mercredi, avril 07, 2010

100 combattants de la Liberté


Dutty Boukman - ?-1791 (Haïti/Saint-Domingue)

Né à la Jamaïque, Dutty Bookman est esclave de l’habitation Turpin dans la plaine du Nord de Saint-Domingue (actuel Haïti).

Dans la nuit du 14 août 1791, au Bois-Caïman, lieu reculé de l’habitation Lenormand de Mézy, ce prêtre vaudou organise une cérémonie pour un grand nombre d’esclaves. Un cochon noir est sacrifié et les assistants boivent son sang afin de devenir invulnérables.
Boukman ordonne alors le soulèvement général.
Celui-ci a lieu la nuit du 22 août et dure une dizaine de jours.
Les révoltés enflamment les habitations.
Boukman, accompagné de 200 autres esclaves, s’avance jusqu’au Cap-Français. Il périt au combat, à la tête de ses troupes. Pour faire mentir l’idée qu’il était invulnérable, les colons exposent sa tête au Cap.

D’autres chefs succèdent à Boukman, ses lieutenants Jean-François et Biassou, ainsi que Toussaint, qui ne s’appelle pas encore Louverture.

La révolte de Bookman ouvre la voie à la Révolution haïtienne qui conduira à l’indépendance le 1er janvier 1804. Haïti sera le premier Etat “noir” indépendant qui proclame dans sa Constitution l’égalité de tous, quelle que soit la couleur de peau.

• Jacques Pierre Brissot - 1754-1793 (France)

Fils d’un riche traiteur rôtisseur, Jacques Pierre Brissot est né à Chartres le 15 janvier 1754. Présenté comme le chef de file des Girondins pendant la Révolution française, il sera guillotiné à Paris le 31 octobre 1793.
Jeune homme, Jacques Pierre Brissot fait ses études au collège de Chartres durant lesquelles il découvre et devient un adepte de Voltaire, Diderot et surtout de Rousseau.

Lors d’un séjour en Angleterre en 1788, il fréquente les membres de la Société pour l’Abolition de la Traite des Noirs . Dès son retour à Paris, il fonde, avec Clavières et Mirabeau, une société semblable, appelée “Société des amis des Noirs”.

Chef de file des Girondins, Brissot est élu à l’Assemblée nationale par les Parisiens en 1789. Il y défend la cause des mulâtres libres, et celle des esclaves, mais il soutient surtout l’indépendance des colonies françaises.

Le 15 mai 1791, l’Assemblée accorde enfin le droit de vote aux mulâtres. Mais aucune décision n’est prise au sujet des esclaves et la traite et l’esclavage restent inscrits dans la loi.
Les luttes des esclaves à Saint-Domingue vont rapidement changer la donne. La Convention vote l’abolition de l’esclavage le 4 février 1794. Cette décision ne sera cependant pas appliquée à toutes les colonies françaises. Dans les faits, seuls les esclaves de la Guadeloupe sont bénéficiaires du décret.

En 1802, Bonaparte rétablit l’esclavage. Il faudra attendre 1848 pour qu’un second et définitif décret abolisse effectivement l’esclavage dans les colonies françaises.

source

Voltaire le raciste ou le racialiste !


« Les Blancs sont supérieurs à ces Nègres, comme les Nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres. »

Voltaire ( in "Traité de Métaphysique". Cité in "Le Choc du mois" n°25, p.31)
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« Leurs yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d’hommes des différences prodigieuses. Et ce qui démontre qu’ils doivent point cette différence à leur climat, c’est que des Nègres et des Négresses transportés dans les pays les plus froids y produisent toujours des animaux de leur espèce, et que les mulâtres ne sont qu’une race bâtarde d’un noir et d’une blanche, ou d’un blanc et d’une noire. »

Voltaire ("Essai sur les moeurs". Cité in id.)
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« La nature a subordonné à ce principe ces différents degrés et ces caractères des nations, qu’on voit si rarement se changer. C’est par là que les Nègres sont les esclaves des autres hommes. On les achète sur les côtes d’Afrique comme des bêtes. »

Voltaire ("Essai sur les moeurs". Cité in id.)
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« La race des Nègres est une espèce d’hommes différente de la nôtre ... on peut dire que si leur intelligence n’est pas d’une autre espèce que notre entendement, elle est très inférieure. Ils ne sont pas capables d’une grande attention, ils combinent peu et ne paraissent faits ni pour les avantages, ni pour les abus de notre philosophie. Ils sont originaires de cette partie de l’Afrique comme les éléphants et les singes ; ils se croient nés en Guinée pour être vendus aux Blancs et pour les servir. »

Voltaire ("Essai sur les moeurs", Genève, 1755, t.XVI, p.269-270)

Mémoires des esclavages : le projet fou de Max


Max Relouzat, une vie d'engagement et un projet fou baptisé Mémoires des esclavages.

Une sculpture monumentale dressée sur le littoral atlantique. Le projet de Max Relouzat prend forme. Il pèse 20 tonnes...

L'idée germait dans l'esprit de Max Relouzat depuis une dizaine d'années. Elle est née lors de la coupe du monde de football en 98. « Je voyais les enfants de la diversité hisser haut l'étendard de la République et en même temps, en tant que président de SOS racisme, je recevais des jeunes métisses qui avaient des problèmes pour trouver du travail ».

Puis, il y a eu une rencontre décisive avec Aimé Césaire en 2006 à Fort de France « C'est lui qui m'a inspiré le nom de Mémoires des esclavages. » Il y eut aussi le Rwanda, puis la crise, et la déclaration du président Nicolas Sarkozy : «L'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire... » Ce fut le déclencheur, il fallait un projet pour toutes les générations, un lieu de rencontre, d'échanges de fraternité quelque part sur le littoral atlantique, un lieu de mémoire, un marqueur de l'histoire, celle d'hier et d'aujourd'hui, pour commémorer tous les esclavages.

« Une volonté populaire »

Max réalisa une belle maquette pour une élégante sculpture « Ce fut une libération. Pour moi, dans ma famille, il ne fallait pas parler de l'esclavage. Chez les blancs, aussi, c'était pareil ». Le thème du masque lui fut évident : « Dans nos carnavals, l'utilisation du masque permettait de se moquer des blancs », d'exorciser aussi toutes les angoisses, les peurs, les humiliations. Ce sont donc deux masques, l'un blanc et l'autre noir mis dos à dos, qui forment cette sculpture qui fera 10 m de haut et pèsera près de 20 tonnes « Cela demande de grandes compétences techniques, elle doit résister à des vents de 150 km/h. Marc Morvan la réalisera et c'est Véronique Brod qui assure les photographies, la médiatisation du projet ».

Plus de 100 personnes, mais aussi associations, municipalités, entreprises ont déjà souscrit à ce projet à travers la vente d'estampes numérotées de 1 à 150, puis plus tard d'affiches à 10 €, représentant la maquette de la sculpture. Le montant de ce projet sera entre 80 000 et 100 000 euros. « Nous voulons faire une oeuvre qui soit l'émanation d'une volonté populaire ». La sculpture sera achevée et inaugurée le 10 mai 2011. Mais dès le 10 mai 2010, un rassemblement est prévu sur le pont Sainte-Catherine entre 11 h et 12 h pour commémorer la loi du 21 mai 2001 sur la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité. Le soir même, les estampes seront remises aux souscripteurs.

Contact : association Mémoires des esclavages, 02 98 53 78 32.

mardi, avril 06, 2010

Mauritanie : une arabité en question


La récente déclaration du Premier ministre mauritanien, Moulaye Ould Laghdaf, qui vise à faire de la langue arabe un instrument d’échange et de travail au sein de l’administration mauritanienne, a rouvert la boîte de Pandore en Mauritanie.
Des propos de la ministre de la culture vont dans le même sens. Selon elle, « les langues nationales font obstacle à l’émergence de l’arabe.» Ce qui peut nous faire penser qu’il s’agit d’une stratégie de communication visant à préparer l’opinion publique et à mesurer les rapports de forces en jeu.
Depuis cinquante et an, c’est à dire depuis la veille des indépendances africaines et jusqu’à nos jours, la question de la place de l’arabe en Mauritanie empoisonne la vie politique, culturelle et sociale.

Les constitutions du 22 mars 1959 et du 20 mars 1961 stipulent que la langue nationale est l'arabe et que la langue officielle est le français _article 3 de la Constitution de 1961_. On voit, déjà, qu’à l’aube et aux premières heures de l’indépendance du pays, les autres langues parlées par les populations vivant sur le sol mauritanien sont exclues d’une portée nationale par la loi fondamentale, car seul l’arabe est considéré comme langue nationale. Les populations noires auraient dû voir là les habiles premières manœuvres d’Ould Daddah et ses comparses en vue de faire de la Mauritanie un pays arabe. Mais le fait que l’arabe soit la langue du Coran, étudié par les couches noires du pays, a peut-être participé à chloroformer les esprits.
Le génie de Moktar Ould Daddah a été d’avoir, très tôt, su trouver un discours anesthésiant la vigilance de Noirs. A la veille et au début de l’indépendance, le premier Président mauritanien, dans ses divers discours, a affirmé le caractère composite, multiethnique de la Mauritanie et s’était engagé à le respecter. Il a aussi souvent affirmé que la Mauritanie était un trait d’union entre le Maghreb et l’Afrique noire, enracinée dans l’Islam et ouverte à l’Occident.
Par ce discours séduisant, il a pu obtenir une certaine confiance de la part de la communauté noire mais aussi de la France, d’autant plus qu’il était marié à une femme d’origine française.
La confiance de la communauté noire ne durera pas longtemps. Moktar Ould Daddah va s’appuyer sur la féodalité négro-africaine pour gouverner et continuer à manœuvrer.
Une analyse pointilleuse nous permet de nous rendre compte que tous les discours du premier Président de la Mauritanie n’étaient que des lénifiants, car le processus d’arabisation va rapidement commencer, à petites doses. Les propos du Premier ministre actuel s’inscrivent dans le cadre de la même stratégie : arriver à faire de la Mauritanie un pays arabisé, à grande échelle, à petit pas et d’une manière subtile. [Les différentes étapes de l’arabisation en Mauritanie sont décrites par Ambroise Queffélec UMR 6039 (CNRS) Université de Provence Bah Ould Zein Université de Nouakchott dans un article qui s’intitule : LA "LONGUE MARCHE" DE L'ARABISATION EN MAURITANIE que l’on peut lire sur Internet.]
Le problème relatif aux questions linguistiques, en Mauritanie, vient du fait que la politique qui est jusque-là menée est fondée sur des mensonges et des négations identitaires. Il y a peut-être, dans la volonté de faire de la Mauritanie un pays arabe, en dehors des rapports de domination d’une entité sur d’autres, quelque chose de pathologique, de névrotique.
Pourquoi pathologique ou névrotique ?
Le cas du Soudan et de la Mauritanie est intéressant à analyser. Les dirigeants de ces deux pays se réclament d’une arabité maladive. On retrouve des points communs dans les pratiques politiques dans les deux Etats : la négation des droits d’une partie de la population, la négation de soi, la violence.
La population mauritanienne est loin d’être majoritairement arabe. Au contraire les Arabes sont une minorité.
« Pour People Group (2007, le hassanya (dialecte qui résulte d’un mélange d’arabe, de berbère et des langues négro-africaines Ndlr)serait parlé par 76,9 % de la population, puis le poular par 14 % (275 888), le tamasheq par 4 % (78 287), le soninké par 2,8 % (56 323) et le wolof par 0,6 % (13 439). 1
Ethnie Langue Population Pourcentage
Bambara bamanankan 17 617 0,9 %
Maures (Noirs) hassanya 811 608 41,4 %
Fula Macina poular 6 333 0,3 %
Fulbe Futa Toro poular 26 096 1,3 %
Jola jola-fogny 3 000 0,1 %
Maures hassanya 696 631 35,5 %
Soninké soninké 56 323 2,8 %
Tamasheq tamasheq 78 287 4,0 %
Toucouleurs poular 243 482 12,4 %
Wolofs wolof 13 439 0,6 %
Zenaga zenaga 6 763 0,3 %
1 959 579
»
Il est difficile d’avoir des statistiques fiables en Mauritanie. Mais, ce tableau nous permet de confirmer nos propos. Les Arabes hassan sont une minorité. Dans le groupe dit Maure qui représente 35, 5% de la population totale qui parle l’Hassanya, une bonne majorité est d’origine berbère. Le calcul est donc vite fait. Le reste qui serait d’origine arabe est donc une minorité parmi la population mauritanienne. Certains avancent que le nombre personnes d’origine arabe au sein de la population maure ne dépasserait pas 20 %. Si cette hypothèse est vraie, les Mauritaniens d’origine arabe ne seraient qu’entre 7% et 8% de la population totale.

