jeudi, juillet 22, 2010

En hommage à Albert BEVILLE, Justin CATAYEE et Roger TROPOS


Discours prononcé par Edouard Glissant au nom de l'Association générale des Etudiants martiniquais à la soirée commémorative en mémoire d'Albert Béville, Justin Catayée et Roger Tropos, à Paris, Palais de la Mutualité, le 6 juillet 1962

Mesdames, Messieurs, chers amis,

Qui aurait pu prévoir, qu'au seuil des vacances, nous serions amenés, dans des circonstances aussi tragiques, à nous réunir pour célébrer le souvenir de compatriotes et de camarades chers ?

Lequel d'entre nous n'a pas été touché, au plus profond de lui-même, à l'annonce de la disparition de tant des nôtres, avant même de savoir dans le détail la liste des victimes de cette terrible catastrophe ?

Lequel d'entre nous ne s'est pas senti douloureusement étreint en lisant cette liste des noms qui tous, sans exception aucune représentaient pour nous : un parent, un ami ou une simple connaissance ?

Lequel d'entre nous, enfin, ne s'est pas senti meurtri par un tel drame à un moment où nos pays ont tant besoin de toutes leurs forces vives, où l'avenir s'annonce si sombre aux Antilles, et qu'une page décisive s'ouvre dans l'histoire de nos pays ?

Tous ces morts, nos morts, avaient quelque chose en commun : l'amour de leur pays, de leurs terres natales, qu'ils s'apprêtaient à retrouver avec foi, ferveur et enthousiasme.

Parmi eux, nombreux étaient ceux qui, mettant leur vie en accord avec leur conscience, avaient pris de lourdes responsabilités et avaient, sans restriction aucune, consacré leur activité, leurs forces, leur énergie, leur intelligence, en un mot tout leur être à la promotion, à l'émancipation de leurs pays.

Nos pays, ces terres si petites et si pleines de souffrances, dont l'étroitesse géographique fait sourire souvent et leur attire les sarcasmes de quelques inconscients ont su produire tout au long de leur histoire des hommes aux dimensions du monde, tels Louis Delgrès ou Toussaint Louverture.

Albert Béville était de ceux-là, de cette race d'hommes qui ne transigent point avec leur conscience, de ces hommes qui savent, en toute circonstances préférer la voie du devoir à celle des avantages. Après avoir mis à la disposition des Jeunes Républiques Africaines son expérience et ses talents d'organisateur, il avait répondu présent à l'appel des Antilles, sacrifiant sans l'ombre d'une hésitation un brillante et exceptionnelle carrière dans la haute administration.

Pour nous étudiants antillais, il apparut alors en raison de sa parfaite connaissance de nos problèmes, de sa grande modestie, de son abord facile et de ses réelles qualités de coeur, à la fois comme un conseiller, comme un aîné compréhensif et discret. Il était surtout un guide sûr, un leader dans la lutte de nos peuples pour la dignité et la liberté.

Avec Béville ce sont les peuples des Antilles et de la Guyane, les déshérités de nos pays qui perdent un défenseur courageux, opiniâtre et efficace.

Pour nous étudiants sa mort en fait aujourd'hui un exemple qui s'impose à nous, dont nous devrons nécessairement nous inspirer pour mener la dure lutte qui nous attend, aux côtés de nos peuples.

Albert Béville nous aura appris, et c'est là l'essentiel, à savoir renoncer, quand l'intérêt de nos peuples l'exige, soit à des avantages, soit à un attentisme lâche, voire à une retraite facile.

Madame Béville, dont nous saluons ici le courage et la détermination dans le malheur, Madame Béville a su défendre au-delà de la mort l'idéal de son époux. Madame, l'Association générale des Etudiants de la Martinique tient à vous exprimer, avec son admiration, sa douloureuse sympathie.

Monsieur Justin Catayée, député de la Guyane, homme sincère et actif, était, lui aussi, farouchement aux côtés de soin peuple dans son besoin de liberté, de dignité. Il s'était fait l'interprète passionné des intérêts de son pays et se dépensait sans compter pour faire entendre partout et à chaque occasion la voix de la Guyane.

Plus près de nous Roger Tropos, Tomy Thaly et tous les autres étudiants. Tous étaient des amis, certains de très longue date ; entre nous s'était bâtie une amitié affermie à partir d'épreuves de toutes sortes. Ils étaient aussi des fils bien aimés pour lesquels leurs parents n'avaient ménagé ni les efforts ni les sacrifices.

Les voilà fauchés en pleine jeunesse ; aux familles si cruellement frappées, et à la douleur desquelles nous nous associons, nous disons : « Votre deuil est notre deuil ».

C'est aussi un deuil national ; tous ces camarades, étudiants, fils de pays sous-développés, représentaient un capital inestimable pour leur pays tant dans la lutte pour l'émancipation que dans la nécessaire reconstruction.

Le mouvement étudiant est durement touché par la perte d'un militant aussi précieux que Roger Tropos, président de la section de l'AGEM à Caen qu'il avait mise sur pied et dont il était l'animateur.

Roger Tropos, licencié en Sciences Physiques, allait mettre ses connaissances à la disposition de ses jeunes compatriotes, et nous savons quelles étaient son impatience et sa joie de pouvoir bientôt réaliser ce projet.

Nous voulons évoquer le courage, l'enthousiasme et la volonté d'agir de notre jeune ami Tomy Thaly, qui travaillait activement au sein de notre Association et qui devait jouer un rôle particulier dans la réalisation de notre programme d'action aux Antilles.

Ce programme nous l'avions élaboré tous ensemble. Ensemble nous devions le réaliser. Ils ne sont plus là et nos responsabilités s'en trouvent accrues d'autant. Nous sommes décidés à les assumer jusqu'au bout, surtout lorsque nous voyons l'utilisation propagandiste que l'administration préfectorale n'a pas hésité à faire de leurs cadavres.

Ces mêmes préfets qui quelques jours auparavant supprimaient les bourses de plusieurs étudiants sont venus à grand renfort de publicité verser des larmes de crocodiles sur le cercueil de ceux qu'ils n'hésitaient pas à frapper de leur vivant.

Non ce n'est pas cette mascarade qui bouchera les yeux au peuple des Antilles. L'accident du Boeing est une catastrophe nationale. Ces morts sont nos morts, leur vie avait un sens. Ils poursuivaient enthousiastes un but, chérissaient une même patrie, les Antilles.

A nous qui demeurons ils dictent notre conduite : poursuivre inlassablement la tâche commencée, sans nous laisser abattre, fût-ce par des pertes aussi cruelles.

Nos amis morts, nous conservons d'eux un souvenir impérissable et nous nous engageons sans faiblesse à poursuivre et à terminer l'oeuvre commencée ensemble.

Edouard Glissant

mercredi, juillet 21, 2010

La dette publique est un gisement de rentes perpétuelles pour les dynasties de banquiers

Gouverner, c’est prévoir, dit l’adage. Dommage que la prévision soit un art aussi délicat. Gouverner, c’est aussi défendre une certaine conception de la société : avant l’élection, les candidats développent le programme qui est sensé en porter témoignage. Mais une fois élu, le responsable va consacrer l’essentiel de son énergie à arbitrer entre les différentes contraintes qui s’opposent méchamment à la mise en œuvre du programme promis sous une bonne foi relative. Surtout lorsque la conjoncture s’en mêle et que la performance de l’économie n’apporte pas à la collectivité la contribution espérée, tout particulièrement dans un système régi par un libre-échangisme débridé. « C’est par les déficits que les hommes perdent leur liberté » ne cessait de clamer Jacques Rueff, en des temps où les subprimes et autres titrisations sulfureuses n’avaient pas encore été inventés. L’observation était déjà pertinente dans la phase insouciante des Trente glorieuses ; elle l’est d’autant plus aujourd’hui que la machine à produire est enrayée et que le niveau des dettes a dépassé le toit de la maison. Si bien que l’établissement du Budget, qui traduit ordinairement l’expression de la souveraineté, se trouve désormais soumis au contrôle a priori du « marché », ainsi nommé le consortium international, à l’identité indistincte, qui contrôle l’ouverture des vannes du crédit, ce carburant aussi précieux aux Etats décavés que le pétrole l’est aux automobilistes.

Il n’est donc pas étonnant que jaillisse chez nous un débat paradoxalement étouffé en 1973, lorsqu’une loi a banni les avances au Trésor par la Banque centrale, une modalité qui accordait au gouvernement un découvert sans intérêt pour financer un éventuel déficit d’exécution. En toute logique, la suppression de cette facilité aurait dû encourager les gestionnaires publics à une plus grande orthodoxie. Dans les faits, c’est très exactement le contraire qui s’est produit, sous l’amicale indulgence des banquiers qui ont ainsi fait prospérer un généreux gisement de rente supposée perpétuelle, au motif qu’un grand Etat ne saurait renier sa signature. Mais la plus belle fille au monde ne peut donner que ce qu’elle a, et les riches n’échappent pas à la menace de faillite, lorsqu’il devient manifeste qu’ils ne peuvent plus assumer un endettement excessif. S’agissant d’un Etat, la solvabilité se mesure au potentiel de prélèvement sur les citoyens, qui est fonction de leur capacité contributive mais aussi de leur… volonté à contribuer. Ainsi, faute de pouvoir les saigner à blanc sans les inciter à protester énergiquement, il n’y a pas d’autre solution d’urgence que de sabrer dans les dépenses. Et notamment de raboter les « niches », dont la France s’est fait une spécialité.

Le vert pâlit

La pertinence des incitations fiscales a depuis toujours fait l’objet de multiples débats, surtout lorsque vient le temps des bilans et que l’on essaie de mesurer le rendement du manque à gagner qu’elles imposent au Trésor. Convenons qu’il ne soit pas toujours très facile d’en évaluer l’impact. Mais il a été démontré à de multiples reprises qu’un dispositif fiscal généreux suscitait systématiquement des dérapages collatéraux.

Tel a été, et est encore aujourd’hui le cas, sur le terrain immobilier – un secteur pourvu d’un lobbying puissant et convaincant. Et malgré un soutien fiscal constant à la construction (ou à la rénovation), malgré une longue et coûteuse politique d’aide au logement (pour les locataires), de très importantes difficultés demeurent.

Il n’est pas impossible, au cas d’espèce, que la subvention systématique de ce secteur ait conduit à un renchérissement des prix, qui finit par exclure bien des candidats à l’acquisition ou à la location. (.......)

