mardi, juillet 17, 2007

A PART ENTIERE

Jean Pierre Brax vous invite à la projection de son documentaire : A part entière, le dimanche 22 juillet à 19 h au ciné la Générale.

22 rue du général Lassalle, Métro Belleville, entrée gratuite dan sla limite des places disponibles.


A PART ENTIERE


SYNOPSIS

Qu’est-ce qu’être français aujourd’hui ? Qu’est-ce qui légitime certains citoyens français à se croire plus français que d’autres ?

A quand une vraie reconnaissance par la République des minorités ethniques et culturelles qui font la diversité et la richesse de la population française ? Peut-on parler sans hypocrisie de cohésion nationale ? Beaucoup de questions. Beaucoup de réponses possibles. Cela dit, une chose est certaine : tout comme la première communauté afro française de l’histoire que sont les antillo-guyanais vivant en France métropolitaine, toutes les communautés partagent la même revendication. Elles veulent jouir du respect et des droits qui font d’eux des citoyens français à part entière.

PLAN DU DOCUMENTAIRE

Chapitre n°1 : Etat des lieux

1/ Un racisme de plus en plus décomplexé

2/ Trois courants communautaires

· L’approche « thérapeutique ».

· L’approche idéologique.

· L’approche politique.

3/ Deux revendications

· Le besoin de se voir à la télévision et au cinéma.

· Le besoin d’investir les lieux du pouvoir politique.

Chapitre n°2 : Les noirs au « pouvoir »

1/ Le Conseil Régional d’Ile de France et l’affaire des billets d’avions.

2/ Quelle solution pour les « français basanés » de France métropolitaine ?

Chapitre n° 3 : Quel avenir pour la nation française ?

· Les pessimistes

· Les optimistes


samedi, avril 07, 2007

M. Le Pen veut miser sur les Français d'origine étrangère

ean-Marie Le Pen s'est rendu vendredi 16 février au cimetière chinois de Noyelles-sur-Mer (Somme). Un cimetière dont peu de Français connaissent l'existence mais où sont enterrés 838 "coolies" recrutés par l'armée britannique entre 1917 et 1919. Alliée à la France pour combattre l'Allemagne, la Grande-Bretagne les avait fait venir de Chine du Nord pour s'occuper du déchargement des trains et des navires, creuser les tranchées, prendre soin des chevaux de sa cavalerie et plus tard dégager les mines. Un morceau d'histoire pour les Chinois de France auquel le président du Front national (FN) s'est adressé.

Depuis plusieurs mois, M. Le Pen n'en finit plus de faire des clins d'œil aux Français d'origine étrangère. Son premier grand geste remonte au 20 septembre à Valmy. Ce jour-là, il s'était tourné vers cet électorat pour lui demander de le rallier : "Français d'origine étrangère, je vous invite à nous rejoindre. Vous que nous avions si bien su assimiler par le passé, quand notre beau pays suscitait désir et respect, avant que les ravages de Mai 68 n'aient répandu partout la haine de ce qui est français, la détestation de l'autre et de soi", leur avait-il lancé en posant comme principe à ce ralliement l'assimilation et non l'intégration.
"Dans la mesure où vous respectez nos coutumes et nos lois, dans la mesure où vous n'aspirez qu'à vous élever dans ce pays par le travail, nous sommes prêts (...) à vous fondre dans le creuset national et républicain, avec les mêmes droits, mais aussi les mêmes devoirs", avait-il insisté.

Il a par la suite donné son aval à une campagne d'affiches mettant en scène une jeune fille martiniquaise mais dont le look évoque autant une beurette qu'une jeune métisse africaine. Et avait donné son accord à la visite de Dieudonné à la fête des Bleu-Blanc-Rouge le 11 novembre. On pouvait d'ailleurs remarquer la présence à cette même fête d'un chanteur camerounais, Patrice Nouma, venu promouvoir son disque intitulé Si tu n'aimes pas la France, sors de la France. Une première pour les frontistes, qui n'ont pas tous été séduits comme le montrait un autocollant de Terre et Peuple, une association ethniciste proche du FN qui clamait : "La terre des peuples africains, c'est l'Afrique... L'Europe, c'est la terre des Européens."

"CANDIDAT DES AFRO-EUROPÉENS"

Cela fait plusieurs années, explique Marine Le Pen, la directrice stratégique de la campagne, que le FN note l'existence d'un vote de Français issus de l'immigration en sa faveur. Mais, selon Olivier Martinelli, le directeur de cabinet de M. Le Pen, c'est depuis les révoltes des banlieues de 2005 que ce dernier est persuadé de l'existence d'un vrai potentiel électoral. Et que s'y intéresser entraînerait de toutes les façons, par ricochet, une dédiabolisation. A cette époque, il avait été frappé par un reportage dans les cités montrant une Française d'origine maghrébine se plaignant des "voyous" et affirmant qu'elle "voterait Le Pen". Depuis, l'essayiste Alain Soral, ami de Dieudonné, aujourd'hui conseiller des Le Pen père et fille, l'a également convaincu d'un vote "révolutionnaire" en sa faveur en cas de face-à-face avec Nicolas Sarkozy au second tour.

Une analyse confortée par différentes déclarations, dont celle en octobre sur France 5 du rappeur noir Rost, animateur de Banlieues actives, selon laquelle "si un second tour oppose Sarkozy à Le Pen, moi ce coup-ci, je vote Le Pen !". Ce même Rost qui, accompagné d'une équipe de son association, a rencontré, jeudi 15 février, dans le cadre d'une tournée auprès des candidats à la présidentielle Jean-Marie Le Pen. Reste toutefois pour le président du FN à transformer ce vote de "rupture avec le système" en vote d'adhésion.

Une tâche à laquelle participe Ahmed Moualek sur son site Internet La Banlieue, ainsi que Dieudonné qui ne cesse d'inviter ses fans à lire le discours de Valmy. Ce dernier s'est également fait récemment le porte-voix du président du FN auprès de la communauté antillaise en reprenant abondamment dans des conférences de presse une déclaration de M. Le Pen sur France 5 sur le fait que "depuis la révolution" en Martinique, rien n'avait changé, elle "appartient encore pratiquement totalement aux Békés". Des mots qui, aux yeux de Dieudonné, font de M. Le Pen "le candidat des Afro-Européens".

Christiane Chombeau
(c) LeMonde 17-02-07

M. Le Pen veut miser sur les Français d'origine étrangère

ean-Marie Le Pen s'est rendu vendredi 16 février au cimetière chinois de Noyelles-sur-Mer (Somme). Un cimetière dont peu de Français connaissent l'existence mais où sont enterrés 838 "coolies" recrutés par l'armée britannique entre 1917 et 1919. Alliée à la France pour combattre l'Allemagne, la Grande-Bretagne les avait fait venir de Chine du Nord pour s'occuper du déchargement des trains et des navires, creuser les tranchées, prendre soin des chevaux de sa cavalerie et plus tard dégager les mines. Un morceau d'histoire pour les Chinois de France auquel le président du Front national (FN) s'est adressé.

Depuis plusieurs mois, M. Le Pen n'en finit plus de faire des clins d'œil aux Français d'origine étrangère. Son premier grand geste remonte au 20 septembre à Valmy. Ce jour-là, il s'était tourné vers cet électorat pour lui demander de le rallier : "Français d'origine étrangère, je vous invite à nous rejoindre. Vous que nous avions si bien su assimiler par le passé, quand notre beau pays suscitait désir et respect, avant que les ravages de Mai 68 n'aient répandu partout la haine de ce qui est français, la détestation de l'autre et de soi", leur avait-il lancé en posant comme principe à ce ralliement l'assimilation et non l'intégration.
"Dans la mesure où vous respectez nos coutumes et nos lois, dans la mesure où vous n'aspirez qu'à vous élever dans ce pays par le travail, nous sommes prêts (...) à vous fondre dans le creuset national et républicain, avec les mêmes droits, mais aussi les mêmes devoirs", avait-il insisté.

Il a par la suite donné son aval à une campagne d'affiches mettant en scène une jeune fille martiniquaise mais dont le look évoque autant une beurette qu'une jeune métisse africaine. Et avait donné son accord à la visite de Dieudonné à la fête des Bleu-Blanc-Rouge le 11 novembre. On pouvait d'ailleurs remarquer la présence à cette même fête d'un chanteur camerounais, Patrice Nouma, venu promouvoir son disque intitulé Si tu n'aimes pas la France, sors de la France. Une première pour les frontistes, qui n'ont pas tous été séduits comme le montrait un autocollant de Terre et Peuple, une association ethniciste proche du FN qui clamait : "La terre des peuples africains, c'est l'Afrique... L'Europe, c'est la terre des Européens."

