L'histoire et la sociologie de la caraïbe, des antilles et du monde noir. Naviguons dans le passé de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Réunion et de l'Afrique
samedi, mai 30, 2020
QUELLE MÉMOIRE ?
Lors de l’installation du conseil municipal de Fort-de-France de ce mercredi 27, le maire PPM a annoncé la mise en place d’une « commission » pour « la mémoire » et « la transmission », en réponse à ce que son parti et lui-même ont cru comprendre du déboulonnage des deux statues de Schoelcher, le 22 mai.
Certes, chacun a le droit d’analyser, selon ses critères, à la fois la forme de lutte utilisée et la cible retenue par les auteur-e-s de cette action. Par contre, comment le PPM peut-il prétendre se poser en grand ouléma de « LA MÉMOIRE » quand, d’emblée, l’action revendiquée par des jeunes est « condamnée avec la plus grande fermeté », qualifiée « d’actes de vandalisme », de « révisionnisme » ? D’ailleurs qu’est-ce qui a été révisé ? Le mythe de Schoelcher « libérateur des nègres » ? Est-ce cela le crime ? Dans ce cas, il y aurait des crimes sublimes.
Ces caractérisations, brutales et sans nuances, indiquent déjà une certaine lecture de notre histoire dont les héros et les audaces émancipatrices des Africain-e-s réduit-e-s en esclavage ont si souvent été criminalisés et condamnés à l’oubli.
Les responsables politiques de notre pays ne sauraient être de lamentables gardiens de dogmes passéistes que l’histoire s’est déjà chargée de laminer. Ils-elles feraient mieux d’écouter, d’analyser, de remettre en question les certitudes qui les conduisent souvent à considérer avec paternalisme et mépris des jeunes martiniquais-es qui ne sont pas moins au fait de l’histoire de notre pays et de ses enjeux que certain-e-s des doctes élu-e-s qui se sont précipité-e-s sur les médias pour les pourfendre.
D’autre part, sur la base de quelles expertises, de quelle autorité éthique, de quelle lecture de notre histoire une telle « commission » pourrait-elle prétendre posséder la juste « mémoire », la juste conception de l’histoire pour en assurer « la transmission » ?
À bien considérer les choses, cette « commission » risque de n’être qu’un cluster idéologique au service exclusif d’un courant de pensée et de ses cercles...
Enfin, personne n’entend, comme j’ai pu le lire dans un communiqué d’un élu de rang très honorable, « rayer Victor SCHOELCHER de notre Histoire »...comme, d’ailleurs, certains ont « rayé » Cyrille BISSETTE du combat anti-esclavagiste, sans que quiconque n’en soit autrement indigné, à de rares exceptions prêt.
Par contre, disons-le clairement, il s’agit bien de « déschoelchériser» l’histoire de la Martinique. Parce qu’il y a bien eu construction d’un mythe SCHOELCHER, à travers une présentation délibérément tronquée de l’abolition, des chants à la gloire du « libérateur », des noms de rues, l’enseignement scolaire etc...Parce qu’il est clair que l’on a voulu donner tout le mérite de l’abolition de l’esclavage à cet homme là, en enfouissant dans les tombeaux de l’oubli les luttes incessantes de nos ancêtres et d’abolitionnistes comme BISSETTE. Parce que cette construction historique a été voulue, pensée et mise en œuvre jusqu’au milieu du vingtième siècle, jusqu’au moment où une nouvelle perspective a été donnée à l’histoire grâce aux recherches de Gabriel HENRY et Armand NICOLAS qui ont remis nos ancêtres au centre de leur histoire. Ces écrits et l’action constante des anti-colonialistes ont abouti à la fin de ce mythe.
Quant à la dichotomie que quelques savants penseurs essaient d’introduire entre SCHOELCHER et le schoelchérisme, comme si l’homme n’avait absolument rien à voir avec l’héritage politique qu’il a laissé, elle nous laisse pantois. Victor SCHOELCHER est certes un abolitionniste mais, comme bien de ses contemporains, il reste un euro centriste et un partisan de l’assimilation et des aventures coloniales de la France.
Francis CAROLE
MARTINIQUE
Samedi 30 Mai 2020
Libellés :
francis carole
dimanche, mai 24, 2020
Schoelcher, pour toutes celles et ceux qui s’indignent de voir sa statue déboulonnée, devraient un peu s’instruire.
Comme beaucoup d’abolitionnistes français, il était partisan de l’abolition de l’esclavage pour qu’ait lieu une meilleure colonisation.
C’est toute la limite d’un abolitionnisme français qui est contre l’esclavage car il corrompt les mœurs, n’est pas moral mais qui n’envisage pas la liberté des Noir.e.s.
Schoelcher rêvait d’une colonie réconciliée où tout le monde travaillerait harmonieusement. La colonisation pour lui c’est apporter la lumière à des peuples dans la nuit.
En 1840, il écrit à propos des Africains “Ce serait une noble tâche et de nature à inspirer une noble ambition que de leur porter pacifiquement la lumière, de les gagner à la civilisation, d’établir entre eux et nous des relations qui leur fissent prendre un rôle dans le poème sublime de l’humanité”.
En 1842, “ la civilisation a pour devoir d’éclairer les sauvages, de les instruire, de leur donner une direction”.
Cet abolitionnisme français n’a jamais été révolutionnaire, jamais résolument antiraciste et certainement pas anticolonialiste. Schoelcher a poussé à l’abolition immédiate plutôt que progressive comme le voulaient de nombreux républicains de 1848 mais aussi parce qu’il craignait de nouveaux Haïti.
Oui, Schoelcher à une place dans l’histoire de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises mais certainement pas celle que l’Etat français veut lui donner. Les premiers abolitionnistes - pour une disparition immédiate et définitive de l’esclavage et du racisme - et qui ont payé de leurs vies leur combat ont été les esclavagisé.e.s. La Revolutiin haïtienne a fait cent fois plus que les abolitionnistes français pour que l’esclavage colonial prenne fin.
Ça m’énerve vraiment cette ignorance.Françoise Vergès
3 h
Deux jeunes militantes martiniquaises revendiquent publiquement le geste de déboulonner les statues de Schoelcher : « nous avons prévenu les maires et les élus. Ces statues sont des symboles qui nous insultent. Une statue c’est quelqu’un qu’on admire, là on nous crache dessus ».
Bravo à ces jeunes martiniquaises qui disent très justement qu’elles ne sont pas les premières à protester, qu’elles s’inscrivent dans une longue histoire de résistance au colonialisme français. Elles ont raison!
À lire toutes les indignations, on se demande ce qui se passe. On serait réconciliés???!!! Il n’y aurait plus rien à dire sur l’abolition de 1848? Il faudrait la célébrer sans dire que les colons furent indemnisés, le racisme maintenu, et le statut colonial imposé ?!!! Que la citoyenneté colonisée c’est quand même paradoxal. En oubliant que 1848, c’est le colonialisme français post-esclavagiste qui se déploie, écrasant les peuples d’Afrique et d’Asie? Que le même gouvernement qui abolit fait de l’Algerie des départements français scellant le colonialisme. Qu’en 1945, Césaire que tout le monde cite car il aurait honoré Schoelcher dénonçait de manière implacable ce que la colonisation française avait produit: misère, mauvaise santé, illettrisme, mépris de la culture, de la langue, de l’histoire. Se rappeler que Cesaire avait ajouté à ses remarques sur Schoelcher que son œuvre fut insuffisante. Que ces statues célèbrent le Schoelcherisme et que les jeunes de Martinique en ont assez. Que la Martinique reste dépendante de la France.
En leur temps 18 jeunes de l’Organisation de la jeunesse anticolonialiste de la Martinique (OJAM) avaient pour avoir placardé
« La Martinique aux Martiniquais » en 1962 furent emprisonnés à Fresnes accusés d’atteindre à la sûreté de l’Etat!!!
Jugés en 1964 dans un procès politique.
Pour avoir écrit ces mots justes.
Alors en 2020, des jeunes ont toujours le droit de défendre ce mot d’ordre
La Martinique aux Martiniquais.es.
Françoise Vergès
Libellés :
françoise verges
samedi, mai 23, 2020
CASSER LES STATUES DE SCHOELCHER EST UNE DÉMARCHE QUI MÉCONNAÎT UNE PART DE L’HISTOIRE DE LA FIN DE L’ESCLAVAGE !
Ma lettre traduit une volonté de dialogue ( serait-elle impossible ?) avec les jeunes activistes. Accepteront elles et ils cette invite ?
Des statues de Victor Schoelcher tant au centre Camille Darsières ( ex tribunal de Fort de France) que celle de l’entrée du bourg de Schoelcher ( à Case Navire), ont été abattues ce vendredi 22 mai.
Le coup d’éclat se définit grandement comme militant, il reste très malheureusement erroné et perturbe encore plus notre compréhension de notre histoire.