Selon les projets actuels, les biocarburants seraient menacés : ce serait peut-être une décision « écolo », au vu des nombreuses critiques que subit la filière.

Mais serait également supprimé le soutien fiscal au photovoltaïque, au moment où cette technologie devient de plus en plus performante.

Une décision surprenante. Car si gouverner, c’est prévoir, il est une prospective facile à établir : l’énergie solaire est la seule ressource gratuite sur laquelle l’humanité puisse compter jusqu’à sa disparition.

Echos Judiciaires

Les banquiers narguent la puissance publique et prélèvent leur dîme à notre insu


Les grandes familles de banuiers ont de tout temps intrigué pour accaparer et conserver le contrôle de la monnaie.

Montée en puissance des créanciers des nations

Avidité des usuriers. Sous l’ancien régime, la ferveur religieuse était considérable. Le pouvoir spirituel proscrivait les prêts d’argent soumis à intérêts. Les usuriers eurent du fil à retordre avec les mœurs d’alors. Ils réussirent peu à peu, à bâtir de vastes empires financiers. Parallèlement, les États européens se structurèrent et mirent en place les premières banques centrales nationales.

Influence croissante. S’en suit le coup d’arrêt révolutionnaire à l’ordre établi. Les privilèges de l’aristocratie sont abolis. La noblesse d’épée, de robe, est à terre. Cependant la nature à horreur du vide…et l’espace laissé vacant est rapidement comblé par une nouvelle oligarchie, une aristocratie financière. Simple coïncidence ? Dans les jours qui suivirent le putsch de brumaire, Napoléon fonde la banque de France, une société privée par actions (bien que l’appellation prête à confusion) qui disposera en 1803 du monopole de l’émission de la monnaie. A sa tête, quinze personnes issues des grandes familles de rentiers. (1)

Avec la même détermination, les banquiers prirent le contrôle de la monnaie de la fédération des États-Unis. Pour arriver à leurs fins, tous les moyens étaient bons. Thomas Jefferson, 3ème Président des États-Unis affirmait : « je crois sincèrement que des institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos privilèges (étatiques) que des armées institutionnelles. Déjà, ils ont élevé au sommet une riche aristocratie qui a défié le gouvernement. » (2)


Lutte de pouvoir au sommet des nations


Résistance aux États-Unis. Cependant la lutte entre banquiers et homme d’États soucieux de l’intérêt général n’a pas toujours tourné à l’avantage des premiers. De 1861 à 1913, les organes représentatifs de l’Etat américain s’étaient réappropriés le contrôle de l’émission de la monnaie dans sa presque globalité. A ce propos, le Président Abraham Lincoln, mort assassiné avant le terme de son mandat dans des circonstances troubles, avait de grandes ambitions pour sa patrie. L’histoire a retenu la déclaration suivante: « Le gouvernement devrait créer, émettre, et faire circuler toutes les devises et tous les crédits nécessaires pour satisfaire les dépenses du gouvernement et le pouvoir d’achat des consommateurs. En adoptant ces principes, les contribuables économiseraient d’immenses sommes d’argent en intérêts. Le privilège de créer et d’émettre

la monnaie n’est pas seulement la prérogative suprême du gouvernement, mais c’est aussi sa plus grande opportunité. »

Soubresaut français. Au sortir de la 2nd guerre mondiale, l’économie nationale à besoin d’oxygène, la classe dirigeante se saisit de l’aubaine pour nationaliser la banque de France, toujours détentrice de l’émission monétaire, la faisant glisser du même coup dans la coupe de l’Etat.

Un revers pour les dynasties familiales de banquiers qui perdaient une partie de leurs privilèges. De surcroît, la maîtrise étatique des périodes de déflation et d’inflation était une perte sèche de profit pour les principaux actionnaires.

Revanche des créanciers de la planète


La ploutocratie ne s’embarrassa pas de questions étiques (conflits d’intérêts, collusions éventuelles) pour retourner la situation.

A l’assaut des Etats-Unis. En 1913, le Président Woodrow Wilson, à peine élu transféra durablement le contrôle de la réserve fédérale (chargée de l’émission monétaire), du Congrès aux grandes banques américaines. Abusé, il aurait confié un peu tard : « je suis un homme des plus malheureux ; j’ai inconsciemment ruiné mon pays, une grande nation industrielle est contrôlée par son système de crédit. Notre système de crédit est concentré dans le privé. La croissance de notre nation, en conséquence, ainsi que toutes nos activités, sont entre les mains de quelques hommes. » (3)

Reprise en main en France. Les dynasties de banquiers d’affaires pouvaient compter sur la gratitude de George Pompidou, un homme d’affaire brillant, à l’ascension fulgurante, nommé directeur général de la banque Rothschild. Elu à la présidence de la République, il promulgue l’article 25 de la loi 73-7 le 3 janvier 1973 cosigné par Giscard D’Estaing qui dispose : « le trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la banque de France. » A partir de ce moment, l’Etat français cède sciemment ses prérogatives aux banques. Le contrôle de la monnaie basculait de nouveau sous l’emprise directe des banques d’affaires.

Cet événement mis fin aux trente glorieuses car, dès lors, la dette des collectivités territoriales, de l’Etat notamment, et les intérêts dus n’ont eu cesse de s’accroître au dépend des populations. Suprême garantie faite aux banques, l’emprunt Giscard du 18 janvier 1973 est indexé sur le cour de l’or, préservant la finance privée de toute dépréciation de la monnaie nationale. Effectivement, cette indexation ne permettra pas à nos collectivités publiques de tirer profit de l’importante inflation de la décennie qui suivit. Dans la même veine, le gouvernement de Raymond Barre décrétera arbitrairement en 1976 que l’Etat règlerait sa dette au-delà du taux d’inflation.

Pour sûr, la problématique du contrôle monétaire n’a pas de couleur politique, l’opposition artificielle pour les questions essentielles relève plus de la comédie théâtrale que d’une réalité tangible. Preuve s’il en fallait avec le traité de Maastricht défendu ardemment par la gauche au pouvoir sans qu’aucun débat public ne s’attarde sur l’article 104 du dit traité qui dessaisit tous les Etats membres de l’union européenne du pouvoir de battre monnaie. Le traité de Lisbonne enfonce le clou en l’inscrivant dans le marbre d’une « constitution » européenne.

Rien d’étonnant dès lors que des banquiers ont suggéré : « Le capital doit assurer sa propre protection par tous les moyens possibles, grâce à la coalition et à la législation…. En divisant les votants grâce au système de parti politique, nous les manipulons afin qu’ils dépensent toute leur énergie pour des problèmes n’ayant aucune importance. C’est donc grâce à une action discrète que nous garantirons la pérennité de ce que nous avons si bien planifié et accompli. » (4)


(1) -La belle époque du capitalisme, éd. Historia, 1995, n° 37
(2) -Les écrits de Thomas Jefferson, New York, GP Putman’s Sons, 10 vol.
(3) -The Money Master: How international bankers gained control of America, Cormack
Patrick S. J., 2007
(4) -La monnaie et la politique monétaire, éd. par banque de France, 1971

vendredi, juillet 16, 2010

Association Enluminure & Calligraphie ...

A.R.H.P.E.E.
Association de Reconstitution Historique du Patrimoine Ecrit Enluminé

Association Enluminure & Calligraphie ...
Recherche Bénévoles

Pour nos >> Prestations (
http://arhpee.free.fr/page/prestations.htm ), nous recherchons des
bénévoles en costume médiéval afin d'animer atelier et échoppe
d'enlumineurs dans la région Rhône-Alpes. L'ARHPEE assure une
auto-formation à ses membres actifs bénévoles, un samedi ou un
dimanche par mois à Lyon 3ème.

Renseignements par téléphone au 06 77 16 88 66 (demander Dame
Chlodyne) ou par mail : asso.arhpee_at_yahoo.fr

L'essentiel à savoir pour nous rejoindre

Il faut aimer le Moyen Age, l'histoire de l'art ; avoir sans doute
quelques aptitudes à la peinture mais ce n'est pas du tout
obligatoire.

ARHPEE, 36 avenue Lacassagne, 69003 Lyon
06 77 16 88 66 -

lundi, juillet 12, 2010

Quelle est l'origine de l'expression "Poser un lapin" ?


L'expression "poser un lapin" date du XIXe siècle et désigne, à cette époque, le fait de ne pas rétribuer les faveurs d"une femme. Lorédan Larchey dans le "Nouveau supplément du dictionnaire d'argot", édité en 1889, l'exprime en ces termes:

Lapin: Galant quittant les filles sans payer le prix convenu. On dit d'abord "poseur de lapin", par allusion au lapin posé sur les tourniquets des jeux de foire, qui paraît facile à gagner et qu'on ne gagne jamais.
Lapin (coller un, poser un): ne pas payer une femme qui a vendu ses faveurs.

Actuellement la locution "poser un lapin" désigne le fait de donner un rendez-vous illusoire à une personne qui se retrouvera à faire bêtement (c'est le cas de le dire) "le pied de grue".

Claude Duneton suggère que la signification actuelle -issue du monde étudiant des années 1890 selon G.Esnault- viendrait d'une autre expression du XIXe siècle: "faire poser ou laisser poser quelqu'un". On retrouve cette expression définie en ces termes par Delvau:

Poser (faire): faire attendre, mystifier, se moquer des gens.


Delvau, "Dictionnaire de la langue verte", 1867

Notons que Michel Lis et Michel Barbier donnent une autre origine dans leur livre Franc-Parler. Ils expliquent en effet, qu'en 1718, un "lapin" est une histoire incroyable et fausse ("celui là est de garenne" est une tournure moqueuse du XVIIe siècle pour désigner un récit particulièrement fantastique). Par la suite serait, alors, apparue l'expression "poser un lapin" pour "raconter des histoires, des blagues" et donner de faux rendez-vous amoureux
Sources :

dimanche, juillet 11, 2010

Parcours de dissidents


20:35 Dimanche 11 juillet sur FRANCE 5

Le documentaire relate un fait méconnu de la Seconde Guerre mondiale, l'engagement de milliers de jeunes Antillais dans le combat pour la France libre. Les dissidents, comme les appelle le représentant de Vichy, le gouverneur des Antilles, l'amiral Robert. Ceux-ci fuient le camp de la défaite pour rejoindre la Résistance, partant même jusqu'en Angleterre. D'autres feront leurs classes dans le New Jersey. Par la suite, nombre d'entre eux participent aux combats aux côtés des Alliés, à la prise de Monte Cassino ou aux débarquements alliés de Normandie et de Provence pendant l'été 1944. Enfin, ils découvrent la mère patrie. Certains se retrouveront même en Allemagne

lundi, juin 28, 2010

Granville T. Woods


Granville T. Woods was borin in Columbus, Ohio
He was an African American businessman and inventor. Woods began work in a machine shop at age ten. Though largely self-taught, he studied electrical and mechanical engineering from 1876 to 1878.

