'aujourd'hui et toujours un peu moins que demain. Ses cellules misent bout à bout pourraient faire aujourd'hui trois fois le tour de la Terre.

Christophe Doré



* La Vie immortelle d'Henrietta Lacks, de Rebecca Skloot, Calmann-Lévy, 448p., 21,50€.

lundi, janvier 02, 2012

Haïti: 208 ans d'indépendance


L'Etat d'Haïti fut créé le dimanche 1er Janvier 1804. A ce moment précis, les femmes et les hommes qui avaient lutté contre l'esclavage et gagné, à Vertières le 18 novembre 1803, leur droit à la liberté, à l'égalité, à la fraternité et à l'Indépendance ont donné vie à la nouvelle République d'Haïti. Ils ont porté notre pays sur les fonts baptismaux et créé notre patrie, le premier jour de 1804, la nouvelle année qui suivit la Victoire de Vertières. Le 1er janvier est le jour le plus important de notre belle et fière histoire. C'est notre Jour à nous tous, notre anniversaire de naissance, notre fête nationale, la date à laquelle notre pays est né en tant que nation libre, indépendante et indivisible.

Ce premier jour de l'année avait une symbolique universelle très forte, mais aussi un potentiel émotionnel si grand que la fête du nouvel An s'est, au fil du temps, confondu avec la dynamique historique de notre jour de l'Indépendance, au point de capter la majeure partie de l'attention du public, au détriment de la fête nationale. Nous nous devons donc d'oeuvrer civiquement, pour que ce dimanche 1er janvier 2012 soit vraiment honoré et commémoré, comme anniversaire de naissance de la République d'Haïti, notre cher et merveilleux pays, et pas seulement comme jour de l'An. Le 1er janvier, c'est notre « independance day », notre date historique majeure, notre point de départ.

Nous devons agir résolument pour entretenir la ferveur patriotique et l'esprit d'appartenance à une nation unie et ainsi fêter notre pays dignement. Il nous faut nous réveiller en tant que peuple, raviver la flamme qui brûle en nous, galvaniser notre sens de la créativité, communiquer notre vision de nous-mêmes, de notre pays, de notre destin. Nous devons puiser dans la richesse de notre culture pour faire jaillir l'étincelle qui saura et pourra faire émerger, dans l'union, la force citoyenne capable de réunir dans un même élan et en tout temps toutes les composantes de la mosaïque sociale haïtienne. Notre destin est lié à notre passé glorieux. Il continue d'être soudé, aujourd'hui encore, à notre histoire et le sera davantage dans le futur, confrontés que nous sommes aux énormes défis, qu'il nous convient, aujourd'hui, de relever.

L'heure est venue de confirmer notre foi en notre pays, en son futur, en notre devenir et en l'avenir. L'heure a sonné pour nous de vibrer de tout notre être et créer ensemble une mouvance collective de valorisation continue et permanente de notre histoire, ce patrimoine indestructible, ce trésor impérissable, ce ciment puissant que nous ont légué nos aïeux. Nous avons tous et chacun l'obligation de remplir ce devoir de mémoire vis-à-vis de nos illustres ancêtres.

Nous sommes tous concernés par la fête nationale, tous invités à nous dire, mutuellement, bonne fête. Femmes, enfants, hommes vivant sur l'île d'Haïti ou à l'extérieur chacune, chacun de nous est convié à créer en soi et autour de soi une ambiance festive pour cette grande journée. Fêtons en notre coeur, à la maison, sur la cour, dans le camp, sur la place, près du port, fêtons à la radio, la télé, sur internet, etc. Envoyons des voeux par SMS, par lettre, ou par courriel, postons poèmes, souhaits, dédicaces sur « bonfetayiti@sakgenla.com », fêtons sur tous les tons. Disons-nous bon anniversaire au téléphone, dans la rue, le taxi, à pied, en voiture, au théâtre, à la plage, à la montagne, partout.

Le 208e anniversaire de notre Indépendance se veut un moment rassembleur, intégrateur et promoteur des valeurs qui nous tiennent à coeur. A travers nos voeux, notre musique, nos poèmes, nos déclamations, nos chants, nos déclarations, nous pouvons être les hérauts qui vont réveiller les consciences de tous et de chacun, face à la gravité de l'heure, aux convoitises et menaces. Il nous revient de convier les citoyennes et les citoyens à dynamiser, au quotidien, notre quête d'idéaux de fraternité, d'unité, et de solidarité, pour qu'ensemble nous assumions nos responsabilités, élevions nos voix et chantions en choeur , à la gloire d'Haïti. Célébrons la fête nationale d'Haïti dans la paix, l'amour du prochain, l'espoir d'une année prospère et invitons nos amis du monde entier à célébrer avec nous. En ce jour, nos artistes pourraient aller chanter leur amour pour Haïti devant les caméras et les micros de nos médias. Ce seraient l'occasion de se rencontrer dans les studios, sur des podiums et entonner en choeur notre hymne national.

Dans le cadre de la fête nationale, ce 1er janvier 2012, les filles et fils de notre pays sont interpellés et invités à s'acquitter de leurs devoirs envers la patrie et à veiller à la réussite de cette mission qui nous incombe à tous : Aimer notre pays comme nous nous aimons nous-mêmes et même encore plus. Donnons à Haïti le meilleur de notre talent, de nos connaissances, de nos possibilités, de nos moyens et solennellement prenons le temps de lui dire, en chantant, bonne fête Haïti, bonne fête mon pays, bonne fête ma Patrie, mwen Renmen Ou, pou la vi. Ayiti, Ou se' Manman'm, ou se nanm anm, se sanm, si nou mete têt n'ansanm, na va fè w vin pi janm, Bonfêt Ayiti.

