samedi, octobre 02, 2010

Les Caraïbes des Petites Antilles. Tenir compte de l’Histoire

L’article que nous proposons est une importante contribution de l’historien caribéen Henry Petitjean Roget à un colloque qui s’est tenu à Porto Rico. 

A son retour du premier voyage, le récit de Christophe Colomb promettait la découverte de telles richesses que dès 1493 le Pape Alexandre VI concédait aux Espagnols, par la Bulle « Inter Coetera » les territoires nouvellement reconnus. Les Traités signés à Tordesillas en 1493 et 1494 entre Espagnols et Portugais sous l’autorité du pape partageaient le monde au seul profit des Espagnols et des Portugais. François 1er demanda à voir, dit-on, « l'article du Testament d'Adam qui faisait la part si belle aux espagnols et aux portugais ».

Dès le début du XVI° siècle, les français, écartés des îles par la présence espagnole, décident de s’implanter au Brésil. Les voyages de Colomb sont tout de suite connus en Europe, mais la première traduction en français de la « Lettre de Colomb », paraît seulement en 1553. Marthyr de Angleria est le premier à écrire une histoire du Nouveau Monde. Ses « Décades, de Orbo Novo », sont publiées en français à Paris en 1532. « L’histoire naturelle et générale des Indes, isles et terres ferme de la grande mer océane », d’Oviedo est traduite par Jean Poleur à Paris en 1536.

Jusqu’à la première moitié du XVII° siècle, des navires français reviendront en France, chargés de bois rouge (2) pour les teintureries de Rouen et de Dieppe et de marchandises troquées avec les indiens. Les voyages français vers le Brésil, et les contacts avec les Tupis expliquent l’origine du nom « Caraïbe » qui a remplacé le véritable nom des Callinagos (3) des Petites Antilles et la présence de nombreux mots tupis dans leur langue qui sont restés en français.




Un peu d’histoire de France

Pour mieux situer l’action des navigateurs français dans le contexte de luttes entre nations pour l’appropriation de l’espace américain nouvellement découvert, un bref rappel des souverains français qui se sont succédés entre 1498 et 1654 s’avère nécessaire. De 1498 à 1654, la France a connu huit souverains et deux régences. Ce sont celles de Catherine de Médicis, épouse d’Henri II, mère du roi Charles IX, de 1560 à 1564 et celle de Marie de Médicis, femme d’Henri IV et mère du roi Louis XIII, de 1610 à 1617. Dès les traités de Tordesillas, les rois de France ont encouragé les voyages des navigateurs et des marchands en direction du Nouveau Monde. Il fallait découvrir des terres à disputer aux Espagnols et aux Portugais.

Les souverains Français. 1498-1643

Louis XII Roi de France de 1498 à 1515
François 1°Roi de France de 1515-1540
Henri II Roi de France de 1547 à 1559
François II Roi de France de 1559-1560
La Régence par Catherine de Médicis épouse d’Henri II de 1560 à 1564
Charles IX Roi de France 1564-1574
Henri III Roi de France 1574-1589
Henri IV Roi de France 1589-1610
Régence de Marie de Médicis de 1610 à 1617
Louis XIII Roi de France de 1610-1643
Régence d’Anne d’Autriche 1643 à 1654, infante d’Espagne, épouse de Louis XIII.
Louis XIV Roi de France 1654- 1715

Les Français en Amérique

Les frères Verrazzano (1) explorent pour le compte de François 1er, les côtes nord américaines en 1523 et la Floride et les Petites Antilles en 1528. 

Girolamo y est tué et "dévoré" par des Callinagos. Le drame se serait probablement déroulé en Guadeloupe (2). 

Jacques Cartier effectue trois voyages en direction des côtes nord américaines avec l’aval du roi de France Henri II entre 1534 et 1542. Sous le règne de Charles IX, Ribault, explore la Floride en 1562 puis René de la Laudonnière en 1564 tente de s’y implanter à son tour. 

Samuel de Champlain, sous Henri IV, est au Canada en 1603. La période qui concerne plus particulièrement l’espace antillais, s’étend de la découverte du Brésil à l’installation officielle des Français à la Martinique et en Guadeloupe en 1635.

Les Français au Brésil au XVI° siècle : L’émergence d’un exotisme américain

Écartés des îles par la présence espagnole, les français se tournent vers le continent, le Brésil en particulier. On sait que, parallèlement aux expéditions qui ont fait l’objet de récits ou de rapports à leurs commanditaires, de nombreux voyages à vocation commerciale ont eu lieu. Tous ces navigateurs ont relâché aux Petites Antilles sur leur route de retour pour éviter les îles espagnoles. Dès 1504, Paulmier de Gonneville avait abordé le Brésil. Il avait ramené avec lui, Essomericq le fils d’un chef indien Carijo. Faute de pouvoir le rapatrier chez les siens, comme il s’était engagé à le faire, il l’adopta et le maria à l’une de ses nièces. (Deschamps 1891 : 5). 

En 1519, Denis de Honfleur revint à Rouen avec « sept sauvages brésiliens » (Deschamps 1891 : 6). Un riche armateur de Dieppe, Jean Ango, organisa en 1522 un voyage au Brésil avec Denis de Honfleur qui s’y était déjà rendu trois ans plus tôt. L’idée d'occuper les territoires que se partagent espagnols et portugais s’impose peu à peu aux Français. En 1531 une centaine de français tentent d’installer un fort non loin de Recife sur l’île Saint Alexis. Au bout de quelques mois, les portugais réussissent à mettre un terme à cette tentative d’implantation étrangère sur leur territoire. En 1546 une flotte française composée de 18 navires quitte le port du Havre pour le Brésil. Quatre ans plus tôt à Rouen, sur les berges de la Seine, avait eu lieu la reconstitution d’une somptueuse fête brésilienne avec des Indiens, des arbres d’Amazonie et des animaux exotiques. (Vidal 2008 : 23). Henri II et Catherine de Médicis, accompagnés par la cour, y assistèrent. Cette fête persuada le roi Henri II d’encourager les voyages en direction du Brésil. En 1556, il envoie au Brésil le cartographe havrais, Le Testu, pour dresser une carte des cotes.

Sur ordre de Coligny, l’Amiral calviniste, Nicolas Durant de Villegaignon, part en 1555 pour implanter une colonie protestante . Il l’installe sur une île de la baie de Guanabara, l’actuelle baie de Rio de Janeiro. Cette tentative de colonisation française, s’achève en 1560. Le moine cordelier André Thevet qui avait accompagné de Villegaignon, résida un an au Brésil. Il écrivit une relation de son séjour et de sa rencontre avec les Indiens(3). Elle est publiée à Paris en 1557. Alors que Thevet avait déjà quitté la colonie protestante, Calvin, pour venir en aide à de Villegaignon en buttes à de nombreuses dissensions au sein de la colonie, lui avait envoyé quelques protestants dont, Jean de Léry, un calviniste convaincu. De Léry débarque en 1557 et reste dix mois sur place. Le récit de son séjour, « Histoire d’un voyage fait en la terre du Brésil » fut publié en 1578. Une autre tentative de colonisation française du Brésil eut lieu dans la région d’Ibiapaba-Ceara entre 1590 et 1604. Henry IV avait décrété en 1604 que le commerce maritime ne dérogeait pas. Tout noble pouvait s’y livrer, sans perdre ses titres et ses qualités. Une telle décision avait pour but de développer des voyages dans des buts commerciaux. En 1604, Daniel de la Touche de la Ravardière effectua une expédition en Guyane pour rejoindre une expédition française qui s’était installée sur l’Oyapock. A son retour en 1605, le roi lui avait concédé, « les Isles et terres du Maragnon et contrées adjacentes ». Ce territoire correspondait à celui où l'Amiral de Villegaignon avait tenté, cinquante ans auparavant, d’implanter sa colonie protestante. Tous les espoirs français d’installation dans la région de São Luis de Maranhão, s’évanouissent entre 1612 à 1615, lors de l’expédition conduite par Daniel de la Touche de la Ravardière qui espérait fonder la « France équinoxiale ». Il était accompagné du moine cordelier Yves d’Évreux. De retour en France, d’Évreux obtint du roi Louis XIII l’autorisation de publier le récit de son voyage « Les Singularités de la France Antarctique » qui paraît en 1557. Pour de raisons politiques, l’ouvrage est saisi et détruit(4). Yves d’Évreux est autorisé à publier en 1615 la seconde partie de sa relation, « La suite de l’Histoire des choses mémorables advenues sur le Maragnon es années 1613 et 1614 ».


Les premiers relations des voyages contribuent peu à peu à changer la mentalité et le goût de l’époque(5). Un allemand, Hans Staden, partit pour le Brésil en 1547 avec des marins . Il effectua un second voyage durant lequel, capturé par les Tupis, il resta prisonnier 9 mois et failli être mangé. Le récit de Staden, publié en allemand en 1557(6), révélait pour la première fois la réalité de l’anthropophagie de Tupinambas. Il rencontra un succès incroyable. Au début du XVII° siècle l’influence des voyages vers le Brésil prit de l’ampleur. Elle se manifesta par un engouement accru pour les objets exotiques. Montaigne, qui avait à son service un domestique qui avait servi de truchement au Brésil, rapporte : « II se void en quelques lieux et entre autres chez moi, la forme de leurs lits, de leurs cordons, de leurs espées et bracelets de bois de quoi ils couvrent leurs poignets au combat et de grandes cannes ouvertes par un bout, dont le son desquelles ils soutiennent la cadence de leurs danses »(7). Les publications de voyages au Brésil ont finit par faire comparer la vie des Sauvages à un âge d'or. « Le bon Indien va paraître réunir en lui toutes les vertus antiques et chrétiennes, c'est de l'Amérique et des Îles que l'on va rêver et c'est des récits de voyages qui abondent avant Rousseau et dont Rousseau s'inspire » (Chinard(8) 1934 : 7).


16th century image of a Caribbean native house.

Les relations des missionnaires.

Des missionnaires accompagnent les premiers émigrants. Ce sont eux qui, au XVII° siècle, ont contribué à faire connaître les îles et leurs habitants. En outre, comme l’a souligné Chinard, « ces prêtres étaient en même temps des hommes « cultivés et quelques uns des érudits, presque tous en tout cas d'anciens professeurs …. Leur idéal de vie n'est pas purement chrétien, il est en même temps classique ou antique, et les sauvages américains vont leur apparaître sous les traits des Romains de la République, ils leur prêteront la gravité et l'éloquence de Caton ou de personnages de Tite-Live... »(9) (Chinard 1934 : 6). Jésuites, Capucins, dominicains ou laïcs ont rédigé leurs « Relations » en gardant présent à l'esprit un désir de satisfaire le besoin d'exotisme du public français, par la description détaillée de leur voyage, des plantes et des animaux qu’ils ont vus, des « Sauvages » qu’ils ont côtoyé.