After that he worked on a British steamer, then became an engineer on a railroad based in Cincinnati, where he settled around 1880. Woods received his first patent in 1884 for a steam boiler furnace. In 1885 he invented a system called telegraphony, which allowed telegraph lines to carry voice signals. In 1887 he patented the induction telegraph for sending messages to and from moving trains. Other inventions for electric railways included electromechanical and electromagnetic brakes, a wheeled trolley for drawing power for streetcars from an overhead wires and a safety cutout to prevent injury from accidental contact with overhead wires. For a while he manufactured and sold his inventions through the Woods Electric Company, but he later sold his patent rights to the General Electric Company.

In 1890 Woods moved to New York City. In collaboration with his brother Lyates he patented emergency braking systems and devices relating to third-rail power. During his prolific career, Woods received 35 patents for inventions that contributed to the development of the transportation and communication industries. As a Black inventor.

samedi, juin 26, 2010

Exposition « D’Ayiti à Haïti, la Liberté conquise » à Nantes et Paimboeuf



A l'occasion de la présentation de l'exposition « D’Ayiti à Haïti, la Liberté conquise » dans toute la région des Pays de la Loire, les Anneaux de la Mémoire vous proposent de redécouvrir l'histoire de la traite et de l'esclavage à travers une exposition présentant le rôle de Paimboeuf, avant-port de Nantes, dans la traite négrière au 18ème siècle. Elle se tiendra tout l'été, du 18 juin au 19 septembre 2010.

L’exposition « D’Ayiti à Haïti, la Liberté conquise » relate les événements qui ont jalonné l’histoire depuis l’Ayiti des Taïnos jusqu’à l’Haïti Indépendante de 1804, en passant par la formation de la colonie de Saint-Domingue, l'île à sucre par excellence. Il s'agit d'une première parce qu’elle a été créé en Haïti et qu’elle propose la vision haïtienne d'une histoire qui nous est commune. Elle est bilingue, en Français et en Créole, les deux langues officielles d’Haïti. Elle a été produite par la Société Civile des Anneaux de la Mémoire en Haïti, avec le concours de l’Ambassade de France à Port au Prince, et réalisée par Mme Vendryes pour le Bicentenaire de l’Indépendance de la République d’Haïti en 2004.

A cette occasion, les Anneaux de la Mémoire propose une exposition "Paimboeuf et la traite négrière". Elle permettra de mettre en lumière le rôle, peu connu, de cet avant-port de Nantes au 18ème siècle dans la traite négrière transatlantique à travers une scénographie (reconstitution d'un entrepont d'un navire négrier, maquette en coupe de l'Aurore, etc.), une présentation d'une collection d'objets (oeuvres d'artistes originales, gravures d'époque et reproductions, statues de différentes civilisations africaines, etc.). Nous y présenterons également le Journal de traite de la Bonne Mère, document inédit découvert récemment, qui donnera lieu prochainement à une publication spécifique des Anneaux de la Mémoire.

Les grands thèmes de l'exposition :

D’Ayiti à Haïti, la Liberté conquise

Paimboeuf dans la traite

Nantes et Paimboeuf,
Le voyage transatlantique (Afrique, traversée, Amérique)
Héritages
Haïti aujourd'hui

Informations utiles :

Lieu : Le Hangar, Office de tourisme de Paimboeuf - Quai Sadi Carnot - 44560 Paimboeuf.

Horaires d'ouverture :
De Septembre à Juin : ouvert du Mardi au Samedi de 10h à 12h et de 14h à 17h.
Juillet et Août : ouvert du Lundi au Samedi de 9h30 à 12h30 et de 14h à 18h30,
ainsi que le Dimanche et les jours fériés de 15h à 18h.

Contacts : 02 40 27 53 82
Date de publication 25 Jun 2010

Auteur(s) Alliance Internationale Anneaux de la mémoire



Alliance Internationale Anneaux de la mémoire http://www.anneauxdelamemoire.org/

vendredi, juin 25, 2010

Guillaume Grou, amateur nantais


Guillaume Grou, amateur nantais, né le 1er août 1698, acquit la charge de conseiller secrétaire du Roi, juge consul en 1748. Il meurt en 1774 laissant une fortune considérable, bénéfice de la déportation des Négro-africains. Il fut inhumé à la Bouteillerie, cimetière situé dans le centre ville de Nantes, il se trouve juste à côté du Jardin Botanique.

Dam Joulin, Le Breton-la Vallée, Garneray, et tant d’autres en France ont pris part au trafic de la chaire humaine et de la déportation des Négros Africains vers les Amériques. « Je ne vois plus un beau Nègre sans chercher à évaluer son prix, et à l’estimer, non pour les services qu’il peut rendre mais pour le prix qu’on peut en tirer à l’encan. » François Arago l’un des plus farouche anti-abolitionniste, s’est battu, jusqu’en 1848 pour que la servitude des Négros-Africain dans les colonies françaises soit une manne économique pour la France. Le 15 février 1739, un navire Français de Nantes sous la conduite du capitaine M. Bégaud venait de faire kidnapper 71 Nègres. Il y avait aussi le navire, l’Union de Bordeaux, dont le capitaine M. Mesnard second capitaine de Bégaud, venait faire le plein de Nègres.

En France, qui sont les trafiquants de la Déportation ? Haëntjens, Mosneron du Pin, Levesque, Roy, Fouché Duc d’Otrante, Daniel de Kervegan, Tiercelin, Drouin, Salleron et Van Neunen, Viot Grou, tous des nobles ou anoblis par cette fructueuse activée qui bénéficie d’une large subvention gouvernementale. Ils voient rapidement la nécessité de créer des sociétés où Beaumarchais et bien d’autres, tel Voltaire, ne craignent pas de prendre des parts. Nantes sera alors le premier port du trafic en France.

Extrait du journal de bord d’un navire de déportés dans les champs de travaux forcés dans les colonies Françaises.

Charles le Breton la Vallée à bord de la frégate du Roi, le Rernard de Nantes.

« Vendredi 15 mai 1750, dix heures, ma chaloupe n’est pas encore revenue. Sur le pont, les Nègres complotent de tuer tous les blancs à bord. Me chaloupe revenant une demi-heure plus tard laisse quatre hommes au rivage pour couper du bois pour mettre en cale. Le meneur de la révolte commande de tomber sur moi pour me tuer. Deux Nègres quartiers-maîtres me saisissent à la gorge. J’ai recours à ma force et ils lâchent prise; en même temps, je me fais apporter des armes et feu sur ces misérables ! Ils s’embarquent tous dans ma chaloupe. Tirant plusieurs coups d’espingoles, de fusils et de pistolets sur eux, ils ne peuvent se sauver. Quelques-uns se jettent à la mer. Les canots du Suvest, de l’Aimable et du Londres Pool courent dessus et les prennent. Trois sont noyées. Ce sont trois beaux mâles captifs. Après avoir corrigé ceux du bord, j’apprends que c’étaient eux les meneurs de la révolte : je n’ai aucune peine à le croire, car les canots voulant les sauver, ils se sont laissé couler à fond.

Pour sanctionner pareil incident, je mets les fers aux pieds et aux mains de tous les captifs, de deux en deux avec les colliers à chaîne. Pour les femmes, n’étant point prévenues de cette révolte, elles se retirent toutes dans leurs entreponts. Les Nègres jettent à l’eau les deux enfants servant à la chambre. Je les sauve le long du bord; Ils me disent avoir été jetés par ce qu’ils ont refusé de donner des armes…/… »

12 mai 1739. Nous appareillons de la rade de Rio Gambie après avoir fait notre eau, c’est à dire juste ce qu’il nous faut pour nous rendre au lieu de notre transite. Nous laissons à Rio Gambie le navire, l’Africain de la Rochelle, qui a pour capitaine Mr Villemarais. Il y fait son eau. Il va également partir, ayant finit son kidnapping de Nègres. Nous partons avec trois cent vingt six déportés et avec Mr Temuro et Gallote du navire le Hardi de la Rochelle.

18 juillet 1750 (journal de bord) armateur de Nantes, Mr Taillasson commandant le Prince Henry. « Mon lieutenant me ramène, un couple de Nègre et un enfant, et me fait savoir qu’il a du utiliser son arme face à ce Nègres peu coopérant et faire feu sur le deuxième enfant laissé pour mort, l’autre plus agile et rapide a fuit dans la brousse ».

En 1799, le trafic de kidnapping des Nègres sur le continent africain se multiplie en catimini. Desaix lui-même pendant la dictature des français en Égypte s’est fait acheteur de déportés Négros-africains. Sa lettre au lieutenant général des armés, Belliard, ne laisse aucun doute.

2 juillet 1799. « Le général en chef désire bien vivement, mon Général, avoir 2000 Nègres de quinze à seize ans pour recruter ses troupes ». Il s’adresse à moi pour cet objet. « Ne pourriez-vous pas voir si les caravanes (déportation, kidnapping par les arabes) de Senaar qui arrivent dans ce moment n’en auraient pas ? Il faudrait dit Desaix, les retenir tous et les acheter », « les hommes seront achetés par nous. » « J’engage Donzelot à voir si par Kosseir on n’en aurait pas aussi des arabes et des éthiopiens; ces derniers étant chrétiens, seraient excellents et bien dévoués. Écrivez à Eppler d’acheter à quelque prix que se soit tous les hommes, un grand nombre arriveront de son côté; nous les payerons; Il ne faut pas que les habitants en aient un seul. »

mercredi, juin 23, 2010

« Parole des esclaves de Bourbon (La Réunion) »

Patrick Karam, délégué interministériel pour l'Égalité des chances des Français d'outre-mer Jean-Claude Judith de Salins, président de l'Association Réunionnaise
Communication et Culture (ARCC) convie à une conférence-débat

sur le thème :

« Parole des esclaves de Bourbon (La Réunion) »
avec Prosper Eve, professeur d'Histoire moderne à l'Université de La Réunion et président de l'Association Historique Internationale de l'Océan Indien (AHIOI), à l'occasion de la sortie de son livre « Le bruit du silence » le vendredi 02 juillet 2010 à 17h30 à la Délégation interministérielle.