"CANDIDAT DES AFRO-EUROPÉENS"

Cela fait plusieurs années, explique Marine Le Pen, la directrice stratégique de la campagne, que le FN note l'existence d'un vote de Français issus de l'immigration en sa faveur. Mais, selon Olivier Martinelli, le directeur de cabinet de M. Le Pen, c'est depuis les révoltes des banlieues de 2005 que ce dernier est persuadé de l'existence d'un vrai potentiel électoral. Et que s'y intéresser entraînerait de toutes les façons, par ricochet, une dédiabolisation. A cette époque, il avait été frappé par un reportage dans les cités montrant une Française d'origine maghrébine se plaignant des "voyous" et affirmant qu'elle "voterait Le Pen". Depuis, l'essayiste Alain Soral, ami de Dieudonné, aujourd'hui conseiller des Le Pen père et fille, l'a également convaincu d'un vote "révolutionnaire" en sa faveur en cas de face-à-face avec Nicolas Sarkozy au second tour.

Une analyse confortée par différentes déclarations, dont celle en octobre sur France 5 du rappeur noir Rost, animateur de Banlieues actives, selon laquelle "si un second tour oppose Sarkozy à Le Pen, moi ce coup-ci, je vote Le Pen !". Ce même Rost qui, accompagné d'une équipe de son association, a rencontré, jeudi 15 février, dans le cadre d'une tournée auprès des candidats à la présidentielle Jean-Marie Le Pen. Reste toutefois pour le président du FN à transformer ce vote de "rupture avec le système" en vote d'adhésion.
Une tâche à laquelle participe Ahmed Moualek sur son site Internet La Banlieue, ainsi que Dieudonné qui ne cesse d'inviter ses fans à lire le discours de Valmy. Ce dernier s'est également fait récemment le porte-voix du président du FN auprès de la communauté antillaise en reprenant abondamment dans des conférences de presse une déclaration de M. Le Pen sur France 5 sur le fait que "depuis la révolution" en Martinique, rien n'avait changé, elle "appartient encore pratiquement totalement aux Békés". Des mots qui, aux yeux de Dieudonné, font de M. Le Pen "le candidat des Afro-Européens".

Christiane Chombeau
(c) LeMonde 17-02-07

Lettre ouverte à tous les candidats à l’élection présidentielle française



Mesdames, Messieurs,

Durant la période esclavagiste les représentants de l’Etat français en MARTINIQUE et à SAINTE LUCIE ont pris le 4 août 1766 une ordonnance pour imposer aux propriétaires de vaisseaux de bâtiments et goélettes de ces deux îles un drapeau.

Ce décret prévoit que : "Tous les propriétaires de vaisseaux, bâtiments, goélettes et bateaux de la Martinique et de Sainte-Lucie feront pourvoir leurs bâtiments d’un pavillon bleu avec une croix qui partagera le dit pavillon en quatre ; dans chaque carré bleu, et au milieu du carré, il y aura la figure d’un serpent en blanc, de façon qu’il y aura quatre serpents en blanc dans le dit pavillon, qui sera reconnu dorénavant pour celui de la Martinique et de Sainte-Lucie."

A partir de cette date, ce drapeau a flotté sur les navires de ceux qui se livrait à la traite négrière transatlantique, devenant ainsi l’un des symboles les plus évidents de l’esclavagisme chez nous tout comme la croix gammée est devenue le symbole du nazisme en Europe et dans le monde.

Ce drapeau flotte sur toutes les habitations des descendants des esclavagistes communément appelés békés qui constituent une caste blanche raciste pratiquant l’endogamie et l’apartheid social.

Mais il se trouve également apposés sur les édifices publics de la république française tels celui de la préfecture et de l’hôtel de police où il est même gravé dans le mur. Pire, depuis quelques temps, les gendarmes présents en Martinique portent des costumes spéciaux sur lequel ce symbole honni a été apposé.

On imagine mal la république française offrir à ces représentants de l’ordre un costume comportant une croix gammée symbole du nazisme.

Alors pourquoi cette exception martiniquaise ?

Au nom de quoi, la république française nous impose t-elle de souffrir en permanence la présence sur des édifices et des hommes censés faire régner l’ordre un symbole esclavagiste ?

Pourquoi la république française estime t-elle nécessaire de faire ainsi l’apologie de la traite négrière et de l’esclavage des Noirs qu’elle a reconnu elle-même comme étant un crime contre l’humanité.

Le MODEMAS n’a cessé de dénoncer ces pratiques attentatoires aux droits fondamentaux des Martiniquais quotidiennement insultés, bafoués et néantisés par l’Etat français.

D’ailleurs c’est quand le MODEMAS a demandé le retrait de ce drapeau esclavagiste sur les édifices publics que le Ministre de l’intérieur l’a fait apposer sur l'uniforme des gendarmes présents en Martinique dans le même esprit qui a présidé la loi de la honte sur les effets positifs de la colonisation.

L’élection présidentielle française est l’occasion pour les petites filles et petits fils d’esclaves que nous sommes, d’interpeller tous les candidats de quel bord qu’il soit sur cette question et de leur demander au nom des droits de l’homme de s’engager à retirer et à faire retirer où qu’ils se trouvent en Martinique ces symboles esclavagistes afin de mettre fin à cet infini mépris à l’encontre de notre peuple.


C. DUHAMEL
Secrétaire nationale du MODEMAS



vendredi, avril 06, 2007

FRANCE - Sur la traite négrière : Les candidats à la présidentielle interpellés

La Fondation européenne du mémorial de la traite des Noirs interpelle les candidats à la présidentielle française sur «l’absence», dans les débats de la campagne électorale, de la «reconnaissance de la traite négrière», annonce un communiqué transmis lundi dernier à l’Aps. «Plus de 150 ans après l’abolition définitive de l’asservissement des Noirs, il importe de donner corps et âme à la reconnaissance» de la traite négrière, ajoute le communiqué.

La Fondation européenne du mémorial de la traite des Noirs appelle à la «reconnaissance» de la traite négrière «par de réels projets de transmission et des actions pédagogiques visant à réduire les inégalités et à réconcilier les communautés». Rappelant que la reconnaissance de la traite négrière «a fait l’objet de vifs débats ces deux dernières années», la fondation considère aussi qu’elle «est au cœur du contrat républicain, donc du vivre ensemble». Elle a décidé de «soumettre un pacte Mémoire et histoire qui constitue un engagement de la part des candidats à mettre en place une politique"

source

mardi, février 13, 2007

Restituer des oeuvres d'art... mais à qui ?

Le 5 février, l'Unesco organisait une rencontre à Paris sur un thème à l'intitulé prudent et passe-partout : "Mémoire et universalité, de nouveaux enjeux pour les musées." Mais le sujet, sur lequel les participants étaient conviés à débattre, était loin d'être académique : les musées doivent-ils restituer les oeuvres aux pays où elles ont été créées, ces derniers les considérant comme des éléments constitutifs de leur identité ?