L’influence sur les Callinagos des contacts entre indiens tupis du Brésil et Français.

Après les premières tentatives d’implantation au Brésil, les français prennent réellement pied en Amérique sous le règne du Roi Louis XIII. En 1620, Richelieu se fait décerner par le roi la charge de Grand Maître et Surintendant de la navigation et commerce de France. Courant 1625, un flibustier français, Pierre Belain d’Esnambuc, s’était réfugié sur l’île de Saint Christophe. L’île avait été abandonnée par les Espagnols et était occupée par des Anglais et des Callinagos. Anglais et Français s’entendent pour se partager l’île, mettant rudement à l’écart les Sauvages. Dès 1626, Richelieu fonde, avec l'accord papal (Urbain VIII), la Compagnie de Saint Christophe. En 1627, le Cardinal crée la Compagnie des Indes d'Amérique, sur le modèle de la Compagnie des Indes fondée aux Pays Bas en 1621. L'un des buts avoués de ces compagnies était de fonder des colonies et « maintenir la religion catholique à l'exclusion de toute autre » (Deschamps 1891 : 79). Charles Liénard de l'Olive et Jean du Plessis d’Ossonville prennent possession de la Martinique le 25 juin 1635, au nom du Roi de France. La scène se déroule à Fonds Laillet, non loin du village actuel de Belle-Fontaine, devant un groupe de callinagos (10). Effrayés par les serpents, les français se rembarquent précipitamment et se dirigent vers la Guadeloupe. Ils y débarquent le 28 juin.


Plus de 100 ans de contacts entre les Français et les Tupis au Brésil, puis entre les Callinagos et les Français ont laissé des traces dans la culture callinago. Elles sont surtout perceptibles dans la langue caraïbe avec des mots, qui ont été conservés en français et en créole. Dans le domaine de la cuisine, le « migan », à l’origine une sorte de purée de patates douce et de manioc, dans laquelle les tupis délayaient les cendres de leurs parents défunts, est devenu aux Antilles une préparation à base de fruit à pain, d’épices et de porc. Le « coui », une calebasse coupée en deux, qui est un contenant ou une écope pour vider les canots, se nommait « atagle » en caraïbe insulaire. Manioc est le mot tupi pour désigner la racine que les Callinagos consommaient sous le nom de « kiere ». Le mot « tapioca » est tupi. « Ouassou » désigne en tupi une grosse écrevisse. Le mot est resté en créole de la Guadeloupe pour une écrevisse de grande taille (Macrobrachium Holthuis) aux pinces impressionnantes. Le « carbet », la maison des hommes c’est « taboui » en caraïbe. Le nom « Agouti », qui s’applique à un petit rongeur, que l’on peut rencontrer à la Désirade, devenu plus rare sur la côte sous le vent de la Basse terre de Guadeloupe, est tupi. Il a supplanté le mot « picouli » en caraïbe insulaire. « Giraumon », une citrouille, est tupi. « Maringouin », un moustique, et « Sarigue » (Didelphis marsupialis ), un opossum sont aussi tupis. L’expression faire un « caouinage » que l’on retrouve dans les relations de chroniqueurs du XVII° siècle, pour désigner les grandes fêtes durant lesquelles les Callinagos buvaient énormément de bière de manioc, le « ouicou », vient du tupi. C’est enfin un autre mot tupi, « caraïbe », qui désignait le chamane, qui, par confusion avec le mot caribe utilisé par les Espagnols et carib en anglais, a conduit à appeler les « Callinagos », les Caraïbes. On ne devrait pas substituer au nom Callinago, celui de « Caraïbe » pour remplacer le terme « Caribe » des chroniques espagnoles antérieures à la découverte du Brésil. Enfin, l’une des expéditions tardives vers le Brésil, sous la direction d’un certain Capitaine Fleury, s’est effectuée en 1618-1620. Elle est à l’origine de la plus ancienne relation connue sur les Caraïbes. Arrivés à la Martinique avec un navire en piteux état, au terme de nombreuses péripéties, alors qu’ils revenaient vers la France plus pauvres qu’au départ, les français affamés et épuisés furent accueillis dans un village de caraïbes. Parmi l’équipage se trouvait un érudit. Il a relaté son voyage dans la chronique qu’il tenait. C’est ainsi qu’il a décrit dans le détail la vie quotidienne des habitants du village dans lequel il a séjourné dix mois. Ce séjour s’est passé quinze ans avant l’arrivée du père Raymond Breton à la Martinique. Cette « Relation d’un infortuné voyage fait en la terre de Brésil », dont l’auteur n’est toujours pas identifié, a été découverte par Jean Pierre Moreau, dans les manuscrit de la bibliothèque Imguibertine de Carpentras, en France. Il l’a publiée en 1987, sous le titre « Un flibustier français dans la mer des Antilles en 1618/1620 ».

Maisons des Tainos

Il m’a semblé intéressant d’évoquer les liens commerciaux et culturels qui reliaient au 16° et 17° siècles des îles des Petites Antilles au Brésil, par le biais des voyageurs français. Les descriptions des amérindiens brésiliens quoique leur culture soit différente de celle des Caraïbes apportent d’importantes informations qui contribuent à éclairer des aspects des croyances et des pratiques des Caraïbes insulaires relatées par les chroniqueurs qui les ont côtoyés.

H. Petitjean Roget



Notes

(1) Mollat du Jourdin, Michel et Jacques Habert. Giovanni et Girolamo Verrazano navigateurs de François I er. Imprimerie nationale. Paris 1982.

(2) Mollat du Jourdin…1982 : 124.

(3) André Thevet. Le Brésil et les Brésiliens ». Les français en Amérique durant la deuxième moitié du XVI° siècle. Choix de textes et notes par Suzanne Lussagnet. Presses Universitaires de France 1953

(4) La relation n’est connue que par un seul exemplaire qui a été conservé par chance par François de Razilly qui avait participé à l’expédition.

(5) « C’est Rabelais, avec son « Pantagruel » publié en 1552 qui reflète le plus la pensée des français de l’époque. « Il n’a pu connaître que les explorations portugaises et espagnoles et les premières explorations françaises. Marthyr de Angleria, Oviedo, les relations de Colomb, de Vespuce, Jacques Cartier ont été à peu près ses seules sources d’informations » (Deschamps 1891 : 22)

(6) Staden Hans , véritable histoire et description d’un pays habité par des hommes sauvages, nus et anthropophages , situé dans le nouveau monde nommé Amérique, inconnu dans le pays de Hesse avant et depuis la naissance de Jésus-Christ jusqu’à l’année dernière. Hans Staden de Hombourg, en Hesse, l’a connu de sa propre expérience et le fait connaître actuellement par le moyen de l’impression. Marbourg, chez André Kolben, 1557 Traduction française . Éditions AM Métaillé. Paris 1979

(7) Essais 1. 31, cité par Deschamps 1831 : 37

(8) Chinard, Gilbert. L’ Amérique et le rêve exotique dans la littérature française au XVII° et au XVIII° siècle. Paris Librairie E. Droz. 1934

(9) Chinard, Gilbert. L’ Amérique et le rêve exotique dans la littérature française au XVII° et au XVIII° siècle. Paris Librairie E. Droz. 1934.

(10) Un tableau du peintre Théodore Gudin (1802-1880), a évoqué de façon très romantique sur fond de cocotiers en bord de plage, la scène de prise de possession de l’île.


Orientations bibliographiques

Chinard, Gilbert. L’Amérique et le rêve exotique dans la littérature française au XVII° et au XVIII° siècle. Paris Librairie E. Droz. 1934

De Dampierre, Jacques. Essai sur les sources de l’histoire des Antilles françaises (1492-1664) : Mémoires et documents publiés par la société de l’École de Chartres VI. Paris. A picard et fils, Éditeurs. 1904.

Deschamps, Louis. Histoire de la question coloniale en France. Plon. Paris 1891

Gannier, Odile. Les derniers indiens des Caraïbes ; Images mythe et réalité. Ibis rouge éditions. 2003.

Moreau, Jean-Pierre. Un flibustier français dans la mer des Antilles en 1618/1620. Manuscrit inédit du début du XVII° siècle publié par Jean-Pierre Moreau. Éditions Jean-Pierre Moreau. 56 rue Emmanuel-Sarty, 92140, Clamart. 1987

Mollat du Jourdin, Michel et Jacques Habert. Giovanni et Girolamo Verrazano navigateurs de François I er. Imprimerie nationale. Paris 1982.

Staden, Hans. Nus féroces et anthropophages. 1557. Éditions A.M. Métailié. Paris 1979


Pointe-à-Pitre Mercredi 29 septembre 2010

mardi, septembre 28, 2010

En Afrique, ce sont les colonisateurs qui ont mis fin à la traite négrière

Le géographe Yves Lacoste vient de publier « La question post coloniale » chez Fayard.

Il analyse les différents aspects de la colonisation depuis la première, la colonisation américaine au XVe siècle,
— les différents types de conquêtes coloniales, les différentes pratiques coloniales
— les différentes luttes contre la colonisation, les différentes décolonisations, les différentes indépendances qui en ont découlées,
— les différentes luttes pour le pouvoir au sein de ces nouveaux pays indépendants et leurs conséquences...
— les conséquences qui en résultent pour les anciens pays colonisateurs, les émigrations des anciens colonisés vers l'ancienne métropole, leur condition et leur situation « géopolitique », celle de leurs enfants qui y sont nés...
— Et enfin, notre rapport à ces populations de cette autre origine, notre rapport à notre propre histoire coloniale.
C'est un ouvrage très riche qui modifie le regard et la compréhension que nous pouvions avoir sur ce sujet.

L'esclavage.
La pratique guerrière et commerciale qui consiste à capturer des hommes, des femmes et des enfants pour les vendre a été le fait durant des millénaires, de la quasi-totalité des sociétés, quel que soit leur niveau de développement philosophique.

Les cités grecques de l'Antiquité, même celles qui furent le berceau de la démocratie, furent des sociétés guerrières et esclavagistes: la population d'Athènes était composée aux 3/4 d'esclaves, dont certains venaient d'autres cités grecques vaincues.

L'Empire romain donne encore plus d'envergure à ce système de production.
Les magnifiques constructions grecques et romaines que nous admirons ont été bâties par des esclaves.