Il y a lieu d’analyser la volonté d’arabiser ou d’islamiser leur pays de ceux qui se disent arabes en Mauritanie et au Soudan.
Le regard méprisant de l’Arabe sur le Noir vient de temps très anciens. Mais il nous semble que le cas de la Mauritanie et du Soudan introduit une autre dimension. « Historiquement l’Arabe a toujours sous-estimé le Noir. […], il est impossible d'ignorer la dimension religieuse et raciste de la traite. Punir les mauvais musulmans ou les païens tenait lieu de justification idéologique à l'esclavagisme : les dirigeants musulmans d'Afrique du Nord, du Sahara et du Sahel lançaient des razzias pour persécuter les infidèles : au Moyen Âge, l'islamisation était en effet superficielle dans les régions rurales de l'Afrique. Les lettrés musulmans invoquaient la suprématie raciale des Blancs, qui se fondait sur le récit de la malédiction proférée par Noé dans l'Ancien Testament (Genèse 9:20-27). Selon eux, elle s'appliquait aux Noirs, descendants de Cham, le père de Canaan, qui avait vu Noé nu (une autre interprétation les rattache à Koush, voir l'article). Les Noirs étaient donc considérés comme « inférieurs » et « prédestinés » à être esclaves. Plusieurs auteurs arabes les comparaient à des animaux. Le poète Al-Mutanabbi méprisait le gouverneur égyptien Abu al-Misk Kafur au Xe siècle à cause de la couleur de sa peau. Le mot arabe abid qui signifiait esclave est devenu à partir du VIIIe siècle plus ou moins synonyme de « Noir ». Quant au mot arabe zanj, il désignait de façon péjorative les Noirs. Ces jugements racistes étaient récurrents dans les œuvres des historiens et des géographes arabes : ainsi, Ibn Khaldoun a pu écrire au XIVe siècle : « Les seuls peuples à accepter vraiment l'esclavage sans espoir de retour sont les nègres, en raison d'un degré inférieur d'humanité, leur place étant plus proche du stade de l'animal » À la même période, le lettré égyptien Al-Abshibi écrivait « Quand il [le Noir] a faim, il vole et lorsqu'il est rassasié, il fornique. ». Les Arabes présents sur la côte orientale de l'Afrique utilisaient le mot « cafre » pour désigner les Noirs de l'intérieur et du Sud. Ce mot vient de « kāfir » qui signifie « infidèle » ou « mécréant. » 2
Si l’Arabe a toujours sous-estimé le Noir, on peut aussi se demander s’il n’y pas un autre problème en Mauritanie et au Soudan. La relation de l’ ‘‘Arabe’’ de Mauritanie et du Soudan au Noir ne serait-elle pas affectée d’une névrose liée au complexe de l’‘‘Arabe’’ de Mauritanie et du Soudan qui tient à prouver, à tout prix, son arabité, qu’il ressent, inconsciemment, parfois de second degré ou usurpée.
La plupart des ‘‘Arabes’’ du Soudan n’auraient-ils pas, au fond d’eux, un complexe lié à la noirceur de leur peau qui les pousserait à être aveugles dans leur relation à leur arabité. Ne tenteraient-ils pas de faire oublier de leur noirceur de peau, supposée « infériorisante».
Les Hassan sont des arabes chassés d’Arabie qui ont sillonné de nombreux territoires avant de se poser en Mauritanie. Ces expulsés de leur terre ont fini par dominer les Berbères qu’ils auraient trouvés sur place et à qui ils auraient imposé leur langue. Ayant étant chassés d’Arabie et pas trop souvent considérés par le monde arabe, ne seraient-ils pas, inconsciemment, dans le besoin de s’affirmer.
Tout acharnement à affirmer son identité doit faire l’objet d’examen. Comme le disait Wolé Soyinka, le tigre n'a pas besoin de proclamer sa tigritude, il bondit sur sa proie. Le prix Nobel ne comprenait pas « pourquoi fallait-il gaspiller notre énergie dans de vaines rhétoriques alors que notre continent se débattait dans des problèmes politiques et économiques insurmontables ? La situation nécessitait que l'on agisse avant tout. »
Mais il dira plus tard : « ma réflexion sur la question de la négritude a beaucoup évolué à partir du moment où j'ai compris que la libération des Africains francophones passait nécessairement par l'affirmation de l'identité noire. Les Senghor, les Césaire, les Damas étaient les produits typiques de la colonisation française, qui, en voulant faire de l'élite noire des Français à part entière, ont déclenché ce mouvement de rébellion intellectuelle et poétique. On a assisté à un phénomène similaire dans les colonies portugaises où l'assimilation des autochtones était la politique officielle. Les Anglais, pour leur part, s'étaient toujours gardés de s'immiscer dans la vie culturelle de leurs sujets africains tout simplement parce qu'ils les croyaient incapables de s'adapter à la culture britannique, nécessairement supérieure. » 3
Le mouvement de la Négritude est né à partir du poids du regard de l’autre (Français) sur le Noir. En effet, pour le Français, le Noir était, ou est encore pour un certains nombre de Français, considéré comme un être inférieur au Blanc. Le Noir éduqué, parfois complexé, parfois révolté, a donc eu besoin de s’affirmer pour dire qu’il valait autant que le Blanc.
Pour ce qui est du Soudan et de la Mauritanie, nous pouvons penser qu’il s’agit de la même problématique. Les ‘‘Arabes soudanais et mauritaniens’’ ont une immense soif d’être reconnus comme arabes car nombreux sont parmi eux, ceux qui sont complexés par rapport au reste du monde arabe. Ce qui peut expliquer leur passion et parfois leur maladresse, leur aveuglement, dans leur tentative d’affirmation de leur « arabité ».
C’est ce besoin d’être reconnus par le monde arabe qui pousse les dirigeants « arabes ou arabo-berbères » de ces deux pays, à remuer ciel et terre pour affirmer l’arabité de leur pays au mépris de l’identité plurielle réelle de celui-ci. En plus de cette quête de reconnaissance, l’idée sous-jacente qui guide de nombreux Arabes mauritaniens et soudanais est que, dans leur imaginaire, être arabe valorise et rend supérieur au Noir.
En Mauritanie, les Berbères qui se déclarent arabes ne le sont pas puisqu’ils sont berbères. Ce qui peut expliquer leurs comportements. En Algérie, les Kabyles sont fiers de leur identité et se battent depuis des siècles pour qu’on la leur laisse, qu’on la respecte. Ils refusent d'être assimilés à des Arabes. Au Maroc, Les Berbères se sont battus pour leur identité et ils sont reconnus dans leur spécifité.
Depuis que la Mauritanie est indépendante, ce sont essentiellement des présidents d’origine berbère qui ont mené les politiques d’arabisation et qui ont, avec acharnement, œuvré pour que la Mauritanie soit reconnue comme appartenant au monde arabe. Il s’agit donc de personnes qui souffrent d’une négation d’eux-mêmes, de leur réelle identité. Une arabité complexée, morbide, qui se sent de seconde zone, qui doute d’elle-même, usurpée, conduit facilement à la violence. Les personnes porteuses d’une telle identité peuvent être dangereuses pour elles-mêmes et pour les autres car dans le déni d’elles-mêmes, elles sont facilement portées vers la cruauté. Elles peuvent aisément tuer l’autre qui semble être l’obstacle à la réalisation de leur fantasme ou objet de réalisation de leur fantasme [Le Noir est un être inférieur et donc à ne pas respecter, à dominer].
Le débat en Mauritanie serait facilité, sil n’y avait pas cette part d’ombre névrotique, s’il y avait moins de passions et un peu plus de clairvoyance. Car il y a les faits. Il y a l’histoire.
La population mauritanienne est composée de Wolofs, Bambaras, Soninkés, Berbères, Pulaars et d’Arabes. Voilà quelque chose qui est là, qui se pose comme objet. A partir de là, pour celui qui cherche l’équité, il doit se demander comment toutes ces populations peuvent vivre ensemble dans le respect mutuel.
Pour que des personnes différentes vivent ensemble pacifiquement, il faut que les droits de chacune d’entre elles soient respectés par les autres. Reconnaître l’identité de chaque Mauritanien ne peut être que source d’apaisement, de rapprochement, d’ouverture vers l’autre, de coopération.
Une fois cette étape franchie, se posent alors des problèmes d’ordre pratique. Comment faire pour que des ethnies différences cohabitent et travaillent ensemble.
Par rapport à ce que nous venons de dire, il est donc du droit de chaque Mauritanien de préserver son identité, s’il en a envie, donc d’apprendre sa langue maternelle, et il faudra en même temps trouver une langue de travail commune.
Là aussi, il faut essayer d’être objectif, lucide. Pourquoi vouloir faire de l’arabe la langue de travail ?
La langue arabe n’est pas la langue de nombreux Mauritaniens. Nous faisons la différence entre hassanya et arabe. D’autre part, l’arabe n’est ni une langue technologique avancée, ni une langue avancée des sciences exactes ou humaines ou à la pointe des connaissances moderne, ni fondatrice de la démocratie avancée et moderne. Alors soyons pratique, choisissons une langue étrangère performante pour nous développer et démocratiser, moderniser, humaniser. Il faut sortir des sentiments et de la politique politicienne, névrotique, aveugle et regarder les choses en face.
En choisissant une langue étrangère, tous les Mauritaniens sont égaux devant leurs chances. On peut recourir au français, à l’anglais. Il faudra aussi penser au chinois car il s’agit d’une langue qui pourrait jouer un rôle important sous peu.
Pour ce qui des langues maternelles, des études ont montré que lorsque l’enfant commence sa scolarisation par sa langue maternelle, puis intègre une langue étrangère, il est plus performant. Donc en Mauritanie, chacun peut commencer par sa langue maternelle puis intégrer par la suite la langue officielle choisie, ce qui permet à chacun de préserver un élément essentiel de sa culture et de s’ouvrir au monde.
Un système éducatif adapté et performant en Mauritanie aura nécessairement un coût important, mais les objectifs de progrès et de paix en valent la peine.
Parallèlement, un travail d’enrichissement des langues nationales (hassanya, bambara, wolof, soninké, pulaar) doit être réalisé, ainsi qu’un travail sur les cultures africaines. Il faut cependant sortir de leur folklorisation, telle qu’elle est parfois pratiquée actuellement dans les milieux Pulaars, Soninké, etc. Il s’agit d’œuvrer en vue de la renaissance des cultures africaines.
Pour conclure, nous dirons que malheureusement, l’histoire ne repose pas sur la raison mais sur des rapports de force. Il est donc essentiel que les populations noires et les forces progressistes imposent un rapport de force positif. Nous ne parlons pas de violence, nous parlons de rapport de forces. Une fois ce rapport de force établi, le dialogue peut s'ouvrir entre forces qui se respectent. Ce rapport de forces dépendra du sérieux des communautés noires, souvent victimes d’elles-mêmes, de leurs pratiques et attitudes. Il dépendra aussi de l’émergence d’une classe de Mauritaniens soucieux de paix et de justice.