Les militants et militantes des années 1960 et 1970 (avec lesquels je suis fier d’avoir très fortement agi) rejetaient le rôle d’une France qui aurait octroyé l’émancipation, par l’action bienfaitrice de ses seuls abolitionnistes dont Schoelcher. Cette génération exigeait de ne pas minorer le rôle de la lutte des esclaves pour l’arrachement de leur émancipation. Elle faisait ressortir que l’ignorance et la méconnaissance des 22 et 23 mai, ne devaient pas perdurer.
Le 22 mai, jour de 5 événements marquants à Saint Pierre et au Prêcheur, devenait à juste raison la date-phare qu’elles et ils érigeaient comme date de commémoration et de célébration, avant même celle du 23 mai, date réelle et officielle de l’abolition de l’esclavage.
Ce positionnement politique venait à la suite des travaux en 1945 de Gabriel Henry, en tant qu’adjoint au maire de la municipalité communiste dirigée par Césaire et de la conférence d’Armand Nicolas en 1960, publiée en 1962. Après eux, non seulement les manifestations politiques se multiplièrent, mais aussi les travaux artistiques, telle la célèbre sculpture de Khokho René-Corail sur la place de Trénelle ou le discours bien entendu flamboyant d’Aimé Césaire en 1971, dans lequel il glorifiait la proclamation du 4 avril, le décret du 27 avril de Schoelcher mais « pour lequel il fallut un 22 mai ».
Les historiens-chercheurs de Martinique (parmi lesquel-le-s je me place) eurent cependant à mettre en lumière que la disparition du statut juridique d’esclave reste l’aboutissement de plusieurs éléments diversifiés ; éléments que nous ne devons pas opposer mais appréhender comme systémiques ( c’est à dire complémentaires voire interdépendants).
Sur les deux-cent vingt-trois ans du système esclavagiste chez nous (1635-1848), les 59 dernières années, de 1789 à 1848 ont vu s’accélérer les insurrections d’esclaves entre Saint Pierre en août 89 jusqu’à Gradis en 1847, en passant par les révoltes nombreuses de 1791-1792, les révoltes de Compère Général Fayance en 1794, les tentatives de Tiberge et de Fourne en 1795, les séditions du carnaval de 1797, la révolte de Kina en 1800, la révolte de Basse Pointe de 1809, la révolte de septembre 1811 à Saint Pierre, le soulèvement du Lamentin en 1820, la révolte partie du Canari cassé au Carbet de 1822, la révolte de Saint Pierre de 1831, l’affaire de Spoutourne à Trinité en 1831, la sanglante répression de Fonds Massacre à Grand-Anse (Le Lorrain) en 1833.
C’est essentiel pour nous de connaître tout cela, mais ce n’est pas sûr que tous, nous nous attachons à les connaître à fond et à les méditer.
Par contre et en outre, il faut aussi remonter à l’ambiance révolutionnaire de la fin du XVIII ème siècle (1794-1802). Celle-ci modifia le contexte dans notre Caraïbe. Toutes les anciennes colonies françaises et celles qui l’étaient restées ( Sainte Croix, Saint Martin, Guadeloupe, Dominique, Martinique, Sainte Lucie, Saint Vincent, Grenade, Tobago et aussi Trinidad, sans oublier la Guyane) se soulevèrent au nom des droits humains que la Révolution française proclamait le 26 août 1789. Nous avons eu à ce moment nos Delgrès, Ignace ou la mythique mulâtresse Solitude, les Saintes Luciennes Marie Rose Toto et Flore Gaillard, nous avons eu Joseph Chatoyer le Garifuna de Saint Vincent ou Julien Fédon de la Grenade. Toutes ces luttes qui pour la plupart se sont terminées en défaites (dont la Martinique), étaient connectées puisque des combattant-e-s venant des différentes îles, se sont retrouvés dans ces divers fronts. Seule La Guadeloupe a résisté plus longtemps de 1794 à 1802 se définissant comme le centre de la lutte révolutionnaire et antiesclavagiste des petites Antilles (La Martinique et Saint Martin ayant été livrés par les planteurs aux troupes anglaises).
Ce fut aussi le temps de la lumineuse expérience des associations serviles où les femmes reines de ces groupes étaient de diligentes activistes et créèrent des initiatives qui par la suite perdurèrent tout un siècle.
Seule la colonie française de Saint Domingue survécut et triompha des troupes de Napoléon voulant rétablir l’esclavage. Le pays devint Haïti, indépendante et sans esclave en 1804. C’était l’exemple qui redonnait espoir et qui donna de la vigueur à toutes ces insurrections martiniquaises dont nous avons parlé. Haïti indépendante, dirigée par ses nègres libres, inspira et aida les indépendances et la fin de l’esclavage en Amérique du sud (Vénézuéla, Colombie, Équateur, Pérou, Bolivie, etc). Il devenait clair pour nos ancêtres que la servitude pouvait être éliminée.
L’abolition de la traite négrière en 1807, suivie de celle de 1815 au traité de Vienne, puis la fin effective dans les colonies françaises de la traite négrière clandestine en 1831, vinrent hâter la fin du système esclavagiste.
La défense des libres de couleur après les 300 déportations de 1824 suite à l’affaire dite Bisette-Fabien-Volny eut au moins le double effet premièrement d’intensifier en France le mouvement abolitionniste avec des gens importants comme François Arago et l’avocat Isambert mais deuxièmement aussi d’amplifier les droits civiques des libres de couleur dans le courant de la décennie de 1830.
La décision anglaise de se rallier à l’abolition de l’esclavage effective en 1838 attisa en Martinique cette aspiration de libération que connaissaient les deux îles voisines situées à une quarantaine de kilomètres (Dominique et Sainte Lucie).
C’est tout l’ensemble de ce contexte qui permit au dynamique mouvement abolitionniste français d’imposer l’abolition de l’esclavage à l’ordre du jour des débats politiques cruciaux en France. Ce ne pouvait être qu’une précieuse aide à la lutte de nos ancêtres sur place. Les békés ne s’y trompèrent pas ; pour eux Schoelcher est érigé comme l’ennemi qu’on déteste, qu’on vilipende, caricature et calomnie.
Glorifier les luttes des esclaves doit nous conduire à mettre ensemble tous les éléments du contexte et comprendre qu’elles et ils ont su
1) s’inspirer de l’expérience des associations serviles,
2) tirer les leçons des défaites de 1794-1802,
3) se nourrir de la révolution haïtienne,
4) se réconforter des émancipations sud-américaines,
5) apprécier l’alliance avec les libres de couleur quand ceux-ci se sont, pour un grand nombre détachés de leurs positionnements esclavagistes,
6) utiliser pour le marronage maritime les émancipations des îles anglophones, et enfin
7) s’appuyer sur le travail des abolitionnistes français dont Schoelcher.
Tous ces éléments entrent dans le combat de nos ancêtres. Ce sont ces conditions favorables qu’ils ont pu maîtriser et qui font toutes parties de l’héritage anti-esclavagiste.
Fort de France le 22mai 2020
Gilbert Pago, historien et militant politique.
P.S. Quelques propos posent problème dans les vidéos entendues ce 22 mai. La loi sur l’indemnité quand bien même elle fut dans la logique du gouvernement provisoire et de tous les abolitionnistes même Bisette, n’a pas été le projet de loi (venant de l’exécutif) ni la proposition de loi (venant des députés) par Schoelcher. Celui-ci n’étant plus au gouvernement dès juin 1848, après l’échec électoral des républicains socialistes du gouvernement provisoire et surtout le massacre anti-ouvrier et anti-partageux de Cavaignac en juin 48. La loi d’indemnisation des colons date d’avril 1849 ( pas d’avril 1848), lorsque le président de la république est Louis Napoléon (le futur Napoléon III) et que la majorité est faite des républicains modérés conservateurs, des royalistes et des bonapartistes. Les républicains socialistes dont Schoelcher représentent 10% de l’assemblée constituante, c’est à dire la minorité.
Libellés :
martinique,
schoelcher
jeudi, octobre 31, 2019
Sur la carte postale : Tambours et danses mandingues (malinké) au début du XXè siècle
Les archives françaises d'outre mer mentionnent la présence de Mandingues dans les colonies antillaises, suite à leur déportation outre Atlantique pour y être mis en esclavage.