La diffusion du christianisme ne fera que très progressivement disparaître l'esclavage qui perdura, selon certains, jusqu'à la fin du Moyen-âge.

Mais des ordres religieux catholiques sous l'égide de la Vierge ont durant des siècles capturé des hommes, femmes et enfants qui étaient des « païens » ou des Slavoni (d'où le mot esclave, qui vient de slavus) — chrétiens orientaux —, pour les vendre aux Ottomans...

Le terme et la notion d'esclave ont eu 2 significations complexes et contrastées :
— les esclaves-marchandises, producteurs ou domestiques dont l'achat coûte relativement cher dans bien des cas
— les esclaves-guerriers appartenant à un appareil d'État ou à un chef de guerre.
Ces 2 aspects de l'esclavage ont existé durant des siècles en Afrique comme ailleurs, et ils fonctionnaient l'un par rapport à l'autre, car dans bien des cas, c'étaient les esclaves-guerriers qui capturaient les esclaves-marchandises.

À partir du 17e siècle, en Afrique, l'esclavage commercial est apparu :
Le puissant royaume yoruba d'Ife (Nigeria aujourd'hui), situé au contact des savanes du nord et des forêts côtières a développé ses activités esclavagistes à la demande de « clients » du Nord, qui ne voulaient pas aller en forêt avec leurs chevaux capturer des esclaves.

L'esclavage commercial s'ajouta à la servitude domestique ; ce commerce multiplia la richesse du Roi et de son entourage.

Pour les sociétés africaines n'ayant pas de produit naturel attrayant comme l'or à exporter, mais où un processus de centralisation était en cours, les esclaves constituaient le meilleur article d'exportation.

La traite.
La traite d’esclaves a existé depuis les 7/8e siècles vers le Maghreb, l'Égypte, l'Arabie et le Golfe Persique, par millions. Bien que convertis à l'islam, ils restaient esclaves. Aussi à la fin du 9° siècle, déclenchèrent-ils une terrible révolte, celle des Zendj, qui est restée célèbre.

À cette traite orientale, s'est ajoutée la traite occidentale à partir du 16e siècle pour les besoins de main-d’œuvre des Européens en Amérique où la population indigène a disparu sous l'effet des épidémies.

Elle commence en 1519, dès la conquête du Mexique, et prend de plus en plus d'importance aux 17e et 18e siècles. Le maximum est atteint entre 1775 et 1800 avec 2 millions d'esclaves transportés en Amérique (principalement au Brésil), sur un total de 11 millions de 1519 à 1860, selon les chiffres récemment calculés d'après les archives...

La traite ne résulte pas tant des entreprises privées, que de puissantes compagnies « à charte » qui ont obtenu un privilège auprès de l'État dont chacune dépend.

Ce fut d'abord le Portugal, l'Angleterre, la France, enfin les Pays-Bas qui supplantèrent les Portugais. 

Du côté africain, la traite était aussi l'affaire des souverains, qui fixaient le prix des captifs, et le volume des marchandises obtenues en échange.

L'analyse des livres de comptes des compagnies montrerait que très peu d'esclaves auraient été capturés par les négriers européens: les souverains africains s'opposaient à cette concurrence déloyale qui les privait de leurs bénéfices.

Ils faisaient pratiquer la chasse aux esclaves par des esclaves-soldats ou par des « seigneurs de la guerre » qui organisaient des campagnes pour fournir des esclaves au souverain avec lequel ils avaient passé accord.

Un autre système consistait à obliger un peuple jusqu'alors soumis aux captures, à aller en capturer chez un peuple voisin pour les remettre à des intermédiaires du souverain.

Le développement des « exportations » vers l'Amérique entraîna une extension des territoires « exploités ». De plus en plus de peuples furent impliqués, soit en tant que chasseur, soit en tant que gibier.
Les Mossi (au Burkina) sont semble-t-il, le seul grand peuple africain qui n'y ait pas participé, il aurait même protégé ses voisins...
La fin de la traite.

En 1807, en pleine guerres napoléoniennes, le Premier Ministre anglais William Pitt promulgue un décret interdisant à tout sujet britannique d'acheter ou de vendre des esclaves.

Un courant d'idées prenait conscience que « l'esclavage des noirs » ne se justifiait sur les plans ni religieux, ni philosophique. En Angleterre et en France, des Sociétés des amis des noirs luttaient pour l'abolition de l'esclavage.

En 1792, à Londres, 400 000 personnes signèrent une pétition dans ce sens !
Pour abolir l'esclavage, il aurait fallu des sommes considérables pour indemniser les propriétaires d'esclaves. C'est seulement l'interdiction de la traite qui fut décidée en 1807.

Après la défaite de Napoléon, l'Angleterre imposa au congrès de Vienne l'interdiction de la traite.

L'interdiction fut appliquée avec rigueur par la marine britannique chargée d'intercepter les navires négriers.

L'interdiction d'exporter des esclaves provoqua de véritables guerres entre les Britanniques et les Achanti.

Ces « guerres achanti » se soldèrent par la conquête coloniale du pays.
L'effet de cette interdiction fut la propagation de la « traite intérieure » en Afrique, car les chefs de guerre continuèrent leurs chasses aux esclaves pour les vendre à des acheteurs africains qui les revendaient sur un marché local. Comme ceux-ci payaient moins que les Européens, on augmenta les captures pour compenser le manque à gagner.

La valeur des esclaves s'effondra. Alors qu'à Cuba, au début du 19e, un esclave valait le prix d'un petit camion d'aujourd'hui, on tomba à des prix dérisoires : un âne valait le prix de 3 ou 4 femmes...

Dans la première moitié du 19e siècle, les nouveaux conquérants européens de l'Afrique tropicale n'avaient ni le désir, ni le droit de faire fortune, comme ça se faisait au temps du commerce négrier.

Les Français arrivèrent à Saint-Louis du Sénégal en 1852 avec le capitaine Louis Faidherbe qui étudia les structures sociales et géopolitiques de son territoire.

En 1841, El-Hadj Omar Tall, un chef de guerre qui est aussi un prédicateur lance un djihad contre des royaumes qui ne sont pas musulmans, fonde sa capitale à Dinguiraye (Guinée), s'empare du royaume de Bambouk et de ses gisements aurifères. Cela lui permet, outre la vente de nombreux esclaves, d'acheter des fusils à des trafiquants.

Les Français refusent de lui en vendre, il les attaque, mais ne l'emporte pas. Il dirige alors ses attaques contre des royaumes animistes, mais aussi musulmans, tout cela lui fournissant nombre d'esclaves pour payer ses achats d'armes. Il meurt en 1864.

Samory Touré.
En 1852 au cours d'une guerre, sa mère est capturée par un chef de clan, celui des Cissé. Pour la libérer, il s'engage dans leur armée, y devient un guerrier réputé qui rapporte beaucoup de butin et d'esclaves. Au bout de 7 ans, il s'enfuit avec sa mère. Deux ans plus tard, le peuple de sa mère, les Camara, le nomme chef de guerre pour les défendre.

Samory crée une armée de métier, et un empire qui peut être défini comme un « État guerrier et marchand » : une commerçante devait pouvoir circuler librement avec ses marchandises... qui étaient le plus souvent des esclaves.
Vers 1878 il a conquis tout le haut Niger, mais à l'ouest, vers le Sénégal, il prétend prendre des esclaves sur des peuples qui, depuis Faidherbe, se sont mis sous la protection des Français.

Samory est battu, fait la paix avec les Français, et dirige ses attaques vers la ville de Sikasso d'un autre État guerrier et marchand. Mais les Français ne veulent pas qu'il s'en empare.

Samory est obligé d'aller vers l'est face au royaume de Kong, à qui les Français assurent leur soutien.

En 1889 commence contre Samory, et au sein même de son empire, ce qui pour beaucoup d'Africains a été la « guerre du refus », car les animistes et nombres de musulmans ne supportaient plus les livraisons d'esclaves qu'il leur imposait.
En 1898, Samory est enfin fait prisonnier et déporté au Gabon.

Malgré les razzias et massacres qu'il a fait subir à des peuples dont il a vendu une partie comme esclaves, Samory est considéré comme un grand homme d'État africain, et résistant anticolonialiste.

Pourtant, c'est au contraire la « guerre du refus » des peuples africains qui était révolutionnaire,
— avec l'aide des Français colonisateurs (intéressés),
— contre l'esclavagisme de Samory !

Jean-Pierre Bernajuzan, 

vendredi, septembre 17, 2010

«Du passeport du sous-développé, de la Guadeloupe et du mépris français» - Posts Afrique

«Du passeport du sous-développé, de la Guadeloupe et du mépris français» - Posts Afrique: "– Envoyé à l'aide de la barre d'outils Google"

L’esclavage revu et corrigé

Gilles Gauvin, docteur en histoire contemporaine et professeur en collège en ZEP depuis une quinzaine d’années en métropole, a été l’un des membres du Comité pour la mémoire de l’esclavage (2004-2009) et référent national des écoles associées de l’Unesco (Reseau) pour le thème des droits de l’Homme (2008-2010). Il signe ici un nouvel ouvrage de référence pour battre en brèche “les idées reçues” véhiculées sur le thème de l’esclavage. Un mot qui projette la mémoire collective immédiatement dans le XVIIIe siècle. Réflexe conditionné. Pour nombre de personnes, l’esclave est noir et le maître est blanc.

Les clichés ont la vie dure. Et combien sont-ils à penser que le phénomène est éradiqué de nos jours ?… Dans son ouvrage intitulé tout simplement “L’esclavage”, Gilles Gauvin rappelle que la pratique de la servitude remonte à l’Antiquité, que les blancs n’en ont pas l’apanage (les Arabes ne s’en sont pas privés non plus) et qu’il existe, de nos jours encore, une pratique de la traite et de l’esclavage, notamment dans certains pays d’Afrique, tels que la Mauritanie et le Soudan. “On estime à 27 millions le nombre de personnes soumises aujourd’hui à un esclavage traditionnel, et entre 250 et 300 millions les enfants réduits en esclavage, dont près d’un million, majoritairement des filles, contraints à la prostitution”, souligne l’auteur. 

Au fil d’une centaine de pages, Gilles Gauvin analyse ces idées toutes faites que l’on peut entendre aujourd’hui encore à propos de l’esclavage, idées réactivées en France par les nombreuses polémiques suscitées par les violences urbaines de novembre 2005. 