L'actualité est en effet brûlante. Des pièces antiques appartenant au Musée Getty, de Los Angeles, sont réclamées par l'Italie. Le retour des frises du Parthénon, que l'on peut admirer au British Museum de Londres, est un vieux cheval de bataille de la Grèce. Plusieurs pièces précolombiennes sont revendiquées par les pays sud-américains. Et nombre de pays africains estiment que leur patrimoine, disséminé dans des musées du monde entier, doit retourner chez eux.
Sur le podium de l'Unesco se trouvaient des responsables de musées occidentaux, riches en pièces "venues d'ailleurs" : Henri Loyrette, du Louvre, Neil MacGregor, du British Museum, Mikhaïl Piotrovsky, pour l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, Richard West, du Musée des American Indian de Washington. Il y avait aussi des universitaires (le Guatémaltèque Juan Antonio Valdés et le Français Krzystof Pomian), la représentante du comité de déontologie de l'ICOM, le Conseil international des musées (l'Australienne Bernice Murphy) et le directeur de l'Ecole du patrimoine africain à Porto-Novo, au Bénin (Alain Godonou).
Les échanges se sont bornés à des généralités pertinentes. Chaque invité dans son rôle. L'Europe parlant d'universalité, l'Australie de technologies nouvelles à mettre au service des peuples - les oeuvres chez nous, leur représentation virtuelle dans les "pays sources" -, les Etats-Unis d'espace civique, l'Amérique latine de rééquilibrage des échanges Nord-Sud et l'Afrique - la plus pugnace - en posture d'éternelle victime.
Tout était juste, rien n'était dit. Au point de se perdre dans les différentes demandes de restitution. Car ces dernières, de registre très différent, appellent des solutions diverses. Il y a d'abord le pillage archéologique récent et avéré. Le Musée Getty s'est mis dans une mauvaise situation en refusant la restitution à l'Italie de plusieurs oeuvres pillées - dont une statue d'Aphrodite en marbre et un bronze, l'Athlète triomphant - dont le parcours clandestin a été parfaitement reconstitué.
Autre cas de figure : la pièce revendiquée a quitté le pays source depuis longtemps et "légalement", faisant désormais partie du patrimoine de son nouveau propriétaire. Le cas le plus célèbre - et le plus conflictuel - est celui des frises du Parthénon, au British Museum. Elles ont été enlevées en 1801 par Lord Elgin sur les ruines de l'Acropole d'Athènes. Le Britannique disposait d'un firman (une autorisation officielle) du sultan turc (l'autorité légale à l'époque) pour entreprendre ce dépeçage. Le gouvernement grec conteste ce point et réclame avec obstination ce qu'il considère comme étant un élément central de son identité culturelle.
La plupart des musées occidentaux gardent un silence prudent sur ce cas d'école. Leurs salles sont en effet garnies d'oeuvres qui ont souvent une histoire similaire : la Vénus de Milo ou la Victoire de Samothrace, sculptures acquises par la France et conservées au Louvre, ou le temple de Pergame (aujourd'hui Bergama, en Turquie), démonté par les archéologues allemands et remonté à Berlin. Et la Grèce, plus que jamais, fait du retour au pays de son patrimoine antique une priorité. Son refus de prêter au Louvre, sous prétexte de fragilité, une statue qui devait constituer un des fleurons d'une exposition consacrée au sculpteur Praxitèle, à partir du 23 mars, n'est-elle pas une manifestation de sa mauvaise humeur ?
D'autres pays se montrent également offensifs. La Colombie, l'Equateur, le Pérou interviennent de plus en plus fréquemment dans les capitales occidentales, lors de ventes aux enchères, pour réclamer des pièces qui seraient sorties illégalement de leurs pays. Si un objet "exfiltré" au XIXe siècle par des huaqueros (pilleurs de tombes) ne pose pas trop de problème, il devient "brûlant" dès qu'on se rapproche de la période contemporaine. Quelle est la date "limite" au-delà de laquelle une restitution est exigible : 1970 - date de la signature de la convention de l'Unesco qui codifie la circulation et la protection des objets d'art, mais n'est pas rétroactive - ou celle des lois locales, souvent plus précoces, mais peu respectées et rarement reconnues sur le plan international ?

COLONISATION ET PERTE DE MÉMOIRE
Pour l'Afrique, le problème est encore plus complexe. Le continent, constatent beaucoup de spécialistes africains, a été soumis à la traite négrière, puis colonisé. Il a, de ce fait, perdu l'essentiel de son patrimoine. Cette privation équivaut à une perte de mémoire. Si le drame atroce de la traite qui a vu la déportation de millions d'africains a peu touché son patriomoine matériel, la période de colonisation a largement coïncidé avec l'évaporation de ce patrimoine. Qu'il soit détruit, pillé ou vendu.
Un grand nombre de sculptures, après être passées entre les mains de collectionneurs privés (et d'abord celles des artistes, Picasso, Matisse ou Derain), se retrouvent aujourd'hui dans les musées occidentaux, notamment celui du Quai Branly, en France. Certains militent pour une restitution. Mais à qui rendre ces objets qui font aussi partie du patrimoine mondial et qui doivent donc être conservés, étudiés et exposés dans de bonnes conditions ? Les colonisateurs avaient créé sur place des musées - celui de Dakar, par exemple, l'un des plus prestigieux de l'ouest africain. Aujourd'hui, ces établissements, peu fréquentés, font peine à voir. Leurs collections se sont autodétruites faute de soins et de crédits. Elles ont également été vendues par des conservateurs indélicats ou jamais payés par les divers gouvernements africains pour lesquels un musée n'est pas une priorité. Faut-il inventer, pour le continent africain, un autre système que celui des musées pour préserver son patrimoine ? Peut-être. Mais lequel ?
Le travail que fait Alain Godonou à Porto-Novo est essentiel. Pour la première fois, une institution africaine, indépendante des pouvoirs en place, forme des professionnels, donne des expertises, entreprend des actions de sensibilisation à ce patrimoine. Il faut avouer cependant que le processus n'en est qu'à ses débuts. Doit-on, dès aujourd'hui, prendre le risque de restituer des objets susceptibles de disparaître ou de reprendre le chemin du marché ? Encore une question sans réponse. Et qui n'a pas été posée à l'Unesco.

Emmanuel de Roux

lundi, mai 29, 2006

Esclaves et Colonies

LUNDI 29 MAI

Esclaves et Colonies (1/5)

D'un marché à l'autre, les fers aux pieds

Au hasard des lectures, on tombe sur un chiffre ou plutôt sur une proposition de deux chiffres et un abîme s'ouvre devant vous. Il s'agit du nombre d'esclaves noirs emmenés aux Amériques et aux Antilles au cours des siècles d'esclavage. Selon les historiens, le nombre varie de six à cinquante millions. Pourquoi une telle différence ? Il est rattaché au mode de calcul, les uns ne comptabilisant que les esclaves arrivés à destination, les autres tentant d'affiner leur estimation en tenant compte de tous ceux et celles qui, pour bien des raisons, auront péri avant, soit sur le sol africain au moment des rafles, soit en mer au moment de la traversée sur les bateaux négriers.

Le coup d’envoi de ce commerce sera donné par les monarques espagnols, qui accorderont en 1501 la permission à leurs colons des Caraïbes d'importer des esclaves noirs. Dès lors, les grandes puissances de l’époque, l’Angleterre, le Portugal et la France en tête, suivis de l’Espagne, de la Hollande et du Danemark, vont intensifier la traite négrière à travers un réseau maritime triangulaire.


Entretiens

Pour ouvrir cette semaine consacrée à l'esclavage, nous vous proposons d'entendre en nouvelle diffusion l'entretien que Jacques Mouriquand a eu il y a quelques mois auprès de Thomas David, professeur-assistant à l'Institut d'Histoire Economique et Sociale de l'Université de Lausanne et co-auteur d'un ouvrage collectif paru aux éditions Antipodes à Lausanne La Suisse et l'esclavage des Noirs. En quoi la Suisse peut-elle avoir été impliquée dans cette affaire ? Et tout d'abord un premier point de repère ? De quelle époque s'agit-il ?



Notre deuxième entretien est avec Marcel Dorigny, docteur ès lettres et maître de conférence au département d'histoire de l'université Paris VIII, spécialiste des colonies sous l'Ancien Régime, de l'esclavage et des abolitionnismes. Marcel Dorigny est également rédacteur en chef de la revue Dix-huitième siècle et vice-président de l'Association pour l'étude de la colonisation européenne 1750-1850. Il est l’auteur de : Société des amis des Noirs, 1788-1799 : Contribution a l'histoire de l'abolition de l'esclavage (Unesco, 1998)
Le comité pour la Mémoire de l’Esclavage Archives de l'UNESCO traitant de l'Esclavage

MARDI 30 MAI

Esclaves et colonies (2/5)

D'un marché à l'autre, les fers aux pieds

Perles Noires XVème siècle, à l'aube des grandes découvertes géographiques, les pays d'Europe s'apprêtent à faire un immense bond en avant. La production marchande va croissant, la pénurie de matières premières, de métaux précieux grandit. Les négociants rêvent d'établir des contacts directs avec les marchés d'épices, sans passer par la Méditerranée. Des îles fantastiques, bourrées d'or et d'argent, vers lesquelles il semble facile de frayer une route, apparaissent sur les cartes. La navigation connaît un essor sans précédent, on fait des projets. On se prend à rêver d'atteindre les Indes par mer, en contournant l'Afrique par le sud et en traversant l'Océan Indien.


MERCREDI 31 MAI

Esclaves et colonies (3/5)

D'un marché à l'autre, les fers aux pieds

Un affranchissement en impasseA l'époque coloniale, il y a près de 800 plantations en Haïti. Un demi-million d'esclaves travaillent dans les champs de canne à sucre. Saint-Domingue est alors la colonie la plus prospère du Nouveau Monde. Elle fournit les trois-quarts de la production mondiale de sucre.
Pierre-Dominique Toussaint Louverture (1743 – 1803), esclave affranchi à 33 ans, a été le plus grand dirigeant de la Révolution haïtienne. Il est devenu par la suite gouverneur de Saint-Domingue (le nom d'Haïti à l'époque). A quoi ressemblait une plantation coloniale ? A-t-on quelques chances d'en trouver trace ici en Haïti, lors même qu'il y a peu de temps, elles emplissaient le paysage ?
JEUDI 1er JUIN

Esclaves et colonies (4/5)

D'un marché à l'autre, les fers aux pieds

L’AbolitionnisteDès le XVIème siècle, pour exploiter les immenses richesses du nouveau monde, il faut de la main d’œuvre. Les bateaux quittent les ports européens chargés de marchandise à bon marché, bibeloterie mais aussi alcool et armes. En Afrique, celles-ci sont échangées à des potentats locaux, échangées contre des hommes. Mais combien peut valoir un esclave ? A quelle circonstance peut-on relier le phénomène de l'esclavage ? Pourquoi spécifiquement l'Afrique ?
Au cœur du Panthéon repose un homme sur la tombe duquel François Mitterand ira déposer une rose symbolique ? Quel est cet homme et quel aura été son combat ?