Par exemple, dans son étude, Bernard DAVID rapporte que "le registre (paroissial tenu pour les esclaves) du Carbet (Martinique) est exceptionnellement riche en indications sur la "nation" des Africains introduits ; il nous donne des renseignements sur 246 des 399 baptisés de 1812 à 1831". Les Calvaires : 38; les Caplahou : 47; les Ibos : 73; les Congos : 46; les Mandingues : 15; etc. voir son article dans les Annales des Antilles, n°20, 1977, p.101
voire aussi l'article de Guillaume DURAND page 253 :
https://www.persee.fr/doc/onoma_0755-7752_2002_num_39_1_1431
Pour certains d'entre ces Africain.e.s affranchi.e.s en 1848, il est possible de recouper la "nation" d'origine par le croisement des archives, quand cette information n'est pas livrée directement par un acte.
https://www.amazon.fr/dp/2956833405
Libellés :
esclavage
vendredi, octobre 18, 2019
Les trois fêtes du Carbet
Les renseignemens suivans par le curé du Carbet, transmis à ses successeurs, à l'occasion de la fête de la St Jacques, il les a recueillis de la dernière religieuse ursuline qui les lui a racontés sous forme de conversation en 1826.
Je dois, avant tout, dire que ces trois fêtes ont été un peu déra(ngées?) par la révolution de Juillet 1830, car ces trois fêtes, coïncidant à peu près avec les trois journées, nos gouvernans avaient profité de cette coïncidence pour flatter le pouvoir régnant, et avaient par la voie de la police, ordonné que ces fêtes se feraient en mémoire de la lib(erté?) que la France croyait avoir conquise à l'avènement de Louis-Philippe au trône.
Cette interprétation ne plut pas à tout le monde, et ces fêtes devinrent moins bruyantes parce qu'elles n'étaient pas fréquentées par une aussi grande affluence que par le passé.
A l'époque de la liberté générale en 1848, il y avait un grand refroidissement à cause des inquiétudes des différentes castes dont est composée la société coloniale, quoi qu'on en dise. Mais peu à peu, les personnes intéressées à les voir se raviver, c'est à dire les négocians, les marchandes de bombons et de rafraichissemens, ont, par leurs sollicitations auprès des magistrats, obtenu que la population de St Pierre et du Carbet, auraient une entière liberté de circuler et de s'amuser à l'occasion de la fête du Carbet et les deux jours suivant.
Ainsi ont commencé ces ébats populaires que l'on décore hardiment du nom de fête.
Voici donc comment ont commencé les deux fêtes qui suivent celle du Carbet ; car celle-ci a pris naissance à la naissance de la paroisse, par la bénédiction de son église sous le vocable de St Jacques le Majeur qui se célébrait toujours avant le concordat de 1801 le 25 juillet quelque fut le jour de la semaine où cette fête tombat. Mais depuis le concordat, cette fête est renvoyée au dimanche suivant.
Les marchandes de bombons qui ont coutume d'en faire plus qu'elles n'en peuvent vendre, profitaient d'une fête de Ste Anne qui était la seconde patronne du couvent des ursulines et qui se célébrait le 26 juillet, pour aller le lendemain de la St Jacques à la porte d'une cour du couvent, laquelle s'ouvrait du côté de la savanne, et sur laquelle, plus tard, furent construites les premières casernes. Là, les esclaves du couvent auxquels les religieuses avaient donné congé, s'amusaient, dansaient, même entre eux, venaient acheter les bombons restés de la St Jacques. Les gardiennes d'enfans, sachant qu'il y avait des bombons, se réunissaient là pour amuser leurs enfans, et (?) se mettaient à danser en dehors comme en dansant en dedans. Plus tard, d'année en année, par progression d'autres que des gardiennes d'enfans, sont venus se joindre à cette foule et l'ont grossie. Telle est l'origine de la seconde fête appelée Ste Anne.
Reste le troisième fête, appelée fête MACAQUE parce qu'elle n'a aucune généalogie avec une fête religieuse.
Voici pourtant comment elle s'établit.
La fête de Ste Anne qui se faisait le long de la rivière du fort rive gauche, attirait beaucoup de personnes de la campagne, car les habitans, eux aussi, avaient donné congé à leurs esclaves, et ceux venus de tous les points et surtout de la campagne qui s'étend au delà de la Rivière des pères, et jusqu'au Prêcheur, passaient quelques fois la nuit en ville et s'en retournaient le troisième jour, débouchant par le quartier de la galère. Les bombons ne rassasient jamais, ceux-ci reparurent encore au passage de ceux qui retournaient à leurs foyers, ca les fabricantes en faisaient toujours un peu plus chaque année, et pour ne pas les garder à leurs compte, elles allaient les présenter aux passans, et, comme la veille, établissaient des tables chargées de bombons et de liqueurs. Les papas et les mamans en achetaient pour en porter à leurs enfans. Les Da (bonnes d’enfants) de la ville, allaient sur les bords de la Rivière, comme elles allaient la veille sur les rives de celle du fort, et y recommençaient leurs danses et leurs ébats comme la veille. Les gens de la campagne s’en mêlaient ayant obtenu la permission de leurs maîtres. Ainsi s’est établie la fête appelée Macaque par ce qu’elle était une singerie de celle de la veille.
Ces deux fêtes n’ont pas d’autre origine.
Ces fêtes ont été très bruyantes, très brillantes, et se prolongeaient très avant dans la nuit. Les esclaves y étalaient tout le luxe dont ils étaient capables ; luxe auquel les maîtres contribuaient, en prêtant aux esclaves, bons sujets, leurs montres, chaînes, boutons, boucles d’oreilles, et quelques fois des robes de soie. Chaque tribu africaine avait son pavillon que portait la reine du Bal ; chacune avait sa danse particulière qui semblait n’avoir pas d’ordre, qui cependant était régulière en son genre. Outre ces danses, il y avait aussi des espèces de Baladins qui faisaient des tours de force surprenants ; c’était à qui ferait les sauts les plus périlleux ; j’en ai vu qui, étant debout, se lançaient, les pieds en l’air, et qui retombaient debout, derrière la place qu’ils occupaient. Ce tour de force se voit rarement en France ; d’autres nègres marchaient sur leurs mains, les pieds en l’air.
On peut encore voir quelques échantillons de ces prestiges des danses qui se font à la St Jacques du Carbet, et aux fêtes qui suivent car, depuis quelques années, ces fêtes se raniment et deviennent de plus en plus fréquentées. Celle du Carbet attire tous les curieux de St Pierre. Depuis que les bateaux à vapeur sont établis, ceux-ci crachent toute la journée, par de fréquents voyages, une foule qu'il n'est pas permis d'apprécier. Le tunnel, ouvert cette année, facilitera encore d'avantage la population, surtout celle qui n'a pas le gousset bien garni. »
Journal de l'abbé Goux et de ses successeurs, numérisé et accessible en ligne sur le site internet des archives départementales de la Martinique (http://www.patrimoines-martinique.org/ark:/35569/a011386268758QdBTtc/1/22)
A propos du rôle joué par les Africains du Carbet :
https://www.amazon.fr/registre-matricule-tradition-ancestrale-africaine/dp/2956833405
Libellés :
carbet,
martinique
dimanche, octobre 06, 2019
Dorothée, la fille du roi Louis XIV ?
Lorsque j’ai publié mon livre sur la Mauresse de Moret en novembre 2012, on ne connaissait l’existence que d’une seule princesse noire, née à la cour de Louis XIV. Les uns disaient à l’époque que c’était la fille du roi. Les autres prétendaient en revanche que c’était l’enfant de la reine Marie-Thérèse, née de sa liaison avec son page dahoméen Nabo.
Depuis la sortie de ce livre, la recherche a fait un bond spectaculaire, grâce au chercheur Serge Aroles, qui a retrouvé, dans les archives françaises, une deuxième femme noire, devenue nonne, elle aussi, et dont le père serait Louis XIV. Cette femme s’appelle Dorothée. Elle a été placée chez les religieuses ursulines d’Orléans.
Comme la Mauresse de Moret, elle recevait une pension du roi et faisait l’objet d’une attention particulière dans son couvent. La mère de Dorothée pourrait avoir été une comédienne africaine, vendue au premier comédien de Louis XIII, pour jouer les rôles de « sauvagesse » au château de Versailles.
Serge Aroles écrit: "En 1700, le roi fit venir Dorothée, depuis les ursulines d’Orléans, jusqu’à un couvent de Paris, durant 3 mois, sans autre raison crédible que de la voir. Et si l’on avait encore quelque doute sur la paternité royale, sachons que le souverain fit escorter Dorothée, entre les deux villes, par l’un de ses écuyers-conseillers, grand officier de sa Maison militaire".
C’est important de voir que la recherche avance sur les personnages noirs qui ont traversé ce pays et qui incarnent, trop souvent encore, la face cachée ou méconnue de l’Histoire de France. Au-delà de mon livre, qui a été revue et abondée, pour intégrer une partie des recherches de Serge Arolès sur Dorothée, j’espère voir aboutir bientôt l’adaptation au théâtre de cet ouvrage sur la Mauresse. La pièce est en cours d’écriture à Londres. Wait and see…
Serge Bilé
Libellés :
serge bile
lundi, juillet 22, 2019
John Brown : le radical
John Brown, nom célèbre de l’histoire de l’abolitionnisme aux États-Unis, a fasciné ses contemporains, qu’ils l’aient condamné ou soutenu. On retient surtout son passage à la violence armée quand il ne croyait plus à une possibilité d’abolition de l’esclavage par la conviction et des actions ponctuelles, à coup aussi de prêches et de déclamation impressionnante de la Bible. Il s’était donné pour mission, dès 1837, l’éradication de l’esclavage et il fut un acteur important du fonctionnement du chemin de fer clandestin ; il fit le choix de vivre dans une communauté d’esclaves libérés.