Alors, à la lumière de ces considérations, il serait heureux d'instituer, ensemble, un événement qui deviendrait une tradition, une manifestation patriotique, culturelle et artistique permanente placée dans une optique de dynamisation et d'amélioration de l'image de notre pays. La célébration de la fête nationale peut attirer, sous le soleil de notre pays et dans la chaude ambiance de notre musique, des touristes fuyant l'hiver de leur coin de terre et assurés de trouver un havre de paix dans les ports sécurisés et partout dans notre pays. Invitons-les à découvrir notre hospitalité. Trouvons en nous l'énergie vitale pour lancer la célébration de la fête nationale et bêchons joyeux pour fêter magnifiquement notre pays. C'est une action civique d'envergure, un acte de solidarité qui nous grandira, nous rassemblera dans la paix, la joie et l'union qui fait la force. C'est un pas positif qui nous unira. Nous serons plus forts pour affronter les défis de ce siècle et atteindre nos objectifs de paix, de bien-être pour tous, de croissance, de développement durable, ainsi que les O.M.D. des Nations unies, qui célèbrent, en ce 1er janvier, le 1er anniversaire d'ONU- FEMME. - BONNE FêTE, à TOUTES et à TOUS. - * DIEU BENISSE HAITI

Pierre Jacques Chéry - déc. 2011

samedi, décembre 31, 2011

Bonne année 2012


La crise s'est installée dans l'économie et quelque part la peur domine l'année à venir, contrairement à l'an 2000 où l'on percevait une grande inquiétude, à l'aube de 2012 c'est la peur qui prévaut. Nous ressentons que le monde que nous connaissons s'effondre et nos valeurs avec...

Dans l'adversité et la difficulté nous devons toujours conserver une lueur d'espoir et ne pas verser dans la haine ou le mépris, afin de pas nous altérer et continuer d'aimer et de vivre.

Bonne et heureuse année 2012, souhaitons la paix, la santé et l'amour.

jeudi, décembre 15, 2011

« LES RESSORTISSANTS PANAMEENS DE SOUCHE ANTILLAISE SONT – AUJOURD’HUI –LES TEMOINS D’UNE EMIGRATION REUSSIE »


D’où vous vient cet intérêt pour ces « Enfants perdus du Panama »(1) ?

Cette « passion », pourrais-je dire, remonte à ma rencontre avec Gabriel Lisette en 1968. Il faut savoir que ce natif du Panama, de parents antillais, a été premier ministre du gouvernement de la République du Tchad en 1958. Le Général de Gaulle le remarque et le nomme au conseil consultatif visant à préparer la Constitution de la V République. Il est nommé ensuite ministre conseiller du Gouvernement français. Il défendra avec ardeur les intérêts de l’Afrique. Sur sa recommandation, j’ai été nommé conseiller culturel de l’Ambassade française à Panama.

Quelles sont les causes de cette émigration martiniquaise et guadeloupéenne vers le Panama ?

Depuis 1885 des crises économiques secouaient ces îles ; puis, l’éruption de la montagne Pelée, en 1902, à la Martinique, une sécheresse en 1905 avaient contraint au chômage toute la frange littorale du nord caraïbe de la Martinique. Cette population fournira le gros des contingents de migrants avec des originaires de Marie-Galante et de Sainte-Rose en Guadeloupe. Ils ont été plus de 10.000 à partir (fin 19ème /début 20ème siècle) creuser le canal de Panama dans le simple désir d’améliorer leurs conditions de vie.

Quelle était la vie quotidienne de ces immigrés antillais dans la Zone du Canal américaine ?

L’organisation du travail s’appuyait sur la discrimination raciale entre américains et non-américains, entre travailleurs blancs et travailleurs noirs. La hiérarchie des salaires prenait en compte l’origine ethnique. Les Américains de race blanche (les « gold employees ») étaient payés en dollars américains de 900 à 7200 dollars par an. Les ouvriers européens de 380 à 480 dollars, les Antillais de 240 à 320 dollars. Des lieux publics, des fontaines, des toilettes étaient réservés aux « employés d’or », d’autres aux « employés d’argent » (silver employees ), payés en monnaie panaméenne . Des quartiers portaient des panneaux « réservés aux blancs ».

Les Antillais ont-ils payé un lourd tribut à la construction de ce canal ?

Il y eut de très nombreuses victimes terrassées par des fièvres, tuées par des explosions de dynamite. Le cimetière antillais de Paraiso se veut le témoin de l’histoire douloureuse de ces ouvriers qui ont donné leur vie à une œuvre de portée internationale. Une stèle a été depuis érigée à leur mémoire (« aux grands hommes des Antilles, la patrie reconnaissante »). Sur cette stèle on voit, également, une plaque du Conseil Général de la Martinique, une de la Jeunesse Martiniquaise, une autre de l’ancien maire de la commune du « Morne- rouge » en Martinique, le député Pierre Petit.

La construction du Canal terminée en 1914, qu’est-il advenu de cette main d’œuvre ?

Leur rapatriement aux Antilles était prévu par une des clauses du contrat Karner. Mais les crédits du rapatriement furent utilisés pour l’acheminement vers l’Europe des troupes américaines en route vers les fronts de la Première Guerre Mondiale. De plus, au bout de 10 ans de familiarisation avec ce pays, beaucoup d’entre eux ont choisi de rester à Panama où ils avaient fondé famille et trouvé du travail.
Tant que dura le percement de ce Canal, ils furent tolérés ; mais quand ils se présentèrent sur le marché du travail en concurrence avec les panaméens, ils furent en butte aux premières manifestations de rejet qui se traduisirent par des lois restrictives (la loi 38 ne leur ouvrait accès qu’à des emplois insignifiants). Ils s’organisèrent alors en créant « la Fraternité », une association d’entraide par la tontine, ouvrirent aussi leurs propres écoles pour la scolarisation de leurs enfants…

Peut-on dire que leur intégration s’est bâtie dans la sueur et le sang ?

On l’a vu par le percement du canal ; par ailleurs, cette émigration de couleur arrivait dans une société panaméenne elle-même déchirée par des tensions sociales entre l’oligarchie blanche et le prolétariat noir et métis. Les Antillais ont, ainsi, subi des violences perpétrées par « la Main bleue », l’équivalent du Ku Klux Klan local, qui s’était assignée de protéger la culture, la nationalité panaméennes menacées par le « péril antillais». A partir de 1946, le gouvernement panaméen a favorisé leur intégration et leur naturalisation. Mais, les lois restrictives persistaient, elles ne furent abolies qu’en 1961 par un amendement à la Constitution. En 1972 le nationalisme panaméen dans sa lutte pour recouvrir sa souveraineté dans la zone du canal a posé sans ambigüité le problème de l’intégration des minorités ethniques et culturelles marginales. Il s’agissait de renforcer l’unité nationale. En 1981, la composante franco-antillaise a été officiellement reconnue comme constitutive de l’identité panaméenne.