VENDREDI 2 JUIN

Esclaves et colonies (5/5)

D'un marché à l'autre, les fers aux pieds

Une mission colonialeDe l'esclavagisme au colonialisme. Quinze années après le décret d'abolition, la France entre prend des missions en Afrique. Les hommes envoyés là-bas découvrent un terrain, des coutumes, des règles qui leur sont inconnues, contre lesquelles ils se révoltent ou devant lesquelles ils doivent s'incliner. Le rapport entre l'Europe et l'Afrique se modifie sensiblement. C'est le temps premier de la mise en place de futures plates-formes économiques. Un temps où il faut inventer, prendre les marques et les repères pour ceux qui suivront. C'est aujourd'hui l'un de ces périples en terre africaine que nous retracerons.

mercredi, mai 24, 2006

Le poids des chaînes

Françoise Vergès publie ses recherches sur l’esclavage et sa mémoire au sein de la nation française. Un travail essentiel.




Pour la première fois, le 10 mai dernier, la République française a officiellement célébré la mémoire de la traite négrière et de l’esclavage. La date fut d’ailleurs l’objet d’âpres débats au sein même des partisans de cette commémoration. Ce crime, qui dura dans les possessions françaises plus de deux siècles, ne pouvait en effet être identifié par aucune date symbolique précise, dont la simple évocation eût immédiatement renvoyé au souvenir et à la douleur des victimes. Ce simple fait souligne à lui seul la difficulté pour cette mémoire de se fixer, de se trouver une place dans l’Histoire de France avec un grand « h ». Édouard Glissant, l’un des plus grands écrivains « francophones » contemporains, lui-même héritier en tant qu’Antillais de ce pan mémoriel de la nation française, ne la qualifie-t-il pas justement de « mémoire raturée », tant elle fut gommée, niée ou du moins exclue aussi bien des recherches historiques que dans les récits populaires ? L’extraordinaire Siècle des Lumières, de l’écrivain cubain Alejo Carpentier, fait toujours aujourd’hui figure d’exception.


Il faut toutefois reconnaître que les autorités françaises, à différents niveaux, ont organisé pour cette première édition nombre de cérémonies, du maire de Paris au Président Chirac. Or, curieusement, c’est davantage dans certains milieux intellectuels parisiens que cette décision de commémoration nationale dérangea : on vit là un nouvel exemple de ces multiples « communautarismes » qui menacent la République. Ainsi, Pierre Nora, qui, en tant qu’auteur de la magistrale série des Lieux de mémoire, sait peut-être mieux que d’autres quelle signification collective peut avoir ce type d’événement « républicain », n’hésita pas à mettre en garde les lecteurs du Monde contre les risques d’une France « malade de sa mémoire » !
Surtout, le débat se focalisa sur un mot qui revenait sans cesse : chaque groupe de victimes dans l’Histoire allait bientôt exiger de la République qu’elle fasse oeuvre de « repentance ». Un terme révélateur puisque le Petit Robert en donne la définition suivante : « Souvenir douloureux, regret de ses fautes, de ses péchés ». « Malade », selon Pierre Nora, la nation française en aurait donc assez de regretter ses fautes... De qui se moque-t-on ?


C’est autour de ce substantif, entendu régulièrement ces derniers temps, que Françoise Vergès a entamé ses réflexions sur l’esclavage et sa mémoire au sein de la nation française. Elle relève ainsi à juste titre la différence flagrante entre excuses et repentance : « L’excuse a ceci de positif qu’elle présuppose un lien relationnel. On demande des excuses à quelqu’un. [...] La repentance, quant à elle, se passe entre soi et soi. » Or, la « loi Taubira » du 10 mai 2001 (qui reconnaît l’esclavage comme crime contre l’humanité) n’a « aucunement indiqué l’attente de repentance ». Ce rappel de la signification des termes est une des premières qualités de l’ouvrage que publie aujourd’hui la chercheuse réunionnaise. Si un certain nombre d’ouvrages historiques de qualité viennent aujourd’hui documenter un débat sur la mémoire du fait colonial





(1), la France continue d’avoir bien du mal à simplement se souvenir de ce passé si peu glorieux.

Lire la suite dans Politis n° 903




La Mémoire enchaînée. Questions sur l’esclavage, Françoise Vergès, La Mémoire enchaînée. Questions sur l’esclavage, Françoise Vergès, Albin Michel, 208 p., 16 euros.


(1) Napoléon, l’esclavage et les colonies, Pierre Branda et Thierry Lentz, Fayard, 364 p., 25 euros ;



la Démence coloniale sous Napoléon, Yves Bénot, La Découverte/poche, 410 p., 12,50 euros ;



la République raciale (1860-1930), Carole Reynaud Paligot, PUF, 346 p., 28 euros ;



le Choc colonial et l’islam. Les politiques religieuses des puissances coloniales en terres d’islam,



Pierre-Jean Luizard (dir.), La Découverte, 552 p., 35 euros ;



Aux origines de la guerre d’Algérie. De Mers-el-Kébir aux massacres du Nord-Constantinois,



Annie Rey-Goldzeiguer, La Découverte/poche, 406 p., 13 euros ; les Massacres de Guelma.





Algérie, mai 1945, une enquête sur la furie des milices coloniales, Marcel Reggui, La Découverte, 192 p., 16 euros.

(2) Nègre je suis, nègre je resterai, Albin Michel, 154 p., 14 euros (voir Politis n° 880).Politis n° 880

Olivier Doubre

source

lundi, mai 22, 2006

DE LA FRANCE, DE L’ESCLAVAGE ET DE LA BRETAGNE

Le 10 mai, la France a célébré pour la première fois l’abolition de la traite négrière et de l’esclavage. Cette première fait suite aux prises de conscience de leur passé par les Français et la promulgation de lois mémorielles relatives à la traite, à l’esclavage et au colonialisme. Avoir pratiqué l’esclavage et déclaré, par la loi dite Taubira du 21 mai 2001, que c’est un crime contre l’humanité, interdit définitivement à la France de s’autoproclamer la «patrie des Droits de l’Homme», et de donner des leçons à la terre entière....

Le devoir de mémoire nécessite de se souvenir que le Danemark fut le premier pays européen à abolir l’esclavage et que son abolition doit au moins autant au Royaume-Uni qu’à Victor Schoelcher dont le combat doit être reconnu au même titre que celui de l’anglais William Wilberforce. Il est malsain de laisser accroire, sans situer la traite et l’esclavage dans son contexte européen, que la France aurait implicitement ouvert la voie.

Il convient aussi de rappeler que l’abolition véritable de l’esclavage en tant qu’action directe de l’état français n’a eu définitivement lieu qu’en 1962, lors de la libération de l’Algérie, où prévalait encore le statut indigène qui obligeait les peuples colonisés à des servitudes diverses non rémunérées.

Il appartient à la Bretagne et aux Bretons, de garder en mémoire l’implication de leur nation dans ce phénomène européen. Alors que la Bretagne a été la première nation européenne à abolir le servage, elle est aussi pratiquement le dernier pays d’Europe à pratiquer la traite qui perdura à Nantes plus de vingt ans après l’abolition de 1848.

Quand bien même la Bretagne était sous administration française, ce passé n’est pas très honorable et la Bretagne a une dette morale envers les descendants des victimes de la traite et de l’esclavage, une obligation à comprendre les traumatismes qu’ils vivent encore quelques générations après. Le cas de Dieudonné, fils d’une Bretonne et d’un Camerounais donne à réfléchir. Il aurait pu être le symbole d’une réconciliation entre les communautés, il a choisi une voie bien décevante. Mais il peut encore revenir à plus de pondération.