Il passe à des actions plus immédiates à partir de 1855-1856. A Pottawatonnie Creek, il massacre, avec ses cinq fils et ses hommes, cinq colons esclavagistes, « légions de Satan » selon ses termes. Le 16 octobre, il attaquait avec les siens l’arsenal fédéral de Harper’s Ferry pour récupérer des armes, persuadé que les esclaves noirs le rejoindraient. Ce ne fut pas le cas : arrêté, jugé, il fut pendu le 2 décembre 1859.
Libellés :
abolitionniste,
USA
mercredi, juillet 17, 2019
Arrêté du général Richepance restreignant le titre de citoyens aux seuls Blancs. Basse¬Terre, 17 juillet 1802.
![]() |
| Vue de Basse-Terre en 1810 par Joseph Coussin (ADG) |
Considérant que, par l'effet de la Révolution et d'une guerre extraordinaire, il s'est introduit, dans les noms et les choses de ce pays, des abus subversifs de la sûreté et de la prospérité d'une colonie;
Considérant que les colonies ne sont autre chose que des établissements formés par les Européens, qui y ont amené des Noirs comme les seuls individus propres à l'exploitation de ces pays; qu'entre ces deux classes fondamentales des colons et de leurs Noirs, se sont formés des races de sang mêlé, toujours distinctes des Blancs qui ont formé les établissements;
Considérant que ceux-ci seuls sont les indigènes de la nation française et doivent en exercer les prérogatives ;
Considérant que les bienfaits accordés par la mère patrie, en atténuant les principes essentiels de ces établissements, n'ont servi qu'à dénaturer tous les éléments de leur existence et à amener progressivement cette conspiration générale qui a éclaté dans cette colonie contre les Blancs et les troupes envoyées sous les ordres du général par le gouvernement consulaire; tandis que les autres colonies, soumises à un régime domestique et paternel, offrent le tableau de l'aisance de toutes les classes d'hommes, en contraste avec le vagabondage, la paresse, la misère et tous les maux qui ont accablé cette colonie et particulièrement les Noirs livrés à eux-mêmes : en sorte que la justice nationale et l'humanité commandent, autant que la politique, le retour des vrais principes sur lesquels reposent la sécurité et le succès des établissements formés par les Français en cette colonie, en même temps que le Gouvernement proscrira avec ardeur les abus et les excès qui étaient manifestés anciennement et qui pourraient se remontrer encore,
Arrête ce qui suit:
Art. 1er. Jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné, le titre de citoyen français ne sera porté, dans l'étendue de cette colonie et dépendances, que par les Blancs. Aucun autre individu ne pourra prendre ce titre, ni exercer les fonctions ou emplois qui y sont attachés. Les Blancs seuls qui auront été inscrits dans la garde nationale, depuis l'âge de 15 ans jusqu'à 55, auront le droit d'en porter l'uniforme et d'avoir des armes à leur usage.
Ceux des Blancs qui n'y seraient pas inscrits ne pourront jouir du même droit, et seront dénoncés en cas de contravention, pour être statué à leur égard ce qu'il appartiendra par le général en chef.
Art. 2. Tous autres individus que des Blancs, qui n'auront pas vendu ou disposé de leurs armes en faveur des citoyens inscrits dans la garde nationale dans le terme de cinq jours de la publication du présent, seront tenus d'en faire le dépôt, savoir: dans les villes, chez le commandant de la place, et dans les autres communes, chez les commissaires du gouvernement qui en feront, les uns et les autres, l'enregistrement, dont le double sera envoyé au général en chef.
Après ce terme, il sera fait des recherches et visites domiciliaires; et tous ceux qui seraient convaincus d'avoir gardé, soustrait ou recelé des armes, en quelque lieu que ce soit, seront traduits par devant la commission militaire, pour être jugés comme complices de rébellion.
Art. 3. Toutes les fonctions des municipalités sont suspendues et seront concentrées dans les commissaires du gouvernement de chaque commune, sous la surveillance générale du commissaire supérieur.
Art. 4. Tous les hommes de couleur et noirs qui ne seront pas porteurs d'un acte légal d'affranchissement de tout service particulier, sont obligés, dans les 24 heures pour les villes, et dans les cinq jours pour les bourgs et campagnes, de sortir des communes où ils peuvent se trouver, pour retourner aux propriétés dont ils dépendaient avant la guerre, excepté ceux qui auront servi honorablement dans l'armée de ligne, et sur le sort desquels le général en chef aura à prononcer, d'après le rapport du commissaire supérieur.
La disposition du présent article est générale et aura son effet nonobstant tous arrêtés, règlements, ordres ou autorisations à ce contraires, si ce n'est le cas de l'article 6e ci-après.
Art. 5. À cet effet, il leur sera expédié des congés par les commissaires du gouvernement qui leur assigneront la voie par laquelle ils se rendront aux dites propriétés, où le général en chef leur accorde grâce, quel que puisse avoir été le motif de leur absence.
Art. 6. Sont cependant maintenus jusqu'à la fin du bail tous ceux qui ont été loués avec les domaines dits nationaux, et auxquels ils sont censés appartenir jusqu'à résiliation ou fin du bail.
Art. 7. Tous ceux qui ne se trouveront point rendus sur les propriétés ou au service dont ils dépendent, ainsi qu'il est dit ci-dessus, dans les cinq jours de la publication du présent, seront considérés comme complices de rébellion.
À l'expiration de ce terme, les autorités civiles et militaires en feront faire les perquisitions et poursuites les plus vigoureuses ; en cas de résistance ou de fuite, ils pourront être arrêtés, morts ou vifs; ceux dont on s'emparera après le délai de grâce, s'ils sont prévenus de quelques actes directs de rébellion, seront traduits à la commission militaire, sinon, seront détenus à la geôle jusqu'à réclamation du maître, appuyée de l'autorisation du commissaire du gouvernement du lieu où ils sont incarcérés, et subiront en y entrant la peine correctionnelle qui sera infligée par ledit commissaire.
Art. 8. Tous individus dont les propriétés respectives desquelles ils dépendaient avant la guerre sont hors de la colonie, seront tenus, et sous les mêmes peines prononcées dans l'article 7, de se présenter aussi dans les 24 heures au commissaire du gouvernement de la commune où ils peuvent se trouver, pour être réunis au dépôt fixé dans la ville de Basse- Terre, et être distribués ainsi que le jugera à propos le général en chef, d'après le rapport du commissaire supérieur.
Art. 9. Tous individus venus depuis la reprise du pays sur les Anglais, et qui seraient porteurs d'un acte légal d'affranchissement, seront tenus de se présenter dans les cinq jours de la publication du présent au commissaire du gouvernement pour se faire délivrer un congé à l'effet de retourner dans le pays qu'ils habitaient ou partout ailleurs, la paix ayant rendu les communications et les résidences libres dans toutes les dépendances de la République. Les délinquants seront poursuivis et incarcérés pour être remis à la disposition du général en chef.
Art. 10. Ceux qui favoriseraient les contrevenants aux différentes dispositions établies ci-dessus, en leur fournissant un asile ou quelque assistance que ce soit, seront sujets aux mêmes peines qu'eux; et si ce sont des Blancs, ils seront arrêtés et envoyés sous bonne escorte au général en chef qui prononcera telle amende qu'il appartiendra et renverra _la commission militaire s'il y a lieu à longue détention ou à des peines plus fortes suivant gravité du délit, surtout s'il y a complicité des brigands, sans préjudice des indemnités ~n faveur des propriétaires, comme il va être déclaré à l'égard des divagants.
Art. 11. À l'avenir, tout divagant au-dessus de l'âge de 14 ans sera puni pour la première fois d'un an de chaîne et de la discipline correctionnelle sur la propriété à laquelle est attaché ; à la seconde fois, il sera puni de cinq ans de chaîne outre la discipline correctionnelle, et en cas de récidive, il sera livré à la commission militaire ou au tribunal spécialement établi à cet effet, qui lui appliquera les peines décernées contre les brigands et les voleurs publics. Dans tous les cas, le divagant qui sera rencontré avec des armes sera jugé d'après ces dernières dispositions.