Quatrième de couverture du Bruit du silence, Prosper Eve, 2010, Océans Editions:
L'esclave est acheté pour être un producteur. Cependant, il n'est pas que deux bras, il a aussi une tête.

Comme tout être humain, il est un « roseau pensant ». Sa force de pensée se découvre dans le livre ouvert de la nature ; cette donne contredit ceux qui soutiennent que « longtemps les savoirs autres que ceux qui venaient de France ont été marginalisés, ostracisés, voire tout simplement interdits ». Le combat culturel et cultuel mené par les premiers grands esclaves dans la partie haute de l'île pendant leur temps de conquête illégale de la liberté s'affiche à travers les noms de lieux : Anchaingue, Cimandef, Matouta, Mafat...ainsi que dans le livre légendaire composé en un temps relativement court avec des visages de proue, tels que Pitre, Baal, Fatie, Diampare, Farla, Phaonce, Sanson, Cenkouto. Pour punir ou pour tenter de se libérer, l'esclave
est en mesure d'élaborer des projets d'incendie, d'empoisonnement, de révolte ou d'évasion. Accusé, il peut produire un discours défensif. Il peut exprimer ses désirs, improviser des chants mélodieux. Sa parole peut être frappée de suspicion, mais elle ne peut être niée. Comme à Bourbon, le législateur lui ouvre tardivement les portes de l'école, il ne peut avoir laissé des journaux intimes palpitants. Cette absence ne peut suffire à elle seule pour que son Histoire soit écrite sans lui. Preuves à l'appui, le présent ouvrage entend battre en brèche les idées reçues sur le silence des esclaves à Bourbon.

vendredi, juin 18, 2010

Le Maloya de La Réunion célébré au ministère de la Culture

Le Maloya de La Réunion célébré au ministère de la Culture
après avoir été inscrit au patrimoine de l'humanité

Patrick Karam, délégué interministériel pour l'égalité des chances des Français d'outre-mer et conseiller régional d'Île-de-France, participera à la cérémonie de célébration de l'inscription du Maloya par l'UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l'humanité présidée par Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, le lundi 21 juin 2010 à 18h30 au ministère de la Culture (salons du Ministère 3, rue de Valois Paris 1er).

Cette célébration constitue un geste fort pour la reconnaissance de cette musique et des artistes qui la font vivre. Ce coup de projecteur permettra au Maloya d'occuper toute la place qui lui revient sur le devant de la scène culturelle nationale et internationale.

Musique initiée par les victimes de l'asservissement des hommes par les hommes durant la période esclavagiste, le Maloya est encore aujourd'hui avec le Séga le genre musical majeur de l'île de La Réunion.

Le Maloya se caractérise par un mélange de rythmes binaires et de rythmes ternaires de percussions. Les instruments traditionnels tels que le kayamb, le roulèr ou le bobre constituent la base du Maloya traditionnel.

Ce Maloya traditionnel laisse la place à un « Maloya moderne » agrémenté d'instruments comme la guitare, la basse ou encore le synthé. Ainsi, il existe un Maloya à la sauce jazz incarné notamment par le chanteur Meddy Gerville : le « Maloyaz ». Plus récemment, le chanteur Davy Sicard, qui est aujourd'hui le principal ambassadeur de cette musique, a opté pour un apport de sonorités africaines en donnant naissance au « Maloya kabosé ».

jeudi, juin 17, 2010

Génocide Made in France


Wall Street Journal : Quand les soldats français mitraillaient les Tutsi en plein génocide

Traduction : Le génocide du Rwanda : l'histoire qui n'a pas été dite
Par Anne JOLIS © Wall Street Journal et © Metula News Agency pour la version française
Translated from English by LEWELLYN Brown
Mme Anne JOLIS est rédactrice au Wall Street Journal Europe.

"Je vous le raconte comme je l'ai vu", dit Fidèle SIMUGOMWA, ancien chef de la milice extrémiste des Hutus pendant le génocide rwandais, lors d'un entretien avec Serge FARMEL, réalisateur de films documentaires. "Les soldats français avaient pris position sur une colline et tiraient sur les Tutsis. Nous [les miliciens hutus. Ndlr. Ména] portions un signe distinctif afin que les Français ne nous tirent pas dessus - nous nous étions dissimulés sous des feuilles d'arbres".

Un à un, les anciens génocidaires filmés par Serge FARMEL racontent la même histoire ; à savoir que, le 13 mai 1994, de petites équipes d'hommes blancs, qu'ils décrivent comme étant des "soldats français", vêtus de treillis et transportés dans des jeeps ou des camions, se rassemblaient sur les hauteurs dans l'arrière-pays de l'ouest rwandais. Ils tiraient des coups de feu dans les collines de Bisesero afin de débusquer les Tutsis.

Puis ils visaient directement les hommes, les femmes et les enfants qui prenaient la fuite. Quand les coups de feu cessèrent, les tueurs hutus investissaient les collines. Maniant des machettes, des lances, des massues cloutées, et leurs propres fusils, ils achevèrent les blessés. Une vingtaine de survivants me racontèrent une version identique des événements.

Ce jour-là et le lendemain, 40.000 Tutsis furent massacrés. En tout, environ 800.000 personnes - des Tutsis et des Hutus opposants du génocide - périrent atrocement ce printemps 1994.

Peu d'événements de l'histoire contemporaine ont laissé davantage de cicatrices dans les consciences occidentales que le génocide rwandais.

Samantha POWER conseillère auprès du président OBAMA, Prix Pulitzer en 2003 pour son livre Un Problème d'Enfer : l'Amérique et l'Ère du génocide [A Problem from Hell : America and the Age of Genocide], y dépeint un portrait noir de la manière dont l'administration CLINTON esquivait et demeurait passive durant le génocide.

Plus tard, le Président Bill CLINTON, en visite à Kigali , la capitale, présenta ses excuses au nom des États-Unis et de la "communauté mondiale".

En France, en revanche, le récit officiel du génocide donne une image plus reluisante du rôle de l'Hexagone. Le site web du Ministère des Affaires étrangères note que : "Dans les années 1990, la France s'investit dans les efforts de la communauté internationale pour endiguer les tensions au Rwanda. La France fut le premier pays à dénoncer le génocide, et entreprit une mission humanitaire". Cette mission, qui débuta en juin 1994, sous le nom d'Opération Turquoise, était en apparence supposée créer des zones de sécurité humanitaires.

À ce point de notre analyse, un peu d'histoire s'impose. Bien que le Rwanda fût une colonie belge avant son indépendance en 1962, les Français l'ont considéré, pendant très longtemps, comme une partie de la Françafrique : l'ensemble des pays africains francophones sur lesquels la France continue à exercer une influence paternaliste, parfois positive, le plus souvent opportuniste.

Au Rwanda, cette influence prit la forme d'une relation étroite avec la dictature de Juvénal HABYARIMANA, prônant la suprématie hutue. Pendant la guerre civile rwandaise, au début des années 1990, les troupes françaises allèrent à la rescousse d'HABYARIMANA dans sa guerre contre les forces d'opposition du Front Patriotique Rwandais (FPR) - à majorité tutsie, et aussi anglophones - venant d'Ouganda, sous le commandement de Paul KAGAMÉ, aujourd'hui président du Rwanda.

Aujourd'hui, aussi absurde que cela puisse paraître, le gouvernement du président en exercice à l'époque, François MITTERAND, craignait qu'une victoire du FPR ne signifie la perte, non seulement d'un allié de confiance, mais aussi, la perte du Rwanda au profit du monde "anglophone".

L'événement qui finit par déclencher le génocide se produisit le 6 avril 1994, lorsqu'un avion transportant HABYARIMANA fut abattu. L'identité des coupables demeure l'un des mystères non résolus de l'histoire contemporaine.

Un éminent magistrat français est convaincu que l'assassinat fut orchestré par le FPR, et il a lancé de nombreux mandats d'arrêt visant de proches collaborateurs de M. KAGAMÉ. Dans le passé, les Français ont aussi déclaré avec insistance que ce qui se déroula au Rwanda fut un "double génocide", arguant que les Tutsis étaient autant les agresseurs que les victimes dans les prémisses et l'acmé de l'agonie rwandaise.

Cependant, cette version des événements a aussi ses détracteurs. M. KAGAMÉ nie catégoriquement toute implication dans la mort d'HABYARIMANA, qui était alors sur le point de réaliser un accord de paix avec le FPR au moment où il fut assassiné.

Le gouvernement rwandais a prétendu, pendant longtemps, que la France joua un rôle actif en soutenant les extrémistes rwandais durant le génocide, faisant état de nombreux génocidaires notoires qui ont ouvertement et paisiblement vécu en France pendant des années.

En 1998, le journaliste français Patrick de SAINT-EXUPÉRY, qui avait rendu visite aux soldats français durant l'Opération Turquoise, écrivit une série d'articles dans Le Figaro, racontant comment les "zones humanitaire" françaises servaient principalement à protéger les tueurs hutus, au moment où ils fuyaient devant l'avancée des forces du FPR.

Ces articles provoquèrent un tollé à l'Assemblée nationale, au point de provoquer la création d'une commission d'enquête, qui arriva en définitive à la conclusion que la France ne portait aucune responsabilité particulière sur le génocide et, au pire, avait été victime innocente de malentendus.

C'est à ce moment-là qu'entra en scène Serge FARMEL, un Parisien à la grande carrure, âgé de 44 ans, issu d'une formation dans l'ingénierie aéronautique. La curiosité de M. FARMEL pour le génocide fut éveillée, il y a quelques années, lorsqu'il entendit des comparaisons entre les actions commises par la France au Rwanda et le comportement du régime de Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale.

Lors d'un voyage au Rwanda, en avril dernier, il rencontra un survivant Tutsi, qui témoignait que les soldats français étaient bien présents en mai 1994, alors que, supposément, il n'y en avait aucun. Au début, FARMEL préjugea que sa mémoire de personne traumatisée lui jouait des tours, mais il maintint sa version de l'histoire. FARMEL commença alors à interroger d'autres témoins, dont il filma les récits.

Il en résultat 100 heures de film, qui consistent principalement en des entretiens d'individus et de groupes, à la fois victimes et auteurs du massacre, avec également des reconstitutions minutieuses des scènes du massacre.

Il est difficile d'exagérer la rigueur avec laquelle M. FARMEL a conduit les entretiens : sur le film, ceux qui sont interviewés s'impatientent parfois quand il les rappelle pour leur poser d'autres questions - comme s'ils étaient des témoins appelés à la barre - sautant sur la moindre incohérence dans leur témoignage.