La contribution de ces émigrants a-t-elle été prépondérante dans l’édification de Panama ?

Leur rôle s’est avéré primordial, d’une part, dans la plupart des grands travaux d’aménagement de la construction de la voie ferrée et le percement du Canal ; ensuite, comme main d’œuvre dans les grandes cultures de la canne et de la banane ; puis comme artisans, propriétaires de petits commerces, de petites entreprises…Dans la géographie urbaine, les villes de Panama, de Colon leur doivent leur transformation par le défrichage de la forêt, qui a permis de l’extension de nouveaux quartiers suburbains . La création, en 1980, du Musée Afro-antillais salue leur rôle et leur contribution à la naissance de l’histoire de Panama.

Peut-on affirmer que l’ascenseur social fonctionne, aujourd’hui, en leur faveur ?

Sans conteste…Les Panaméens d’origine antillaise sont entre 50.000 et 60.000…Une élite existe et, parmi elle, des ingénieurs, des médecins, des avocats, des banquiers, des hommes politiques, des membres de gouvernement…Rogelio Dumanoir, par exemple, a été ministre des travaux publics pendant 10 ans, sa sœur a été une virulente député de Colon ; enfin Julio Duton Kennion , a été Gouverneur(Préfet nommé) de la province de Colon…Aujourd’hui, on peut affirmer que les ressortissants panaméens de souche antillaise sont les témoins d’une émigration réussie.

Ces Panaméens des Antilles ou ces Antillais- Panaméens ont-ils gardé une fidélité à leurs racines d’origine ?

Incontestablement. Roger Eneleda, ancien président de « La Fraternité », m’écrivait : « Nous savons que vous pensez beaucoup à nous, vos compatriotes éloignés de notre petite patrie que nous rêvons souvent toujours avec l’espoir de revoir un jour ». Une autre adhérente Alice de Karbiche m’indiquait en 1979, « Panama est ma patrie, mais la Martinique, ma mère ». Des liens n’ont jamais cessé d’être tissés entre le Panama et les Antilles. Aimé Césaire avait, de son temps, œuvré pour leur reconnaissance. L’ancien président du Conseil général de la Martinique, Claude Lise, avait dépêché  des émissaires et des aides. Les Chambres de commerce de la Guadeloupe ont signé des protocoles d’échanges et de coopérations avec le Panama. Enfin, celle de la Martinique commence à s’y intéresser. Cette émigration réussie fait des émules, de jeunes entrepreneurs, et même des retraités antillais vont s’installer à Panama…Tout un symbole.

Max Pierre-Fanfan
Journaliste
  1. titre du film sur l’émigration antillaise à Panama réalisé par Gérard César et produit par Barcha Bauer

mardi, décembre 13, 2011

Martinique : Un grand historien de la Caraïbe est mort


Fort-de-France, 12 déc. 2011 [AlterPresse] --- Le grand historien martiniquais, Georges Bernard Mauvois, qui a œuvré à faire connaitre l’histoire de la Caraïbe, est décédé le mardi 6 décembre des suites d’une longue maladie, apprend AlterPresse.

Chercheur et écrivain, il a collaboré à la rédaction de l’ouvrage « Histoire et civilisations de la Caraïbe. » Parmi ses œuvres, on peut citer : « Un complot d’esclaves : Martinique 1831 », « Louis-des-Etages 1873-1925 : itinéraire d’un homme politique Martiniquais », pour lequel il a obtenu en 1990 le prix Frantz Fanon.

Mauvois est mort le jour même du cinquantième anniversaire de la disparition de Frantz Fanon, célèbre écrivain, médecin psychiatre et militant anti-colonialiste martiniquais.

Historien passionné, il a œuvré pour la connaissance de l’histoire de la Caraïbe et en particulier d’Haïti.

Soucieux de la transmission au plus grand nombre, il répondait à toutes les demandes d’interventions, de quelque bord que viennent celles-ci. Il était membre du Comité Devoir de Mémoire.

Militant de l’émancipation sociale et de la cause martiniquaise, il a été co-fondateur, en 1970 du GAP (Groupe d’Action Prolétarien) dont la ligne et l’action sont à l’origine de tout le mouvement « Asé Pléré An Nou Lité »

mardi, décembre 06, 2011

Un rappel historique : Martinique


De 1905 à 1948, la balance commerciale avait été constamment favorable. La Martinique vendait plus qu'elle n'achetait (le pouvoir d'achat de la population était alors très faible). En 1938, les ventes dépassaient les achats de 32%, en 1947, encore de 12%. Puis ce fut le déficit qui se creusa à vive allur: en 1970 la valeur des importations était presque 5 fois plus élevé que celles des exportations. Et cela ne s'arrêta pas.

Armand Nicolas, Histoire de la Martinique (tome 3), L'Harmattan, page 250

jeudi, décembre 01, 2011

La mémoire de Frantz Fanon revisitée



Né en 1925 à Fort-de-France, Frantz Fanon ou encore "Dr Omar", psychiatre, psychologue, écrivain d’origine antillaise, décédé à l’âge de 36 ans des suites d’une leucémie, a travaillé et milité à Blida pour l’indépendance de l’Algérie de 1953 à 1957, date de son expulsion.

Imprégné des idées du Dr Tosquelles (réfugié catalan antifranquiste, à St Alban en Lozère, qui développe des pratiques nouvelles, à contre-courant de la psychiatrie française), dont il a fait partie de l’équipe durant son internat, Frantz Fanon, nommé en 1953 médecin-chef à l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville, va révolutionner les méthodes et traitements appliqués jusque-là aux malades. C’était encore l’époque de la camisole de force, des chaînes, du jet d’eau froide, de l’électrochoc, de traitements lourds et celle du primitivisme, école de pensée psychiatrique faisant autorité à Alger, et dont la théorie, au service du pouvoir colonial, faisait de l’indigène nord-africain un être “intellectuellement inférieur”, “dépourvu du lobe préfrontal”, “hâbleur, menteur, voleur et fainéant” mais encore “un débile hystérique sujet à des impulsions homicides imprévisibles ancestrales”. Cette école (celle de Sutter et Porot), Fanon lui sera un violent opposant ; il la combattra en donnant tout au long de son œuvre (Peau noire, masques blancs, Les damnés de la Terre, L’an V de la révolution algérienne, Pour la révolution algérienne…) une autre image de l’homme colonisé, celle d’un être infantilisé, opprimé, rejeté, déshumanisé, acculturé, aliéné. 