Art. 12. Chaque habitant a la police particulière de son habitation, et peut infliger les peines spécifiées dans l'article précédent, ainsi que la punition du cachot, sous la surveillance du commissaire du gouvernement, qui est tenu de réprimer, dénoncer et poursuivre sous sa responsabilité tous abus et excès qui pourraient être commis de la part d'aucun habitant ; cette disposition est spécialement confiée au zèle et à la justice du commissaire supérieur.
Art. 13. Les maîtres seront tenus de déclarer leurs divagants dans les 24 heures de leur absence au commissaire du gouvernement qui recevra lesdites déclarations sur un registre particulier; sous peine, contre l'habitant qui négligera de faire sa déclaration, d'être déchu de toute indemnité qui sera acquise au profit du trésor, et même de ses droits sur ledit individu si ce dernier est arrêté après 10 jours d'absence sans avoir été déclaré.
Art. 14. Tout citoyen dans les villes, bourgs et dans la campagne qui, au mépris du présent arrêté, continuerait à garder, ou à l'avenir se trouverait avoir, travaillant au profit dudit citoyen, sur ses propriétés ou à son service, un ou plusieurs individus qui n'en dépendent point, sans la permission expresse du véritable propriétaire, ou sans la permission du commissaire du gouvernement de la commune où il réside, qui aurait reconnu son état d'affranchissement, sera réputé receleur de divagants.
Art. 15. Tout receleur ou fauteur de la divagation sera condamné, par le fait même, à payer, dans les 24 heures, à la diligence du commissaire du gouvernement de la résidence où le fait aura lieu, une amende de 200 gourdes pour chacun des divagants désignés dans l'article 14 ; et si ce qu'il possède ne peut suffire au payement de l'amende, il sera puni d'un an de détention. L'amende, pour la seconde fois, sera de 400 gourdes par divagant, sans préjudice et en outre d'un an de détention; au cas où il serait insolvable, il sera banni de la colonie pour 10 ans. Enfin, pour la troisième fois, ses biens seront confisqués, et il sera banni à perpétuité.
Dans tous les cas, il sera prélevé, sur lesdites peines pécuniaires, l'indemnité due au maître du divagant, à raison d'une gourde par jour, depuis la date de la déclaration qui en aura été faite au désir de l'article 13.
Art. 16. Tout individu noir ou de couleur, attaché à quelque propriété, qui sera complice ou fauteur de la divagation, subira les mêmes peines que celles prononcées contre les divagants.
Art. 17. Tous propriétaires, locataires et autres particuliers dans les villes comme dans les bourgs et campagnes sont tenus, sous les mêmes peines que les receleurs de divagants, de déclarer dans les 10 jours de la déclaration du présent au commissaire du gouvernement de leur résidence, tous les noirs nouveaux provenant des prises faites pendant la guerre et qui ont été mis ou sont parvenus en leur possession, présents ou non, pour en être dressé par lesdits commissaires un état nominatif qu'ils adresseront au commissaire supérieur chargé d'en faire le rapport au général en chef, qui prendra telle mesure qu'il jugera convenable ; ledit état fera mention de l'habitation où est placé l'individu dont il s'agit, du propriétaire ou locataire au service de qui il est, et de toutes les circonstances ou observations qui seront déclarées ou connues sur ledit individu.
L'individu de cette classe qui sera trouvé divaguant, à moins qu'il ne soit dans l'exception de l'article 6, sera réputé épave et envoyé de suite au commissaire du gouvernement à la Basse-Terre qui le fera mettre au dépôt général de la geôle de ladite ville, en en donnant avis au commissaire supérieur qui en fera son rapport comme ci-dessus.
Art. 18. Pour réprimer les abus et infidélités qui existaient dans l'imposition du quart alloué aux cultivateurs sur les revenus en y substituant un ordre de choses plus conforme à l'humanité, à dater du 20 thermidor [8 août] prochain exclusivement, le payement du quart est aboli. Tous les comptes seront néanmoins réglés et arrêtés jusqu'à cette époque par les commissaires du gouvernement, qui seront tenus d'en envoyer le tableau dans le mois au commissaire supérieur en faisant mention du payement, pour qu'au cas contraire il soit pris par le général en chef telles mesures qu'il appartiendra, excepté pour les habitations qui ont pu être incendiées en tout ou en partie dans les derniers événements, lesquelles en sont pleinement déchargées.
À dater du 20 thermidor [8 août] prochain inclusivement, le temps du travail des cultivateurs et autres individus attachés aux manufactures sera divisé par semaine; il y aura repos tous les dimanches. Le général en chef va s'occuper des moyens de rétablir l'exercice du culte dans toute la colonie, conformément à ce qui est établi en France.
À dater de la même époque, les habitants seront obligés de nourrir et vêtir les individus attachés à leurs habitations, savoir:
Pour le vêtement, deux rechanges par an en toile, au gré des maîtres;
Pour la nourriture, à chacun des individus depuis l'âge de 10 ans et au-dessus, 2 livres de viande ou 3 livres de morue, 2 pots de farine manioque, ou l'équivalent en autres vivres, par chaque semaine, et la moitié des vivres seulement à tous les enfants, depuis qu'ils sont sevrés jusqu'à l'âge de 10 ans.
Les habitants seront tenus d'entretenir dans tous les temps une certaine quantité -e plantations en vivres, qui ne pourra être au-dessous de 5 carrés par 50 têtes de Noirs vaillants.
Ils seront également tenus d'avoir un hôpital particulier où seront soignés, nourris - médicamentés à leurs frais, les malades et infirmes, avec un officier de santé dans les unes où il y en a.
Les dispositions du présent article sont spécialement recommandées à la surveillance et à l'humanité des commissaires du gouvernement, sous l'inspection particulière du commissaire supérieur.
Art. 19. Les mesures prescrites par les arrêtés précédents du général en chef sont maintenues en tout ce qui n'est point contraire au présent, qui sera imprimé, lu, publié, enregistré et affiché, partout où besoin sera.
Ordonne à tous les officiers civils, militaires, tribunaux, notaires, el chacun en ce qui les concerne, d'avoir à s'y conformer.
Fait au quartier général, à la Basse-Terre (Guadeloupe), le 28 messidor de l' l'an X [17 juillet 1802] de la République française.
RICHEPANCE.
Source: document cité intégralement dans La Revue coloniale, 1844.
28 messidor an 10 [17 juillet 1802]
Libellés :
esclavage,
esclavagiste,
guadeloupe,
richepance
mercredi, novembre 28, 2018
Pourquoi le Parlement Européen doit voter la reconnaissance de la traite négrière et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité.
« Et le silence se fait profond comme un coffre-fort ! ». Aimé Césaire
Convaincus que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, commis à partir du XVe siècle, aux Amériques, aux Caraïbes, dans l’océan Indien ainsi qu’en Europe au détriment des populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes fut un crime contre les droits des gens.
Affirmant que ce crime contre le droit des gens a eu pour conséquence :
a) Le meurtre de membres d’un groupe ;
b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;
c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique ou mentale ;
d) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe ;
Doit être qualifié de génocide, conformément à l’article 2 de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide du 9 novembre 1948.
Convaincus que la traite négrière transatlantique, ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, commis à partir du XVe siècle, aux Amériques, aux Caraïbes, dans l’océan Indien, ainsi qu’en Europe au détriment des populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes ; a laissé des traces ineffaçables dans la mémoire des descendants de ce crime contre le droit des gens, ainsi que dans celle de l’humanité toute entière, car à l’origine du racisme et de la bestialisation de l’Homme.
Réaffirmant que ce crime de génocide a eu des effets destructeurs sur nos sociétés et sur l’humanité, car étant à l’origine de la hiérarchisation des êtres humains, de la théorisation de supériorité raciale, doctrine ayant débouché sur toutes les atrocités et ignominies du 19 e et 20 e siècle : génocide des Tasmaniens, des aborigènes, colonisation, génocide des Arméniens, Shoah, etc.
Considérant que la responsabilité de certains Etats occidentaux n’est pas à démontrer.
Invite le parlement européen à voter la déclaration tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité, déposée par les députés européens, Bernard LEHIDEUX et Marielle de SARNEZ.
Tony Mardaye
www.collectifdom.com
Vendredi 29 Avril 2005
Libellés :
Mardaye Tony
SOJOURNER TRUTH, fervente défenseur de la cause abolitionniste et du mouvement de droits des femmes
LE 26 NOVEMBRE 1883, décédait chez elle à Battle Creek, dans le Michigan, SOJOURNER TRUTH, fervente défenseur de la cause abolitionniste et du mouvement de droits des femmes.
Sojourner Truth est née esclave sous le nom d’Isabelle Baumfree autour de 1787, à Ulster County, New York. Son père James Baumfree était un esclave capturé au Ghana et sa mère, Elizabeth, connue aussi sous le nom de Mau-Mau Bet, était fille d’esclaves venus de Guinée. La famille Baumfree composée des parents et de leurs treize enfants appartenait au Colonel Hardenbergh. Après la mort de celui-ci et de son fils, les Baumfree furent séparés lors de la vente de la propriété Hardenbergh.