Tous les survivants des massacres de mai 1994 ne prétendent pas se rappeler la présence de soldats français à Bisesero, cependant, il en y a beaucoup qui le disent, et leurs récits sont cohérents. Après avoir visionné ces témoignages filmés, je décidai de rejoindre M. FARMEL au Rwanda, sur le terrain de son investigation, afin de confirmer ces histoires personnellement.

Des Rwandais attendent pour donner leur témoignage des événements de 1994
"Les Blancs étaient postés sur les hauteurs, et ils nous ont d'abord débusqués de nos cachettes par des coups de feu. Ils cessèrent quand les Interahamwe (la milice hutue) arrivèrent, puis recommencèrent quand nous résistâmes", dit Sylvestre NIYAKAYIRO, un Tutsi âgé de 22 ans à l'époque et qui se rappelle avoir été chassé de colline en colline au cours des trois attaques perpétrées ce jour-là, dirigées par des Blancs.

M. FARMEL demande, de manière répétée, si M. NIYAKAYIRO ne mélange pas les dates, si les Blancs de la mi-mai, dont il se souvient, n'étaient pas en fait les soldats français qui arrivèrent à la fin juin pour l'Opération Turquoise, quand un autre assaut fut lancé contre les quelques Tutsis qui demeuraient dans les environs de Bisesero.

"Les jours du 13 et du 14 mai furent inoubliables", répond M. NIYAKAYIRO.
Mais qui étaient exactement ces "Blancs" - à supposer qu'ils étaient réellement présents ? "Votre information n'est pas crédible, puisqu'elle ne repose sur aucune réalité historique", écrivit le général Jean-Claude LAFOURCADE, qui commandait l'Opération Turquoise et qui maintenant dirige une association des soldats ayant servi au Rwanda, dans une réponse par courriel à mes questions, ajoutant "il semble que vous êtes en train de vous faire manipuler".

Comme l'Élysée, l'association déclare qu' "il n'y avait pas de soldats français au Rwanda au mois de mai 1994". L'Institut François MITTERAND, dirigée par Hubert VÉDRINE, proche conseillé de l'ancien président, refusa de faire un commentaire sur cet article.

Paul BARRIL est un Français qui se trouvait au Rwanda à l'époque. Il est certainement l'un des anciens membres les plus illustres du GIGN, un corps d'intervention d'élite. M. BARRIL était un conseiller auprès d'HABYARIMANA, à l'époque de la mort du Président. Selon ses mémoires, publiées en 1996 : Guerres secrètes à l'Élysée, dans lesquelles il note que "Suivant l'attaque, commença un cycle de massacres qui conduisirent à l'établissement de la dictature tutsie du pro-américain Paul KAGAMÉ. Plus d'un million de personnes périrent au Rwanda. Quelle importance ?".

Mes efforts pour contacter M. BARRIL par téléphone et par courrier électronique dans le cadre de cet article ont été en vains. "Il ne veut pas qu'on le retrouve", me dit son éditeur.

Un récit des activités de M. BARRIL se trouve dans "Aucun témoin ne doit survivre : le génocide au Rwanda" (Leave None to Tell the Story : Genocide in Rwanda), rédigé par l'experte renommée Alison Des FORGES, une Américaine qui mourut dans un accident d'avion l'an dernier.

Des FORGES écrit que M. BARRIL fut embauché par le ministère de la Défense au Rwanda pour former jusqu'à 120 hommes au tir et aux tactiques d'infiltration pour une unité d'élite, en vue d'attaques derrière les lignes du FPR. L'opération portait le nom de code "Opération insecticide", pour désigner une opération destinée à exterminer les inyenzi, les "cafards". Quand on l'interrogea au sujet de ce programme de formation au cours d'un entretien avec un chercheur de Human Rights Watch, M. BARRIL nia toute connaissance à ce sujet et mit abruptement fin à la conversation.

Les Rwandais que M. FARMEL et moi-même rencontrèrent insistèrent sur le fait que les troupes françaises étaient impliquées dans les massacres de la mi-mai. "Je sais que c'étaient des troupes françaises, parce que j'avais été avec eux à Mutara en 1991", dit Semi BAZIMAZIKI, caporal dans l'armée rwandaise durant le génocide. "Je connaissais très bien leur manière d'opérer". Un autre ex-génocidaire, Jean NGARAMBE, raconte qu'il fut rejeté en tant que guide pour les Blancs en visite, parce que "je ne parlais pas français". À sa place, ils prirent un autre homme qui parlait français.

Un incident, décrit à la fois par les bourreaux et les victimes, est particulièrement probant. Certains des ex-génocidaires se rappellent que, le 12 mai, le jour précédant le début de la boucherie, ils furent convoqués dans un village. Ils disent qu'un officiel hutu local, nommé Charles SIKUBWABO, fugitif actuellement recherché par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda, présenta des "soldats français", venus afin de servir de renforts.

M. SIKUBWABO ordonna aux tueurs rwandais rassemblés de suivre une certaine route sans attaquer ou approcher des Tutsis sur le chemin. Ils se retrouvèrent quelques kilomètres plus loin, à un endroit nommé Mumubuga où ils trouvèrent plus de 50 Tutsis. Entouré d'hommes blancs, M. SIKUBWABO dit aux Tutsis de ne pas avoir peur, que les Blancs étaient là pour les aider, et qu'ils devaient retourner dans les collines pour attendre de l'aide.

"Nous savions que c'était une ruse contre les Tutsis", dit Raphaël MAGEZA, le beau-frère de M. SIKUBWABO. Les Blancs servaient de leurres, afin de rassembler des informations au sujet des endroits où les Tutsis se cachaient. Gudelieve MUKANGAMIJE, l'une des victimes potentielles de M. MAGEZA, en convient : "Ils (les Blancs) ne nous donnèrent pas de bâches comme ils l'avaient promis. Ils nous tuèrent. Et ils nous donnèrent aux Interahamwe".

Le mot «Nègre», La Voix des Nègres


La voix des Nègres, n°1 janv. 1927, « Le mot "nègre" » (art. signé du Comité).

C’est le gros mot du jour, c’est le mot que certains de nos frères de race ne veulent plus être appelés ainsi. Les dominateurs des peuples de race nègre, ceux qui se sont partagés l’Afrique sous prétexte de civiliser les Nègres, s’emploient à une abominable manœuvre divisionniste pour mieux régner chez eux. En plus de la division primitive en caste, de tribus et de religions, qu’ils exploitent (…), les impérialistes s’emploient à briser l’unité (…) de la race pour nous maintenir éternellement à l’état d’esclavage auquel nous sommes contraints par la force (…) depuis plusieurs siècles.

Pour arriver à cela, ils sortent du mot nègre deux mots nouveaux, afin de diviser la race en trois catégories différentes, à savoir : « hommes de couleurs », « noirs » – tout court – et nègres. On fait croire aux uns qu’ils sont des « hommes de couleur » et non noirs et nègres première catégorie, aux autres, qu’ils sont des «noirs» tout court et non des nègres deuxième catégorie. Quant aux « restes », ce sont des nègres troisième catégorie !

Que veut dire «homme de couleur» ? Nous affirmons que ce mot désigne tous les hommes de la terre. La preuve : il n’y a pas un seul homme dans ce monde qui ne soit pas d’une couleur ou d’une autre. Donc, nous ne pouvons prendre, pour nous seuls, ce qui appartient à tous. Et «noir» ? Pour le mot noir, nous ne croyons pas qu’il puisse servir pour distinguer tous les nègres du monde, étant donné que tous les nègres d’Afrique, reconnaîtront avec nous qu’il existe dans diverses parties du continent des nègres aussi blancs que certains blancs d’Europe, et qui n’ont de nègre que les traits et la chevelure. Nous refusons donc d’admettre que, seuls, (…) ceux que l’on exploite dans la culture cotonnière de la vallée du Niger, les coupeurs de cannes à sucre dans les champs des domaines de la Martinique et de la Guadeloupe soient des nègres. Tandis qu’un de nos frère titulaire du brevet des écoles de hautes études européennes – l’intellectuel – serait un homme de couleur, et que celui qui n’a pu arriver à ce degré, mais qui exerce le même métier qu’un blanc et qui s’adapte comme les blancs à leur vie et à leurs mœurs et usages – l’ouvrier – serait un «noir» tout court.

Non messieurs les diviseurs pour régner !

Permettez-nous de vous rappeler que les derniers sont les descendants des premiers.

Les jeunesses du CRDN (Ndlr: Comité de Défense de la Race Nègre) se sont fait un devoir de ramasser ce nom dans la boue où vous le traînez pour en faire un symbole. Ce nom est celui de notre race.

Nos terres, nos droits et notre liberté ne nous appartenant plus, nous nous cramponnons sur ce qui avec l’éclat de la couleur de notre épiderme sont les seuls biens qui nous restent de l’héritage de nos aïeux. Ce nom est à nous; nous sommes à lui ! Il est nôtre comme nous sommes siens ! En lui, nous mettons tout notre honneur et notre foi de défendre notre race. Oui, messieurs, vous avez voulu vous servir de ce nom comme mot d’ordre scissionniste. Nous, nous en servons comme mot d’ordre de ralliement : un flambeau ! Nous nous faisons honneur et gloire de nous appeler Nègres, avec un N majuscule en tête. C’est notre race nègre que nous voulons guider sur la voie de sa libération totale du joug esclavagiste qu’elle subit. Nous voulons imposer le respect dû à notre race, ainsi que son égalité avec toutes les autres races du monde, ce qui est son droit et notre devoir, et nous nous appelons Nègres !

La voix des Nègres, n°1 janv. 1927, « Le mot « nègre » » (art. signé du Comité).

jeudi, mai 20, 2010

SEPT SYMBOLES OU SIGNIFICATIONS DU DRAPEAU HAITIEN



De tous les symboles créés par l’homme dans son ardent désir de représenter sur le plan concret les idées forces qui l’animent et le guident, le drapeau est celui qui contient le plus de significations. Quelles sont celles de notre bicolore? A mon avis, notre drapeau comporte sept significations que je pourrais considérer comme majeures.