Cette prise de conscience du passé négrier breton est initiée depuis quelques années, non sans douleur, et l’on peut se réjouir qu’un espace de mémoire sur ce sujet douloureux soit consacré au château des Ducs de Bretagne. Si l’on ouvre un jour un musée de la traite à Nantes, le Parti Breton demande qu’il porte le nom de Toussaint-Louverture plutôt que celui d’un Européen.
Si la prise de conscience du passé est une étape qui est doit être menée complètement, il convient également de ne pas se complaire dans la culpabilité, qui peut être aussi stérile que l’ignorance délibérée. Car le passé est intangible et il vient un moment où il faut se consacrer au futur.

Les actions concrètes, qui sont souvent le fait d’associations, restent difficiles à mener dans un contexte de difficultés économiques et d’immigration mal gérée, propice au racisme. L’action en Afrique noire ou aux Caraïbes reste délicate du fait des contextes politiques. Il faut éviter l’écueil qui consiste à aider en se donnant seulement bonne conscience et persévérer dans une attitude paternaliste ou colonialiste, faute d’être suffisamment à l’écoute ou respectueux des identités. Malgré toutes ces circonstances contraires, la Bretagne doit et peut développer une collaboration économique équitable et moderne s’inscrivant dans le très long terme.
A SAMSOM

samedi, mai 13, 2006

conférence : Histoire des Noirs en France

Ci-joint un message pour une conférence qui aura lieuce samedi à 19 H, avec Jean Charles Coovie Gomez, celui qui quand on l'a écouté, vous permet d'éliminer tous les usurpateurs, menteurs dans la Communauté noire et tout ceux qui sont contre notre Communauté aussi.
Allez sur le site écouter son interview audio, vous comprendrez mieux. Interview de Jc Gomez :http://www.africamaat.com/article.php3?id_article=672
Conference exceptionnelle Samedi 13 mai 2006 de 19h00à 22h30 a la Maison des Mines (270 rue St Jacques, 75005Paris) RER B LUXEMBOURG sur le theme Histoire des Noirs en France... avec Jean Charles Coovi Gomez Le Professeur Mubabinge BILOLO introduira les debats et l’auteur procedera à la dedicace de l’ouvrage.

vendredi, mai 12, 2006

L'esclavage, un passé trop noir pour les chaînes



Silence, on commémore. En ce jour d'hommage national aux victimes de la traite négrière et de l'esclavage, la télévision fait preuve d'un recueillement extrême. Au point de faire l'impasse sur cet indigne commerce dans ses programmes phares. Un petit reportage dans le JT de TF1 par-ci, une spéciale du « Jour du Seigneur » sur France 2 par-là... Reconnu crime contre l'humanité en 2001, l'esclavage serait-il encore un thème télévisuel inabordable ? « Les journalistes perdent leurs réflexes professionnels dès qu'on parle des descendants d'esclaves, assène Claudy Siar, journaliste de RFI. Inconsciemment, ils prennent un ton condescendant, comme s'ils admettaient qu'ils n'ont pas affaire à des gens comme les autres. »

Pourtant, coproduit par France Télévisions, le docu Noirs a bénéficié de moyens exceptionnels : 300 000 e de budget, pas de contrainte éditoriale, un dossier de presse classieux pour ce film qui tente de définir l'identité noire à travers l'histoire de l'esclavage et de la colonisation française. Et « un soutien constant de Patrick de Carolis », insiste son réalisateur, Arnaud Ngatcha. Mais aujourd'hui, Noirs n'est diffusé par France 5 que sur le satellite (à 20 h). Il sera bien repris vendredi sur France 3, mais à 23 h 45. « Les conditions de production ne sont pas normales, parce que le sujet lui-même n'est pas considéré comme normal, relève Pascal Blanchard, historien de la colonisation. Pour France Télévisions, ce documentaire est un acte politique et symbolique. On met les moyens pour marquer le coup, mais peu importe la qualité et l'audience du film. »

Aux soupçons de politiquement correct qui pèsent sur les commémorations du 10 mai, Françoise Vergès, vice-présidente du comité pour la mémoire de l'esclavage, préfère opposer un louable effort de vulgarisation : « Les Français doivent apprendre à connaître leurs compatriotes noirs. Il faut créer un tronc incontournable de faits connus de tous, comme pour la Seconde Guerre mondiale. A quand de grandes fictions sur l'esclavage ? » Bientôt peut-être : « Tabous avant les années 1980 », dixit Pascal Blanchard, la Shoah et Vichy ont fait l'objet, depuis, de 650 documentaires francophones.

Christel Brigaudeau

Les 40 indécents

Monsieur le Président,

Le 15 février dernier, suite au déclassement prononcé par le Conseil Constitutionnel, l’alinéa 2 de l’article 4 de la Loi du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Patrie et contribution nationale en faveur des rapatriés a été abrogé.Il est regrettable que la deuxième partie de cet alinéa qui accordait “à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit”, ait été également supprimée.Toutefois, au titre du parallélisme des formes, et par soucis d’égalité de traitement, il conviendrait d’abroger l’article 2 de la Loi n°2001-434 du 21 mai 2001 dite “Loi Taubira” qui précise que “Les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent”, ce qui, comme l’a très justement rappelé la décision n°2006-203 L du 31 janvier 2006 du Conseil Constitutionnel, ne relève pas du champ législatif.Vous remerciant par avance de l’intérêt que vous voudrez bien accorder à notre démarche, nous vous prions de croire, Monsieur le Président, à l’assurance de notre plus haute considération.Lionnel LUCA, Député des Alpes-Maritimes
Christian KERT, Député des Bouches-du-Rhône
Jacques REMILLER, Député de l’Isère
Jacques-Alain BENISTI, Député du Val de Marne
Philippe VITEL, Député du Var
Jérôme RIVIERE, Député des Alpes-Maritimes
Olivier DASSAULT,Député de l’Oise
Richard MALLIÉ, Député des Bouches-du-Rhône
Daniel SPAGNOU,Député des Alpes de Haute Provence
Bernard DEFLESSELLES,Député des Bouches-du-Rhône
Maryvonne BRIOT, Député de Haute-Saône
Christophe PRIOU, Député de Loire Atlantique
Jean-Jacques DESCAMPS, Député d’Indre et Loire
Léon VACHET, Député des Bouches du Rhône
Muriel MARLAND-MILITELLO, Député des Alpes-Maritimes
Philippe PEMEZEC,Député des Hauts de Seine
Arlette FRANCO, Député des Pyrénées-Orientales
Daniel MACH, Député des Pyrénées-Orientales
Maryse JOISSAINS-MASINI,Député des Bouches-du-Rhône
Thierry MARIANI,Député du Vaucluse
Georges GINESTA,Député du Var
Jean-Pierre DECOOL,Député du Nord
Jean-Paul GARRAUD,Député de la Gironde
Jean-Marc NUDANT, Député de la Côte d’Or
Paul-Henri CUGNENC, Député de l’Hérault
Jean-Jacques GUILLET, Député des Hauts-de-Seine
Jean-Claude GUIBAL,Député des Alpes-Maritimes
Josette PONS, Député du Var
Jacques MYARD, Député des Yvelines
Jacques DOMERGUE, Député de l’Hérault
François GUILLAUME, Député de Meurthe et Moselle
Christian VANNESTE, Député du Nord
Guy TEISSIER,Député des Bouches-du-Rhône
Bruno GILLES, Député des Bouches-du-Rhône
Dominique TIAN,Député des Bouches-du-Rhône
Michel ROUMEGOUX,Député du Lot
Patrick BEAUDOUIN,Député du Val de Marne
Geneviève LEVY,Député du Var
Loïc BOUVARD, Député du Morbihan
Michèle TABAROT,Député des Alpes-Maritimes”

CONSIDÉRATION ET BON SENS POUR LES MEMOIRES DE NOS AIEUX

Le 10 Mai appelle de la part de chacun la mémoire de nos aïeux esclaves, sous le joug de Colbert et son code noir, qui ont connu les plus inhumaines conditions de vie et d’existence. Pendant quatre siècles la déportation perpétrée de plus d’un million d’africains en esclavage aux Antilles …

Comment les petites filles et les petits fils de ces esclaves ne peuvent t’ils pas avoir un peu de dignité d’honneur et de respect pour cette mémoire ? Comment les petites filles et les petits fils de ces esclaves, aujourd’hui émancipés et libres, ne peuvent t’ils discerner encore de nos jours que par leur éternel bal boudin acras – pratique d’un nombre d’associations ? Comment peuvent t’ils se regarder en face ceux du CRAN descendant des vendeurs africains pensent qu’ils doivent aujourd’hui parler et décider au nom des petites filles et des petits fils de ces esclaves des DOM-TOM ?

Si le CRAN veut se réjouir avec ses amis d’être les descendants des vendeurs libres à eux, mais de grâce pas au nom de la mémoire des esclaves, pas au nom des victimes du génocide et crime contre l’humanité de nos aïeux.