Il reste beaucoup à faire dans le domaine de la recherche universitaire, de l’enseignement, mais aussi de la vulgarisation pour tenter peu à peu de faire disparaître des stéréotypes comme “les Européens sont à l’origine de l’esclavage des Noirs”,”tous les esclaves africains ont été déportés à partir de Gorée”,”c’est grâce à la République que l’esclavage a été aboli en France”,”l’esclavage est la cause de la guerre de Sécession aux États-Unis” ou encore “le créole, c’est du français déformé”

- “L’eslavage” : ouvrage paru dans la collection Idées reçues, pour pointer ces clichés issus de la tradition ou de l’air du temps, mêlant souvent vrai et faux, et polluant toutes les têtes. L’auteur les prend pour point de départ et apporte ici un éclairage distancié et approfondi sur ce que l’on sait ou croit savoir.

jeudi, septembre 16, 2010

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samedi, août 28, 2010

Traite négrière: Elikya Mbokolo évoque l’apport des vestiges africains dans la diversité culturelle

Le monde entier a célébré, lundi 23 août, la douzième journée internationale du souvenir de la traite négrière et son abolition. Plus d’un siècle après son abolition, l’historien Elikya Mbokolo estime que l’humanité enregistre beaucoup de vestiges africains dans plusieurs pays d’Amérique et d’Asie. 

Elikya Mbokolo a souligné l’importance de ces vestiges. Il a déclaré:
«Lorsque les esclaves sont arrivés aux Amériques, on a vu que c’était des hommes avec des cultures, avec des savoir-faire. Et regardez aujourd’hui à Cuba, au Brésil, à Haïti: dans beaucoup de ces pays, les religions africaines sont très vivantes. Ça, je crois que c’est un premier apport qui est important.»
L’autre apport qu’on connaît bien, c’est sur le plan musical. On sait que les rythmes de l’Afrique centrale ont été reproduits très largement dans les pays de l’Amérique latine, a-t-il enchaîné.

L’historien Elikya a ajouté:
«Regardez aussi la cuisine de ces pays. Et si vous regardez encore l’organisation des familles. Vous savez que dans beaucoup de nos pays, c’est le régime matrilinéaire qui l’emporte. Et vous verrez qu’en Haïti, dans les Antilles françaises, la mère joue un rôle important. Et souvent la filiation des enfants se fait par la mère.»

Le thème retenu pour cette douzième journée, c’est justement: «Les effets bénéfiques de la diversité culturelle, en reconnaissant l’importance des transferts et des échanges incessants entre les cultures et les liens tissés depuis l’aube de l’humanité.»

La traite négrière, c’est cette déportation massive des Africains vers d’autres parties du monde, notamment les Amériques.

C’est dans la nuit du 22 au 23 août 1791, qu’a commencé à Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti et République dominicaine), l’insurrection qui joua un rôle déterminant dans l’abolition de la traite négrière transatlantique.

dimanche, août 22, 2010

Six siècles d'histoire et un occupant tristement illustre - Pornic

Il ne reste pas grand-chose, aujourd'hui, de la fière demeure de Gilles de Rais. Incendié en 1792, pendant les guerres ayant marqué la période révolutionnaire, le château de Machecoul a fini par servir de carrière de pierres pour construire routes et maisons au début du XIX e siècle.

Son histoire avait commencé au XIII e siècle, avec l'édification d'une forteresse qui venait remplacer un édifice primitif érigé à la fin du XI e siècle, en bordure du Falleron. La bâtisse est confortée à plusieurs reprises, jusqu'à constituer une enceinte carrée, entourée de douves avec six tours crénelées, donjon, herse et pont-levis. L'essor de la ville de Machecoul accompagne la montée en puissance du château.

Plusieurs familles des seigneurs de Rais s'y succèdent au fil des siècles. Mais la période qui reste dans toutes les mémoires est bien entendu celle de l'occupation du château par Gilles de Rais. Plus que ses faits d'armes aux côtés de Jeanne d'Arc pendant la Guerre de cent ans, ou ses titres de maréchal de France, puis conseiller et chambellan du roi Charles VII, l'Histoire a retenu de lui ses actes de magie, sorcellerie, ses débauches et agressions envers les enfants. En 1440, il est arrêté dans son château de Machecoul où il était né trente-six ans plus tôt. Jugé à Nantes pour sorcellerie, hérésie et meurtres, il est condamné à être pendu et brûlé.

Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition

La Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition est célébrée chaque année le 23 août. En décidant de proclamer cette date en 1998, l'UNESCO a voulu contribuer à inscrire la tragédie de la traite négrière et de l'esclavage dans la mémoire de tous les peuples.

A cette occasion de nombreuses manifestations sont organisées à travers le monde par des associations militantes pour la promotion des droits de l’homme et des organisations internationales.



Le message d’il y a dix ans, du Directeur général de l'UNESCO d'alors, Mme Koïchiro Matsuura, destiné au monde entier garde encore toute son actualité.

" En décidant de proclamer le 23 août de chaque année " Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition ", l'UNESCO a voulu rendre universelle par le devoir de mémoire une tragédie oubliée et méconnue, et rendre hommage au combat inlassable des esclaves pour leur libération. L'insurrection qu'a connue l'île de Saint-Domingue (aujourd'hui Haïti et République dominicaine) dans la nuit du 22 au 23 août 1791 a ébranlé de façon radicale et irréversible le système esclavagiste, et a été à l'origine du processus d'abolition de la traite négrière transatlantique.

La journée du 23 août est l'occasion de rappeler le souvenir d'une tragédie longtemps occultée et de lui restituer, eu égard à son caractère universel, la place qui doit être la sienne dans l'histoire de l'humanité. Le projet de l'UNESCO " La route de l'esclave " vise à créer un espace collectif de réflexion et d'analyse des causes profondes de la traite négrière, de ses modalités et de ses conséquences, notamment les interactions qu'elle a générées entre l'Afrique, l'Europe, les Amériques et la Caraïbe.


Cette célébration, dont les enjeux sont tout à la fois la vérité historique, le développement, la solidarité et les droits de l'homme, doit donc mobiliser toutes les nations et la société civile dans son ensemble.

C'est dans cet esprit que je vous invite à organiser, à susciter et à soutenir toutes les activités - en particulier avec les jeunes, les enseignants, les artistes et les intellectuels - qui pourront être de nature à mieux faire connaître la traite négrière et l'esclavage, à favoriser la réflexion éthique sur sa portée et ses conséquences, notamment les formes nouvelles de l'esclavage, et à stimuler la solidarité avec les peuples qui en ont été victimes ".
Extrait du message du directeur général de l'UNESCO prononcé le 22 août 2000.

vendredi, août 20, 2010

Santé et société esclavagiste à la Martinique 1802-1848

La plupart de ces pois sont inconnus en Martinique, il y a eu une perte de la diversité alimentaire, du moins la consommation antillaise tend à se calquer sur celle  de sa métropole ce qui contribue à une forte acculturation  se faisant au détriment de ses intérêts sociétaux et de son émancipation alimentaire.

EZ

jeudi, juillet 22, 2010

En hommage à Albert BEVILLE, Justin CATAYEE et Roger TROPOS


Discours prononcé par Edouard Glissant au nom de l'Association générale des Etudiants martiniquais à la soirée commémorative en mémoire d'Albert Béville, Justin Catayée et Roger Tropos, à Paris, Palais de la Mutualité, le 6 juillet 1962

Mesdames, Messieurs, chers amis,

Qui aurait pu prévoir, qu'au seuil des vacances, nous serions amenés, dans des circonstances aussi tragiques, à nous réunir pour célébrer le souvenir de compatriotes et de camarades chers ?

Lequel d'entre nous n'a pas été touché, au plus profond de lui-même, à l'annonce de la disparition de tant des nôtres, avant même de savoir dans le détail la liste des victimes de cette terrible catastrophe ?

Lequel d'entre nous ne s'est pas senti douloureusement étreint en lisant cette liste des noms qui tous, sans exception aucune représentaient pour nous : un parent, un ami ou une simple connaissance ?

Lequel d'entre nous, enfin, ne s'est pas senti meurtri par un tel drame à un moment où nos pays ont tant besoin de toutes leurs forces vives, où l'avenir s'annonce si sombre aux Antilles, et qu'une page décisive s'ouvre dans l'histoire de nos pays ?

Tous ces morts, nos morts, avaient quelque chose en commun : l'amour de leur pays, de leurs terres natales, qu'ils s'apprêtaient à retrouver avec foi, ferveur et enthousiasme.

Parmi eux, nombreux étaient ceux qui, mettant leur vie en accord avec leur conscience, avaient pris de lourdes responsabilités et avaient, sans restriction aucune, consacré leur activité, leurs forces, leur énergie, leur intelligence, en un mot tout leur être à la promotion, à l'émancipation de leurs pays.

Nos pays, ces terres si petites et si pleines de souffrances, dont l'étroitesse géographique fait sourire souvent et leur attire les sarcasmes de quelques inconscients ont su produire tout au long de leur histoire des hommes aux dimensions du monde, tels Louis Delgrès ou Toussaint Louverture.

Albert Béville était de ceux-là, de cette race d'hommes qui ne transigent point avec leur conscience, de ces hommes qui savent, en toute circonstances préférer la voie du devoir à celle des avantages. Après avoir mis à la disposition des Jeunes Républiques Africaines son expérience et ses talents d'organisateur, il avait répondu présent à l'appel des Antilles, sacrifiant sans l'ombre d'une hésitation un brillante et exceptionnelle carrière dans la haute administration.

Pour nous étudiants antillais, il apparut alors en raison de sa parfaite connaissance de nos problèmes, de sa grande modestie, de son abord facile et de ses réelles qualités de coeur, à la fois comme un conseiller, comme un aîné compréhensif et discret. Il était surtout un guide sûr, un leader dans la lutte de nos peuples pour la dignité et la liberté.

Avec Béville ce sont les peuples des Antilles et de la Guyane, les déshérités de nos pays qui perdent un défenseur courageux, opiniâtre et efficace.

Pour nous étudiants sa mort en fait aujourd'hui un exemple qui s'impose à nous, dont nous devrons nécessairement nous inspirer pour mener la dure lutte qui nous attend, aux côtés de nos peuples.

Albert Béville nous aura appris, et c'est là l'essentiel, à savoir renoncer, quand l'intérêt de nos peuples l'exige, soit à des avantages, soit à un attentisme lâche, voire à une retraite facile.

Madame Béville, dont nous saluons ici le courage et la détermination dans le malheur, Madame Béville a su défendre au-delà de la mort l'idéal de son époux. Madame, l'Association générale des Etudiants de la Martinique tient à vous exprimer, avec son admiration, sa douloureuse sympathie.