Première signification

La première signification du drapeau haïtien est celle de la réconciliation. Pendant la guerre de l’indépendance, l’armée indigène se battait en bandes dispersées. Les Petit-Noël, Sans-souci, Lamour Dérance…, tous des chefs de bande, refusèrent obstinément de se soumettre à l’autorité de Dessalines. Il fallait une stratégie unitaire des généraux indigènes tels que Christophe, et Philippe Guerrier pour ramener à la raison ces éléments de discorde dont l’action nocive pouvait retarder pour longtemps l’issue de la lutte contre les Français. La soumission de ces chefs de bande ainsi que le ralliement de Pétion dans les rangs de l’armée indigène ayant à sa tête Jean-Jacques Dessalines comme général en chef constituent un acte de haute portée historique. C’est le premier acte de réconciliation sincère posé dans notre histoire. Cette stratégie unitaire devait conduire à l’Arcahaie les officiers indigènes de l’Ouest et des quartiers voisins pour la création d’un drapeau spécial pour l’armée indigène le 18 mai 1803.

Deuxième signification

La deuxième signification du drapeau est celle de la liberté. Sans entrer dans les controverses historiques relatives aux couleurs de notre drapeau et à ses différentes positions par rapport à la rampe, notre (oriflamme à deux tranches) est le symbole vivant du souffle puissant de la liberté qui animait l’armée indigène dans sa lutte contre les hordes de Napoléon Bonaparte. Aussi, à chaque fois que nous voyons flotter le drapeau haïtien, il représente l’effort et les sacrifices consentis par nos ancêtres pour vivre libre ou mourir, tout en refusant la domination d’aucun autre peuple sur cette planète. L’épopée fulgurante de Vertières a été conduite et menée au succès au nom de la liberté. Car, après le 18 novembre 1803, le soleil d’Haïti luisait sur deux catégories d’hommes: les morts et les libres.

Troisième signification

La troisième signification de notre drapeau est celle l’indépendance nationale. L’indépendance est le fondement politico-juridique de la nation haïtienne. Elle lui confère une personnalité légale afin que ses citoyens puissent assurer son destin qui devrait être un destin de grandeur. A chaque fois que le drapeau haïtien flotte sur un édifice public ou privé, national ou international, il indique clairement que Haïti est une nation indépendante et qu’elle fait partie des autres nations, jouissant de son statut politico-juridique. Aussi, tout acte nuisible à l’indépendance nationale posé par nous est une souillure portée à notre drapeau.

Quatrième signification

La quatrième signification du drapeau haïtien est celle de l’unité nationale. Que de déchirements internes causés par notre manque de compréhension dans la gestion politique de notre nation! Au lendemain de notre indépendance, la nation fut divisée territorialement. Pétion régnait dans l’Ouest et Christophe dans le Nord. Deux tempéraments opposés politiquement et socialement. Ce qui nous a valu l’existence de deux Etats sur un espace territorial de 28,250 km2: une république et un royaume. Chacun de ces deux Etats hissait son drapeau, établissait son administration, présentait une vision différente de la chose politique. Au moment de la disparition de cette division nationale, un seul drapeau flottait sur le sol haïtien redevenu un et indivisible.

Cinquième signification
La cinquième signification du drapeau haïtien est celle de la souveraineté nationale. La souveraineté et l’autonomie sont deux notions complémentaires. Cependant, la première a un caractère juridique, la deuxième un caractère administratif. Par conséquent, être une nation souveraine et autonome, c’est établir, dans les limites de son territoire, les règles et principes de vie pour la pérennité de l’Etat. Notre drapeau flotte dans l’azur pour indiquer à tous, qu’une fois établis, seuls les fils du pays ont le droit inaliénable et imprescriptible de les modifier dans le but de parvenir à une société plus humaine, plus juste, plus harmonieuse et respectueuse des droits de chaque citoyen, surtout le droit à la vie et à la poursuite personnelle du bonheur.

Sixième signification
La sixième signification du drapeau haïtien est celle de l’existence de notre pays en tant qu’Etat. L’Etat est en quelque sorte une autre forme de pouvoir politique suivant le constitutionaliste George Burdeau. Il est le support indépendant des personnalités gouvernantes. L’Etat, suivant l’auteur précité, est le titulaire abstrait et permanent du Pouvoir dont les gouvernants ne sont que des agents d’exercice essentiellement passagers. C’est le drapeau qui symbolise la continuité et l’autorité dont sont investis les gouvernants. Par conséquent, le drapeau est aussi le symbole vivant de la continuité de l’Etat.

Septième signification

La septième signification du drapeau haïtien est celle de l’âme nationale. Tous les idéaux nobles, de grandeur qui ont contribué à faire de nous une nation reconnue et jadis respectée constituent une expression de la conscience nationale ou de l’âme nationale. D’après Kern Délince, “en dépit de nos luttes fratricides et nos comportements aberrants, nous avions gardé un certain nombre de traits positifs qui faisaient l’originalité de notre personnalité: Sentiment de l’honneur, amour passionné de la liberté, acharnement très vif à la souveraineté nationale, goût de l’héroïsme, courage physique et moral, croyance en une vocation messianique de la nation haïtienne.” Qui d’entre nous possède encore ces sentiments! Hélas, tous ces traits positifs ont perdu de leur valeur. Il nous faut les réanimer. Il nous faut retrouver le souffle des grand ancêtres comme aime à le répéter le Professeur Leslie Manigat, ancien président constitutionnel de la République d’Haïti.

Souiller le drapeau, l’insulter par des actes de vagabondage, des actes provenant des fils dénaturés, des renégats, c’est aussi souiller l’âme nationale. En l’espace d’une décade, notre drapeau a été souillé plusieurs fois. Réfléchissons, méditons sur les conséquences insultantes et honteuses d’une telle situation pour notre malheureux pays.

Que Dieu protège notre chère Haïti et notre drapeau!
Miami, le 18 mai 2005.

Rigobert Carty, av.

mercredi, mai 19, 2010

HISTORIQUE DU DRAPEAU HAÏTIEN


Tirée de Beaubrun Ardouin et Marlène R Étienne


Le drapeau est un simple symbole, rien qu’un signe. Mais évoque les souvenirs d’un moment historique. Pour certains un signe de gloire, de fierté, de victoire, de puisssance pour d’autres signe de douleurs, de souffrance, de péripétie, d’oppression. Ce symbole peut également incarne l’idéal d’un peuple ou non. En tout c’est un simple morceau de tissus, mais qui dit long sur notre histoire en tant que Haïtien. Alors je laisse au soin de Beaubrun Ardouin et de Marlène Étienne

Les membres de la nouvelle assemblée ayant repris le titre d’assemblée générale de la partie française de Saint-Domingue et ceux de l’assemblée provinciale du Nord animés contre l’assemblée constituante par rapport au décret du 15 Mai, abandonnèrent la cocarde Nationale Tricolore pour adopter la cocarde Noire, en faisant porter aux troupes blanches des cocardes blanches, jaunes et vertes, signes de l’Aristocratie Française assiégeant en France de replacer la royauté dans les conditions de l’ancien régime.

La formation de deux régiments fut décrétée pour la colonie :
1) Le premier blanc, avec des cravates blanches, noires et rouges, ayant une salamandre au milieu avec les mots : Je vis dans le feu

2) Le second drapeau devient noir, rouge et blanc avec des cravates blanches ayant un Phénix dans le blanc portant ces morts : je renais de ma cendre

3) La coiffure des soldats était un drapeau rond à l’anglaise, avec panache noir et blanc. Ce n’est que plusieurs mois après que ces troupes reçurent des cocardes tricolores et autres insignes de la nationalité française

4) C’est de l’adaptation de ces couleurs qu’est née, parmi le plus grand nombre d’Haïtien, de ceux du Nord surtout, l’idée que le drapeau et la cocarde tricolore représentaient la couleur des trois classes d’hommes habitant Saint-Domingue : Blancs, Mulâtres et Noirs, bien que le drapeau tricolore ait le bleu au lieu de noir.

5) Dans la guerre de l’Indépendance, Dessalines retrancha le blanc du drapeau, pour indiquer que les blancs ne devaient plus faire partie de la nouvelle nation à créer. En 1805, il changea le bleu en noir, et le drapeau haïtien fut noir et rouge.

6) Christophe conserve ce drapeau, Noir et rouge, et en se faisant roi dans le Nord, il adopta un Phénix au milieu de ses armoiries, comme emblème de sa royauté, de son pouvoir avec la même devise : je renais de mes cendres

7) Dessalines, devenu empereur avait adapté le Coq gaulois

8) Pétion en fondant la République, rétablit le bleu et le rouge dans son drapeau . Ces couleurs provenaient du tricolore. Toutes ces choses indiquent l’influence des traditions parmi les peuples

9) Les esclaves révoltés adoptèrent la cocarde blanche et un drapeau blanc. Leurs chefs se décoraient dans le même sens

10) Selon Gros, le costume de Jeannot, généralissime de l’Armée des insurgés était : habit de drap gris, parement jaune, enrichi d’un crochet avec la Croix de Saint-Louis et le cordon rouge, il avait 12 gardes du corps, ceints d’une bandoulière remplie de fleurs de lis

11) Biassou portaient seulement la Croix de Saint Louis et le cordon rouge, plusieurs autres chef subalternes. Toussaint Louverture et d’autres étaient décorés de la Croix et des épaulettes. Leur passeport et leur brevet portaient toujours ces mots : Nous, généraux et brigardiers des armées du Roi, en vertu des pouvoirs qui nous ont été délégués.

12) Jean François prenait le titre de Grand Amiral de France, et Biassou celui de généralissime des pays conquis. Ils qualifiaient leur armée de gens du roi.

13) Les membres de l’assemblée siégeant au Cap avaient adopté en outre de la cocarde noire, d’autres insignes antinationaux. Ceux de l’assemblée générale portaient une écharpe noire, en signe du deuil qu’éprouvait la colonie par les insurrections des deux branches de la race noire, et ceux de l’assemblée provinciale adoptèrent une écharpe rouge en signe du sang européen que ces deux insurrections faisaient verser dans les combats. De telles idées devaient naturellement amener les colons à des résolutions insensées.

Selon différents historiens haïtiens et Marlène Étienne le drapeau de Dessalines, bleu et rouge au moment de la guerre de l’Indépendance était cousu par Catherine Flon, qui serait une mulâtresse. Mais selon Marlène il est difficile d’établir l’existence d’un personnage historique de Catherine Flon.