Arrêtons de les massacrer encore aujourd’hui !!! Agissons tous ensemble contre le bal organisé par le CRAN au nom de la mémoire de nos aïeux !!!…
CONSIDÉRATION ET BON SENS POUR LES MEMOIRES DE NOS AIEUX…La Bastille doit être un lieu de recueillement pour tout les DOM-TOM de France et de tous les conscients de l’histoire de France telle qu’elle doit être écrite et non pas de bal du CRAN.

De grâce soyons digne le 10 mai 2006. Chaque DOM, Chaque TOM doit s’arrêter de travailler pour s’instruire et instruire son histoire : l’esclavage perpétré envers ses aïeux.

Chaque DOM, Chaque TOM sur le sol de France doit exiger de la République un lieu digne afin de permettre le 10 mai un recueillement digne pour les mémoires de nos aïeux et ainsi éviter toutes dérives auxquelles nous assistons.

Anne-Clémence VALENTIN, Conseillère Municipale de Stains

mercredi, mai 10, 2006

«1802», une ode à la révolte

«1802», une ode à la révolte
Une grosse production sur la sédition d'un colonel mulâtre en Guadeloupe, signée Lara.

Par Antoine de BAECQUE
mercredi 10 mai 2006


le 10 mai 1802, le colonel mulâtre Louis Delgrès fait afficher en Guadeloupe une proclamation protestant contre le rétablissement de l'esclavage que veut imposer dans la Caraïbe le premier consul Bonaparte. C'est un cri «de l'innocence et du désespoir» lancé «à l'univers entier», ce qui vaudra à ce texte sa postérité, symbole de la cause noire et antiesclavagiste. C'est aussi le signal de la révolte d'une petite armée menée par quelques officiers noirs ou métis, rejointe par hommes, femmes et enfants, qui tiendra tête quelques semaines aux bataillons de l'armée menée par le général Richepance. Avant anéantissement, fusillades et massacres.

Le film de Christian Lara raconte ce moment telle une épopée martyre, c'est-à-dire sans trop de nuances mais avec un lyrisme incarné. On y verra surtout un récit de la fierté noire, filmé avec luxe détails, figurants, costumes, «200 coups de canons et 5 000 tirs de fusil», précise le dossier de presse, le tout financé par des sociétés de la Guadeloupe.

1802, l'épopée guadeloupéenne, de Christian Lara. Sortie ce jour.

source

Esclavage : commémoration sur fond de polémiques

Cinq ans jour pour jour après l’adoption définitive, le 10 mai 2001, de la loi Taubira reconnaissant la traite et l’esclavage comme un "crime contre l’humanité", la France métropolitaine commémore pour la première fois son abolition, qui date du 23 mai 1848. Cette journée du 10 mai, retenue par Jacques Chirac sur proposition du comité pour la mémoire de l’esclavage, présidé par l’écrivain Maryse Condé, ne concerne pas les départements d’outre-mer, qui conservent leurs différentes dates de commémoration.

En 2001, le texte présenté par la députée (app. PS) de Guyane, Christiane Taubira, avait été adopté à l’unanimité, et dans une relative indifférence. On en est loin. L’irruption d’une "question noire" liant l’esclavage du passé aux discriminations d’aujourd’hui, dans un contexte associant tentations communautaristes et bataille des mémoires, a considérablement avivé les passions.

Quant à l’unanimité, elle n’est plus de mise. En témoigne l’initiative de quarante députés UMP qui, le 5 mai, ont demandé au chef de l’Etat d’abroger l’alinéa de la loi Taubira stipulant que "les programmes scolaires (...) accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place qu’ils méritent". Ces députés, qui s’étaient mobilisés en faveur de la loi sur les rapatriés du 23 février 2005, soulignent la similitude entre l’alinéa - abrogé - de ce texte, qui évoquait le "rôle positif" de la colonisation, et la disposition précitée de la loi Taubira.

Cette initiative, qui constitue la première incursion, au Palais-Bourbon, de la bataille des mémoires - en l’espèce, rapatriés contre descendants d’esclaves -, a reçu une volée de bois vert. Les signataires de l’appel "Liberté pour l’histoire", qui avaient réclamé, en décembre 2005, l’abrogation de différentes dispositions législatives mémorielles, ont pris leurs distances avec une démarche qui ne leur "paraît nullement" exempte "de précipitation, de règlements de comptes partisans et, a fortiori, de calculs électoralistes". Le ministre de l’outre-mer, François Baroin, s’est également "opposé" à cette proposition, soulignant qu’il ne fallait pas "renouveler, raviver ce qui pour beaucoup d’Antillais représente des blessures".

En Guadeloupe - comme dans le reste des Antilles -, la proposition des quarante députés UMP a effectivement été immédiatement perçue comme un nouveau déni de l’importance de l’esclavage. Les élus UMP de l’île se sont d’ailleurs promptement désolidarisés de leurs collègues sur les antennes locales.

Professeur à l’université des Antilles et de la Guyane, Frédéric Régent, 37 ans, a été un des signataires de la pétition d’historiens qui a appelé, en 2005, à l’abrogation de l’alinéa sur l’enseignement du "rôle positif" de la colonisation. Il voit avec inquiétude "une frange de la France, de ses penseurs et de ses hommes politiques se débarrasser de ses complexes historiques".

Auteur d’un ouvrage remarqué, Esclavage, métissage, liberté (Grasset, 2004, 504 pages), ce fils d’un Guadeloupéen et d’une Corrézienne souligne que la République devrait se féliciter des revendications et doléances des Antillais : en tentant d’insérer pleinement l’histoire des esclaves dans l’histoire de France, leurs descendants ne feraient finalement que démontrer leur volonté d’intégration dans ladite République. "Faire admettre sa propre mémoire, ce n’est qu’une manière d’être reconnu, d’être visible au sein même de la société française, assure M. Régent. Cette montée de la revendication va de pair avec le recul des perspectives d’indépendance. Elle est intégrationniste."

Fût-elle "intégrationniste", cette démarche ne va pas sans à-coups et tiraillements, y compris parmi ses promoteurs. Une vive polémique sur le programme de la commémoration entre les différentes associations qui se disputent la représentation, en métropole, des noirs et/ou des "Domiens".

En liaison avec SOS Racisme, la Ligue des droits de l’homme et la Ligue de l’enseignement, le Conseil représentatif des associations noires (CRAN) a décidé d’organiser place de la Bastille, à Paris, le 10 mai au soir, un grand concert intitulé "Mémoire pour l’avenir", afin d’"anticiper la participation et la représentation de la France dans toute sa diversité". Sitôt connue, cette initiative a suscité de vives critiques d’associations concurrentes, parmi lesquelles le Collectif DOM, qui proteste "contre toute récupération carnavalesque de la mémoire de la traite négrière".

"Comment peut-on commémorer une tragédie en se trémoussant ?", s’interroge l’écrivain et cinéaste Serge Bilé, tandis que Claude Ribbe - l’auteur du livre polémique Le Crime de Napoléon (édition Privé, 2005, 206 pages) - dénonce un "inacceptable zouk". En réponse, différentes associations et personnalités ont appelé à un "rassemblement digne et solennel", place la Nation, pour y célébrer un "10 mai républicain et de recueillement".

Ces polémiques ne doivent pas faire oublier que l’objectif de cette journée est aussi de chasser les vieux démons. Frédéric Régent racontait un jour à sa grand-mère qu’il avait retrouvé la trace de leur ancêtre venu d’Afrique. "Un Africain dans la famille ?, s’est étonnée l’aïeule. Eh bien, heureusement qu’on ne l’a pas su avant !"
© Le Monde.fr

lundi, mai 08, 2006

La traite negrière au Havre


Pour la première fois, la République française commémorera, le 10 mai 2006, l'abolition de la traite négrière et de l'esclavage, devenus crimes contre l'humanité.

La CNT havraise n'a pas attendu cette commémoration pour dénoncer cette infamie humaine.

Nous étions même intervenus dans la presse locale au moment du classement du centre ville du Havre au patrimoine de l'Unesco.

Nous reprenons donc sans en changer un terme les exigences qui étaient les nôtres et qui sont toujours d'actualité.

Suite à quelques critiques infondées nous précisons que nous n'avons pas occulté la traite des Noirs organisée par les musulmans durant des siècles jusqu'à une époque encore récente. Simplement les musulmans n'existaient pas au Havre au XVII et XVIII.

Gageons que s'ils avaient été présents, ils auraient au même titre que les autres religions cautionné et encouragé la Traite en France.

Toute religion est l'ennemie du peuple et de la liberté. CQFD.

Lycéens et Enseignants de Porte Océane :
Débaptisons la rue du criminel Jules Masurier !