Monsieur Justin Catayée, député de la Guyane, homme sincère et actif, était, lui aussi, farouchement aux côtés de soin peuple dans son besoin de liberté, de dignité. Il s'était fait l'interprète passionné des intérêts de son pays et se dépensait sans compter pour faire entendre partout et à chaque occasion la voix de la Guyane.

Plus près de nous Roger Tropos, Tomy Thaly et tous les autres étudiants. Tous étaient des amis, certains de très longue date ; entre nous s'était bâtie une amitié affermie à partir d'épreuves de toutes sortes. Ils étaient aussi des fils bien aimés pour lesquels leurs parents n'avaient ménagé ni les efforts ni les sacrifices.

Les voilà fauchés en pleine jeunesse ; aux familles si cruellement frappées, et à la douleur desquelles nous nous associons, nous disons : « Votre deuil est notre deuil ».

C'est aussi un deuil national ; tous ces camarades, étudiants, fils de pays sous-développés, représentaient un capital inestimable pour leur pays tant dans la lutte pour l'émancipation que dans la nécessaire reconstruction.

Le mouvement étudiant est durement touché par la perte d'un militant aussi précieux que Roger Tropos, président de la section de l'AGEM à Caen qu'il avait mise sur pied et dont il était l'animateur.

Roger Tropos, licencié en Sciences Physiques, allait mettre ses connaissances à la disposition de ses jeunes compatriotes, et nous savons quelles étaient son impatience et sa joie de pouvoir bientôt réaliser ce projet.

Nous voulons évoquer le courage, l'enthousiasme et la volonté d'agir de notre jeune ami Tomy Thaly, qui travaillait activement au sein de notre Association et qui devait jouer un rôle particulier dans la réalisation de notre programme d'action aux Antilles.

Ce programme nous l'avions élaboré tous ensemble. Ensemble nous devions le réaliser. Ils ne sont plus là et nos responsabilités s'en trouvent accrues d'autant. Nous sommes décidés à les assumer jusqu'au bout, surtout lorsque nous voyons l'utilisation propagandiste que l'administration préfectorale n'a pas hésité à faire de leurs cadavres.

Ces mêmes préfets qui quelques jours auparavant supprimaient les bourses de plusieurs étudiants sont venus à grand renfort de publicité verser des larmes de crocodiles sur le cercueil de ceux qu'ils n'hésitaient pas à frapper de leur vivant.

Non ce n'est pas cette mascarade qui bouchera les yeux au peuple des Antilles. L'accident du Boeing est une catastrophe nationale. Ces morts sont nos morts, leur vie avait un sens. Ils poursuivaient enthousiastes un but, chérissaient une même patrie, les Antilles.

A nous qui demeurons ils dictent notre conduite : poursuivre inlassablement la tâche commencée, sans nous laisser abattre, fût-ce par des pertes aussi cruelles.

Nos amis morts, nous conservons d'eux un souvenir impérissable et nous nous engageons sans faiblesse à poursuivre et à terminer l'oeuvre commencée ensemble.

Edouard Glissant

mercredi, juillet 21, 2010

La dette publique est un gisement de rentes perpétuelles pour les dynasties de banquiers

Gouverner, c’est prévoir, dit l’adage. Dommage que la prévision soit un art aussi délicat. Gouverner, c’est aussi défendre une certaine conception de la société : avant l’élection, les candidats développent le programme qui est sensé en porter témoignage. Mais une fois élu, le responsable va consacrer l’essentiel de son énergie à arbitrer entre les différentes contraintes qui s’opposent méchamment à la mise en œuvre du programme promis sous une bonne foi relative. Surtout lorsque la conjoncture s’en mêle et que la performance de l’économie n’apporte pas à la collectivité la contribution espérée, tout particulièrement dans un système régi par un libre-échangisme débridé. « C’est par les déficits que les hommes perdent leur liberté » ne cessait de clamer Jacques Rueff, en des temps où les subprimes et autres titrisations sulfureuses n’avaient pas encore été inventés. L’observation était déjà pertinente dans la phase insouciante des Trente glorieuses ; elle l’est d’autant plus aujourd’hui que la machine à produire est enrayée et que le niveau des dettes a dépassé le toit de la maison. Si bien que l’établissement du Budget, qui traduit ordinairement l’expression de la souveraineté, se trouve désormais soumis au contrôle a priori du « marché », ainsi nommé le consortium international, à l’identité indistincte, qui contrôle l’ouverture des vannes du crédit, ce carburant aussi précieux aux Etats décavés que le pétrole l’est aux automobilistes.

Il n’est donc pas étonnant que jaillisse chez nous un débat paradoxalement étouffé en 1973, lorsqu’une loi a banni les avances au Trésor par la Banque centrale, une modalité qui accordait au gouvernement un découvert sans intérêt pour financer un éventuel déficit d’exécution. En toute logique, la suppression de cette facilité aurait dû encourager les gestionnaires publics à une plus grande orthodoxie. Dans les faits, c’est très exactement le contraire qui s’est produit, sous l’amicale indulgence des banquiers qui ont ainsi fait prospérer un généreux gisement de rente supposée perpétuelle, au motif qu’un grand Etat ne saurait renier sa signature. Mais la plus belle fille au monde ne peut donner que ce qu’elle a, et les riches n’échappent pas à la menace de faillite, lorsqu’il devient manifeste qu’ils ne peuvent plus assumer un endettement excessif. S’agissant d’un Etat, la solvabilité se mesure au potentiel de prélèvement sur les citoyens, qui est fonction de leur capacité contributive mais aussi de leur… volonté à contribuer. Ainsi, faute de pouvoir les saigner à blanc sans les inciter à protester énergiquement, il n’y a pas d’autre solution d’urgence que de sabrer dans les dépenses. Et notamment de raboter les « niches », dont la France s’est fait une spécialité.

Le vert pâlit

La pertinence des incitations fiscales a depuis toujours fait l’objet de multiples débats, surtout lorsque vient le temps des bilans et que l’on essaie de mesurer le rendement du manque à gagner qu’elles imposent au Trésor. Convenons qu’il ne soit pas toujours très facile d’en évaluer l’impact. Mais il a été démontré à de multiples reprises qu’un dispositif fiscal généreux suscitait systématiquement des dérapages collatéraux.

Tel a été, et est encore aujourd’hui le cas, sur le terrain immobilier – un secteur pourvu d’un lobbying puissant et convaincant. Et malgré un soutien fiscal constant à la construction (ou à la rénovation), malgré une longue et coûteuse politique d’aide au logement (pour les locataires), de très importantes difficultés demeurent.

Il n’est pas impossible, au cas d’espèce, que la subvention systématique de ce secteur ait conduit à un renchérissement des prix, qui finit par exclure bien des candidats à l’acquisition ou à la location. (.......)

Selon les projets actuels, les biocarburants seraient menacés : ce serait peut-être une décision « écolo », au vu des nombreuses critiques que subit la filière.

Mais serait également supprimé le soutien fiscal au photovoltaïque, au moment où cette technologie devient de plus en plus performante.

Une décision surprenante. Car si gouverner, c’est prévoir, il est une prospective facile à établir : l’énergie solaire est la seule ressource gratuite sur laquelle l’humanité puisse compter jusqu’à sa disparition.

Echos Judiciaires

Les banquiers narguent la puissance publique et prélèvent leur dîme à notre insu


Les grandes familles de banuiers ont de tout temps intrigué pour accaparer et conserver le contrôle de la monnaie.

Montée en puissance des créanciers des nations

Avidité des usuriers. Sous l’ancien régime, la ferveur religieuse était considérable. Le pouvoir spirituel proscrivait les prêts d’argent soumis à intérêts. Les usuriers eurent du fil à retordre avec les mœurs d’alors. Ils réussirent peu à peu, à bâtir de vastes empires financiers. Parallèlement, les États européens se structurèrent et mirent en place les premières banques centrales nationales.

Influence croissante. S’en suit le coup d’arrêt révolutionnaire à l’ordre établi. Les privilèges de l’aristocratie sont abolis. La noblesse d’épée, de robe, est à terre. Cependant la nature à horreur du vide…et l’espace laissé vacant est rapidement comblé par une nouvelle oligarchie, une aristocratie financière. Simple coïncidence ? Dans les jours qui suivirent le putsch de brumaire, Napoléon fonde la banque de France, une société privée par actions (bien que l’appellation prête à confusion) qui disposera en 1803 du monopole de l’émission de la monnaie. A sa tête, quinze personnes issues des grandes familles de rentiers. (1)

Avec la même détermination, les banquiers prirent le contrôle de la monnaie de la fédération des États-Unis. Pour arriver à leurs fins, tous les moyens étaient bons. Thomas Jefferson, 3ème Président des États-Unis affirmait : « je crois sincèrement que des institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos privilèges (étatiques) que des armées institutionnelles. Déjà, ils ont élevé au sommet une riche aristocratie qui a défié le gouvernement. » (2)


Lutte de pouvoir au sommet des nations


Résistance aux États-Unis. Cependant la lutte entre banquiers et homme d’États soucieux de l’intérêt général n’a pas toujours tourné à l’avantage des premiers. De 1861 à 1913, les organes représentatifs de l’Etat américain s’étaient réappropriés le contrôle de l’émission de la monnaie dans sa presque globalité. A ce propos, le Président Abraham Lincoln, mort assassiné avant le terme de son mandat dans des circonstances troubles, avait de grandes ambitions pour sa patrie. L’histoire a retenu la déclaration suivante: « Le gouvernement devrait créer, émettre, et faire circuler toutes les devises et tous les crédits nécessaires pour satisfaire les dépenses du gouvernement et le pouvoir d’achat des consommateurs. En adoptant ces principes, les contribuables économiseraient d’immenses sommes d’argent en intérêts. Le privilège de créer et d’émettre

la monnaie n’est pas seulement la prérogative suprême du gouvernement, mais c’est aussi sa plus grande opportunité. »

Soubresaut français. Au sortir de la 2nd guerre mondiale, l’économie nationale à besoin d’oxygène, la classe dirigeante se saisit de l’aubaine pour nationaliser la banque de France, toujours détentrice de l’émission monétaire, la faisant glisser du même coup dans la coupe de l’Etat.

Un revers pour les dynasties familiales de banquiers qui perdaient une partie de leurs privilèges. De surcroît, la maîtrise étatique des périodes de déflation et d’inflation était une perte sèche de profit pour les principaux actionnaires.

Revanche des créanciers de la planète


La ploutocratie ne s’embarrassa pas de questions étiques (conflits d’intérêts, collusions éventuelles) pour retourner la situation.