Décoloniser le milieu psychiatrique
Il découvre, en arrivant, un asile d’aliénés soumis au code de l’indigénat, avec une séparation radicale entre les malades mentaux européens et les malades indigènes, bénéficiant, pour les premiers, de meilleures conditions d’accueil, au sein de pavillons aérés, plus grands, contrairement aux autres, entassés dans une grande salle. Il y avait aussi deux médecines à l’usage pour chacune des deux populations de malades, les seconds (les indigènes, du “2e collège”) considérés comme des incurables. Prenant le contre-pied de la psychiatrie coloniale, Fanon commencera par libérer les malades en leur retirant leurs chaînes, et se lance dans la rénovation institutionnelle de ses services avec la volonté de désaliéner et décoloniser le milieu psychiatrique, constatant que les souffrances mentales du patient indigène provenaient, pour une large part, du fait de la situation de colonisation, ce qui lui vaudra des hostilités de la part de bon nombre de ses collègues. Son premier geste fort sera de supprimer, en quelque sorte, les cloisons, donnant une impulsion à la psychiatrie en milieu ouvert : il commence par entrer dans les services en se rapprochant avec bienveillance des malades -ce que ne faisaient pas ses confrères- instaurant un vivre-ensemble entre soignants et patients, jusque-là enfermés et isolés. Il va, ainsi, entreprendre d’humaniser l’institution psychiatrique en la débarrassant de son caractère carcéral et ségrégationniste. Il met donc en place une unité qui prend en charge, en un même lieu, les patients français et les autochtones ensemble. Il entreprend alors d’introduire, non sans succès, des méthodes modernes de psychothérapie institutionnelle (ou social-therapy), faisant que l’hôpital cesse d’être le lieu où l’on est soigné (et enfermé) pour devenir le lieu de vie par lequel on est soigné. Il place le malade au centre de toutes les activités de l’hôpital où tout se fait dans son intérêt. Les patients recouvrent alors le droit à la parole en participant à des réunions avec les médecins et le personnel paramédical, sont associés à la vie institutionnelle de l’hôpital, font des propositions… Frantz Fanon mettra alors en pratique l’ergothérapie (thérapie par le travail), occupant les patients à des travaux de jardinage, d’élevage, de cuisine et autres ou, plus spécialement pour les femmes, des activités comme le ménage, le tricot, la couture… dans ce vaste hôpital (faisant figure de petit village qui permettait une chance de rétablissement au sein d’une petite société composée essentiellement de personnel médical, paramédical et administratif), et créant une animation qui libère et fait retrouver des repères aux malades : réunions de pavillons, création d’un journal, commission des fêtes, cinéma, imprimerie, musique, bals… S’intéressant aux effets psychiques dévastateurs de la colonisation, à la fois chez le colon et le colonisé, et qui “se présentait déjà comme grande pourvoyeuse des hôpitaux psychiatriques”, il repense la psychopathologie en fonction des repères culturels des Algériens. Se penchant sur ses malades indigènes, auxquels il accordait de l’intérêt (ce qui lui vaudra le sobriquet de “nègre prétentieux” de la part de confrères), il comprend qu’il doit adapter ses méthodes au contexte historique, culturel et social qui est le leur ; il entreprend alors, avec ses internes, une exploration des mythes et rites traditionnels de la culture algérienne. Il impulsera, ainsi, la création de lieux et d’évènements spécifiques : mosquée, café maure, célébration des fêtes musulmanes…avec un décor typique. Le journal qu’il lancera porte un sigle : celui d’une mosquée. Il chargera, par ailleurs, le chanteur de chaabi, Abderrahmane Aziz, alors infirmier à l’hôpital, des activités culturelles (concerts de chants, pièces de théâtre, ciné-club…). Parallèlement, il organise la formation du personnel avec la création d’une école d’infirmiers spécialisés en psychiatrie, ainsi que des séminaires et conférences. À son arrivée en 1967 à l’hôpital de Joinville, l’actuel Professeur en psychiatrie et médecin légiste, Bachir Ridouh, qui se situe dans la continuité de Fanon, gérant la même division, le même service avec humanité et un sens particulier de l’écoute, nous confiera : “Le personnel paramédical, alors en place, m’a tout appris” ; il cite à cet effet les surveillants-chefs Oussedik, Charef, Menacer et autres qui tenaient avec efficacité l’hôpital, à l’indépendance, nantis des méthodes de travail de Frantz Fanon.

Il rejoint le FLN
L’observation et l’implication de et dans la société algérienne auxquelles Fanon s’exerce depuis sa nomination à l’hôpital de Blida le placent du côté de la tradition de lutte contre les méfaits du colonialisme. Il est conscient que l’on ne peut humaniser dans le cadre d’une structure coloniale où tout concourt à la déshumanisation. Dès le déclenchement de la révolution algérienne, c’est tout naturellement que l’anticolonialiste qu’il est, témoin de l’oppression systématisée d’un peuple, de la destruction de ses valeurs culturelles, de ses modalités d’existence, de sa déshumanisation choisit, en accord avec sa soif d’engagement total, son camp : celui des colonisés et des peuples opprimés, attribuant à la violence pour se libérer une valeur thérapeutique. Il se rapproche peu à peu de sympathisants et militants de la cause nationale (français comme André Mandouze ou un pharmacien français de Blida assurant des détournements de médicaments, officiers de l’ALN ainsi que de membres de la direction politique du FLN, Abane Ramdane et Benyoucef Benkhedda, notamment. Contacté par le FLN, il activera sans répit au sein de l’hôpital qui deviendra un “nid de fellagas”. L’établissement qui cache, soigne des militants et leur prodigue soins psychiatriques, corporels et chirurgicaux, devient une cible des forces répressives, qui ont décidé de frapper fort contre les soutiens européens au FLN. Fanon prend alors les devants et démissionne de son poste en décembre 56 non sans en préciser les raisons dans une lettre courageuse et percutante au gouverneur Robert Lacoste. 