Agée de neuf ans, la petite fille connue alors sous le nom de Belle (la future Sojourner) fut vendue avec un troupeau de moutons pour $100 à John Neely, un homme violent.
Revendue deux fois en deux ans, elle devient la propriété de John Dumont à West Park, New York, chez qui elle apprendra l’Anglais.
En 1815, elle rencontre un homme esclave, Robert, dont elle a une fille, Diana ; mais le propriétaire de Robert, John Dumont, interdit leur union et l’enfant devient sa propriété. Belle et Robert sont séparés.
En 1817, Dumont force Belle à épouser un esclave, Thomas, avec lequel elle aura un fils, Peter, et deux filles, Elizabeth et Sophia.
L’état de New York abolit l’esclavage le 4 juillet 1827 mais dès 1826, Belle s’était échappée avec Sophia. Apprenant que Peter, alors âgé de 5 ans, avait été vendu à un propriétaire du sud, elle porte plainte au tribunal et obtient le retour de son fils. C’est le premier procès dans lequel une femme noire remporte dans un tribunal américain une victoire contre un homme blanc.
Le 1er juin 1843, Isabelle Baumfree change son nom et devient Sojourner Truth. Profondément religieuse, elle veut affirmer ainsi son rôle de voyageuse (Sojourner) qui montre aux gens la voie de la vérité (Truth). Pendant quinze ans, elle travaille à New York comme femme de ménage, puis devient prêcheur pentecôtiste. Interpellée lors d’une réunion par la foule qui lui demande si elle est femme ou homme, elle ouvre sa chemise et leur montre sa poitrine.
Un tournant s’opère quand elle rejoint une communauté utopiste à Northampton, Massachusetts. C’est là qu’elle rencontre William Lloyd Garrison, Frederick Douglass, Olive Gilbert et David Ruggles. Elle participe aux débats sur l’esclavage et est la première à faire le lien entre l’oppression des femmes et celle des esclaves. Elle devient membre du Northampton Association of Education and Industry, du Massachusetts, une association fondée par des abolitionnistes.
Sojouner Truth parcourt les États-Unis pour dénoncer l’esclavage, intervenant souvent avec Frederick Douglass et Harriet Tubman. En 1863, elle prononce un discours contre le racisme « Dieu n’aime-t-il pas autant les enfants de couleur que les enfants blancs ? » Elle se bat contre toutes les violations des droits humains. Elle s’élève contre un projet de loi qui veut alors établir la peine de mort au Michigan, faisant appel à la clémence de Dieu pour tous les pêcheurs.
En 1850, William Garrison publie les mémoires de Sojourner Truth sous le titre The Narrative of Sojourner Truth : A Northern Slave. Elle les a dictées ne sachant ni lire ni écrire.
En 1851, elle intervient à la première National Women’s Rights Convention qui se tient à Worcester, Massachusetts. Elle y prononce son plus fameux discours «Ne suis-je pas une femme?» (Ain’t I a Woman ?) (à lire ici )
Truth ne sépare pas la défense des droits des femmes des droits civiques pour tous. Consciente que la question de « priorités » (droits des femmes ou droits des noirs ?) divise et affaiblit le mouvement, elle s’écrie « Je pense que tant que les Noirs du sud et les femmes du Nord continueront chacun à parler de droits, les hommes blancs vont s’en tirer ».
Pendant la guerre de Sécession, Truth participe activement aux campagnes de recrutement de soldats noirs dans les troupes de l’Union. Elle contribue au National Freedman’s Relief Association et rencontre le président Lincoln.
En 1865, Truth entame une campagne contre la ségrégation des tramways à Washington en montant dans ceux destinés aux blancs.
Dans la dernière partie de sa vie, Truth milite activement pour l’accès des Noirs à la propriété privée, notamment à la terre, car elle est convaincue que cet accès assurera l’autonomie des Africains-Américains.
Infatigable, elle se prononce contre la peine de mort, milite pour la réforme des prisons, et continue à se battre pour l’émancipation des Africains-Américains.
Elle retourna dans le Michigan en 1867 et mourut à son domicile de Battle Creek (Michigan), le 26 novembre 1883. Elle fut enterrée dans le cimetière de Oak Hill dans la localité de Battle Creek.
En 1983, elle fut intégrée au tableau d'honneur des femmes les plus importantes du Michigan.
En 1997, le robot de la mission sonde spatiale de la NASA Mars Pathfinder fut baptisé "Sojourner", en la mémoire de l'abolitionniste Sojourner Truth.
source
Libellés :
abolitionniste
PRIX DE THÈSE DU COMITÉ NATIONAL POUR LA MÉMOIRE ET L’HISTOIRE DE L’ESCLAVAGE 2018- 2019
Descriptif : - Appel à candidatures pour le prix 2018-2019
Depuis 2005, un prix récompense une thèse en sciences sociales et humaines portant sur l’histoire de la traite, de l’esclavage et des abolitions à l’époque coloniale ou sur ses conséquences dans le monde actuel.
Descriptif :
- Appel à candidatures pour le prix 2018-2019
Les docteurs ayant soutenu leur thèse entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2018 sont invités à se porter candidats pour le prix CNMHE-2019 doté de 7 000 €.
Depuis 2005, un prix récompense une thèse en sciences sociales et humaines portant sur l’histoire de la traite, de l’esclavage et des abolitions à l’époque coloniale ou sur ses conséquences dans le monde actuel.
Règlement du prix du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage :
Article premier - Le Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage (CNMHE) décerne un prix annuel pour une thèse dans la mesure où une des candidatures au moins répond à ses critères d’exigence. Ce prix récompense une thèse de doctorat en langue française présentant un caractère novateur, qui contribue à une meilleure connaissance de la traite négrière, du système esclavagiste, des processus d’abolition et de la mise en place de sociétés post-esclavagistes dans le monde Atlantique et dans l’océan Indien, de la fin du XVe siècle jusqu’à la période contemporaine. Les thèses de différentes disciplines (article 2), rédigées en langue française, achevées, et soutenues, que ce soit dans une université française ou étrangère, peuvent prétendre au prix sous réserve de respecter toutes les conditions (thèse entièrement rédigée en français, sujet correspondant aux critères, respect des dates de soutenance, dossier complet adressé dans les temps au CNMHE). Ce prix aide à la publication de la thèse récompensée.
Article 2 – Domaine Les thèses soumises peuvent adopter différentes approches (théorique, empirique, comparatiste ou méthodologique) et relever d’une ou plusieurs disciplines dans le champ des sciences humaines et sociales (histoire, droit, sciences politiques, anthropologie, littérature, art, philosophie...)
Article 3 – Calendrier du prix 2019
Le prix du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, attribué pour la première fois en 2005, est décerné chaque année dans la mesure où une thèse répond aux critères et aux exigences fixés par le comité. Les candidats qui ont soutenu leur thèse entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2018 et qui souhaitent se porter candidat pour le prix de thèse du CNMHE 2019 sont invités à faire parvenir leur dossier à l’attention du Secrétaire général du CNMHE au ministère des Outre-mer (voir annexe du règlement). Pour concourir au prix 2019 du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, la date limite pour le dépôt de candidature est fixée au 31 janvier 2019.
Article 4 – Dossiers de candidatures et étapes de la sélection des thèses Dans un premier temps, le 31 janvier 2019 au plus tard, les candidats doivent adresser au Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, les documents suivants sous format numérique (envoi par la poste sur une clé USB ou envoi par courriel à l’adresse suivante: sg.cnmhe@gmail.com
le texte complet de la thèse et ses annexes en pdf ; un résumé de dix pages maximum ; un curriculum vitae ; la copie du document administratif attestant la soutenance ; la copie du rapport du jury de thèse. Avec leur lettre de candidature, les docteurs sont invités à faire part de leurs coordonnées complètes pour pouvoir être joints : copie d’une pièce d’identité ; adresse(s) postale(s) personnelle et/ou professionnelle ; adresse(s) électronique(s) ; coordonnées téléphoniques.
Au cours du mois de février 2019, la liste des thèses retenues pour le prix 2019 sera publiée sur le site internet du CNMHE (www.cnmhe.fr). Les candidats sélectionnés pour l’attribution du prix seront informés par le CNMHE et invités à adresser un exemplaire papier de leur thèse au plus tard le 28 février 2019. Faute de respecter cette condition, leur candidature sera annulée. Le jury du prix composé par les personnalités qualifiées composant le CNMHE désigne le lauréat par un vote au terme des étapes de sélection. Le jury peut inviter à titre consultatif des personnes travaillant dans le monde de l’édition. Le prix de thèse 2019 du CNMHE sera rendu public par le président du CNMHE.