A l’assaut des Etats-Unis. En 1913, le Président Woodrow Wilson, à peine élu transféra durablement le contrôle de la réserve fédérale (chargée de l’émission monétaire), du Congrès aux grandes banques américaines. Abusé, il aurait confié un peu tard : « je suis un homme des plus malheureux ; j’ai inconsciemment ruiné mon pays, une grande nation industrielle est contrôlée par son système de crédit. Notre système de crédit est concentré dans le privé. La croissance de notre nation, en conséquence, ainsi que toutes nos activités, sont entre les mains de quelques hommes. » (3)

Reprise en main en France. Les dynasties de banquiers d’affaires pouvaient compter sur la gratitude de George Pompidou, un homme d’affaire brillant, à l’ascension fulgurante, nommé directeur général de la banque Rothschild. Elu à la présidence de la République, il promulgue l’article 25 de la loi 73-7 le 3 janvier 1973 cosigné par Giscard D’Estaing qui dispose : « le trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la banque de France. » A partir de ce moment, l’Etat français cède sciemment ses prérogatives aux banques. Le contrôle de la monnaie basculait de nouveau sous l’emprise directe des banques d’affaires.

Cet événement mis fin aux trente glorieuses car, dès lors, la dette des collectivités territoriales, de l’Etat notamment, et les intérêts dus n’ont eu cesse de s’accroître au dépend des populations. Suprême garantie faite aux banques, l’emprunt Giscard du 18 janvier 1973 est indexé sur le cour de l’or, préservant la finance privée de toute dépréciation de la monnaie nationale. Effectivement, cette indexation ne permettra pas à nos collectivités publiques de tirer profit de l’importante inflation de la décennie qui suivit. Dans la même veine, le gouvernement de Raymond Barre décrétera arbitrairement en 1976 que l’Etat règlerait sa dette au-delà du taux d’inflation.

Pour sûr, la problématique du contrôle monétaire n’a pas de couleur politique, l’opposition artificielle pour les questions essentielles relève plus de la comédie théâtrale que d’une réalité tangible. Preuve s’il en fallait avec le traité de Maastricht défendu ardemment par la gauche au pouvoir sans qu’aucun débat public ne s’attarde sur l’article 104 du dit traité qui dessaisit tous les Etats membres de l’union européenne du pouvoir de battre monnaie. Le traité de Lisbonne enfonce le clou en l’inscrivant dans le marbre d’une « constitution » européenne.

Rien d’étonnant dès lors que des banquiers ont suggéré : « Le capital doit assurer sa propre protection par tous les moyens possibles, grâce à la coalition et à la législation…. En divisant les votants grâce au système de parti politique, nous les manipulons afin qu’ils dépensent toute leur énergie pour des problèmes n’ayant aucune importance. C’est donc grâce à une action discrète que nous garantirons la pérennité de ce que nous avons si bien planifié et accompli. » (4)


(1) -La belle époque du capitalisme, éd. Historia, 1995, n° 37
(2) -Les écrits de Thomas Jefferson, New York, GP Putman’s Sons, 10 vol.
(3) -The Money Master: How international bankers gained control of America, Cormack
Patrick S. J., 2007
(4) -La monnaie et la politique monétaire, éd. par banque de France, 1971

vendredi, juillet 16, 2010

Association Enluminure & Calligraphie ...

A.R.H.P.E.E.
Association de Reconstitution Historique du Patrimoine Ecrit Enluminé

Association Enluminure & Calligraphie ...
Recherche Bénévoles

Pour nos >> Prestations (
http://arhpee.free.fr/page/prestations.htm ), nous recherchons des
bénévoles en costume médiéval afin d'animer atelier et échoppe
d'enlumineurs dans la région Rhône-Alpes. L'ARHPEE assure une
auto-formation à ses membres actifs bénévoles, un samedi ou un
dimanche par mois à Lyon 3ème.

Renseignements par téléphone au 06 77 16 88 66 (demander Dame
Chlodyne) ou par mail : asso.arhpee_at_yahoo.fr

L'essentiel à savoir pour nous rejoindre

Il faut aimer le Moyen Age, l'histoire de l'art ; avoir sans doute
quelques aptitudes à la peinture mais ce n'est pas du tout
obligatoire.

ARHPEE, 36 avenue Lacassagne, 69003 Lyon
06 77 16 88 66 -

lundi, juillet 12, 2010

Quelle est l'origine de l'expression "Poser un lapin" ?


L'expression "poser un lapin" date du XIXe siècle et désigne, à cette époque, le fait de ne pas rétribuer les faveurs d"une femme. Lorédan Larchey dans le "Nouveau supplément du dictionnaire d'argot", édité en 1889, l'exprime en ces termes:

Lapin: Galant quittant les filles sans payer le prix convenu. On dit d'abord "poseur de lapin", par allusion au lapin posé sur les tourniquets des jeux de foire, qui paraît facile à gagner et qu'on ne gagne jamais.
Lapin (coller un, poser un): ne pas payer une femme qui a vendu ses faveurs.

Actuellement la locution "poser un lapin" désigne le fait de donner un rendez-vous illusoire à une personne qui se retrouvera à faire bêtement (c'est le cas de le dire) "le pied de grue".

Claude Duneton suggère que la signification actuelle -issue du monde étudiant des années 1890 selon G.Esnault- viendrait d'une autre expression du XIXe siècle: "faire poser ou laisser poser quelqu'un". On retrouve cette expression définie en ces termes par Delvau:

Poser (faire): faire attendre, mystifier, se moquer des gens.


Delvau, "Dictionnaire de la langue verte", 1867

Notons que Michel Lis et Michel Barbier donnent une autre origine dans leur livre Franc-Parler. Ils expliquent en effet, qu'en 1718, un "lapin" est une histoire incroyable et fausse ("celui là est de garenne" est une tournure moqueuse du XVIIe siècle pour désigner un récit particulièrement fantastique). Par la suite serait, alors, apparue l'expression "poser un lapin" pour "raconter des histoires, des blagues" et donner de faux rendez-vous amoureux
Sources :

dimanche, juillet 11, 2010

Parcours de dissidents


20:35 Dimanche 11 juillet sur FRANCE 5

Le documentaire relate un fait méconnu de la Seconde Guerre mondiale, l'engagement de milliers de jeunes Antillais dans le combat pour la France libre. Les dissidents, comme les appelle le représentant de Vichy, le gouverneur des Antilles, l'amiral Robert. Ceux-ci fuient le camp de la défaite pour rejoindre la Résistance, partant même jusqu'en Angleterre. D'autres feront leurs classes dans le New Jersey. Par la suite, nombre d'entre eux participent aux combats aux côtés des Alliés, à la prise de Monte Cassino ou aux débarquements alliés de Normandie et de Provence pendant l'été 1944. Enfin, ils découvrent la mère patrie. Certains se retrouveront même en Allemagne

lundi, juin 28, 2010

Granville T. Woods


Granville T. Woods was borin in Columbus, Ohio
He was an African American businessman and inventor. Woods began work in a machine shop at age ten. Though largely self-taught, he studied electrical and mechanical engineering from 1876 to 1878.

After that he worked on a British steamer, then became an engineer on a railroad based in Cincinnati, where he settled around 1880. Woods received his first patent in 1884 for a steam boiler furnace. In 1885 he invented a system called telegraphony, which allowed telegraph lines to carry voice signals. In 1887 he patented the induction telegraph for sending messages to and from moving trains. Other inventions for electric railways included electromechanical and electromagnetic brakes, a wheeled trolley for drawing power for streetcars from an overhead wires and a safety cutout to prevent injury from accidental contact with overhead wires. For a while he manufactured and sold his inventions through the Woods Electric Company, but he later sold his patent rights to the General Electric Company.

In 1890 Woods moved to New York City. In collaboration with his brother Lyates he patented emergency braking systems and devices relating to third-rail power. During his prolific career, Woods received 35 patents for inventions that contributed to the development of the transportation and communication industries. As a Black inventor.

samedi, juin 26, 2010

Exposition « D’Ayiti à Haïti, la Liberté conquise » à Nantes et Paimboeuf



A l'occasion de la présentation de l'exposition « D’Ayiti à Haïti, la Liberté conquise » dans toute la région des Pays de la Loire, les Anneaux de la Mémoire vous proposent de redécouvrir l'histoire de la traite et de l'esclavage à travers une exposition présentant le rôle de Paimboeuf, avant-port de Nantes, dans la traite négrière au 18ème siècle. Elle se tiendra tout l'été, du 18 juin au 19 septembre 2010.

L’exposition « D’Ayiti à Haïti, la Liberté conquise » relate les événements qui ont jalonné l’histoire depuis l’Ayiti des Taïnos jusqu’à l’Haïti Indépendante de 1804, en passant par la formation de la colonie de Saint-Domingue, l'île à sucre par excellence. Il s'agit d'une première parce qu’elle a été créé en Haïti et qu’elle propose la vision haïtienne d'une histoire qui nous est commune. Elle est bilingue, en Français et en Créole, les deux langues officielles d’Haïti. Elle a été produite par la Société Civile des Anneaux de la Mémoire en Haïti, avec le concours de l’Ambassade de France à Port au Prince, et réalisée par Mme Vendryes pour le Bicentenaire de l’Indépendance de la République d’Haïti en 2004.

A cette occasion, les Anneaux de la Mémoire propose une exposition "Paimboeuf et la traite négrière". Elle permettra de mettre en lumière le rôle, peu connu, de cet avant-port de Nantes au 18ème siècle dans la traite négrière transatlantique à travers une scénographie (reconstitution d'un entrepont d'un navire négrier, maquette en coupe de l'Aurore, etc.), une présentation d'une collection d'objets (oeuvres d'artistes originales, gravures d'époque et reproductions, statues de différentes civilisations africaines, etc.). Nous y présenterons également le Journal de traite de la Bonne Mère, document inédit découvert récemment, qui donnera lieu prochainement à une publication spécifique des Anneaux de la Mémoire.

Les grands thèmes de l'exposition :

D’Ayiti à Haïti, la Liberté conquise

Paimboeuf dans la traite

Nantes et Paimboeuf,
Le voyage transatlantique (Afrique, traversée, Amérique)
Héritages
Haïti aujourd'hui

Informations utiles :

Lieu : Le Hangar, Office de tourisme de Paimboeuf - Quai Sadi Carnot - 44560 Paimboeuf.

Horaires d'ouverture :
De Septembre à Juin : ouvert du Mardi au Samedi de 10h à 12h et de 14h à 17h.
Juillet et Août : ouvert du Lundi au Samedi de 9h30 à 12h30 et de 14h à 18h30,
ainsi que le Dimanche et les jours fériés de 15h à 18h.