Savez-vous que durant la période de 1713 à 1792 , 68 « honorables Maisons » du Havre se livrèrent à la traite des Noir(e)s. Que durant ces années près de 100 000 Noir(e)s furent traités par les navires du Havreau cours de 392 voyages triangulaires.

Que l'on peut évaluer à 6% le nombre d'Africains morts pendant « ces voyages ».

Que ces êtres humains furent entassés, enchaînés, victimes du scorbut,de la dysenterie, traités pire que du bétail, voire jetés en pleine mer en cas de suicide ou de rébellion.

Que les bénéfices réalisés par les armateurs havrais spécialisés dans le commerce triangulaire dans les années 1770 avoisinaient les 446%.

Que de belles fortunes se firent, de belles demeures s'élevèrent dans notre ville grâce à ce commerce juteux.

Que les principales familles de négriers havrais s'appelaient : Chauvel, Begouen-Demaux, Foache, Feray, Legrand , Ruellan, Mouchel et Beaufils...(Plus de 100 armateurs négriers furent recensés localement, sans compter les bateaux naviguant sous pavillon étranger).

Qu'un certain œcuménisme régnait dans la traite puisque les Feray étaient protestants, les Homberg étaient juifs et de nombreux autres armateurs étaient catholiques (les Lestorey de Boulongne...).

Que de nombreuses fortunes havraises d'aujourd'hui sont les héritières en droiture de ces négriers d'hier.


Et Jules Masurier ?

Il faut attendre 1793 et les Révolutionnaires de la Convention pour que la traite soit interdite. A compter de Napoléon la traite se fera de manière détournée mais au vu et au su de tout le monde jusqu'en 1848 date de l'abolition de l'esclavage.


Plusieurs milliers de Noirs seront donc encore déportés par les navires havrais jusqu'au milieu du XIX ème siècle.

Cependant Masurier « jeune » est condamné en 1840 pour « trafic de nègres » avec son bateau « le Philanthrope ». Masurier et Cie passe à nouveau en procès en 1849.

En 1860, le négociant havrais Jules Masurier fait brûler son bateau à La Havane car son odieux commerce est découvert : son navire le « Don Juan» avait effectué un voyage en Afrique où il avait pris 850 Noir(e)s ; 243 moururent durant la traversée, les 607 restants furent débarqués à Cuba et vendus ! Jules Masurier fut traîné en cours d'Assises par son assureur à qui il avait demandé des dommages et intérêts pour la perte de son navire, à Rouen , en 1862, pour « traite des Noirs et baraterie ».

Acquitté comme beaucoup de ses pairs dans ce genre de procès, il dut cependant démissionner la même année de la chambre de commerce.

La loi, c'est connu, doit surtout être respectée par les pauvres.

Le Nègre

« Le nègre fait mille efforts inutiles pour s’introduire dans une société
qui le repousse, il se plie aux goûts de ses oppresseurs, adopte leurs opinions
et aspire en les imitant à se confondre avec eux »


Alexis de Toqueville

Le nègre du Surinam, par Dominique Dhombres



La France va commémorer, pour la première fois, le 10 mai, l'abolition de la traite négrière et de l'esclavage, désormais considérés comme des crimes contre l'humanité.
Le magazine "Thalassa" avait un peu d'avance sur l'événement, vendredi 5 mai, sur France 3. La traite a longtemps été occultée dans les manuels d'histoire. Elle n'occupait que quelques lignes en catimini. On préférait insister sur la figure lumineuse et fraternelle de Victor Schoelcher, député de la Guadeloupe et de la Martinique, qui fit adopter, le 27 avril 1848, le décret abolissant définitivement l'esclavage dans les colonies.
La France a pourtant été, avec le Portugal et l'Angleterre, un des pays qui ont le plus pratiqué, pendant trois siècles, la traite transatlantique. Les navires, partis d'Europe avec des cotonnades et de la verroterie, chargeaient les esclaves sur les côtes africaines et allaient les vendre en Amérique. Ils revenaient les cales remplies du sucre produit par ces mêmes esclaves dans les plantations des Antilles. Ce commerce triangulaire a fait la fortune de nombreux armateurs.
Les quatre grands ports négriers français étaient Bordeaux, La Rochelle, Le Havre et Nantes. Les hôtels particuliers des grands négociants sont restés. Les archives ont souvent disparu. On apercevait ainsi un livre de comptes, retrouvé un peu par hasard à Bordeaux, mentionnant le nombre d'hommes, de femmes et d'enfants transportés. Les navires étaient assurés. Leur "cargaison" aussi.
Le Code noir, rédigé en 1685 à l'initiative de Colbert, définissait l'esclave comme un "meuble". Le voile commence à peine à être levé, sur les bords de la Garonne, à propos de ce honteux commerce qui a fait, au même titre que le vin, la fortune de la ville. On en parle plus volontiers sur les rives de la Mersey. Liverpool a été le premier port négrier d'Europe.
Une aile entière de son Musée maritime est consacrée à la traite. "Notre ville s'est construite grâce à l'argent sale", remarque un conseiller municipal. L'âge d'or de la traite a coïncidé avec les Lumières. Les historiens sont désormais sévères avec les philosophes.
Voltaire raconte pourtant ainsi la rencontre de Candide avec le nègre du Surinam, qui gît au bord de la route, en guenilles, amputé de la jambe et de la main : "Quand nous travaillons aux sucreries et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe", explique ce malheureux. Tout était dit.

Dominique Dhombres

source

L’esclavage et le songe de Gorée



Le 10 mai prochain se déroulera la première journée de commémoration de l’abolition de l’esclavage. Cette date correspond à la date d’adoption de la loi Taubira reconnaissant l’esclavage et la traite négrière comme « un crime contre l’humanité » . Le président Jacques Chirac inaugurera au Luxembourg un site destiné à devenir lieu de mémoire.

De notre envoyé spécial sur l’île de Gorée C’EST UNE ÎLE qui se trouve à trois kilomètres au large de Dakar, « à un coup de canon de la terre ferme » , fut- il précisé au XVIIe par un géographe. Elle mesure 900 mètres de long, 300 mètres de large et a la forme d’un jambon. Elle s’appelle Gorée. Pour beaucoup, elle incarne l’histoire de l’esclavage. Ce qui n’est pas exact. L’île de Gorée en est le symbole. Et, comme tous les symboles, elle a l’allure d’un songe.

Il suffit de quelques minutes, après l’appareillage du Coumba Castel qui vient de larguer ses amarres du port de Dakar, pour la voir se profiler à l’horizon. Son charme est indéniable. Les murs ocre safran des maisons rivalisent avec les grappes de bougainvillées perlées de fleurs orange, violettes, jaunes, roses. Des palmiers ajoutent à l’ensemble une touche de tropiques doucereux.

La chaloupe n’a pas encore abordé l’île que, déjà, le malentendu plane. Gorée, transformée en symbole de la traite négrière, présente bien trop d’attraits pour se revendiquer de la continuité d’une histoire chargée de fers, de larmes et de sang. Non qu’il n’y ait eu ici de l’esclavage, cela est attesté. Non que l’île n’ait servi de point de départ à des navires chargés de leur cargaison humaine et cinglant vers les Amériques, cela est véridique. Non qu’il n’y ait eu commerce d’hommes, de femmes et d’enfants vendus, échangés et jetés comme on le ferait de « meubles », ce qu’ils étaient juridiquement à l’époque, cela est exact.

Alors ?... Alors, la difficulté posée par Gorée est d’un autre ordre. Elle est dans l’usage du symbole, dans le sens qu’on veut lui donner et dans l’exemplarité qu’on lui attribue. A ces points, l’île n’a pas encore vraiment trouvé de réponses. On la sent osciller, à la fois hésitante et partagée. Incapable de trancher entre l’histoire qui fut et l’utilisation qui, parfois, en est faite aujourd’hui.

La faute, si faute il y a, en revient peut- être à un homme. Et a un lieu. L’homme s’appelle Joseph N’Diaye. Il a la réputation de « raconter en des termes admirables des choses qui ne sont pas tout à fait exactes » . Le lieu est la Maison des esclaves de Gorée. L’histoire de l’homme et celle du lieu ont fusionné. Leurs destins mêlés ont fini par se transformer en une allégorie célébrée à travers le monde : Jean-Paul II – qui qualifia Gorée de « site emblématique de la traite des esclaves » – , Bill Clinton et Nelson Mandela ont rencontré l’homme et visité le lieu.