Article 5 – Rôle, composition et fonctionnement des différentes commissions pour l’attribution du prix de thèse du CNMHE L’enregistrement des candidatures pour le prix de thèse est effectué par le secrétariat général du CNMHE dès lors que le dossier est complet et respecte les délais fixés dans les articles 3 et 4. Le jury chargé de transmettre aux membres du Comité les avis sur les thèses présentés et d’identifier les plus remarquables pour l’attribution du prix (en fonction de leur originalité, de leur nouveauté et de l’intérêt du sujet, du renouvellement des connaissances, de leur rigueur sur le plan scientifique, de la qualité de l’écriture…) est composé de membres du CNMHE auxquels peuvent être associés, sur proposition des membres du comité, des personnalités extérieures (chercheurs et universitaires français et étrangers). La composition de ce jury sera rendue publique sur le site du CNMHE. La ou les thèses retenue(s) par ce jury d’évaluation seront transmises au CNMHE, dans la mesure où les documents nécessaires à ce stade auront été adressés par les candidats comme indiqué dans l’article 4. Pour attribuer le prix, le CNMHE délibère en séance plénière. Chaque thèse retenue pour cette étape est évaluée par deux rapports circonstanciés rédigés par deux membres du jury d’évaluation présentant ses qualités générales et sa pertinence pour le prix.
Article 6 – Modalité d’attribution du prix par le CNMHE Le président du CNMHE préside le jury d’attribution du prix avec voix délibérative. La décision d’attribution du prix de thèse du CNMHE revient à ses seuls membres ; il est décerné à la majorité absolue des personnalités qualifiées composant le Comité avec voix délibérative du président. Tous les membres du CNMHE sont invités à se prononcer pour l’attribution du prix dans le cadre d’une séance plénière exceptionnelle et peuvent, en cas d’absence, donner procuration à un membre présent et faire connaître leur choix par voie électronique au Comité. Le prix n’est attribué qu’une fois la majorité absolue acquise parmi les membres du CNMHE ayant décidé de prendre part au vote, avec voix délibérative du président. Les membres du CNMHE se réservent la possibilité de partager entre deux candidats. Le CNMHE est également en droit de ne pas décerner de prix s’il juge que les thèses présentées ne correspondent pas à ses critères d’exigence. Le CNMHE se donne la possibilité d’attribuer des mentions spéciales.
Article 7 - Le prix de thèse du CNMHE Le prix du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage est doté par le ministère des Outre-mer d’une somme de 7000 € (sept mille euros). Le montant du prix doit servir pour moitié à l’édition de la thèse. Le logo du CNMHE devra apparaître sur la quatrième de couverture du livre. Le lauréat s’engage à porter mention de ce prix dans son curriculum vitae ainsi que dans les communications liées à cette thèse.
Article 8 - Remise du prix de thèse du CNMHE L’attribution du prix de thèse du CNMHE est officialisée par une lettre du ministre des Outre-mer, rendue publique sur le site internet du comité et donne lieu à une cérémonie en présence du Ministre des Outre-mer, du président du CNMHE et de ses membres.
CNMHE, Paris, le 27 novembre 2018.
Adresser le dossier de candidature par voie électronique à l’attention du Secrétaire général du CNMHE à l’adresse suivante : sg.cnmhe@gmail.com
ou par voie postale à
Comité National pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage Prix de thèse du CNMHE 2019 Ministère des Outre-mer 27, rue Oudinot, 75358 Paris 07 SP
***
Les lauréats du prix de thèse du Comité depuis 2005
2018 THIEBAUT Rafaël « Traite des esclaves et commerce néerlandais et français à Madagascar (XVIIe–XVIIIe siècles) »sous la direction de M. Bertrand Hirsch et M. Ulbe Bosma. l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne et à la Vrije Universiteit Amsterdam, 2017.
2017 AUGUSTIN Jean Ronald « Mémoire de l’esclavage en Haïti. Entrecroisement des mémoires et enjeux de la patrimonialisation », sous la direction de Laurier TURGEON, 2015, Université de Laval.
2015 décerné en 2016 : BOYER-ROSSOL Klara « Entre les deux rives du canal de Mozambique : Histoire et Mémoires des Makoa de l’Ouest de Madagascar. XIXe-XXe siècles" », sous la direction de Faranirina RAJAONAH, 2015, Université Paris Diderot.
2014 décerné en 2015 : Marie HARDY, Le monde du café à la Martinique du début du XVIIIe siècle aux années 1860. 2014, Université des Antilles et de la Guyane, sous la direction de Danielle BEGOT Delide JOSEPH, Genèse d’« une idée avantageuse d’Haïti » : Sociohistoire de l’engagement des intellectuels haïtiens, 1801-1860. sous la direction de Myriam COTTIAS, 2014, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS)
2013 décerné en 2014 - Manuel Covo, Commerce empire et révolutions dans le monde atlantique. La colonie de Saint-Domingue entre métropole et Etats-Unis ca.1778-ca.1804, sous la direction de François WEIL, 2013, EHESS Renaud HOURCADE Thèse La mémoire de l’esclavage dans les anciens ports négriers européens. Une sociologie des politiques mémorielles à Nantes, Bordeaux et Liverpool, sous la direction de Christian LE-BART, 2013, Université Rennes I
2012 décerné en 2013 – Céline FLORY La liberté forcée. Politiques impériales et expériences de travail dans l’Atlantique du XIXe siècle », sous la direction de Myriam COTTIAS, 2011, EHESS.
2011 décerné en 2012 – Frédéric CHARLIN Homo servilis ». Contribution à l’étude de la condition juridique de l’esclave dans les colonies françaises (1635-1848), sous la direction de M. Martial MATHIEU, 2009, Université de Grenoble. Alejandro GOMEZ : Le syndrome de Saint-Domingue : Perceptions et représentations de la Révolution haïtienne dans le Monde Atlantique, 1790-1886, sous la direction de Frédérique LANGUE, 2010, EHESS. 2010 décerné en 2011 – Jean MOOMOU Les Boni de l’âge d’or et du grand « takari » 1860-1969, temps de crise et temps d’espoir, sous la direction de Bernard VINCENT, 2009, EHESS. 2009 – Pas de lauréat 2008 – Natacha BONNET Seigneurs et planteurs entre ouest atlantique et Antilles : quatre familles du 18e siècle, sous la direction de Guy SAUPIN, 2007, Université de Nantes. 2007 – Antonio de ALMEIDA MENDES Une histoire transcontinentale et transnationale de la traite moderne entre Atlantique et Méditerranée (XVe- XVIIe siècles) sous la direction de Bernard VINCENT, 2006, EHESS. 2006 – Audrey CAROTENUTO Les résistances serviles dans la société coloniale de l’Ile Bourbon (1750-1848), sous la direction de Colette DUBOIS, Université de Provence. 2005 – Hubert GERBEAU L’esclavage et son ombre à Bourbon (XIXe-XXe siècles), sous la direction de Gérard CHASTAGNARET, Université d’Aix-en-Provence
vendredi, novembre 23, 2018
D’où vient la tradition du Black-Friday ?
Thanksgiving est une fête d’action de grâce, traditionnelle et familiale, célébrée aux Etats-Unis le 4ème jeudi de novembre en souvenir de la toute première récolte obtenue grâce à l’aide des Autochtones (« Indiens »). De nos jours, c’est pour rendre grâce pour tous les bienfaits observés pendant l’année. C’est l’occasion d’un bon repas entre parents et amis, fort souvent autour d’une dinde. Cette fête marque le début de la dernière ligne droite avant Noël.
Black-Friday est donc fixé au lendemain de cette journée de ripailles et de festoiements passée en famille, la veille du week-end. Black Friday se serait imposé de lui-même au lendemain de la seconde guerre mondiale à cause du matébis (absentéisme) record dont faisaient preuve les salariés.
Le patronat l’a dès lors appelé « vendredi noir », jugeant qu’il était impossible de travailler ce jour-là avec les trois-quarts de ses effectifs en moins. Mais le terme est resté marginal et c’est seulement au début des années 60 qu’il aurait été largement divulgué, lié cette fois-ci à la foire de Philadelphie (fixée au lendemain de Thanksgiving), avec là aussi un record en termes d’embouteillages et de situations bililik.
Actuellement, le succès de ce jour partout dans le monde est dû à certains sites de ventes en ligne (Amazone, ou la Fnac par exemple) qui ont commencé à commercialiser en solde des produits high tech il y a 4 ou 5 ans. Hyper-marchés et autres commerces tentent de s’engouffrer dans la brèche en cette année 2018 (Génipa, Mac Donald, Sebastiano etc.)
Côté histoire pure, Black Friday est lié en tout et pour tout à cette fameuse journée noire du 24 septembre 1869 (krach boursier lié à l’or), aucune chronique n’en parle en d’autres termes, malgré toutes les recherches que j’ai pu faire.