Oumar Diagne

1 Ce tableau a été obtenu à la page Internet http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/afrique/mauritanie.htm
2 Lire Traite arabe in http://fr.wikipedia.org/wiki/Traite_arabe
Lire Tigritude contre négritude in http://www.jeuneafrique.com/article.php?idarticle=LIN25117tigriedutir0

lundi, avril 05, 2010

16ème Commémoration du génocide des Tutsi au Rwanda


L’Union des Etudiants Juifs de France (UEJF), et Ibuka - Mémoire et Justice,
vous invitent à la 16ème Commémoration du génocide des Tutsi au Rwanda,

le mercredi 7 avril 2010 à 16 heures,

au Mur pour la Paix, Place du Champ de Mars, Paris 7ème,

En présence de l'Ambassadeur du Rwanda en France,

Et de nombreuses personnalités : Sonia Rolland, Pierre Aidenbaum, Alain Dolium ...

La commémoration sera suivie d'une Veillée du Souvenir, à partir de 19h30, au 62 rue
Marcadet, Paris 18ème.

Le génocide rwandais a été parmi les plus effroyables. Du 7 avril au 14 juillet
1994, 1 million de tutsis ont été tués. Ces 100 jours d’extermination ont marqué à
jamais l’histoire d’un pays.

Parce qu’il est important de se souvenir. Parce que le devoir de mémoire transcende
les communautés. Lors de cette journée particulière du 7 avril, date du début du
génocide, une cérémonie aura lieu à Paris, afin de commémorer le souvenir des
victimes, pour que plus jamais de tels drames ne se reproduisent, et ne laissent
passifs et indifférents la communauté internationale. « Le bourreau tue toujours
deux fois, la seconde fois par l’oubli », avait écrit Elie Wiesel, n’oublions pas.


Avec le soutien et participation des associations : Fraternité Judéo- Noire, SOS RACISME, Communauté
Rwandaise de France, Appui Rwanda, CPCR, Mémorial de la Shoah, Centre Simon
Wiesenthal, Etudes Sans Frontières, IDILICK, Médecins du Monde, Conseil de
Coordination des organisations arméniennes de France, Comité de Défense de la cause
arménienne, SURVIE, Nor Seround, Collectif VAN, AJ 162, Hôtel Municipal de la vie
associative, Ambassade du Rwanda en France.

RSVP : 06.58.33.47.02 (UEJF) / 06.08.70.99.91 (Ibuka)

dimanche, avril 04, 2010

Dix milliards pour Haïti ?



Les «pays donateurs» font des gorges chaudes d’une récente promesse de verser dix milliards à la République d’Haïti.

À première vue, les naïfs comme moi ne pourraient que se réjouir. Dès le lendemain des événements, j’estimais en effet que, pour déblayer les décombres et reloger le million de réfugiés, il faudrait à peu près cette somme : environ 30 000 dollars par famille. En ajoutant l’équivalent pour améliorer le fonctionnement des services publics, on arrive à peu près aux 21 milliards de dollars qui ont été versés à la France à partir de 1825 pour l’indemniser des esclaves perdus.

Mais pour se réjouir, je l’ai dit, il faut être naïf. D’abord parce qu’il ne s’agit que de promesses. On sait qu’elles n’engagent que ceux qui les reçoivent.

Si la moitié des sommes promises doit être versée dans les dix-huit prochains mois, pas de calendrier pour le reste. On parle des prochaines années. Cela peut être dans cent ans. En outre, rien n’est prévu pour reloger les sans-abri, hormis des tentes. Pour résumer : les réfugiés recevront peut être de quoi s’abriter de la pluie d’ici deux ans ! En outre les « pays donateurs », sans avoir rien versé, organisent déjà la tutelle de fait d’Haïti sous prétexte d‘exercer un contrôle sur les sommes promises.

Les États-Unis maintiennent plus de trois mille soldats pour occuper le pays outre une commission co-présidée par le président Bush, responsable du coup d’État de 2004. La France, quant à elle, n’a pas été très généreuse : deux ou trois cent millions de dollars promis, notamment pour reconstruire le palais national et numériser les archives.

Ah, les archives ! En 1804, déjà, les Français vaincus avaient voulu les embarquer. Christophe ne les y avait pas laissé faire. On se doute que dans ces archives, non triées et inexploitées pour la plupart, il y a la trace des exactions commises pendant la période coloniale et le début de génocide en 1802-1803. Quand on voit la réaction de prétendus historiens à mon livre Le crime de Napoléon, on peut craindre que ces archives soient justement « archivées » par un pays qui ne veut pas reconnaître la part de l’histoire qui le dérange.

source

La Dessalinienne (Hymne National de Haïti)


Les héros de Vertières

Pour le Pays, pour les Ancêtres
Marchons unis, marchons unis
Dans nos rangs point de traîtres
Du sol soyons seuls maîtres
Marchons unis, marchons unis
Pour le Pays, pour les Ancêtres
Marchons, marchons, marchons unis
Pour le Pays, pour les Ancêtres
II
Pour les Aïeux, pour la Patrie
Béchons joyeux, béchons joyeux
Quand le champ fructifie
L'âme se fortifie
Béchons joyeux, béchons joyeux
Pour les Aïeux, pour la Patrie
Béchons, béchons, béchons joyeux
Pour les Aïeux, pour la Patrie

III
Pour le Pays et pour nos Pères
Formons des Fils, formons des Fils
Libres, forts et prospères
Toujours nous serons frères
Formons des Fils, formons des Fils
Pour le Pays et pour nos Pères
Formons, formons, formons des Fils
Pour le Pays et pour nos Pères

IV
Pour les Aïeux, pour la Patrie
O Dieu des Preux, O Dieu des Preux
Sous ta garde infinie
Prends nos droits, notre vie
O Dieu des Preux, O Dieu des Preux
Pour les Aïeux, pour la Patrie
O Dieu, O Dieu, O Dieu des Preux
Pour les Aïeux, pour la Patrie

V
Pour le Drapeau, pour la Patrie
Mourir est beau, mourir est beau
Notre passé nous crie:
Ayez l'âme aguerrie
Mourir est beau, mourir est beau
Pour le Drapeau, pour la Patrie
Mourir, mourir, mourir est beau
Pour le Drapeau, pour la Patrie

Parole de Justin Lhérisson
Musique de Nicolas Geffrard.

samedi, avril 03, 2010

La Chine a célébré, ce 28 mars, l’anniversaire de l’abolition du servage. En mai 1951, les troupes communistes de Mao Zedong délivrèrent le Tibet, al


La Chine a célébré, ce 28 mars, l’anniversaire de l’abolition du servage.

En mai 1951, les troupes communistes de Mao Zedong délivrèrent le Tibet, alors gouverné par le dalaï lama Tenzin Gyatso allié au Kuomintang de Tchang Kaï-chek.

Le régime théocratique avait réduit 90 % de la population au servage. Les serfs étaient attachés aux terres des monastères et devaient les servir. Les lamas punissaient toute tentative de rébellion ou de fuite en crevant les yeux, voire en coupant la langue et le nez des récalcitrants.

Le régime pratiquait la torture mais, au nom de la non-violence, il se refusait à administrer directement la peine de mort. La peine maximale consistait à flageller le condamné, puis à le laisser saignant dans la nature, pour que les animaux et le climat l’achèvent.

Le dalaï lama lui-même avait 6 000 serfs à son service.

Le 28 mars 1951, la République populaire abolit le servage, affranchissant 5 millions de serfs.

Cependant, à la suite de l’Accord conclu entre Tenzin Gyatso et Mao Zedong, les réformes furent interrompues et le régime féodal cohabita durant neuf ans avec le Parti communiste. Ce n’est qu’en 1961, après la révolte organisée par la CIA et la fuite de Tenzin Gyatso, que le gouvernement mit fin au féodalisme et entreprit la réforme agraire. Il nationalisa les terres des monastères et les redistribua à la paysannerie, c’est-à-dire aux anciens serfs.

vendredi, avril 02, 2010

Une étudiante américaine retrouve le seul exemplaire imprimé connu de la Déclaration d'Indépendance de Haïti




Une étudiante de l'université Duke de Durham, en Caroline du Nord (est des Etats-Unis), a retrouvé par hasard le seul exemplaire imprimé de la Déclaration d'Indépendance de Haïti en 1804, a annoncé jeudi la direction de l'établissement.