Aujourd’hui, Joseph N’Diaye n’est pas là. Il est à Paris où, justement, il va participer aux cérémonies du 10 mai, organisées pour la première fois en France à la suite de l’adoption en 2001 de la loi Taubira reconnaissant l’esclavage et la traite négrière comme « un crime contre l’humanité » . Joseph N’Diaye présente également en France le livre qu’il vient d’écrire à destination des enfants : « Il fut un jour à Gorée... » (Ed. Michel Lafon).

En l’absence de l’enfant de la « colo », du tirailleur sénégalais, de l’ancien combattant de la Libération et de l’Indochine qui fut nommé, en 1960, par Léopold Sedar Senghor, conservateur d’une ancienne esclaverie de Gorée, son adjoint Eloi assure les visites. Dans l’étroite cour, une trentaine de visiteurs, Noirs et Blancs, prêts pour le « grand voyage sans retour ».

Un rez- de- chaussée composé de caves, lugubres et humides. Une salle de pesage. La salle des hommes ( 2,60 mètres de côté), puis celle des femmes et des enfants. Une cellule pour « inaptes temporaires », c’est-à-dire pour les hommes ne pesant pas soixante kilos : « Il fallait les engraisser, explique le guide. On les nourrissait de haricots farineux » . Les cachots, étroits et au nombre de deux, placés en recoins sous les escaliers menant au premier étage : « Quand Nelson Mandela est venu ici, souligne Eloi, il s’est enfermé dans ce cachot en souvenir de sa captivité et en est ressorti en larmes. »

Enfin, la « porte du voyage sans retour » , un sombre couloir traversant les soubassements de la maison sur quelques mètres avec, à son extrémité et dominant l’immensité, un porche ouvrant sur la mer. « Une longue passerelle en bois de palmier, poursuit Eloi, menait jusqu’au bateau qui attendait un peu au large. Les esclaves devaient marcher jusqu’à l’extrémité de cette passerelle pour monter à bord du navire qui les emporterait au bout du monde. Parfois, certains tentaient de fuir et se jetaient à l’eau. Ils étaient dévorés par les requins. » Accroché à un mur, un mot signé du conservateur, Joseph N’Diaye : « De cette porte, pour un voyage sans retour, ils allaient les yeux fixés sur l’infini de la souffrance. »

La visite est presque finie. Eloi conclut : « De 1536 au milieu des années 1800, de quinze à vingt millions d’esclaves ont transité par Gorée. Six millions sont morts. » Et, à peine ces mots sont- ils prononcés, que resurgit ce que l’on pourrait nommer le songe de Gorée.

Deux raisons à cela. Les chiffres cités, impressionnants et terribles, sont supérieurs aux estimations faites par les historiens. Olivier Pétré-Grenouilleau, auteur d’une somme sur Les Traites négrières ( Gallimard), fait état d’un bilan de onze millions d’esclaves partis d’Afrique vers les Amériques entre 1450 et 1869. « 9,6 millions y sont arrivés », préciseC’est le premier point.

Le second tient, lui, à la place de Gorée dans la traite. Que l’île, jouissant du statut de « gîte de traite », ait servi de port de transit et de plate- forme d’embarquement aux négriers, cela, nul ne le discute. Mais l’île a- t- elle été le point de passage obligé de tous les esclaves embarqués à travers l’Atlantique ? Difficile à admettre en songeant seulement à ce que fut Ouidah, au Bénin, sur ces côtes du golfe de Guinée alors justement nommées « Côte des esclaves ».

« Crime de lèse-humanité »

Comme sont tout autant ésotériques les petits mots signés de Joseph N’Diaye, le conservateur. Ils parsèment la maison des esclaves. Ici, il est affirmé : « Gorée, Dachau, quel long chemin nous reste à parcourir avant de devenir des hommes. » Là, il est asséné : « Comme à Oradour, on peut seulement dire jamais, plus jamais. » Là encore, cette sentence : « Aujourd’hui... ceux qui ont entrepris de faire croire qu’il ne s’est rien passé à Auschwitz et à Dachau... n’auront même plus besoin, demain, d’affirmer qu’il ne s’est rien passé à Gorée. »

Alors, on ne sait plus très bien. Alors, la réalité de ce que fut la traite négrière semble se gommer. Entrant en collision avec le passé, l’histoire contemporaine tord l’appréhension, la brouille, la travestit. En son temps, Victor Schoelcher qualifiait la traite de « crime de lèse- humanité » . C’était en 1848 tandis qu’il se battait pour l’abolition de l’esclavage en France. Aujourd’hui, l’Assemblée nationale a retenu la qualification de « crime contre l’humanité » , un concept juridique apparu en 1945, soit un siècle après la bataille menée par Victor Schoelcher.

Une réalité complexe

En 1847, justement, l’Anna, un navire venu du havre, accostait à Gorée. En descendait un homme désigné sur son passeport comme « un rentier habitant Paris » . Victor Schoelcher, qui avait déjà publié après un premier voyage aux Caraïbes De l’esclavage des Noirs et de la législation coloniale, venait poursuivre son enquête en terre africaine.

Dans une lettre en date du 28 septembre 1847, le commandant de Gorée signale la présence du trublion : « Ce Monsieur prend, dit- on, des notes sur la traite des nègres et se classe comme un écrivain appartenant à l’opposition. Il s’adressait à tout le monde pour obtenir des renseignements et, de toutes les données hétérogènes qu’il a pu recueillir, il composera sans doute un ouvrage sur le Sénégal. Il est impossible qu’un pareil mode de composition ne conduise à des erreurs grossières, malgré toute la bonne foi que peut apporter l’auteur à discuter les éléments de son travail. »

Victor Schoelcher l’emportera, mais la réalité de Gorée, elle, restera à écrire. Car au fil de la traite, de cette longue traite ayant débuté en 1444 lorsque le navigateur Lanzarota de Lagos ramena d’Afrique des esclaves vendus au Portugal, les sociétés liées à l’esclavagisme évoluèrent. Aux premiers temps, encore peu connus et sans doute d’une extrême brutalité, succédèrent des adaptations souvent dues aux impératifs économiques. La mort des esclaves ne profitait à personne. Et celles- ci étaient nombreuses. Parti de Gorée en 1727 avec 347 esclaves à son bord le duc de Noailles ne livra ainsi à SaintDomingue qu’une cargaison de 264 esclaves.

Dans le même temps, les comptoirs à esclave, comme l’île, durent s’adapter. Apparurent des castes. Il y eut des esclaves de case, faisant partie des maisonnées et impossible à vendre, des esclaves de traite, prisonniers de guerre et captifs enchaînés jusqu’à leur départ. Il y eut la population d’hommes libres, souvent commerçants, parfois métis. En 1772, ils adressèrent un mémoire au « ministre de la Marine » dans lequel, évoquant les esclaves, ils accusaient les commerçants français de vouloir « nous ravir notre bien pour en faire le leur » . « Au reste, précisaient- ils, notre traite se fait le plus souvent au fond des terres et nous ne sommes pour ainsi dire que les courtiers des Européens. »

Il y eut aussi les Signares, ces femmes libres chantées par Senghor – « Je me rappelle les Signares kà l’ombre verte des vérandas » – , qui descendaient des premiers négriers et de leurs esclaves noires. Elles constituèrent une aristocratie locale. Aujourd’hui, ce sont leurs maisons, avec esclaverie en soussol et appartements des maîtres à l’étage, qui se trouvent disputées par les investisseurs attirés par les charmes de Gorée, cette île à l’allure d’un songe qui n’aurait pas encore trouvé sa place dans l’océan de la mémoire.

PATRICK DE SAINT-EXUPÉRY

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Vaudou


le mot vaudou* est venu du Dahomey, qui fut, par la traite négrière, à l'origine de la migration de ce culte vers l'Amérique du Sud, les Caraïbes. Au Dahomey, le nom vodoun désigne les puissances auxquelles s'adresse ce culte : “Vodoun et humains sont liés par une sorte de pacte de solidarité, d'échange : les divinités influent sur la destinée humaine, mais leur force, leur puissance agissante, est conditionnée par les offrandes, les sacrifices – le sang – qui les ‘nourrissent’. Si les hommes les négligent, ils s'affaiblissent. (...)

C'est sans doute le mythe de l'unité perdue entre le ciel et la terre qui permet le mieux de comprendre cette interdépendance. A l'origine, en effet, ciel et terre n'étaient pas séparés. Puis un jour vint où le ciel s'éloigna de la terre. Depuis, l'être suprême, devenu pour les humains l'Inconnaissable, a délégué la gestion de l'univers aux vodouns, lesquels apparaissent en quelque sorte comme ses ministres chargés des 'relations terrestres et humaines', chacun dans le domaine qui lui a été dévolu.” (dans Pour une reconnaissance africaine, Dahomey 1930, Musée Albert-Kahn)

* Le terme désigna d'abord une “danse des Noirs”.