Enterré à Aïn Kerma
(El-Tarf) 
Il quitte alors Blida pour Paris avec sa famille – peu après un arrêté d’expulsion est émis à son encontre – et rejoint le FLN à Tunis où il mènera une double activité psychiatrique et politique. Parallèlement, il est intégré à l’organe de presse du FLN, El-Moudjahid.
Devenu porte-parole du FLN dès juin 1957, il sera, à partir de 1959, nommé ambassadeur itinérant du Gouvernement provisoire de la République algérienne ; il multiplie les voyages et les conférences. Il échappe, durant cette période, à plusieurs attentats au Maroc et en Italie. Il entame à la même époque l’étude du Coran. Atteint d’une leucémie, il veut rejoindre le maquis, prendre les armes pour mourir en martyr ; le FLN refuse. Il se rapproche, à cette époque, du colonel Houari Boumediene et de son armée des frontières (Tunisie) constituée de paysans à qui Fanon donne des cours. Après Moscou, il est envoyé près de Washington pour se faire soigner. Il y décède le 6 décembre 1961, soit quelques mois avant l’indépendance de l’Algérie à laquelle il avait consacré l’essentiel de la gigantesque action qu’il a menée durant sa courte vie. Sa dépouille sera inhumée au cimetière des Chouhadas, près de la frontière algéro-tunisienne, dans la commune de Aïn Kerma (El-Tarf), son vœu, dans un testament écrit, ayant été d’être enterré en terre algérienne avec ses frères d’armes, les chouhadas. En hommage à son travail en psychiatrie et à son sacrifice pour la cause algérienne, l’hôpital psychiatrique de Blida porte son nom. Peu avant sa mort, ce patriote algérien venu d’ailleurs, humaniste et militant de toutes les causes justes, pour l’indépendance, la dignité humaine des peuples, celui qui fut comparé au Che, écrivit à un ami : “Nous ne sommes rien sur Terre si nous ne sommes pas d’abord les esclaves d’une cause, de la cause des peuples, la cause de la justice et de la liberté” ; ajoutant “… et je veux que vous sachiez que même au moment où les médecins avaient désespéré, je pensais encore, oh ! dans le brouillard, je pensais au peuple algérien, aux peuples du Tiers-Monde, et si j’ai tenu, c’est à cause d’eux”. Un grand portrait de celui qui aura marqué la population blidéenne figure à l’entrée de l’hôpital Frantz-Fanon (aujourd’hui hôpital psychiatrique et CHU), au fronton du pavillon de la direction de la structure psychiatrique.
D’autres portraits rappellent dans certains services celui qui reste présent dans les mémoires par son humanisme, son militantisme, sa générosité, sa sincérité, sa modestie, son courage, son dévouement, son ardeur au travail et “qui en a combien guéri et sauvé des balles assassines”, s’accordent à dire de nombreuses personnes âgées de Blida sur le ton du regret, du respect et de la reconnaissance. 6 décembre 1961-6 décembre 2011, des militants antillais, français, africains projettent, cette année, de commémorer le 50e anniversaire de sa disparition sur le lieu où il repose, à Aïn Kerma. Visionnaire, 50 ans après, son œuvre reste d’actualité.
Fatiha Seman

NB : Française d’origine, décédée en 1989, Josie Fanon, son épouse de nationalité algérienne et qui a partagé son combat, repose, selon son vœu, en terre algérienne, au cimetière d’El-Kettar.



 F. Seman

mardi, novembre 29, 2011

"Exhibitions" ou la fabrique des "sauvages


Le musée du Quai Branly, à Paris, consacre une exposition aux spectacles ethniques.
Exhiber, rabaisser pour mieux dominer. C'était l'objectif des spectacles ethniques très répandus au 19e et au début du 20e siècle en Occident. L'histoire des "exhibitions", c'est avant tout l'histoire d'hommes et de femmes venus d'Asie, d'Afrique et d'Amérique pour être montrés à l'Occident.
Le musée des arts premiers du Quai Branly à Paris présente, à partir de mardi, l'exposition "Exhibitions" sur cette "fabrique" des sauvages. Le leitmotiv du commissaire général et ex-footballeur, Lilian Thuram,n'est autre que de "déconstruire l'histoire". Visite guidée avec Europe1.fr.
A quelle époque ont démarré ces exhibitions ? Ces "spectacles" ont véritablement commencé en 1492 avec Christophe Colomb qui ramène des Indiens à la cour d'Espagne. Jusqu'à la fin du 18e siècle, ce sont surtout des individus "exotiques ou monstrueux". C'est entre 1850 et 1930 que les spectacles ethniques atteignent leur apogée. Un exemple : l'impresario Farini exhibe "Krao", une femme velue du Laos, présentée comme "le chaînon manquant entre le singe et l'homme".
Dans le dernier quart du 19e siècle, aucun pays occidental n'échappe à la fascination pour ces spectacles humains : Allemagne, Etats-Unis, France, Royaume-Uni. Comme Geoffroy de Saint-Hilaire, le directeur du jardin d'acclimatation, qui organisa en 1877, deux spectacles ethnologiques en présentant des Nubiens (peuple du nord Soudan) et des Esquimaux aux Parisiens.
Qui sont ces "sauvages" ? Ce sont ceux qui étaient considérés à l'époque comme des "bizarreries" de la nature (nains, obèses, géants) mais aussi les hommes de "couleur", certains issus de la traite négrière. Ils sont exposés dans des cages, exhibés dans des expositions universelles, ou transformés en "bête de foire" pour amuser les occidentaux.
Bref, des zoos humains à ciel ouvert en pleine période de la colonisation. 35.000 figurants ont été dénombrés entre 1810 et 1958. Et les spectateurs ont été extrêmement nombreux. "On évalue à 1,4 milliards le nombre de visiteurs touchés par ce phénomène d'exhibition de prétendus sauvages", explique Pascal Blanchard, l'un des commissaires scientifiques de l'exposition.
Comment est née l'exposition ? "C'est le fruit d'un travail de deux ans. On s'est replongé dans le parcours de toutes ces personnes pour leur redonner une identité. Ce ne sont plus des anonymes", précise sur Europe 1, Nanette Jacomijn Snoep, commissaire de l'exposition."Exhibitions" permet de retracer la perception de l'autre dans les pays occidentaux depuis la Renaissance. Fidèle à son combat contre les préjugés et le racisme, Lilian Thuram est commissaire général de l'exposition.
Pour l'ex-champion du monde 98, elle permet de détricoter "les préjugés" persistants. "En 1931, au jardin d'acclimatation, on a exhibé les arrières grands-parents de mon ami Christian Karambeu en les présentant comme des cannibales kanaks. Les visiteurs sont repartis chez eux en pensant que les sauvages existaient." L'objectif n'est pas de culpabiliser ces "spectateurs". "C'est normal, on a toujours été curieux. Ils ne connaissaient pas l'autre et ils le caricaturaient", explique Lilian Thuram au micro d'Europe 1.
Que peut-on voir ? Près de 600 pièces sont exposées. Peintures, sculptures, moulages sur le vivant, affiches, photographies, livres, films…ou machine à mesurer le crâne. Le tout dans un décor de théâtre. Mais toutes les pièces ne posent pas un regard méprisant sur les "spectateurs". Comme le montrent les portraits d'Indiens des plaines peints par George Catlin ou bien les Océaniens de Paul Gaugin.
Musée du Quai Branly, 37, quai branly, Paris 7e. Jusqu'au 3 juin.
AFP