La langue africaine des pharaons noirs


Ils ont laissé de vastes nécropoles de pyramides pentues à la singulière silhouette, des temples majestueux qui n'envient rien à ceux de l'Egypte, ils ont bâti des villes et donné au "pays éternel" une lignée de souverains, les "pharaons noirs", qui ont régné sur tout ou partie de la vallée du Nil entre les VIIIe et VIIe siècles avant notre ère. Qui sont ces hommes, mis à l'honneur par le Musée du Louvre, qui leur consacre une exposition ? Ils nous sont encore largement inconnus. Et pour cause : la langue des habitants du "pays de Koush" - ainsi que les Egyptiens nommaient le territoire de l'actuel Soudan - résiste âprement aux tentatives des linguistes pour en percer les secrets. Francis Llewelyn Griffith a bien décrypté son système d'écriture voilà un siècle. Mais ce qu'on lit, dans le millier de textes qui nous sont parvenus, reste incompréhensible.

Cette résistance commence toutefois à céder. Dans une monographie parue fin février, l'égyptologue et linguiste Claude Rilly, directeur de l'archéologie française au Soudan, rattache sans ambiguïté cet idiome, dit méroïtique, à une famille de langues qui s'enracinent au coeur du continent africain. Le méroïtique n'est donc pas, comme certains l'ont cru, une langue isolée ou encore un idiome afro-asiatique - parent de l'arabe, de l'hébreu, du berbère ou du copte. C'est une langue proprement africaine, la première du genre à avoir été couchée par écrit. Une hypothèse inimaginable pour les premiers savants à s'être penchés, avant guerre, sur la question. Inimaginable parce que, présupposé raciste aidant, les architectes de Méroé ne pouvaient pas avoir parlé une langue "négroïde", selon l'expression alors en vigueur...

"Jusqu'à ce que je commence à travailler sur la question, la langue méroïtique était réputée avoir commencé à se fixer aux alentours de 1500 avant J.-C., explique M. Rilly. Je pense pour ma part que son émergence remonte beaucoup plus haut, sans doute vers 2500 avant notre ère." Le royaume de Méroé - qui a donné son nom au méroïtique - s'installe vers le IIIe siècle avant notre ère autour de la ville du même nom, non loin de la sixième cataracte du Nil, à deux cents kilomètres de la capitale soudanaise, Khartoum. Ce royaume chute vers 350 de notre ère. Ce n'est qu'avec l'émergence de cette entité politique nouvelle que la langue méroïtique est écrite, grâce à un système graphique adapté des hiéroglyphes égyptiens. Mais, dans le pays de Koush, des systèmes étatiques voient le jour bien avant l'avènement de Méroé : le royaume de Napata, fondé un millénaire auparavant, par exemple. Et, bien avant encore, le royaume de Kerma, dès 2500 avant notre ère.

Comment savoir que les hommes qui ont fondé ce dernier - et qui n'écrivaient pas leur langue - parlaient déjà une forme archaïque du méroïtique ? "Dans l'Egypte voisine, le roi entretenait des magiciens, chargés de rédiger des "textes d'exécration" pour envoûter les ennemis du souverain, raconte l'égyptologue. Or pour envoûter quelqu'un, il faut certaines informations, comme par exemple des éléments de sa généalogie. Ainsi, nous avons des textes égyptiens datés d'environ 2000 avant notre ère, qui nous donnent des listes de noms de souverains du pays de Koush, et ces noms ont, déjà, une composition phonétique propre au méroïtique." Vers le XVIe siècle avant notre ère, les pharaons hyksos - une dynastie d'usurpateurs venus du Levant - entretiennent des relations diplomatiques avec les rois "koushites". Leurs noms, retranscrits par les scribes égyptiens, trahissent leur appartenance linguistique. Et la continuité du peuplement de cette région, au sud de l'Egypte.

Jusqu'à présent, les tentatives de traduction du méroïtique se sont principalement appuyées sur la méthode dite "contextuelle". "Il est rare que dans une phrase, on ne connaisse absolument rien , raconte M. Rilly. On essaie alors de "boucher les trous" en postulant par exemple que tel mot est un adjectif, qu'il est laudatif, etc. Mais c'est une méthode très longue, qui nécessite que les hypothèses soient validées sur un grand nombre de textes."

Un corpus de quelques dizaines de termes est donc connu. Mais la méthode la plus efficace pour ressusciter une langue morte dont on connaît l'écriture est encore la comparaison avec les langues apparentées. Au XIXe siècle, pour reconstruire la langue akkadienne, parlée aux IIIe et IIe millénaires dans l'actuel Irak, il avait ainsi été possible de comparer chaque mot akkadien avec des termes hébreux, arabes ou syriaques (ou araméens), ces cousines de l'akkadien étant bien documentées. De même qu'on pourrait comprendre un texte français en ne connaissant que l'italien, l'espagnol et le roumain.

Parti de l'hypothèse, formulée dans les années 1960 par Bruce Trigger, selon laquelle le méroïtique serait apparenté à certains idiomes dits "soudaniques", parlés de l'Erythrée au Tchad, Claude Rilly a effectué des comparaisons des quelques termes méroïtiques connus, avec quatre ensembles de langues soudaniques : le nara, le nubien, le nyima et le taman. Les comparaisons menées ne laissent aucun doute sur la parenté entre le méroïtique et ces langues, mal documentées et pour la plupart non écrites. Il est même d'ores et déjà possible d'enrichir le lexique méroïtique connu par ces comparaisons multiples. Tout en résolvant des énigmes archéologiques tenaces...

"Par exemple, il y a , à Musawwarat (à quelque 200 km au nord-est de Khartoum), un ensemble de temples où l'éléphant est très représenté", raconte Claude Rilly. Etrange au premier abord, puisque l'éléphant n'est pas réputé figurer une divinité dans la religion méroïtique. Mais plusieurs inscriptions, gravées sur les monuments, attestent que le nom méroïtique de ce lieu devait se prononcer "aborepi". Or les comparaisons effectuées avec les langues cousines montrent qu'"éléphant" devait se dire "ambur" en méroïtique. Certaines nasales ne se transcrivant pas par écrit, le terme "abore" accolé au suffixe -pi, signifierait "le lieu de l'éléphant" ou la "halte de l'éléphant". Sans doute en raison de l'abondance des pachydermes dans cette zone. La présence de l'animal sur les murs des temples de Musawwarat ne serait donc pas religieuse, mais héraldique....

Vers 550 de notre ère, avec la christianisation de la région, l'alphabet vieux-nubien - essentiellement composé de caractères grecs - prend le pas sur l'écriture méroïtique, à qui il emprunte toutefois quelques éléments. Quant à la langue, elle continue d'être utilisée pendant quelques siècles avant de s'éteindre, "sans doute au Moyen Age", estime Claude Rilly.

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"Méroé, un empire sur le Nil", jusqu'au 6 septembre, au Musée du Louvre (www.louvre.fr).

"Le Méroïtique et sa famille linguistique", de Claude Rilly, éd. Peeters, coll. "Afrique et langage", 556 p., 47,50 €.

Stéphane Foucart

source

jeudi, avril 01, 2010

100 noms de combattants pour la liberté

Depuis 2006, le 10 mai est chaque année consacré à la Journée de commémoration nationale des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions. La Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise participe à la construction d’une histoire et d’une mémoire partagées par tous. La traite négrière, l’esclavage colonial et leurs abolitions ont en effet bouleversé à jamais le monde, transformant les frontières, l’économie, la politique, les arts et la littérature. Les héritages de ces quatre siècles sont complexes : souffrance et exil, perte et exploitation féroce mais aussi de nouvelles cultures, de nouveaux rites et de nouvelles musiques. Les résistances de tous les opposants à la traite et l’esclavage colonial — captifs, esclaves révoltés, marrons, philosophes, journalistes, artistes, éducateurs—ont contribué à forger ces nouvelles cultures. Pour mieux faire connaître ce long combat, la MCUR a dressé cent portraits de femmes et d’hommes qui, par leur action, ont défendu les idéaux de liberté et d’égalité. Ces portraits sont destinés à animer des ateliers et des manifestations de toutes sortes.


• Harriet Beecher Stowe - 1811-1896 (Etats-Unis)

« La petite dame qui a écrit le livre qui déclencha cette grande guerre ». C’est par ces mots qu’Abraham Lincoln accueille Harriet Beecher Stowe en 1862.
Il fait allusion au célèbre roman “La Case de l’Oncle Tom”, publié dix ans plus tôt, et dont le rôle pour la propagation des idées abolitionnistes a été très important. Ce récit fait prendre conscience à bon nombre d’Américains des horreurs de l’esclavage.
Institutrice et sœur du célèbre abolitionniste Henry Ward Beecher, Harriet Beecher Stowe participe activement à la protection des esclaves en fuite vers le Canada.

C’est pour dénoncer la loi de 1850, “The Fugitive Slave Act”, qui obligeait, dans tous les États d’Amérique, à livrer aux autorités les esclaves fugitifs, qu’elle écrit son roman.

Vendu à 300.000 exemplaires la première année, “La Case de l’Oncle Tom” est le roman le plus lu du dix-neuvième siècle. Par la suite, les Africains-Américains critiqueront le personnage de l’Oncle Tom, dont le nom deviendra synonyme de soumission.

• Aphra Behn - 1640-1689 (Angleterre)

La vie d’Aphra Behn, née Aphra Johnston en Angleterre en 1640, est peu connue. Ecrivaine particulièrement prolifique du XVIIe siècle, elle est pourtant la première femme à vivre de sa plume.

En 1688, elle publie “Oronoko, ou L’Esclave royal”. Une histoire vraie, l’histoire d’un Africain envoyé au Surinam comme esclave.

Oronoko est un prince qui refuse l’esclavage. Puni, il ne cède pas, gagne sa liberté, et retourne en Afrique. Sa noblesse de caractère force l’admiration d’Européens opposés à l’esclavage et contraste avec la brutalité des esclavagistes.

Le roman, fondé sur une réalité vécue par la narratrice, connaît un immense succès. Traduit en français en 1745, le récit aura une grande influence.

Pour la première fois, un premier personnage “noir” apparaît dans la littérature anglaise, sinon européenne.

“Oronoko” inaugure un genre littéraire politique où les contradictions profondes de l’esclavage telles qu’elles se posent en Europe sont mises pour la première fois en lumière dans un roman.

• Jean-Baptiste Mars Bellay - 1746-1798 (Saint-Domingue)

Né à Gorée, Jean-Baptiste Mars Bellay est vendu à l’âge de 2 ans à un négrier faisant voile vers Saint-Domingue. A une date indéterminée, il rachète sa liberté grâce à ses propres économies.