Au passage sachez que même les plus grands historiens noirs américains abondent dans ce sens. Certains personnes extrapoleraient sur un vendredi où les maîtres bradaient des noirs (esclaves). Cela est du à un hoax lancé depuis les Etats-Unis en 2013.
Aux Antilles par exemple, on bradait les esclaves le dimanche après la messe, malgré l’interdiction des autorités, ou n’importe quel jour de la semaine quand le bateau avait un urgent besoin de lever l’ancre et qu’il lui restait du « stock ».
De toutes les façons, chaque grande ville avait un acheteur attitré qui prenait les « invendus ». Il y avait un enclos non loin du mouillage pour St Pierre et deux entrepôts à Fort-Royal, près de Pointe Simon, pour l’occasion.
Sur ce, je vous souhaite à toutes et à tous de réaliser de bonnes affaires, sans état d’âme aucun. Une sincère et bonne journée également à ceux qui doutent, et croient au sacrilège en achetant en ce jour qu’ils pensent funeste et déshonorant.
Pour ma part, tous les jours sont funestes dès que l'on me parle des ancêtres esclaves.
Josépha Luce
Libellés :
black friday,
noel,
Thanksgiving
mardi, septembre 18, 2018
Présence noire en France
Ne cherchez pas dans les livres d’histoire. Il n’est pas mentionné. Pourtant, quand il convole en justes noces en France, l’esclave Raymond de Campagne crée Evènement. C’est un "homme éthiopien qui avait telle figure et couleur comme ont les Ethiopiens que l’on nomme autrement Mores", dit-on de lui à l’époque. Raymond de Campagne est noir et sa promise blanche. Elle s’appelle Philippa de Catane. Elle est lavandière. Mais qu’importe leur différence, ils s’aiment et ils veulent s’unir pour la vie. C’est une première, la première fois qu’un tel couple mixte se forme dans ce pays. Le mariage est célébré. Nous sommes en 1345.
Ne cherchez pas dans les livres d’histoire. Il n’est pas mentionné non plus. Pourtant, quand il est capturé en mer et emmené en France, "le nègre Antoine de Neyn" fait sensation. Pensez donc ! Un homme à la peau noire, c’est rare à la Cour. Il est conduit au chevet du roi qui est souffrant. Antoine de Neyn est, dit-on, "détenteur de quelque remède secret propre à guérir le mal dont Louis XI se croyait atteint". Une relation de confiance s’établit entre les deux hommes. Le monarque apprécie tellement son hôte qu’il le gratifie de 32 livres et d’autres bienfaits. Nous sommes en 1479.
Ne cherchez pas dans les livres d’histoire. Elle n’est pas plus mentionnée que les deux précédents. Pourtant, quand elle appelle les religieuses de son couvent à prier pour la France, Dorothée est écoutée. Chez les Ursulines d’Orléans, cette "négresse au sang bleu" vit recluse, comme sa sœur, aussi noire qu’elle, la Mauresse de Moret, que leur père, le roi Louis XIV, a placée et fait prendre le voile également dans un monastère plus loin. L’une et l’autre font l’objet d’une attention extraordinaire. Le roi, la reine, les princes se déplacent jusqu’à Moret pour voir la Mauresse. Louis XIV fait venir Dorothée à Paris, escortée par un de ses meilleurs officiers. Nous sommes en 1700.
Raymond de Campagne en 1345, Antoine de Neyn en 1479, la Mauresse et Dorothée en 1700 sont, parmi des milliers d’autres, quelques-unes des figures noires de la France d’hier. Heureux ou malheureux, ils étaient là, dans ce pays devenu leur pays, avant l’arrivée de certains Français qui prétendent pourtant aujourd’hui être "de souche".
Faut-il rappeler par exemple que la Savoie et Nice ne sont devenues françaises qu’en… 1860, bien après la Martinique et la Guadeloupe ??
Aujourd’hui plus que jamais, beaucoup gagneraient à se replonger dans le passé pour apprendre l’histoire de France et connaitre réellement l’origine de sa diversité. Peut-être qu’après, ce sera plus facile de se parler à l'oreille les uns des autres et surtout de se comprendre dans ce pays.
Serge Bilé
Libellés :
noblesse noire
jeudi, mai 31, 2018
Quand la guerre des mémoires éradique l'Histoire
"Monsieur, voici la position du Comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage que je préside sur la question de Colbert."
Nous sommes concernés par les prises de position récentes autour de la demande de débaptiser les lieux publics du nom de Colbert, à partir d'un argumentaire qui met l'accent sur le fait que le nom de Colbert est lié à deux piliers du système esclavagiste colonial de l'Ancien Régime, le Code noir. Pour la théorie, et les Compagnies de commerce pour la pratique. Cette demande est portée, notamment, dans une pétition dont les initiateurs principaux sont Louis-Georges Tin, du CRAN, et Louis-Sala Molins.
Nous ne sommes pas favorables à cette demande, sur le fond et sur la forme.
Des faits discutables.
Relevons quelques erreurs et incohérences dans l'argumentaire. L'Edit sur la police des esclaves, ultérieurement vulgarisé sous le nom de Code Noir, qui porte le nom de Colbert, date de mars 1685. Or, Jean-Baptiste Colbert, celui qui est célébré au fronton des bâtiments publics, est mort deux ans plus tôt, en 1683. Le Colbert de l'Edit est son fils, Colbert de Seignelay.
En revanche, Jean-Baptiste Colbert est bien celui qui a restructuré la Compagnie des Indes, en regroupant toutes les compagnies antérieures en deux secteurs géographiques, Orient et Occident.
Réformateur, et non fondateur, puisque toutes les compagnies pratiquant le commerce colonial, et notamment la traite des esclaves, existaient bien avant qu'il n'occupe le ministère du Commerce.
Enfin, il est surprenant de s'offusquer de la contradiction entre le nom de Colbert et la devise républicaine « Liberté, Egalité, Fraternité », puisqu'il existe un décalage de plus d'un siècle entre les deux. La Révolution française, en célébrant Vauban, Turenne, ou Jean Bart, grands serviteurs de la monarchie, n'a pas manifesté une telle passion éradicatrice.
Il faut être attentifs aux contextes croisés.
Il faut élargir le propos. Le problème réside dans la confrontation entre deux mises en contexte. Si la tâche primordiale de l'historien est la contextualisation, celle-ci présente une double dimension, savoir replacer un acteur dans son époque, et tenir compte de la demande actuelle de fractions de nos concitoyens qui s'estiment légitimement victimes d'une action entreprise dans un passé révolu. En l'occurrence, reconnaître chez Colbert à la fois la volonté de rationaliser un mode de production esclavagiste qui n'était guère contesté à son époque, et le souci du service public ; et admettre que les esclaves et leurs descendants sont les victimes d'un crime contre l'humanité, pour lequel l'Etat monarchique porte une lourde part de responsabilité.
Oublier ou déformer le passé conduit à une impasse tragique.
La façon de régler un problème d'éducation et d'intégration est-il d'effacer les traces laissées par l'Histoire dans notre patrimoine commun ? Nous répondons par la négative. L'abbé Grégoire en son temps, franc républicain et ami des Noirs, avait fermement condamné le vandalisme qui consiste à détruire les traces symboliques du passé monarchique et féodal. Le même problème se pose aux Etats-Unis avec les statues des généraux sudistes, en Europe de l'Est avec les nombreuses empreintes du régime totalitaire.
Condamner le passé à l'oubli, outre le risque de le revivre, témoigne d'une conception héroïque de l'Histoire. Un personnage public n'est pas monolithique, prisonnier pour la postérité d'une seule action, enfermé dans une image univoque. Il est complexe et contradictoire, comme le réel. Sortons de cette vision manichéenne, qui oppose tout d'un bloc les héros et les salauds. Substituer des figures héroïques à d'autres qui auraient failli ne changera rien au problème, car nous savons bien que Toussaint-Louverture, ou Louis Delgrès, portaient aussi les contradictions de leur temps et de leur condition. Décapiter la statue de Joséphine relève de la magie, et non de la pédagogie.
Alors, que faire ?
Essayons de manier la plume, plutôt que de brandir les ciseaux ou le burin. Nous préconisons une pédagogie plurielle et collective. L'enseignement de l'Histoire est certes central dans la construction d'un récit critique commun ; mais il faut beaucoup de temps et de patience pour retisser une trame rompue, et pour combattre les mythologies et les approximations véhiculées par la désinformation en réseaux. Les collectivités publiques peuvent contribuer à répandre les informations historiques indispensables au moyen de panneaux explicatifs, ou de brochures, à l'abord des monuments publics, ou bien aider les musées et les archives à organiser des expositions, des conférences pour le grand public.
Frédéric Régent
Libellés :
esclavage,
esclavagiste
Inscription à :
Articles (Atom)