lundi, novembre 28, 2011

CAMEROUN: L’ESCLAVAGE ET SES SURVIVANCES DANS LA RÉGION DES GRASSFIELDS


La région des Grassfields, qui correspond approximativement aux régions actuelles de l'Ouest, du Nord-ouest et du Sud-ouest du Cameroun, a connu une intense activité de traite. Elle est passée de l'esclavage coutumier à la traite transatlantique; après l'abolition elle a continué à pratiquer l'esclavage au sein et entre ses différentes chefferies. Les trafiquants d'esclaves sont bien connus et désignés sous le nom de kam poù (à Baham) et de tet je (à Bamendjou).

Les circuits du trafic et les modalités d'échanges héritées de la période antérieure sont demeurés longtemps en vigueur. Les opérations commerciales étaient menées à partir des principaux points de traite autour desquels se constituèrent des villages vivant des activités annexes de la traite. Malgré le ravalement progressif des pratiques esclavagistes à la clandestinité, les pistes de traite étaient presque les mêmes que celles empruntées habituellement pour le commerce et les réseaux de marchés qui reliaient les différentes chefferies. Certains de ces marchés d'esclaves avaient acquis une certaine notoriété. C'est le cas du marché de Sim Tse à Bandjoun, de Kam'na à Bayangam ou de Sim Hiala'a à Baham.

Le marché d'esclaves de Bamendjinda était également réputé dans la région. A Bangou le marché des esclaves portait le nom de Wingpou et il se trouvait en pleine brousse, dans une clairière très retirée du fait de la nécessité de cacher cette activité de plus en plus illicite. Un monument a été édifié sur le site de cet ancien marché des esclaves, avec l'aide des membres du Peace Corps américain, en mémoire des victimes. D'autres places célèbres peuvent être relevées : les villages de Banka et de Bakou dans le Haut-Nkam qui furent des lieux d'entrepôts et de transits d'esclaves en direction du Moungo; Bayangam dans le Koung-Khi avec son quartier d'esclaves de Tougwou Mpou; Kamna à Bangwa dans le Ndé, qui fut un grand marché d'esclaves de la région. Le site de Ndikinimeki, village situé dans la vallée du Mbam, fut tout aussi un ancien entrepôt et un grand marché d'approvisionnement en esclaves sur la voie terrestre entre l'Ouest et le Centre.

A Foumban où il n'existait pas de marché d'esclaves à proprement parler, il y avait plutôt des habitations qui tenaient lieu de places de ventes, Shukreu en langue bamoun, c'est-à-dire « lieu où l'on vend des personnes ». Les esclaves vivaient dans ces lieux de vente et étaient entretenus par les marchands d'esclaves. Celui qui avait besoin d'esclave pouvait s'y rendre et opérer son choix après avoir minutieusement examiner sa prise. Une fois l'affaire conclue, il rentrait avec l'objet de son achat. Ces maisons étaient ouvertes de manière permanente.

Quant aux ventes vers l'extérieur du royaume, elles étaient théoriquement l'exclusivité du roi qui s'en servait par exemple pour échanger quelques esclaves contre du sel dans la région de Bafia. Le roi s'en servait également pour se procurer des chevaux auprès des Foulbé. Mais il arrivait aussi que certains princes ou notables vendent discrètement des captifs aux étrangers (Bamileké et Foulbé). Le nombre de captifs sur les marchés variait selon la conjoncture ou les évènements politiques. L'offre augmentait à la fin d'une guerre et la baisse correspondait aux périodes de paix. Les prix suivaient également les fluctuations dans l'offre et la demande. Les Bamoun pratiquaient au départ le troc, comme presque partout ailleurs. Un esclave était échangé conte deux ou trois chèvre, une vingtaine de poulets ou des paniers de vivres (mil, patate douce, manioc…) ; par la suite avec l'introduction des cauris, le prix d'une femme variait énormément : une fille vierge coûtait 150.000 cauris alors que celle qui avait connu un homme ne valait plus que 20.000 cauris. En 1912, on a des indications sur la vente d'une fille à 9.000 cauris et un homme à 7.000. Certains vendeurs d'esclaves étaient bien connus à Foumban à l'instar des nommés Nkome du quartier Fenten, Na Ghetyu de Njintut et Shikue de Mamben. Ces derniers prélevaient des commissions de l'ordre de 10 à 20 pour cent du montant de la transaction.

En pays bamoun, les femmes du roi disposaient de servantes pour assurer l'entretien de leurs maisons ainsi que celui de leurs domaines ruraux. Lorsque l'une des femmes du roi se retrouvait enceinte, de jeunes servantes étaient chargées de la nourrir et de veiller sur elle dans sa demeure où elle passait trois mois sans sortir. Après la naissance de l'enfant, un jeune serviteur était donné à la mère si elle mettait au monde un fils, une servante si elle avait une fille. Dans le même ordre d'idées, les garçons qui devaient servir le roi étaient envoyés au palais vers 7 ou 8 ans. Une épouse royale se chargeait de les nourrir et de les soigner. Ces serviteurs étaient repartis en deux groupes dont l'un pour assurer la sécurité du palais et l'autre pour l'entretien du souverain. Il existait également cinq sociétés sécrètes réservées aux serviteurs. La plus importante étant celle dite de Mbansie. En outre, les jumeaux systématiquement réduits en esclavage assuraient la garde du cimetière et l'entretien des sanctuaires où ils devaient offrir des libations à la terre et aux génies.