En 1777, il fait partie des volontaires qui suivent l’amiral d’Estaing dans la campagne de Savannah. C’est sans doute là qu’il acquiert son surnom de « Mars » (dieu romain de la guerre), en récompense de sa valeur militaire.
Son rôle dans les événements de Saint-Domingue jusqu’en 1793 est peu connu, si ce n’est qu’il s’engagea dans l’armée dès que le décret du 4 avril 1792, qui donnait les droits civiques et politiques aux hommes “noirs”.
Elu député à la Convention lors des élections du 24 septembre 1793, il s’embarque pour la France. Lors d’une escale à Philadelphie, aux émigrés qui l’insultent et contestent son grade dans l’armée en raison de sa couleur, il répond : « quand on sait sauver les “blancs” et les défendre, on peut bien les commander ».

Arrivé à Lorient en janvier 1794, il est accusé par Victor Hugues d’être un complice des Girondins, et incarcéré à titre préventif. Une lettre à la Convention le fait rapidement libérer, et le 3 février 1794, il prend siège officiellement à l’Assemblée. Son entrée est saluée par des acclamations et, dès le lendemain, l’abolition de l’esclavage est votée à l’unanimité. Belley se préoccupe de l’application du décret, et propose l’abolition partout où elle n’est pas encore faite.

Belley siège par la suite à la Convention sans y jouer un rôle important. En 1801, il reprend sa carrière militaire. Mais il est bientôt arrêté pour avoir tenu des « propos séditieux », mis aux fers et déporté dans la forteresse de Belle-Isle-en-Mer. La date de sa mort est inconnue.

• Anthony Benezet - 1713-1784 (Etats-Unis)


Jean-Étienne de Bénézet, sa femme Judith de la Megenelle et leurs quatre enfants sont chassés de France par la révocation de l’Édit de Nantes. Ils fuient aux Pays-Bas en 1715, puis s’établissent à Londres.

Antoine Bénézet est alors âgé de deux ans. C’est à Londres qu’Anthony fait plus tard la connaissance des quakers, dont il devient membre vers 1727. La famille Bénézet émigre en 1731 aux États-Unis, à Philadelphie. Parlant l’anglais, le français et l’allemand, convaincu de l’utilité de l’éducation, Antoine, devenu Anthony, devient enseignant en 1739. Il fonde en 1755 la première école publique pour filles aux Etats-Unis et se fait connaître en étant également un précurseur de l’instruction des sourds-muets. Un des premiers défenseurs de la cause des “noirs”, il crée pour eux une école du soir en 1750, puis la Negro School en 1770 où il enseignera jusqu’à sa mort.

Opposant à l’esclavage, il publie articles et livres, et travaille à convaincre les quakers de Philadelphie d’affranchir leurs esclaves. Il s’adresse directement aux puissants dont l’archevêque de Cantorbéry, et déclare que « l’idée que les “noirs” seraient inférieurs est un préjudice vulgaire, basé sur l’ignorance et l’arrogance des maîtres ». Son premier écrit, “The Epistle of 1754”, est une courte, mais claire déclaration contre l’esclavage.

Anthony Bénézet est enterré, selon ses vœux, dans une tombe anonyme du coin Quaker à Philadelphie. Dans son testament, il demande que son legs serve à l’éducation des « Noirs, des Indiens et des Métis ».

mercredi, mars 31, 2010

L'esclavage, une cicatrice profonde de 400 ans selon le Caricom


UNITED NATIONS, CMC – Les pays de la Communauté Caribéennes (CARICOM) ont décrit le commerce des esclaves comme une “ profonde cicatrice de 400 ans” alors que la communauté internationale concluait vendredi dernier une semaine d’activités commémorant la Journée Internationale du Souvenir des Victimes de l’Esclavage et du Commerce Transatlantique des Esclaves.

Parlant au nom du groupe d’intégration régionale lors d’une rencontre commémorative de l’Assemblée Générale des Nations Unies, l’Ambassadeur à l’Onu de St. Vincent et des Grenadines Camillo Gonsalves a également décrit le commerce des esclaves comme “a une plaie purulente sur la conscience de l’humanité.

Il a indiqué qu’il s’agissait “d’une brutalisation du psyché d’un peuple, si violent et si durable qu’elle a créé une mémoire culturelle partagée du traumatisme”.

““(La) mémoire collective est si vive dans les âmes de ceux qui sont morts qu'elle nous est est léguée à nous autres qui vivons aujourd’hui et à ceux qui ne sont pas encore nés,” indique Gonsalves, ajoutant que “ce jour sert également à blâmer ceux qui ont profité, ceux qui ont ignoré, et ceux qui ont justifié les horreurs de l’esclavage et du commerce des esclaves.

Aujourd’hui, nous honorons, nous nous souvenons et nous ne devons jamais oublier ,” a indiqué le diplomate, appelant la communauté internationale à contribuer au fond fiduciaire des Nations Unies qui a été établi pour ériger un mémorial permanent aux Nations-Unies, en mémoire des victimes du commerce des esclaves.

Dans son discours, Gonsalvess a rendu hommage à Haïti, qu’il a appelé “la première nation à avoir brisé les chaines de l’assujettissement et le centre de résistance de notre force et de notre fierté Caribéenne.

Alors que nos frères et sœurs Haïtiens font face à la catastrophe des séismes récents, nous n’avons aucun doute qu’avec l’aide la communauté internationale, ils vaincront, de la même manière qu’ils l’ont fait devant toutes les adversités antérieures,” a-t-il indiqué.

De plus, le représentant a évoqué “la mémoire des peuples indigènes de notre région – les Arawak, les Kalinago et les habitants Garifuna – dont les histoires d’extermination par la maladie et le génocide sont également entrelacées avec notre propre chant de rédemption.

La semaine d’activités des Nations-Unies comprenait également un briefing pour les Organisations Non Gouvernementales (ONG), et une vidéoconférence impliquant plus de 500 étudiants du Ghana, de la Gambie, du Royaume Uni, du Danemark, de Cuba, de la Jamaïque et de Trinidad et Tobago.

C’est une grande opportunité de partager avec vos camarades sur la diversité et les similarités des peuples afrodescendants, et l’esprit de la culture Africaine,” a indiqué Kiyo Akasaka, Secrétaire général adjoint à la communication et à l'information.

L’Histoire nous a montré que la culture est l’une des manières les plus poignante et puissante par laquelle les esclaves et leurs descendants ont surmonté l’héritage cruel de l’esclavage,” a ajouté Akasaka, soulignant ainsi le thème de cette année, “Exprimer notre liberté par notre Culture.

Dans un message marquant l’occasion, le Secrétaire Général Ban Ki-moon a noté que l’esclavage a “muté et a re-émergé” dans des formes modernes – y compris la servitude pour dettes, le commerce des mineurs et le trafic sexuel des femmes et des filles.

Nous devons créer un climat dans lequel de tels abus et une telle cruauté sont inconcevables,” a indiqué Ban.

Traduit de l’Anglais par Guy Everard Mbarga

jeudi, mars 25, 2010

Bientôt l’histoire de la Martinique enseignée aux élèves


"Bientôt l’histoire de la Martinique enseignée aux élèves" voilà le titre d'une notule publiée sur DOMACTUS, elle fait état :"« Notre histoire dans l’histoire » c’est le nom du projet présenté par des enseignants d’histoire et des conseillers pédagogiques martiniquais, ce mercredi (24-03-10) au palais des congrès de Madiana" désormais nos chères têtes grenées de la primaire et du secondaire se verront enseigner l'histoire de la Martinique, c'est à dire l'histoire du pays où elles vivent.

Sans doute afin de ne pas inquiéter les assimiliationnistes, ces gens croient bon de préciser qu'ils ne s'écarteront pas du programme de l'éducation nationale, mais que l'enseignement de cette histoire se voudrait comme une passerelle entre toutes les composantes du pays Martinique.

Toutefois, grâce au développement de l'internet, nous avons pu diffuser depuis une dizaine d'années cette histoire singulière des Antilles-Guyane, compensant ainsi les manques et les lacunes de l'éducation nationale.

Par ailleurs, il n'est pas dit quand ce projet se mettra en place, si tenté qu'il se mette en œuvre, aura-t'il une volonté de combattre l'aliénation dont est frappé le Martiniquais, cet être qui pense qu'avec les valeurs, les références étrangères à son propre soi, faisant de lui un homme ou une femme schizophrène.

Et enfin, j'invite tous les historiens, sociologues, anthropologue, amateurs éclairés à continuer d'écrire de faire des recherches, à produire, diffuser leurs travaux et articles, car c'est nous les véritables diffuseurs, "popularisateurs", vecteurs de cette histoire, qui aujourd'hui est connue dans le monde entier, nous devons poursuivre sur notre lancée.

Evariste zephyrin

mardi, mars 23, 2010

Adoption de la loi déclarant l’esclavage et la traite négrière crimes contre l’humanité

Dakar, 23 mars (APS) -

mardi 23 mars 2010, par Boubacar Kante
Les députés sénégalais réunis mardi en séance plénière ont adopté à l’unanimité un projet de loi déclarant l’esclavage et la traite négrière, crimes contre l’humanité, faisant ainsi du Sénégal le premier pays anciennement colonisé à prendre une telle disposition législative.

Le garde ses Sceaux, ministre de la Justice Me Al Hadj Amadou Sall, cité dans un apport soumis aux députés, a rappelé que l’esclavage et la Traite négrière ont fondamentalement changé l’ordre économique mondial préexistant à partir du 16-ème siècle, entraînant une modification de l’équilibre géostratégique.

‘’Par conséquent, le devoir de mémoire impose à tous les peuples d’Afrique et de la diaspora de ne rien laisser tomber dans l’oubli’’, a dit le ministre, selon le rapport de la commission des lois, de la décentralisation, du travail et des droits humains.

Refusant de ‘’s’attarder sur la question des réparations pécuniaires incompatibles avec notre dignité’’, El Hadj Amadou Sall a relevé qu’il est important que chaque élève, dans chaque classe du monde, apprenne l’histoire de l’esclavage et de la Traite négrière.

‘’Aussi, a-t-il poursuivi, il est nécessaire que chaque peuple, partout où il se trouve, intègre cette problématique dans l’histoire de son pays et dans ses relations avec les autres, pour en tirer des leçons, aux fins de bâtir un monde respectueux de l’espèce humaine, sans considération de race, d’ethnie ou autres’’.

Selon le garde des Sceaux, ministre de la Justice, ce projet de loi ‘’procède d’une vision claire et d’une démarche cohérente’’ du président de la République, en rapport avec ‘’des chantiers ouverts pour la Renaissance africaine’’.