Selon elle, le 18 Mai à l’Arcahaie que Dessalines, dans un geste violent, arracha la partie blanche du drapeau français et présenta à ses frères et ses sœurs rassemblés les deux côtés, bleu et rouge, formant ainsi le bicolore de la révolution. Il symbolise par cet acte l’exclusion définitive des colons blancs et l’union des mulâtres et des noirs. Catherine Flon aurait été alors chargée de coudre le drapeau. Ainsi prit naissance, l’histoire de Catherine Flon, la belle mulâtresse de l’Archahaie, celle dont les longs cheveux servirent à coudre le drapeau de l’Armée indigène. Les premiers historiens ont tous ignoré ce fait. Catherine a-t-elle vraiment existé?

Selon Joseph Saint-Remy, les chefs de bandes s’embarquaient aux environs de Léogane le 13 mai 1803 sur 5 barques en direction de l’Arcahaie. Ils y déscendirent le 14 mai 1803. Allusion remarquable, car à Léogane se trouve découverte dans la section rurale Petite rivière en plaine, l’existence d’une habitation Flon. Probablement celle Catherine Flon soit originaire.
Sous l’empire de Dessalines on a retrouvé les traces d’un certain Jacques Flon, employé des domaines de l’Ouest. Les registres des actes aux archives nationales restent, mais muets sur Catherine Flon. Probable qu’elle soit été la mère, la sœur, l’épouse ou une parente de Jacques Flon, ou qu’ils aient le même nom de famille. Contrairement à ce que l’on raconte, catherine Flon n’est pas de l’Arcahaie mais de Léogane. Son séjour a été de courte durée à l’Arcahaie. Probable qu’elle ait péri à bord d’une des barques transportant les soldats indigènes de retour vers Léogane, ou qu’elle ait survécu à bord de celle transportant Gangé et les autres vers la terre ferme, suite à leur réunion de l’Archaie.
Tout tient à la tradition que Catherine Flon a été présente à l’Arcahaie pour reconnaître l’autorité de Dessalines. Faute de documentation, l’histoire haïtienne est remplie d’épisodes qui demeurent jusqu’à nos jours de véritables énigmes.
Chose certaine, la confection des drapeaux a fait suite au ralliement survenu autour de la personne et de l’autorité de Dessalines. Ce ralliement a fait suite à un serment de fidélité.

mardi, mai 18, 2010

Mettre fin au jeu du "à qui la faute ?" au sujet de l'esclavage - par Henry Louis GATES Jr.

Grâce à une confluence improbable de l'histoire et de la génétique – le fait qu'il soit afro-américain et président – Barack Obama a une occasion unique de remodeler le débat sur une des questions les plus controversées de l'héritage racial des USA : les réparations. L'idée étant que les descendants des esclaves usaméricains devraient recevoir un dédommagement pour le travail impayé et l'état de servitude de leurs ancêtres.

De nombreux problèmes épineux sont à résoudre avant que nous parvenions à un geste judicieux (même symbolique) qui soit à la hauteur d’un crime aussi soutenu et ignoble. Le plus fastidieux est peut-être de trouver comment déterminer la responsabilité de ceux qui étaient directement impliqués dans la capture et la vente d'êtres humains pour d'énormes profits économiques.

Alors que nous connaissons le rôle joué par les USA et les puissances coloniales européennes comme la Grande-Bretagne, la France, les Pays-Bas, le Portugal et l'Espagne, il y a eu peu de discussion sur le rôle joué par les Africains eux-mêmes. Et ce rôle s'est avéré être considérable, particulièrement pour les royaumes pratiquant la traite d'esclaves en Afrique de l'Ouest et en Afrique centrale. Parmi eux les Akans du royaume Ashanti dans l’actuel Ghana, les Fons d'Abomey (l'actuel Bénin), les Mambatas du Ndongo dans l'Angola d’aujourd’hui et l'empire Kongo de l'actuel Congo, parmi beaucoup d’ autres.

Pendant des siècles, les Européens en Afrique restèrent proches de leurs postes militaires et commerciaux, sur la côte. L'exploration de l'intérieur, foyer de la majeure partie des Africains vendus en esclavage au plus fort de la traite négrière, n'a commencé que lors des conquêtes coloniales. Ce qui explique pourquoi la recherche du Dr David Livingstone par Henry Morton Stanley en 1871 connut un si grand succès : il allait là où aucun homme (blanc) ne s'était jamais rendu.

Comment les esclaves se sont-ils retrouvés dans les forts côtiers ? Les historiens John Thornton et Linda Heywood de l'Université de Boston estiment que 90 % de ceux qui ont été envoyés dans le Nouveau Monde étaient esclaves des Africains puis vendus aux marchands européens. La triste vérité est que sans un partenariat commercial complexe entre les élites africaines, les marchands européens et les agents commerciaux, la traite des esclaves vers le Nouveau Monde n'aurait pas été possible, du moins à l'échelle où elle s'est produite.

Les partisans des réparations pour les descendants de ces esclaves ignorent ce problème souvent négligé, du rôle significatif joué par les Africains, préférant croire à la version idéalisée qui dit que nos ancêtres ont tous été kidnappés inconscients par les hommes blancs diaboliques, comme l'a été Kunta Kinte dans « Racines ». La vérité cependant est bien plus complexe : l'esclavage était une entreprise commerciale, extrêmement organisée et lucrative autant pour les acheteurs européens que pour les vendeurs africains.

Le rôle africain dans le trafic d'esclaves était très bien compris et ouvertement connu de nombreux Afro-Américains même avant la guerre civile. Pour Frederick Douglass, c'était un argument contre les projets de rapatriement des esclaves affranchis. « Les chefs sauvages des côtes ouest de l'Afrique, qui pendant des siècles ont eu l'habitude de vendre leurs prisonniers comme esclaves et d'empocher l'argent pour eux, ne vont plus aussi facilement accepter nos idées morales et économiques comme ils le faisaient avec les trafiquants d'esclaves du Maryland et de Virginie», avait-il prévenu. « C'est pourquoi nous sommes moins portés à partir en Afrique pour agir contre la traite d'esclaves que de rester pour agir depuis ici. »

Il est certain que le rôle des Africains dans le trafic d'esclaves a été fortement réduit après 1807 quand les abolitionnistes, d'abord en Grande-Bretagne puis, un an plus tard, aux USA réussirent à interdire l'importation d'esclaves. Cependant, les esclaves ont continué à être achetés et vendus à l'intérieur des USA et l'esclavage en tant qu'institution n'a pas été aboli avant 1865. Mais la culpabilité des propriétaires de plantations usaméricains n'a jamais ni effacé ni supplanté celle des esclavagistes africains. Ces dernières années, certains dirigeants africains sont devenus plus à l'aise pour discuter de ce passé compliqué que n'ont tendance à l'être les Afro-Américains.

En 1999 par exemple, le Président Mathieu Kerekou du Bénin surprit une assemblée entièrement noire à Baltimore en tombant à genoux et en implorant le pardon des Afro-Américains pour le rôle « honteux » et « abominable » que les Africains ont joué dans la traite. D'autres dirigeants africains, comme Jerry Rawlings du Ghana, ont suivi l'exemple audacieux de M. Kerekou.

Notre récente compréhension de l'envergure de l'implication africaine dans le trafic d'esclaves n'est pas une hypothèse historique. Grâce à la base de données de la traite transatlantique d'esclaves, dirigée par l'historien David Eltis de l'Université Emory, nous savons maintenant à partir de quels ports plus de 450 000 de nos ancêtres africains ont été embarqués pour ce qui est aujourd'hui les USA (la base de données a enregistré 12,5 millions de gens envoyés dans toutes les parties du Nouveau Monde de 1514 à 1866). Environ 16 % des esclaves aux USA venaient de l'est du Nigeria alors que 24 % venaient du Congo et de l'Angola.

A travers les travaux des professeurs Thornton et Heywood, nous savons également que les victimes de la traite d'esclaves étaient essentiellement des membres d'une cinquantaine de groupes ethniques. Cette donnée ainsi que le traçage des ancêtres noirs grâce aux tests ADN, nous donnent une compréhension plus complète des identités des victimes comme de celles de ceux qui ont facilité le trafic d'esclaves africains.

Pour de nombreux Afro-Américains, ces faits peuvent être difficiles à accepter. Toutes les excuses y sont passées, de « les Africains n'étaient pas au courant de la dureté de l'esclavage en Amérique » et « L'esclavage en Afrique était, en comparaison, bien plus humain » ou, dans une version étrange du « Le diable me l'a fait faire » : « Les Africains ne furent embarqués là-dedans que par les profits sans précédent offerts par les avides pays européens. »

Mais la triste vérité est que la conquête et la capture des Africains ainsi que leur vente aux Européens ont été une des ressources principales de devises étrangères pour de nombreux royaumes africains pendant très longtemps. Les esclaves étaient l'exportation principale du royaume de Kongo ; l'empire Ashanti au Ghana exportait des esclaves et utilisait les bénéfices pour importer de l'or. La reine Njinga, la fascinante souveraine du royaume angolais de Matamba au 17ème siècle, mena des guerres de résistance contre les Portugais mais conquit aussi presque 800 km à l'intérieur des terres et vendit ses prisonniers aux Portugais. Quand Njinga se convertit au christianisme, elle vendit des dirigeants religieux traditionnels africains comme esclaves, prétendant qu'ils avaient violé ses nouveaux préceptes chrétiens.

Est-ce que ces Africains connaissaient la dureté de l'esclavage dans le Nouveau Monde ? En fait, beaucoup d'Africains de l'élite ont visité l'Europe à cette époque et ils l'ont fait sur des navires d'esclaves, en suivant les vents dominants et en passant par le Nouveau Monde. Par exemple, quand Antonio Manuel, l'ambassadeur du Kongo au Vatican, s'est rendu en Europe en 1604, il s'est d'abord arrêté à Bahia au Brésil où il s'est arrangé pour faire libérer un compatriote qui avait été asservi à tort.

Les souverains africains envoyaient également leurs enfants à travers ces mêmes routes de l'esclavage pour qu'ils reçoivent une éducation en Europe. Et il y a eu des milliers d'anciens esclaves qui sont revenus pour s'installer au Liberia et en Sierra Leone. En d'autres mots, le Passage du Milieu (traversée de l'Atlantique par les esclaves) était parfois une voie à double sens. Dans ces circonstances, il paraît difficile d'affirmer que les Africains étaient ignorants ou innocents.

Étant donné cette histoire remarquablement compliquée, le problème avec les réparations n'est pas tant de savoir si c'est une bonne idée ou de décider qui en bénéficiera mais peut-être plutôt de savoir de qui vont venir ces réparations.