Aux pays bamileké et bamoun, les esclaves étaient employés tout le long du XIXe siècle, dans le cadre des activités agricoles, domestiques, commerciales et militaires. Les esclaves étaient également recherchés pour pallier au déficit démographique de certains villages et accroître la puissance de certaines chefferies. Car pour les peuples des Grassfields, ce qui fait la force d'un clan c'est le nombre de ses membres.

Il fallait donc disposer de plusieurs épouses pour prétendre à une nombreuse progéniture qui est, en même temps une force de travail importante. Les esclaves avaient également des obligations militaires. Les multiples guerres expansionnistes auxquelles se sont livrés les peuples des Grassfields ont également nécessité l'intervention des esclaves dans les conflits. Ce qui pouvait leur valoir des présents ou même la liberté en fonction de leur bravoure au combat. L'affranchissement permettait ainsi à l'esclave d'obtenir une femme et des biens de la part du maître. Pour affranchir un esclave pour bonne conduite, le chef lui donne sa fille en mariage dans le souci de le rendre toujours redevable et de maintenir sa fidélité.

D'autres royaumes montagnards pratiquaient les guerres de capture pour se pourvoir en esclaves dans la seconde moitié du XIXe siècle. C'est le cas de Bafut, de Kom et de Nso'. Malgré l'arrêt de la traite atlantique, une autre voie s'ouvrit par le Nord, permettant aux chefferies des Grassfields d'expédier un nombre important d'esclaves vers l'Adamawa et les autres émirats issus du djihad. Cette réorientation vers l'Adamawa allait faire durer le système et le maintenir en vie pendant une bonne partie de l'occupation coloniale. Certains grands notables des chefferies centrales du plateau disposaient d'une licence de traite. Celle-ci était matérialisée par une corde dite « corde à esclaves » ou nkibu’en mankon. Cette corde était tressée en fibres végétales mélangées à des cheveux humains. Elle leur était confiée par certains fons ou chefs de clans, qui en disposaient selon un rituel consacré. Le père et la mère du négociant devaient prononcer des paroles de bénédiction sur cette corde au moment de sa remise à l'intéressé. La multiplication des enlèvements, la vente frauduleuse de voisins, de parents ou d'alliés, le brigandage et les rapts, conduisirent à l'édification de certains ouvrages pour protéger la population. C'est le cas des tranchées larges et profondes de 3 à 5 m qui entouraient les chefferies à habitat dense telles que Mankon, Nkwen et Bafanji au Nord-ouest. Dès qu'une disparition était signalée, les sorties étaient contrôlées et le village passé au peigne fin pour retrouver les victimes et arraisonner les rapteurs. Dans le pays Banyang, les pratiques esclavagistes ont survécu en s'octroyant de nouveaux itinéraires. A partir de 1820, une nouvelle route des esclaves impliquant les Bayang comme intermédiaires se développa en remplacement de l'axe qui reliait les Eastern Grassfields à Douala via Yabassi. Cette nouvelle route acheminait les esclaves du centre des Grassfields via Mamfe et aboutissait à Calabar où la traite clandestine se poursuivait. Ce fut la voie esclavagiste la plus longue et la plus animée à l'Est de la Cross-River. Elle transforma la région de Mamfe dans son ensemble en vaste entrepôt d'esclaves en transit. Situés au centre de cet entrepôt et contrôlant ses principales issues à l'entrée comme à la sortie, les Banyang sont devenus des intermédiaires incontournables. Jusqu'au début du XIXe siècle, il y avait une importante demande en esclaves mâles adultes, petits garçons et jeunes filles dans la basse Cross-River; celle-ci était satisfaite à partir du centre des Grassfields. Ce rôle d'intermédiaire fut mis à mal lorsque les trafiquants d'esclaves originaires de Calabar commencèrent à venir s'approvisionner directement à Mamfe auprès des fournisseurs locaux.

Le pays Banyang disposait d'une organisation bien structurée dans l'exercice de leurs activités de traite des esclaves. Il existait de grands marchés d'esclaves tels que Ebuensuk, Tali et Kembong où les trafiquants en provenance de la basse Cross-River achetaient les esclaves auprès des Banyang. Il existait d'autres marchés à Widikum du côté de la limite Mamfe-Bamenda et à Lekeng à la frontière Mamfe-Dschang qui fournissaient aux trafiquants originaires de Mamfe la majeure partie de leurs esclaves.

L'occupation coloniale, loin d'arrêter le trafic, conduisit à des réadaptations dans les pratiques esclavagistes en pays Banyang : 
When the colonial authorities attacked slave-dealing in Cameroon in the late nineteenth and early twentieth centuries, the Banyang modified the organization of their business to suit the circumstances. The old and well known slave routes and centres were abandoned, except the Kembong centre which continued to handle slaves on a small scale in order to avoid notice. A new route was created which passed through Ngonu and Ambasi down the Mifi Valley to Anyang country and then to Kembong centre. Sometimes, twelve to thirty pieces of cloth (whose dimensions and nature we do not know) and a gun were passed over from village to village to Bangwa and Bali and a slave was passed down in return. In other instances, the slave dealers from the Grassfields disguised their slaves as carriers on a trade mission and sold them to their customers to the west and south. When it was difficult for the Manyang to acquire the desired slave by purchase, he kidnapped him from the neighbouring Bangwa, Mbo, or Mundani area.

Ces efforts de résistance à l'abolition et de réadaptation à la colonisation peuvent conduire à la conclusion que les Banyang, tout comme les autres groupes impliqués dans la traite des esclaves, en tiraient de profits substantiels. Mais en l'état actuel des connaissances, il est difficile d'évaluer les bénéfices engrangés. Tout ce qu'on sait c'est que même avec la généralisation de l'administration coloniale, les Banyang, loin d'abandonner l'esclavage, décidèrent de cacher leurs esclaves dans les enclaves forestières éloignées des principales routes :
Colonial interference thus led to the complete segregation of slaves and the emergence of slave villages. These slave villages or settlements included Kesem Mbinjong, Kesem Mbatop, Centre Fotabe, Kesem Nchemba, Okoyong, Kesem Talinchang, and Kesem Akagbe were respectively named after Ebeaga, Tali, and Bechuakagbe, the villages of the slave owners. Others, such as Kesem Mbinjong and Kesem Mfombenyong (both in Tali 1) and Kesem Tata Biantung were respectively named after Mbinjong, Mfombenyong, and Tata Biantung, the persons who owned the overwhelming majority of slaves in them.