La motivation de ce texte de loi ‘’reste un devoir de mémoire avec le choix d’un jour de commémoration, mais aussi et surtout un enseignement destiné aux enfants’’, a encore noté le ministre de la Justice.

La France est le seul pays au monde à avoir légiféré en 2001 sur l’esclavage et la traité négrière, avec loi Taubira, du nom de la député guyanaise Christiane Taubira présidente de Walwari (éventail, en amérindien) et candidate du Parti radical de gauche (PRG) à la présidentielle de 2002.

La loi Taubira dispose, en son article premier, que ‘’la République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du 15-ème siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l’humanité’’.
P.-S.

dimanche, mars 21, 2010

International Day Against Racial Discrimination


International Day for the Elimination of Racial Discrimination. El Día Internacional de la Eliminación de la Discriminación Racial. La Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale. Dia Internacional para a Eliminação da Discriminação Racial.

Ese día, en 1960, la policía abrió fuego y mató a 69 personas en una manifestación pacífica contra las leyes de pases del apartheid que se realizaba en Sharpeville, Sudáfrica. Al proclamar el Día en 1966, la Asamblea General instó a la comunidad internacional a redoblar sus esfuerzos para eliminar todas las formas de discriminación racial (resolución 2142 (XXI)).

On that day, in 1960, police opened fire and killed 69 people at a peaceful demonstration in Sharpeville, South Africa, against the apartheid "pass laws". Proclaiming the Day in 1966, the General Assembly called on the international community to redouble its efforts to eliminate all forms of racial discrimination (resolution 2142 (XXI)).

Ce jour de 1960 où, à Sharpeville (Afrique du Sud), la police a ouvert le feu et tué 69 personnes lors d’une manifestation pacifique contre les lois relatives aux laissez-passer imposées par l’apartheid. En proclamant la Journée internationale en 1966, l’Assemblée générale a engagé la communauté internationale à redoubler d’efforts pour éliminer toutes les formes de discrimination raciale (résolution 2142 (XXI).

Histoire des Noirs au Canada

Les Canadiens d’extraction africaine vinrent au Canada pour jouir de la liberté, mais ils découvrirent que les églises traditionnelles partout au Canada ne les accueillaient pas nécessairement les bras ouverts. La société dite « polie » regardait d’un mauvais œil les coutumes religieuses et les interprétations musicales des Noirs. C’est pourquoi les églises étaient parmi les premiers édifices que les communautés noires érigeaient dans leurs peuplements; celles-ci leur servaient aussi d’écoles. De plus, à cause de la discrimination qui interdisait aussi l’accès aux autres modes de socialisation aux Noirs, les églises des Noirs leur servirent en plus de salles de conférence, de bibliothèques, de gymnases, de garderies et de salles de réception (banquets, etc.). L’Église leur permettait de puiser du courage à même leurs croyances religieuses, d’éprouver de la joie dans l’interprétation de chants gospel et d’airs musicaux, et de trouver un support mutuel; de plus, leur ministre du culte leur servait de guide puisqu’il était souvent la personne la plus instruite de la communauté.

La British Methodist Episcopal Church of Canada, fondée en 1856, est la plus ancienne
église dirigée par les Noirs au Canada; les Noirs voyaient aussi à son fonctionnement. L’apogée de cette dénomination religieuse retourne aux années 1900 alors qu’elle avait des églises allant de Windsor à Halifax et aux Bermudes (Antilles).

Les Shouter Baptists, les musulmans, la Nation de l’Islam et autres dénominations religieuses en croissance actuellement et qui s’affichent dans des endroits fréquentés se sont ajoutés à toute la panoplie des méthodistes, des baptistes ( par exemple, la African United Baptist Association of Nova Scotia) et des anglicans bien établis au Canada.

1ère réunion KONVWA REPARASYON MAI 2010


Le MIR France « Mouvement International pour les Réparations » en collaboration avec le C-O10MAI, vous propose de participer à la 5ème édition de la marche « Konvwa pou Réparasyon » le lundi 10 Mai 2010 à Paris.
Cette journée est placée dans le cadre de la commémoration de l'abolition de l'esclavage, selon la loi 2001-434 dite Taubira, promulguée par le gouvernement français, au terme d’années de luttes.

Parmi les objectifs de ce « Konvwa pou Réparasyon 2010» marquer cette journée symbolique du 10 Mai pour exiger de l’Etat français :
- Qu’il applique la loi Taubira qu’il a votée.
- Qu’il ouvre le dossier de réparations qui est consubstantiel de la reconnaissance de la traite et de l’esclavage crime contre l’humanité, et cela en commençant par la restitution de la rançon de l’indépendance qu’il a extorqué à Haïti.
- Qu’il mette fin au racisme institutionnel.

Invité d’honneur au convoi du 10 MAI 2010: M. Garcin MALSA Maire de la commune de Sainte-Anne, Vice Conseiller général (de Martinique).
Auteur des livres :
- La Mutation Martinique 1991 (Editions l’Harmattan)
- L’écologie ou la Passion du vivant 2008 (Editions l’Harmattan)
- Lyannaj pour le changement 2009 (Editions Menaibuc)

Nous vous invitons à assister aux réunions d’information et d’organisation qui se dérouleront à Paris et en Île de France.
Depuis plusieurs années les mobilisations de mai piétinent. Des milliers (voire des dizaines de milliers) d’organisations « noires » existent en France.
Nous sollicitons votre attention pour que vous préveniez un maximum de militants afin qu’ensemble nous élaborions un plan d’action unitaire, nous permettant de parvenir en mai à une massive mobilisation sociale et commémorative dans toutes les grandes villes de France, et à une résolution en bonne et due forme signée par un nombre critique d’associations, exigeant l’ouverture du dossier en réparation en commençant par Haïti.

Rendez vous le : Lundi 22 Mars 2010
à : 19h00
lieu : Espace Menaibuc 18, rue Armand Carrel, 75019 Paris
Tél : 01-42-63-62-88
Port: 06-33-00-78-26

samedi, mars 20, 2010

La construction du « Mémorial à l'abolition de l'esclavage » a commencé le long de la Loire

Un Mémorial d'envergure à Nantes
La construction du « Mémorial à l'abolition de l'esclavage » a commencé le long de la Loire
Si, en matière de traite négrière et d'esclavage, et toujours via leurs abolitions, la représentation monumentale commémorative nous avait jusqu'ici habitué aux ouvres sculpturales mais non pas architecturales, c'est bien à un projet d'une toute autre échelle que se voue aujourd'hui la ville de Nantes.

Sur le célèbre « quai de la Fosse », par le biais du Palais de Justice, de ce qui reste des piliers de l'ancien pont transbordeur jusqu'à la passerelle Victor Scholcher, c'est sur près de 400 mètres que cheminera ce lieu de mémoire qui pénètrera vers son milieu dans les entrailles du quai.

2000 plaques inscrites des noms de navires négriers au départ de Nantes, ou de destinations de traite atteintes par ces voyages, viendront paver ce parcours dit méditatif : rappelons ici les nombreuses occurrences du terme « Nantes » dans le « "Répertoire" de la traite négrière : Saint-Barthélemy (Suède) » à jour des derniers récolements établis par le Comité de Liaison et d'Application des Sources Historiques.

Le 19 mars 1946



Le Journal officiel de la République française publie la loi n°46-451 du 19 mars 1946 tendant au classement comme départements français de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Réunion et de la Guyane française. Article 1er : Les colonies de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Réunion et de la Guyane Française sont érigées en départements français. Article 2 : Les lois et décrets actuellement en vigueur dans la France métropolitaine et qui ne sont pas encore appliqués à ces colonies feront, avant le 1er janvier 1947, l’objet de décrets d’application à ces nouveaux départements. Article 3 : Dès la promulgation de la présente loi, les lois nouvelles applicables à la métropole le seront dans ces départements sur mention expresse insérée aux textes. La présente loi, délibérée et adoptée par l’Assemblée nationale constituante, sera exécutée comme loi de l’État. Fait à Paris, le 19 mars 1946, Félix Gouin. Par le président du gouvernement provisoire de la République. Le ministre de la France d’Outre-mer, Marius Moutet ; le ministre de l’Intérieur, André le Troquer.

Il y a 64 ans, La Réunion devenait département français


C'est le 19 mars 1946 que La Réunion a accédé au statut de département, suite au combat mené par deux députés : Léon Lepervanche et Raymond Vergès. L'un était cheminot, l'autre était médecin. L'association Pour la célébration du 19 mars 1946 leur rend hommage ce week-end.

Le débat sur le statut de La Réunion n'est pas fini. La prochaine étape, ce sera soit la collectivité territoriale comme en métropole, soit l'assemblée unique comme en Guyane et en Martinique. Il est dommage que ce sujet n'ait pas l'objet de débat, lors de cette campagne pour les Régionales. Il aurait été sans doute intéressant de consulter les Réunionnais sur ce sujet.

Toujours est-il que depuis 1946, le statut de La Réunion, a souvent un enjeu politique, polémique et sociale. Déjà entre Léon de Lepervanche et Raymond Vergès, les deux artisans de la départementalisation de La Réunion. Le cheminot était opposé aux thèses autonomistes défendues jusque dans les années 80 par Paul Vergès et Jean-Baptiste Ponama.

L'arrivée à la présidence de la République de François Mitterrand en 1981, l'évolution statutaire de La Réunion vers une assemblée unique a été une grande et furieuse bataille entre la droite et le PCR. Le Conseil constitutionnel a donné raison à feu le sénateur Louis Virapoullé et à ses amis. Paul Vergès n'avait pas tout perdu puisque l'île devenait une région monodépartementale avec deux collectivités locales : un conseil général et un conseil régional.

Le premier président du Conseil régional à La Réunion, avait pour nom Mario Hoarau, élu en 1983 à la faveur de son âge. Pierre Lagourgue lui a succédé en 1986, puis il y a eu Camille Sudre en 1992, Margie Sudre en 1993, Paul Vergès en 1998 et en 2004. Le prochain sera élu ce dimanche. Ils sont trois à prétendre à ce fauteuil : Paul Vergès pour un troisième mandat, Didier Robert et Michel Vergoz.

Quel que soit le nom du président dimanche, le statut de La Réunion évoluera, soit vers la création d'une assemblée commune au sein de laquelle siégeront les conseillers régionaux et généraux (c'est dans la réforme territoriale), soit vers une assemblée unique comme le croient encore Paul Vergès et Michel Lagourgue.

Ces deux hommes et l'ensemble des colistiers de l'Alliance, célébreront ensemble ce soir, lors du meeting de liste de Paul Vergès à la Nordev à Saint-Denis, le 64e anniversaire de la départementalisation de La Réunion.