Contacts : 02 40 27 53 82
Date de publication 25 Jun 2010

Auteur(s) Alliance Internationale Anneaux de la mémoire



Alliance Internationale Anneaux de la mémoire http://www.anneauxdelamemoire.org/

vendredi, juin 25, 2010

Guillaume Grou, amateur nantais


Guillaume Grou, amateur nantais, né le 1er août 1698, acquit la charge de conseiller secrétaire du Roi, juge consul en 1748. Il meurt en 1774 laissant une fortune considérable, bénéfice de la déportation des Négro-africains. Il fut inhumé à la Bouteillerie, cimetière situé dans le centre ville de Nantes, il se trouve juste à côté du Jardin Botanique.

Dam Joulin, Le Breton-la Vallée, Garneray, et tant d’autres en France ont pris part au trafic de la chaire humaine et de la déportation des Négros Africains vers les Amériques. « Je ne vois plus un beau Nègre sans chercher à évaluer son prix, et à l’estimer, non pour les services qu’il peut rendre mais pour le prix qu’on peut en tirer à l’encan. » François Arago l’un des plus farouche anti-abolitionniste, s’est battu, jusqu’en 1848 pour que la servitude des Négros-Africain dans les colonies françaises soit une manne économique pour la France. Le 15 février 1739, un navire Français de Nantes sous la conduite du capitaine M. Bégaud venait de faire kidnapper 71 Nègres. Il y avait aussi le navire, l’Union de Bordeaux, dont le capitaine M. Mesnard second capitaine de Bégaud, venait faire le plein de Nègres.

En France, qui sont les trafiquants de la Déportation ? Haëntjens, Mosneron du Pin, Levesque, Roy, Fouché Duc d’Otrante, Daniel de Kervegan, Tiercelin, Drouin, Salleron et Van Neunen, Viot Grou, tous des nobles ou anoblis par cette fructueuse activée qui bénéficie d’une large subvention gouvernementale. Ils voient rapidement la nécessité de créer des sociétés où Beaumarchais et bien d’autres, tel Voltaire, ne craignent pas de prendre des parts. Nantes sera alors le premier port du trafic en France.

Extrait du journal de bord d’un navire de déportés dans les champs de travaux forcés dans les colonies Françaises.

Charles le Breton la Vallée à bord de la frégate du Roi, le Rernard de Nantes.

« Vendredi 15 mai 1750, dix heures, ma chaloupe n’est pas encore revenue. Sur le pont, les Nègres complotent de tuer tous les blancs à bord. Me chaloupe revenant une demi-heure plus tard laisse quatre hommes au rivage pour couper du bois pour mettre en cale. Le meneur de la révolte commande de tomber sur moi pour me tuer. Deux Nègres quartiers-maîtres me saisissent à la gorge. J’ai recours à ma force et ils lâchent prise; en même temps, je me fais apporter des armes et feu sur ces misérables ! Ils s’embarquent tous dans ma chaloupe. Tirant plusieurs coups d’espingoles, de fusils et de pistolets sur eux, ils ne peuvent se sauver. Quelques-uns se jettent à la mer. Les canots du Suvest, de l’Aimable et du Londres Pool courent dessus et les prennent. Trois sont noyées. Ce sont trois beaux mâles captifs. Après avoir corrigé ceux du bord, j’apprends que c’étaient eux les meneurs de la révolte : je n’ai aucune peine à le croire, car les canots voulant les sauver, ils se sont laissé couler à fond.

Pour sanctionner pareil incident, je mets les fers aux pieds et aux mains de tous les captifs, de deux en deux avec les colliers à chaîne. Pour les femmes, n’étant point prévenues de cette révolte, elles se retirent toutes dans leurs entreponts. Les Nègres jettent à l’eau les deux enfants servant à la chambre. Je les sauve le long du bord; Ils me disent avoir été jetés par ce qu’ils ont refusé de donner des armes…/… »

12 mai 1739. Nous appareillons de la rade de Rio Gambie après avoir fait notre eau, c’est à dire juste ce qu’il nous faut pour nous rendre au lieu de notre transite. Nous laissons à Rio Gambie le navire, l’Africain de la Rochelle, qui a pour capitaine Mr Villemarais. Il y fait son eau. Il va également partir, ayant finit son kidnapping de Nègres. Nous partons avec trois cent vingt six déportés et avec Mr Temuro et Gallote du navire le Hardi de la Rochelle.

18 juillet 1750 (journal de bord) armateur de Nantes, Mr Taillasson commandant le Prince Henry. « Mon lieutenant me ramène, un couple de Nègre et un enfant, et me fait savoir qu’il a du utiliser son arme face à ce Nègres peu coopérant et faire feu sur le deuxième enfant laissé pour mort, l’autre plus agile et rapide a fuit dans la brousse ».

En 1799, le trafic de kidnapping des Nègres sur le continent africain se multiplie en catimini. Desaix lui-même pendant la dictature des français en Égypte s’est fait acheteur de déportés Négros-africains. Sa lettre au lieutenant général des armés, Belliard, ne laisse aucun doute.

2 juillet 1799. « Le général en chef désire bien vivement, mon Général, avoir 2000 Nègres de quinze à seize ans pour recruter ses troupes ». Il s’adresse à moi pour cet objet. « Ne pourriez-vous pas voir si les caravanes (déportation, kidnapping par les arabes) de Senaar qui arrivent dans ce moment n’en auraient pas ? Il faudrait dit Desaix, les retenir tous et les acheter », « les hommes seront achetés par nous. » « J’engage Donzelot à voir si par Kosseir on n’en aurait pas aussi des arabes et des éthiopiens; ces derniers étant chrétiens, seraient excellents et bien dévoués. Écrivez à Eppler d’acheter à quelque prix que se soit tous les hommes, un grand nombre arriveront de son côté; nous les payerons; Il ne faut pas que les habitants en aient un seul. »

mercredi, juin 23, 2010

« Parole des esclaves de Bourbon (La Réunion) »

Patrick Karam, délégué interministériel pour l'Égalité des chances des Français d'outre-mer Jean-Claude Judith de Salins, président de l'Association Réunionnaise
Communication et Culture (ARCC) convie à une conférence-débat

sur le thème :

« Parole des esclaves de Bourbon (La Réunion) »
avec Prosper Eve, professeur d'Histoire moderne à l'Université de La Réunion et président de l'Association Historique Internationale de l'Océan Indien (AHIOI), à l'occasion de la sortie de son livre « Le bruit du silence » le vendredi 02 juillet 2010 à 17h30 à la Délégation interministérielle.



Quatrième de couverture du Bruit du silence, Prosper Eve, 2010, Océans Editions:
L'esclave est acheté pour être un producteur. Cependant, il n'est pas que deux bras, il a aussi une tête.

Comme tout être humain, il est un « roseau pensant ». Sa force de pensée se découvre dans le livre ouvert de la nature ; cette donne contredit ceux qui soutiennent que « longtemps les savoirs autres que ceux qui venaient de France ont été marginalisés, ostracisés, voire tout simplement interdits ». Le combat culturel et cultuel mené par les premiers grands esclaves dans la partie haute de l'île pendant leur temps de conquête illégale de la liberté s'affiche à travers les noms de lieux : Anchaingue, Cimandef, Matouta, Mafat...ainsi que dans le livre légendaire composé en un temps relativement court avec des visages de proue, tels que Pitre, Baal, Fatie, Diampare, Farla, Phaonce, Sanson, Cenkouto. Pour punir ou pour tenter de se libérer, l'esclave
est en mesure d'élaborer des projets d'incendie, d'empoisonnement, de révolte ou d'évasion. Accusé, il peut produire un discours défensif. Il peut exprimer ses désirs, improviser des chants mélodieux. Sa parole peut être frappée de suspicion, mais elle ne peut être niée. Comme à Bourbon, le législateur lui ouvre tardivement les portes de l'école, il ne peut avoir laissé des journaux intimes palpitants. Cette absence ne peut suffire à elle seule pour que son Histoire soit écrite sans lui. Preuves à l'appui, le présent ouvrage entend battre en brèche les idées reçues sur le silence des esclaves à Bourbon.

vendredi, juin 18, 2010

Le Maloya de La Réunion célébré au ministère de la Culture

Le Maloya de La Réunion célébré au ministère de la Culture
après avoir été inscrit au patrimoine de l'humanité

Patrick Karam, délégué interministériel pour l'égalité des chances des Français d'outre-mer et conseiller régional d'Île-de-France, participera à la cérémonie de célébration de l'inscription du Maloya par l'UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l'humanité présidée par Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, le lundi 21 juin 2010 à 18h30 au ministère de la Culture (salons du Ministère 3, rue de Valois Paris 1er).

Cette célébration constitue un geste fort pour la reconnaissance de cette musique et des artistes qui la font vivre. Ce coup de projecteur permettra au Maloya d'occuper toute la place qui lui revient sur le devant de la scène culturelle nationale et internationale.

Musique initiée par les victimes de l'asservissement des hommes par les hommes durant la période esclavagiste, le Maloya est encore aujourd'hui avec le Séga le genre musical majeur de l'île de La Réunion.

Le Maloya se caractérise par un mélange de rythmes binaires et de rythmes ternaires de percussions. Les instruments traditionnels tels que le kayamb, le roulèr ou le bobre constituent la base du Maloya traditionnel.

Ce Maloya traditionnel laisse la place à un « Maloya moderne » agrémenté d'instruments comme la guitare, la basse ou encore le synthé. Ainsi, il existe un Maloya à la sauce jazz incarné notamment par le chanteur Meddy Gerville : le « Maloyaz ». Plus récemment, le chanteur Davy Sicard, qui est aujourd'hui le principal ambassadeur de cette musique, a opté pour un apport de sonorités africaines en donnant naissance au « Maloya kabosé ».

jeudi, juin 17, 2010

Génocide Made in France


Wall Street Journal : Quand les soldats français mitraillaient les Tutsi en plein génocide

Traduction : Le génocide du Rwanda : l'histoire qui n'a pas été dite
Par Anne JOLIS © Wall Street Journal et © Metula News Agency pour la version française
Translated from English by LEWELLYN Brown
Mme Anne JOLIS est rédactrice au Wall Street Journal Europe.

"Je vous le raconte comme je l'ai vu", dit Fidèle SIMUGOMWA, ancien chef de la milice extrémiste des Hutus pendant le génocide rwandais, lors d'un entretien avec Serge FARMEL, réalisateur de films documentaires. "Les soldats français avaient pris position sur une colline et tiraient sur les Tutsis. Nous [les miliciens hutus. Ndlr. Ména] portions un signe distinctif afin que les Français ne nous tirent pas dessus - nous nous étions dissimulés sous des feuilles d'arbres".