Alors comment le Président Obama peut-il démêler le nœud ? Dans le nouveau livre de David Remnick « The Bridge : The Life and Rise of Barack Obama » (La passerelle : la vie et l'ascension de Barack Obama), un des anciens étudiants du président à l'Université de Chicago explique les sentiments mitigés de M. Obama concernant le mouvement des réparations : « Il nous a dit ce qu'il pensait des réparations. Il était entièrement d'accord avec la théorie des réparations mais en pratique, il ne pensait pas que ce soit vraiment réalisable. »

Au sujet de l'aspect pratique, le professeur Obama a peut-être plus raison qu'il ne le croit. Heureusement, avec le Président Obama, enfant d'un Africain et d'une Américaine, nous avons enfin un dirigeant qui se trouve dans la position unique de réconcilier le grand clivage des réparations. Il se trouve à la meilleure place pour pouvoir attribuer publiquement les responsabilités et culpabilités aux bonnes personnes, aux blancs et aux noirs, des deux côtés de l'Atlantique, tous les deux complices d'un des plus grands maux de l'histoire de la civilisation. Et parvenir à cette compréhension est une condition préalable vitale à un accord juste et durable sur la question controversée des réparations de l'esclavage.

Article paru dans The New-York Times du 22 avril 2010
Source : Ending the Slavery Blame-Game

Traduit de l’anglo-américain par Isabelle Rousselot – Edité pour Tlaxcala par Fausto Giudice
Source de la version française : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=10506&lg=fr

HISTOIRE DU DRAPEAU HAÏTIEN

1697 Le drapeau français flotte sur la colonie française de Saint-Domingue durant plus d’un siècle jusqu’en février 1803. Le leader Noir, précurseur de l’indépendance, Toussaint Louverture, adopte en 1798 le tricolore français. En janvier 1801 il est nommé gouverneur et dirige l’île toute entière, puis par la constitution du 8 juillet 1801, devient Gouverneur à vie. En juin 1802, Toussaint Louverture est fait prisonnier par Napoléon Bonaparte et déporté en France où il meurt.

1803 En février 1803, à Petite Rivière de l’Artibonite, Jean-Jacques Dessalines, le chef des insurgés Noirs et Alexandre Pétion, le leader des Mulâtres, décident de ne plus combattre aux côtés des Français. Lors du Congrès de l’Arcahaie, le 18 mai 1803, Dessalines ôte la bande blanche de l’emblème colonial pour donner naissance au premier étendard haïtien symbolisant l’union des Mulâtres et des Noirs dans la lutte pour leur liberté. Il y fait inscrire la devise « Liberté ou la Mort ». Dessalines est alors nommé Général en chef de l’armée de l’insurrection. Catherine Flon, belle-fille de l’épouse de Dessalines, est chargée de recoudre les deux bandes, bleu et rouge.

1804 Le 18 novembre 1803, la capitulation des troupes françaises à Vertières scelle l’indépendance d’Haïti. Le 1er janvier 1804, les chefs de la Révolution décident de changer le drapeau en disposant horizontalement les couleurs. C’est le premier drapeau officiel de la République libre et indépendante. La Constitution de 1843 confirme ce drapeau bicolore horizontal (article 192).

1805 Le 8 octobre 1804, Dessalines se proclame empereur sous le nom de Jacques 1er. Il adopte alors, le 20 mai 1805, un nouveau drapeau noir et rouge vertical. Ces couleurs symbolisent les mots : la "Liberté" (rouge) ou la "Mort" (noir).

1806 Après les événements du 17 octobre 1806 au Pont Rouge, où est assassiné Jean-Jacques Dessalines, le pays, durant 14 ans, se divise en deux parties, d’une part le Nord et d’autre part, le Sud et l’Ouest, gouvernées respectivement par Alexandre Pétion et Henri Christophe. Alexandre Pétion redessine le drapeau cette même année, reprenant le bleu et le rouge de 1804 en y ajoutant « L’Union fait la force » et un carré d’étoffe blanche au milieu duquel furent placées les armes de la République ornées du bonnet de la liberté (bonnet phrygien). Ce drapeau flotta au-dessus du Palais National durant 158 années jusqu’en 1964.

1811 Le 27 décembre 1806, le Général Henri Christophe, est nommé président et est reconnu par le Nord, le Nord-Ouest et plus tard, en 1807, par l’Arbonite. Le 28 mars 1811, il s’est proclamé roi sous le nom de Henri Ier (1811-1820). L’Empereur conserve les couleurs de l’étendard impérial du Royaume du Nord (1805) mais en glissant la bande rouge du côté du mât avec au milieu, un écusson muni d’un phénix surmonté de cinq étoiles d’or sur fond bleu. Une couronne est disposée au-dessus du phénix et dans le cercle, une inscription latine ’ex cinerebus nascitur’ "des cendres, je renaîtrai". Le royaume d’Henri Ier est supprimé en 1818 suite à la conquête du Nord par Alexandre Pétion, proclamé président le 19 mars 1807, et qui impose le drapeau bleu, rouge, horizontal. Jean-Pierre Boyer lui succède le 8 octobre 1820 mais conserve le même drapeau.

1822 Le 9 février 1822, Jean-Pierre Boyer annexe la partie espagnole de l’île (à présent République Dominicaine) laquelle, quelques mois auparavant, le 30 novembre 1821, proclame son indépendance de l’Espagne sous le nom de "Republica del Haiti espanol" "République d’Haïti Espagnol" et parallèlement, son union avec la Grande Colombie. Le drapeau de la République d’Haïti Espagnol est hissé dès les premières semaines de 1822 mais c’est le drapeau de la Grande Colombie de l’époque. Une République que Boyer ne tarde pas à dissoudre.

1849 Une tentative de réhabilitation du drapeau noir et rouge, entreprise en 1844, est un échec. En 1847, Faustin Soulouque est élu président et en 1849, se proclame empereur sous le nom de Faustin Ier (1849-1859). Dans sa Constitution de 1849, il adopte le drapeau bleu et rouge mais remplace les armoiries par un écusson. L’Empire de Faustin 1er se termine le 15 Janvier 1859 et les armes de la République retrouvent leur place initiale, au centre du drapeau.

1964 François Duvalier, Papa Doc, est élu président en 1957 et en 1960, s’empare de tous les pouvoirs. En 1963 il crée le parti unique. Une nouvelle Constitution est adoptée le 25 mai 1964, laquelle adopte le drapeau noir et rouge. Ce dernier est officiellement confirmé le 21 juin 1964. Cependant, les armoiries de la République sont conservées. Duvalier meurt le 21 avril 1971 et est remplacé par son fils, Jean Claude, proclamé président à vie. A la suite d’une révolte populaire, Jean Claude quitte le pouvoir en février 1986.

1986 Le 17 février 1986, 10 jours après le départ de Jean-Claude Duvalier, la nation adopte de nouveau le bleu et rouge qui est ratifié un an plus tard, le 29 Mars 1987, lors du plébiscite sur la Constitution de 1987.

1 mai 1802, Proclamation de Basse Terre (Guadeloupe)


« A L'UNIVERS ENTIER LE DERNIER CRI DE L'INNOCENCE ET DU DÉSESPOIR »

C'est dans les plus beaux jours d'un siècle à jamais célèbre par le triomphe des lumières et de la philosophie, qu'une classe d'infortunés qu'on veut anéantir se voit obligée d'élever sa voix vers la postérité pour lui faire connaître, lorsqu'elle aura disparu, son innocence et ses malheurs.

Victime de quelques individus altérés de sang, qui ont osé tromper le gouvernement français, une foule de citoyens, toujours fidèles à la patrie, se voit enveloppée dans une proscription méditée par l'auteur de tous ses maux. Le général Richepance, dont nous ne connaissons pas l'étendue des pouvoirs puisqu'il ne s'annonce que comme général d'armée, ne nous a encore fait connaître son arrivée que par une proclamation, dont les expressions sont si bien mesurées que, lors même qu'il promet protection, il pourrait nous donner la mort, sans s'écarter des termes dont il se sert. A ce style, nous avons reconnu l'influence du contre-amiral Lacrosse, qui nous a juré une haine éternelle... Oui, nous aimons à croire que le général Richepance, lui aussi, a été trompé par cet homme perfide, qui sait employer également les poignards et la calomnie.

Quels sont les coups d'autorité dont on nous menace ? Veut-on diriger contre nous les baïonnettes de ces braves militaires, dont nous aimions calculer le moment de l'arrivée et qui naguère ne les dirigeaient que contre les ennemis de la République ? Ah ! Plutôt, si nous en croyons les coups d'autorité déjà frappés au Port-de-la-Liberté, le système d'une mort lente dans les cachots continue à être suivi. Eh bien ! Nous choisissons de mourir plus promptement.

Osons le dire, les maximes de la tyrannie la plus atroce sont surpassées aujourd'hui. Nos anciens tyrans permettaient a un maître d'affranchir son esclave, et tout nous annonce que, dans le siècle de la philosophie, il existe des hommes, malheureusement trop puissants par leur éloignement de l'autorité dont ils émanent, qui ne veulent voir d'hommes noirs ou tirant leur origine de cette couleur, que dans les fers de l'esclavage.

Et vous, Premier Consul de la République, vous guerrier philosophe de qui nous attendions la justice qui nous était due, pourquoi faut-il que nous ayons à déplorer notre éloignement du foyer d'où partent les conceptions sublimes que vous nous avez si souvent fait admirer ! Ah ! sans doute un jour vous connaîtrez notre innocence ; mais il ne sera plus temps et des pervers auront déjà profité des calomnies qu'ils ont prodiguées contre nous pour consommer notre ruine.

Citoyens de la Guadeloupe, vous dont la différence de l'épiderme est un titre suffisant pour ne point craindre les vengeances dont on nous menace - â moins qu'on ne veuille vous faire un crime de n'avoir pas dirigé vos armes contre nous -, vous avez entendu les motifs qui ont excité notre indignation.

La résistance à l'oppression est un droit naturel.

La divinité même ne peut être offensée que nous défendions notre cause ; elle est celle de la justice et de l'humanité : nous ne la souillerons pas par l'ombre même du crime. Oui, nous sommes résolus à nous tenir sur une juste défensive ; mais nous ne deviendrons jamais les agresseurs. Pour vous, restez dans vos foyers ; ne craignez rien de notre part. Nous vous jurons solennellement de respecter vos femmes, vos enfants, vos propriétés, et d'employer tous nos moyens à les faire respecter par tous.

Et toi, postérité ! accorde une larme à nos malheurs et nous mourrons satisfaits."

Le commandant de la Basse-Terre,

Louis DELGRES