Jismy Ramoudou

mercredi, mars 17, 2010

La « maison des esclaves de Gorée»


Chers lecteurs, chers amis et confrères
Comme vous devez le savoir maintenant, ce mythe de la « maison des esclaves de Gorée» a été inventé par un médecin chef de la marine française dans les années 1940-1950 ; Pierre André Cariou (manuscrit « Promenade à Gorée » disponible à la BNF Paris et à Aix en Provence CAOM).
Dans les années 1980-1990, les médias se sont penchés sur l'équivalent noir de la Shoah juive suite au succès du film Racine ; ne trouvant pas de site "mémoire" en Afrique, ils ont découvert cette histoire pour touristes européens de passage au Sénégal, "La maison des esclaves de Gorée". Saisissant la balle au bon le guide touristique de cette maison peu visitée a su en faire peu à peu un mythe cette fois destiné aux afro-américains et caribéens. Les afro-américains inspirés par le travail de mémoire remarquable sur la Shoah ont eu besoin à leur tour d'avoir l'équivalent des lieux de mémoires consacrés aux victimes juives de la Shoah. L'Afrique étant pauvre, ils ne trouvèrent pas d'interlocuteurs formés et de supports de communications culturels sur cette période sombre de l'histoire du continent.
Seul le Sénégal grâce au Président Senghor a toujours eut la notion de "Culture et Patrimoine". Par conséquent leur attention se tourna vers ce pays qui fut le seul en mesure de leur répondre en s'appuyant sur cette histoire de "Maison des esclaves" inventée par Pierre André Cariou, médecin chef de la marine française. Joseph N’Diaye s'était donc trouvé au bon endroit et au bon moment, n’était t’il pas ce petit garçon qui faisait des courses pour Pierre André Cariou dans les années 1940 et qui avait assimilé l’histoire romancée de son mentor.
Peu à peu les touristes affluèrent des Amériques. L'erreur a été de laisser un guide touristique sans formation gérer cette affaire sans la tutelle administrative car n’étant pas fonctionnaire. Cela s'explique fort bien car le Sénégal des années 1980 ne connaissait que le tourisme balnéaire. Senghor étant parti le nouveau président qui avait des objectifs de développement ambitieux concernant son pays n'avait pas comme priorité la "Culture" et encore moins comme préoccupation la gestion d'un guide touristique privé.
Monsieur Joseph N'Diaye devint donc sans caution d’une autorité de contrôle, le "griot" de la ""Shoah Noire". Ce dernier, persuadé d'être le seul à détenir la vérité que son ancien patron, le médecin-chef de la marine Pierre André Cariou lui avait donné s’imposa aux médias européens comme l’unique interlocuteur.
Une protestation existait pourtant dès le départ de la médiatisation de cette histoire fantaisiste dans les années 1980 ; elle provenait des chercheurs de l'université C. Anta DIOP et du Département d’Histoire – L’Ifan de Dakar qui souhaitait faire connaître les vrais lieux de mémoire (sur le fleuve Sénégal et le fleuve Gambie) mais ils furent obligés de se taire sous la pression du gouvernement d'alors dirigé par Abdou Diouf actuel Président de l'Organisation Internationale de la Francophonie et du Directeur nationale du Patrimoine sénégalais. La raison était simple ; le guide de la fausse "maison des esclaves de Gorée" arrivait par la puissance de son discours larmoyant à faire venir les grands de ce monde qui au passage étaient encouragés à faire repentance des crimes passés en se délestant de quelques aides financières officiellement destinées à sauvegarder le faux "centre universel de la souffrance du peuple noir" : c'est-à-dire Gorée.
Cependant les sommes récoltées n’atteignaient pratiquement jamais les objectifs pour lesquels elles avaient été versées. Le guide, Joseph N'Diaye n'appartenant pas au sérail ne touchait pas de dividendes de cette "grande escroquerie", il a fait fonction "d’hameçon". Toutefois à son humble niveau il a su tirer un profit personnel de cette histoire farfelue ; il put voyager partout dans le monde et se présenter en "expert" de l'histoire de la traite négrière, qu'il réécrivait en fonction de la direction du vent et de la température de l'air en prenant soin bien sûr de tout concentrer sur son gagne-pain.
Il n’hésita pas à exercer des pressions sur quelques chercheurs sénégalais de l’IFAN et les écarta systématiquement de toute décision importante avec l’aide d’autres chercheurs de L’IFAN corrompus par les subventions, défraiement et voyages qu’ils obtenaient grâce au discourt de monsieur N’Diaye. Monsieur N’Diaye convaincu que sa parole et surtout que son imagination "était" la vérité et que les archives et études ne comptaient pas continua à sévir. Il faillit être stoppé par la démarche d’un grand philosophe et chercheur africain Ki ZERBO qui ne bénéficia pas malheureusement de la même couverture médiatique.
Dans les années 1980-2000 des intellectuels africains comme Ki Zerbo se rendirent compte en effet de la tournure catastrophique de cette histoire farfelue enrichie d'année en année par un guide devenu "mégalomane" pouvait à terme constituer un point de rupture dans la diaspora noire entre l’Afrique et le monde afro des Caraïbes et des Amériques. On ne construit pas une amitié « diasporique » noire, nègre, black sur une escroquerie. On ne constitut pas un dossier de dédommagement moral et économique pour le tribunal de l’histoire sur un château de sable inventé par un médecin-chef de la marine française. Tout bon juriste sait qu’un bon dossier doit s’appuyer sur des faits et des preuves concrètes ; l’Afrique et la diaspora ne manque pas de véritable « preuves » de la « Shoah Nègre ».
C’est dans cet esprit que Ki ZERBO écrivit alors dans son livre « Histoire d’Afrique Noire une rectification qui passa inaperçue aux yeux des médias :
Si l'Angola est pour lui le paradis des Négriers, le Sénégal ne fournit que peu d'esclaves. « Les Compagnies n'arrivent pas a ramasser assez d'esclaves dans un pays à faible densité » (30).Référence (30) Ki ZERBO « Histoire d’Afrique Noire » Page 214, 232.
Dans les années 1990 ce fut au tour d'un chercheur de l'université C. Anta Diop de Dakar de faire savoir à travers un article du Journal le Monde écrit par le journaliste Emmanuel de Roux que cette histoire n'était pas très sérieuse. Ce chercheur et enseignant sénégalais de niveau universitaire dut se faire oublier après avoir été réprimandé par sa hiérarchie pour les mêmes raisons citées plus haut, la loi économique.
Enfin en 2006 parut mon livre "Céleste ou le temps des signares" dans lequel je dénonçais les dérives de certains de mes compatriotes sénégalais qui profitaient sans honte de la souffrance des pèlerins descendants de personnes victimes de l’esclavage. Un livre écrit en partie parce que je compte de nombreux amis antillais et aussi une famille par alliance Martiniquaise à qui l'on a fait prendre une vessie pour une lanterne.
Que mes amis des Caraïbes se rassurent, bientôt leurs morts seront respectés officiellement au Sénégal, car de nombreux universitaires sénégalais et Caribéens souhaitent en finir et faire connaître les vrais lieux de mémoire au Sénégal.
Vive le Sénégal, Vive l'amitié entre les africains et les afros des Caraïbes et des Amériques et place aux vrais chercheurs.
Jean Luc Angrand – Historien
Prix de l’Académie des Sciences d’Outre-mer 2006
Note du 13 février 2010 – France : La fausse maison des esclaves de Gorée, n’est plus reconnue par le gouvernement Sénégalais depuis l’année 2006 et l’ensemble de la communauté scientifique (historiens) ne prend plus cette mascarade au sérieux de nos jours. Wikipédia l’encyclopédie internet à fortement informait de nombreux internautes tout comme mes mailings massifs adressés à la communauté scientifique ; à l’EHESS (Paris) le message a fini aussi par être compris et désormais les charlatans n’y trouve plus tribune.
Nous pouvons désormais faire connaître les vrais lieux de mémoires à Gorée car il y en a deux petits comme dans tout le Sénégal sans être obligé de payer la visite de la boutique des épiciers de la honte.
Désormais aussi le temps est aux excuses ; excuses attendues de la Direction du Patrimoine Sénégalais dirigée par monsieur Bocoum Hamady qui n’a pas encore fait son mea culpa vis-à-vis de personnes descendantes de victimes de l’esclavage qu’elle a contribuée à tromper.

Merci à tous les chercheurs- historiens des Caraïbes et aussi Sénégalais qui m’ont soutenus pendant ces quatre dernières années.
Jean Luc Angrand - Historien

mardi, mars 16, 2010

Mémoires de l'esclavage, colloque en Charente Maritime 19-20 mars 2010


"Mémoires de l'esclavage : enjeux, discours, médiations" : colloque à Brouage vendredi 19 et à La Rochelle, samedi 20 mars 2010
À La Rochelle, l'Association Arcadd regroupe la bibliothèque universitaire, la Faculté de lettres et de sciences humaines, la médiathèque Michel Crépeau, les archives départementales et les musées d'art et d'histoire. Elle organise deux premières journées en ouverture de son programme scientifique et culturel "Chairs noires et pierres blanches : mémoires de l'esclavage en Aunis et Saintonge " qui débute en mars et se poursuivra jusqu'au mois de septembre 2010.

Le colloque des 19 et 20 mars réunit une vingtaine d'intervenants de Métropole et d'Outre-Mer qui échangeront sur l'histoire de la traite négrière et de l'esclavage et sa valorisation, aujourd'hui, comme un patrimoine mémoriel, identitaire et touristique.

Rencontres, discussions, projections de films, débats... Le programme comporte quatre grandes "sessions thématiques" sur les 2 jours.
Vendredi 19 mars à Brouage : le matin, il sera question des "perpectives historiques" à la Halle-aux-Vivres et l'après midi à la Poudrière Saint-Luc, des "projets et réalisations Outre-Mer".

Samedi 20 mars à la Faculté de lettres de l'Université La Rochelle : le matin, les participants travailleront sur le thème de "Discours et mémoires" et l'après midi sur "D'autres ports Atlantique".

Bientôt : le musée du Nouveau-Monde de La Rochelle présentera du 21 avril au 12 juillet 2010 sa nouvelle exposition temporaire "Être noir en France au 18e siècle".
19 et 20 mars 2010, programme en PDF sur le site de l'Université de La Rochelle.

Projet de loi portant reconnaissance de la traite des noirs comme crime contre l'humanité - La fondation Diverscités salue l'initiative de Me Wade

L'appauvrissement durable du continent africain et des Caraïbes, le racisme et la discrimination sont les manifestations les plus malheureuses imposées aux Noirs partout où ils prennent un envol ou s'enracinent. Selon la Fondation Diverscités qui veut promouvoir le travail de mémoire sur la traite des Noirs, l'esclavage et la colonisation, la diaspora ne peut plus s'accommoder de l'oubli du crime originel. C'est ainsi que la proposition d'un projet de loi dans ce sens au Sénégal est d'une 'portée historique', selon président Karfa Diallo.