Chez les Banso (sing. Nsó), un peuple voisin des Banyang, l'acquisition des esclaves au XIXe siècle était motivée par le souci de reconstruire leurs capacités productives et reproductives après les ravages de la traite atlantique, la recherche de prestige et de stature sociale en disposant d'une nombreuse clientèle et également le désir de s'engager dans la traite consécutive aux raids foulbé en provenance des lamidats septentrionaux. La création de ces nouvelles entités à partir du début du XIXe siècle a induit une nouvelle demande en esclaves; et pour la satisfaire des attaques se sont multipliées dans le but de prélever des esclaves qui sont vendus à leurs intermédiaires. Les localités telles que Way Ta près de Kitiiwum, Way Reevey à Menfu, Way Ngoylum près de Kikaykela'ki, Way Kimbó et Way Viná à Kikaykom jouèrent ainsi un rôle actif dans la traite des esclaves.

Chez les Kom et Bafut, en dehors de leur usage local au XIXe siècle, les esclaves furent un élément important du commerce au plan régional et local. Il existait des marchés proches où il était facile de se procurer des esclaves. Ces centres de traite étaient localisés à Nsó, Ndu et Bali-Nyonga. Un autre marché, celui de Ndop, ravitaillait particulièrement le pays bamileké. A partir du pays Nsó, les centres tels que Bamessi, Bali-Kumbat, Bafawchu, Bafut, Oku, Baba, Bum, Kom, Mankon, Nkwen, Babungo et d'autres marchés frontaliers tels que Donga, Takum, Wukari, Foumban et Banyo, satisfaisaient la demande locale. Les dispositifs intégraient les marchés de Way Ta et de Kikaykela'ki et les reliaient à Kontcha, Banyo et Tibati, dans le but de leur permettre de satisfaire à leur tour les exigences en tributs humains de l'empire de Sokoto. Dans le Bamenda précolonial, les réseaux d'échanges marchands entre le Nigeria et le Cameroun ont charrié un nombre considérable d'esclaves particulièrement appréciés. Les traitants nigérians apportaient à leurs partenaires commerciaux camerounais du plateau de Bamenda, des produits tels que le sel, les fusils, les étoffes et les barres de laiton en échange des esclaves. 

Le réseau mis en place à partir du plateau de Bamenda alimentait toutes les chefferies voisines et s'étendait sur de longues distances : In Nso’ there was a two way trade with the surrounding chiefdoms. Slaves were obtained in Bamum and sold in the direction of Bum. Bali-Nyonga disposed of its slaves in Widekum, Bangwa and in the northern Banyang markets. Slaves reached Kumba via Ikiliwindi markets. Slaves sold in Bum markets were obtained from places like Nkwen, Bali, Baba and Babungo, and these eventually reached the northern markets in Takum, Ibi, Wukari and Yola. The Nsungli centres which were largely controlled by Nso’ dealers supplied slaves that were channeled down to Bamum, Babungo, Bamessi and eventually reached the Bamileke centres… Most of the dealers were chiefs (the foyn and the tributary chiefs), princes, wealthy notables, great warriors and clan heads… One of the most notorious slave-dealer was a potential heir by nama Bobe Akoni whose slave-dealings continued to the 1920s and was often on the run because of the modern forces of law and order105.

Plusieurs itinéraires majeurs se dégagent de cet enchevêtrement de routes qui ont existé pendant la période de traite atlantique et qui ont survécu longtemps après l'abolition. L'interconnexion régionale faisait que tous les grands centres participaient à cette intense activité de traite : 
The two northern routes that channelled slaves, kola and ivory to the Benue and Banyo markets were first the route which ran from Bali through Kom to Bum and finally to Takum, Wukari and Ibi. The second route which left the Ndop chiefdoms through Kumbo linked the Nkambe markets (Ntem, Ndu, Donga) to Banyo and Koncha markets. The only southern route which ran from Bali through the Mamfe centres finally reach the coast at Calabar. The Bamileke chiefdoms were not isolated from the general trade pattern in the Western Grassfields. Some of the volume of slave trade was pumped through Bagam, Foumban, and Bangante to the coast in Douala. Kom was linked to this network. Evidently the Western Grassfields constituted the main source of labour for both the southern oil producing villages in Widekum and Mamfe where a different view of slave gave rise to slave villages. The slaves were exchanged for oil, beads, brass rods, guns and gun powder coming up from Calabar or from the Cross River area. It must be noted that at the close of the 19th century most slaves from the Western Grassfields were being sent down to the Cross River or even further south as labour to work on the oil plantations of the southern forest zone.

Bali se présente ainsi au nœud de plusieurs axes dont les plus importants sont : Bali-Kom-Bum-Takum-Wukari-Ibi ; Bali-Mamfe-Calabar ; Bali-Cross River; à ces routes on peut ajouter les axes Foumban-Bagam-Bangangte-Douala et Ndop-Kumbo-Nkambe (Ntem-Ndu-Donga)-Banyo-Kontcha dans l'Adamaoua. Foumban, la capitale du pays bamoun, se trouve elle-même à la frontière entre la  région des Grassfields et les lamidats de l'Adamaoua qui se développèrent tout au long du XIXe siècle et produisirent une importante quantité d'esclaves à destination de l'empire de Sokoto. Cette position lui conféra un rôle de pivot entre le Sud et le Nord du pays.

Source: ÉTUDE DE FAISABILITÉ DU PROJET DE TOURISME CULTUREL « LA ROUTE DE L’ESCLAVE » Auteur: Prof. Séhou Ahmadou, Enseignant-Chercheur à l'Université de Yaoundé I Cameroun, Spécialiste de l’esclavage et de la traite négrière.
N.B.: La demande de publier cet extrait a été faite par le Pan. African Cultural Center (PACC), pour plus d'informations nous contacter.

http://www.pplawr.org/
La suite avec : L’esclavage et ses survivances sur la côte camerounaise