Suite
http://fr.allafrica.com/stories/201003030869.html

lundi, mars 15, 2010

La louisianisation nous guette




" Quand on jette un coup d'oeil sur la production littéraire des francophones de La Nouvelle-Orléans du XIXe siècle — nous songeons entre autres au recueil de poésie Creole Echoes (University of Illinois Press) et au roman d'Alfred Mercier L'Habitation Saint-Ybars (Éditions Tintamarre et Guérin éditeur) —, on a peine à croire qu'il y eut là-bas une vie culturelle française aussi foisonnante il y a un peu plus d'un siècle. Cette culture a complètement disparu. Les Créoles blancs étaient des gens fascinants, ils avaient une «personnalité collective» où l'attitude hautaine côtoyait une forte propension à la fête.

Contrairement aux Canadiens français, ils avaient un lien très fort avec Paris où ils envoyaient leurs enfants se faire éduquer. Ils n'étaient pas du genre à croire en 1803, lors de la vente de la Louisiane aux États-Unis, que moins de cent ans plus tard ils seraient une «race» tellement diminuée que l'écrivain Alfred Mercier à la fin du XIXe siècle n'eut pas le choix de constater que «tous les hommes de langue française sont obligés de parler la langue anglaise, tandis que pas un homme de langue anglaise n'est obligé d'apprendre la langue française pour la conduite des affaires».

Il semble que, pendant longtemps, les Créoles blancs ont été quelque peu inconscients de leur grande fragilité (le dernier journal francophone, L'Abeille, a rendu l'âme en 1924 ou 1925.) Cette inconscience est-elle une caractéristique typiquement française?

La Louisiane du XIXe siècle a beaucoup à nous apprendre. Elle a annoncé au moins trois phénomènes contemporains: la lutte pour l'émancipation des Noirs, la musique dite «World» et la mondialisation, ou l'anglobalisation, comme le dit l'auteur Louis Hamelin.

Les gens de couleur libres furent les premiers aux États-Unis à combattre le racisme en empruntant les tribunes des Blancs puisque nombre d'entre eux étaient éduqués, certains même pratiquaient le droit. Ils fondèrent des journaux — La Tribune de La Nouvelle-Orléans et L'Union — pour y exprimer leurs opinions. C'est d'ailleurs là que la première poésie afro-américaine s'est écrite — en français bien sûr.

Un miroir est trop fidèle

Dès la fin du XVIIIe siècle, les races et les cultures se sont mélangées en Louisiane comme nulle part ailleurs au monde (des phénomènes semblables se sont sans doute produits ailleurs en Amérique du Sud, au Brésil entre autres) et cela a donné quelque chose d'unique et de très riche. En musique, ces mélanges et ces métissages ont donné le jazz, premier exemple moderne d'une musique du monde puisque l'Afrique rencontrait l'Europe et l'Amérique.

Mais hélas, quand on voit la vitesse avec laquelle les «Kentucks» ont envahi La Nouvelle-Orléans à partir de 1803, on se désole d'être devant l'une des premières victimes de l'anglobalisation, c'est-à-dire de l'imposition sauvage d'un capitalisme anglo-américain: aujourd'hui, la touche française si séduisante pour le touriste est encore partout présente, même hors des murs du Vieux Carré, mais la langue, elle, est muette, moribonde, «nowhere to be heard». En effet, le monde d'aujourd'hui, surtout francophone, a beaucoup à apprendre de cette Louisiane évanouie.

La France ne veut pas savoir ce qu'elle est en train de se faire à elle-même. L'écrivain Claude Duneton, qui a vu sa langue maternelle, l'occitan, disparaître peu à peu (cf. Parler croquant, La Mort du français), a pourtant tout vu venir — mais qui le prend au sérieux?

Le pays de Rabelais et Villon ne semble pas prendre davantage le Québec au sérieux pour les mêmes raisons qu'elle se détourne du phénomène louisianais. Les Québécois eux-mêmes se soucient très peu du sort des minorités francophones en Amérique du Nord pour les mêmes raisons que les Français regardent l'Amérique française de haut (ou alors l'ignorent): le miroir est trop fidèle. Prendre le temps de le regarder déclencherait peut-être un malaise difficile à assumer."

Benoît LeBlanc - Auteur, compositeur et interprète

http://www.ledevoir.com/culture/actualites-culturelles/284928/libre-opinion-la-louisianisation-nous-guette

jeudi, mars 04, 2010

Alexandre Dumas ou la question raciale


La polémique concernant le film « L’Autre Dumas » de Safy Nebbou avec Gérard Depardieu dans le rôle d’Alexandre Dumas, montre le malaise français sur l'épineux sujet de la question raciale : un Blanc peut-il jouer le rôle du célèbre écrivain ? Au nom des valeurs républicaines, il est impossible de débattre du sujet en France sans être accusé de raciste, de communautariste et même d’antirépublicain.

Certains intellectuels, journalistes et comédiens reprochent au film - qui parle principalement de son collaborateur littéraire Auguste Maquet - d’avoir utilisé un Blanc et non un métis ou un Noir pour incarner Dumas. Les producteurs du film Franck Le Wita, Marc De Bayser et certains journalistes, qui jugent cette polémique ridicule, arguent que « si Dumas avait bien un quart de sang noir, c’est qu’il avait trois quarts de sang blanc. Et que la liberté artistique fondée sur l’analogie et la métaphore, commence par le choix des acteurs». Selon ces derniers, Dumas n’était pas noir parce qu'il avait du sang blanc.

Mais qui était-il donc ? Dumas était un quarteron (petit-fils d’une esclave noire, il était le fruit de l'union entre un métis et une Blanche). Il est né le 24 juillet 1802, soit quelques semaines avant le rétablissement de l’esclavage par Napoléon Bonaparte. Claude Schopp, biographe et responsable des Editions critiques d’Alexandre Dumas, déclare dans Libération : « Ce seul quart de sang noir a suffi à le rejeter dans la classe méprisée des Nègres». Et c’est là que les producteurs et certains journalistes qui considèrent que Dumas n’avait pas les traits négroïdes, font preuve de mauvaise foi. Car l’écrivain, lui, se considérait comme un Nègre avec des cheveux crépus et la société française qui le percevait comme tel lui a fait subir les pires préjugés racistes toute sa vie durant. « Il pue le Nègre. Ses cheveux sentent le Nègre. Il est venu, ouvrez toutes les fenêtres». Une anecdote que nous rapporte Claude Schopp dans Libération.

L’autre débat est de savoir si Dumas devait obligatoirement être joué par un comédien noir ou métis. Ceux qui optent pour ce choix affirment qu’il semble logique de donner ce rôle à une personne de couleur par souci de crédibilité afin de ne pas trahir la vie du célèbre écrivain. Ceux qui sont contre analysent comme Claude Schopp qu’ « En matière de représentation, le vraisemblable compte bien plus que le vrai. » Certes. Mais sont-ils prêt à accepter par exemple un Napoléon, un De Gaulle ou un Mitterrand joué par un Noir à l’écran ? Est-ce que ce serait crédible ? Bien sûr que non ! Et je défie quiconque d'affirmer qu'un tel choix dans un biopic d'une figure historique française blanche, ne susciterait aucune polémique.

D’autres affirment même (sans rire !) qu’on aurait dû noircir Depardieu afin de rendre son personnage encore plus proche de Dumas, sur le simple fait qu’un comédien peut tout jouer. Noircir Depardieu ? Ce serait tout simplement revivre l’image du « Blackface » qui fait référence à la bouffonnerie raciste issue des spectacles du Minstrel Show (Le Minstrel Show était un spectacle du XIXème siècle dans lequel des acteurs blancs grimés en noir singeaient des Noirs). Le réalisateur Noir américain Spike Lee en a d'ailleurs tiré un film intitulé « Bamboozled (The Very Black Show) » en 2000.

Métis, choisis ton camp!

La controverse sur Dumas révèle la mesquinerie de certains médias et journalistes sur l’ambiguïté du métissage Noir-Blanc qu’ils voudraient installer dans la société française à des fins purement idéologiques. L’écrivain panthéonisé et génie littéraire, dont les œuvres font partie du patrimoine de la littérature française, éveille la convoitise de certains qui mettent en lumière ses écrits tout en niant sa Négritude. Il n’est pas noir, il est français. Et le fait que Dumas ait du sang blanc renforce leur propagande. Selon eux, l’écrivain transcende les races. Son faciès n’existerait plus.

Tous ces arguments ont été également utilisés par les mêmes au sujet de Barack Obama lors de la campagne présidentielle américaine. Le brillant candidat américain éclipsait totalement sa Négritude. Et pourtant le site de la chaîne américaine d’informations ABC NEWS a répertorié toutes les insultes racistes proférées par diverses personnalités politiques, médiatiques et sportives contre Obama depuis son élection à la magistrature suprême américaine.

Ce que font certains médias et journalistes français, c’est choisir les métis quand ça les arrange. Sinon pourquoi l’humoriste controversé Dieudonné qualifié de leader de l’antisémitisme noir en France, est-il considéré comme un Noir alors qu’il a du sang blanc ? On peut aussi faire la même remarque concernant le leader noir américain Malcolm X (dont la mère mulâtre est née d’un viol) et l’ancien pasteur d’Obama, Jeremiah Wright (dont la couleur de peau est plus claire que celle d’Obama). Toutes ces personnes ont pourtant du sang-mêlé tout comme Dumas et Obama. Mais elles sont considérées de manière différente, parce que jugées selon leurs prises de positions, et non pour ce qu’elles sont.

L’ancien joueur de tennis Yannick Noah illustre parfaitement cette démarche. Quand il gagnait, il était français ; quand il perdait, il était camerounais. En fait, c’était un Gaulois en cas de victoire et un Noir en cas de défaite. En réalité, la société française discrimine. Elle se moque de savoir si quelqu’un est métis, mulâtre ou quarteron. Elle est souvent hypocrite voire humiliante. Et ce n’est pas en niant la Négritude de Dumas pour des considérations idéologiques, qu’on lutte contre les discriminations et le racisme. Ça passe nécessairement par une meilleure valorisation dans les livres d’histoire de tous ceux qui sont issus des minorités qui ont contribué à l’enrichissement de la France. Ça passe aussi par une meilleure représentativité des minorités dans les partis politiques, les médias et le cinéma. Mais surtout par une véritable politique sociétale permettant « le mieux vivre ensemble », car la France n’est plus tout à fait un pays de Blancs de confession judéo-chrétienne.

Essimi Mevegue