Un à un, les anciens génocidaires filmés par Serge FARMEL racontent la même histoire ; à savoir que, le 13 mai 1994, de petites équipes d'hommes blancs, qu'ils décrivent comme étant des "soldats français", vêtus de treillis et transportés dans des jeeps ou des camions, se rassemblaient sur les hauteurs dans l'arrière-pays de l'ouest rwandais. Ils tiraient des coups de feu dans les collines de Bisesero afin de débusquer les Tutsis.

Puis ils visaient directement les hommes, les femmes et les enfants qui prenaient la fuite. Quand les coups de feu cessèrent, les tueurs hutus investissaient les collines. Maniant des machettes, des lances, des massues cloutées, et leurs propres fusils, ils achevèrent les blessés. Une vingtaine de survivants me racontèrent une version identique des événements.

Ce jour-là et le lendemain, 40.000 Tutsis furent massacrés. En tout, environ 800.000 personnes - des Tutsis et des Hutus opposants du génocide - périrent atrocement ce printemps 1994.

Peu d'événements de l'histoire contemporaine ont laissé davantage de cicatrices dans les consciences occidentales que le génocide rwandais.

Samantha POWER conseillère auprès du président OBAMA, Prix Pulitzer en 2003 pour son livre Un Problème d'Enfer : l'Amérique et l'Ère du génocide [A Problem from Hell : America and the Age of Genocide], y dépeint un portrait noir de la manière dont l'administration CLINTON esquivait et demeurait passive durant le génocide.

Plus tard, le Président Bill CLINTON, en visite à Kigali , la capitale, présenta ses excuses au nom des États-Unis et de la "communauté mondiale".

En France, en revanche, le récit officiel du génocide donne une image plus reluisante du rôle de l'Hexagone. Le site web du Ministère des Affaires étrangères note que : "Dans les années 1990, la France s'investit dans les efforts de la communauté internationale pour endiguer les tensions au Rwanda. La France fut le premier pays à dénoncer le génocide, et entreprit une mission humanitaire". Cette mission, qui débuta en juin 1994, sous le nom d'Opération Turquoise, était en apparence supposée créer des zones de sécurité humanitaires.

À ce point de notre analyse, un peu d'histoire s'impose. Bien que le Rwanda fût une colonie belge avant son indépendance en 1962, les Français l'ont considéré, pendant très longtemps, comme une partie de la Françafrique : l'ensemble des pays africains francophones sur lesquels la France continue à exercer une influence paternaliste, parfois positive, le plus souvent opportuniste.

Au Rwanda, cette influence prit la forme d'une relation étroite avec la dictature de Juvénal HABYARIMANA, prônant la suprématie hutue. Pendant la guerre civile rwandaise, au début des années 1990, les troupes françaises allèrent à la rescousse d'HABYARIMANA dans sa guerre contre les forces d'opposition du Front Patriotique Rwandais (FPR) - à majorité tutsie, et aussi anglophones - venant d'Ouganda, sous le commandement de Paul KAGAMÉ, aujourd'hui président du Rwanda.

Aujourd'hui, aussi absurde que cela puisse paraître, le gouvernement du président en exercice à l'époque, François MITTERAND, craignait qu'une victoire du FPR ne signifie la perte, non seulement d'un allié de confiance, mais aussi, la perte du Rwanda au profit du monde "anglophone".

L'événement qui finit par déclencher le génocide se produisit le 6 avril 1994, lorsqu'un avion transportant HABYARIMANA fut abattu. L'identité des coupables demeure l'un des mystères non résolus de l'histoire contemporaine.

Un éminent magistrat français est convaincu que l'assassinat fut orchestré par le FPR, et il a lancé de nombreux mandats d'arrêt visant de proches collaborateurs de M. KAGAMÉ. Dans le passé, les Français ont aussi déclaré avec insistance que ce qui se déroula au Rwanda fut un "double génocide", arguant que les Tutsis étaient autant les agresseurs que les victimes dans les prémisses et l'acmé de l'agonie rwandaise.

Cependant, cette version des événements a aussi ses détracteurs. M. KAGAMÉ nie catégoriquement toute implication dans la mort d'HABYARIMANA, qui était alors sur le point de réaliser un accord de paix avec le FPR au moment où il fut assassiné.

Le gouvernement rwandais a prétendu, pendant longtemps, que la France joua un rôle actif en soutenant les extrémistes rwandais durant le génocide, faisant état de nombreux génocidaires notoires qui ont ouvertement et paisiblement vécu en France pendant des années.

En 1998, le journaliste français Patrick de SAINT-EXUPÉRY, qui avait rendu visite aux soldats français durant l'Opération Turquoise, écrivit une série d'articles dans Le Figaro, racontant comment les "zones humanitaire" françaises servaient principalement à protéger les tueurs hutus, au moment où ils fuyaient devant l'avancée des forces du FPR.

Ces articles provoquèrent un tollé à l'Assemblée nationale, au point de provoquer la création d'une commission d'enquête, qui arriva en définitive à la conclusion que la France ne portait aucune responsabilité particulière sur le génocide et, au pire, avait été victime innocente de malentendus.

C'est à ce moment-là qu'entra en scène Serge FARMEL, un Parisien à la grande carrure, âgé de 44 ans, issu d'une formation dans l'ingénierie aéronautique. La curiosité de M. FARMEL pour le génocide fut éveillée, il y a quelques années, lorsqu'il entendit des comparaisons entre les actions commises par la France au Rwanda et le comportement du régime de Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale.

Lors d'un voyage au Rwanda, en avril dernier, il rencontra un survivant Tutsi, qui témoignait que les soldats français étaient bien présents en mai 1994, alors que, supposément, il n'y en avait aucun. Au début, FARMEL préjugea que sa mémoire de personne traumatisée lui jouait des tours, mais il maintint sa version de l'histoire. FARMEL commença alors à interroger d'autres témoins, dont il filma les récits.

Il en résultat 100 heures de film, qui consistent principalement en des entretiens d'individus et de groupes, à la fois victimes et auteurs du massacre, avec également des reconstitutions minutieuses des scènes du massacre.

Il est difficile d'exagérer la rigueur avec laquelle M. FARMEL a conduit les entretiens : sur le film, ceux qui sont interviewés s'impatientent parfois quand il les rappelle pour leur poser d'autres questions - comme s'ils étaient des témoins appelés à la barre - sautant sur la moindre incohérence dans leur témoignage.

Tous les survivants des massacres de mai 1994 ne prétendent pas se rappeler la présence de soldats français à Bisesero, cependant, il en y a beaucoup qui le disent, et leurs récits sont cohérents. Après avoir visionné ces témoignages filmés, je décidai de rejoindre M. FARMEL au Rwanda, sur le terrain de son investigation, afin de confirmer ces histoires personnellement.

Des Rwandais attendent pour donner leur témoignage des événements de 1994
"Les Blancs étaient postés sur les hauteurs, et ils nous ont d'abord débusqués de nos cachettes par des coups de feu. Ils cessèrent quand les Interahamwe (la milice hutue) arrivèrent, puis recommencèrent quand nous résistâmes", dit Sylvestre NIYAKAYIRO, un Tutsi âgé de 22 ans à l'époque et qui se rappelle avoir été chassé de colline en colline au cours des trois attaques perpétrées ce jour-là, dirigées par des Blancs.

M. FARMEL demande, de manière répétée, si M. NIYAKAYIRO ne mélange pas les dates, si les Blancs de la mi-mai, dont il se souvient, n'étaient pas en fait les soldats français qui arrivèrent à la fin juin pour l'Opération Turquoise, quand un autre assaut fut lancé contre les quelques Tutsis qui demeuraient dans les environs de Bisesero.

"Les jours du 13 et du 14 mai furent inoubliables", répond M. NIYAKAYIRO.
Mais qui étaient exactement ces "Blancs" - à supposer qu'ils étaient réellement présents ? "Votre information n'est pas crédible, puisqu'elle ne repose sur aucune réalité historique", écrivit le général Jean-Claude LAFOURCADE, qui commandait l'Opération Turquoise et qui maintenant dirige une association des soldats ayant servi au Rwanda, dans une réponse par courriel à mes questions, ajoutant "il semble que vous êtes en train de vous faire manipuler".

Comme l'Élysée, l'association déclare qu' "il n'y avait pas de soldats français au Rwanda au mois de mai 1994". L'Institut François MITTERAND, dirigée par Hubert VÉDRINE, proche conseillé de l'ancien président, refusa de faire un commentaire sur cet article.

Paul BARRIL est un Français qui se trouvait au Rwanda à l'époque. Il est certainement l'un des anciens membres les plus illustres du GIGN, un corps d'intervention d'élite. M. BARRIL était un conseiller auprès d'HABYARIMANA, à l'époque de la mort du Président. Selon ses mémoires, publiées en 1996 : Guerres secrètes à l'Élysée, dans lesquelles il note que "Suivant l'attaque, commença un cycle de massacres qui conduisirent à l'établissement de la dictature tutsie du pro-américain Paul KAGAMÉ. Plus d'un million de personnes périrent au Rwanda. Quelle importance ?".

Mes efforts pour contacter M. BARRIL par téléphone et par courrier électronique dans le cadre de cet article ont été en vains. "Il ne veut pas qu'on le retrouve", me dit son éditeur.

Un récit des activités de M. BARRIL se trouve dans "Aucun témoin ne doit survivre : le génocide au Rwanda" (Leave None to Tell the Story : Genocide in Rwanda), rédigé par l'experte renommée Alison Des FORGES, une Américaine qui mourut dans un accident d'avion l'an dernier.

Des FORGES écrit que M. BARRIL fut embauché par le ministère de la Défense au Rwanda pour former jusqu'à 120 hommes au tir et aux tactiques d'infiltration pour une unité d'élite, en vue d'attaques derrière les lignes du FPR. L'opération portait le nom de code "Opération insecticide", pour désigner une opération destinée à exterminer les inyenzi, les "cafards". Quand on l'interrogea au sujet de ce programme de formation au cours d'un entretien avec un chercheur de Human Rights Watch, M. BARRIL nia toute connaissance à ce sujet et mit abruptement fin à la conversation.

Les Rwandais que M. FARMEL et moi-même rencontrèrent insistèrent sur le fait que les troupes françaises étaient impliquées dans les massacres de la mi-mai. "Je sais que c'étaient des troupes françaises, parce que j'avais été avec eux à Mutara en 1991", dit Semi BAZIMAZIKI, caporal dans l'armée rwandaise durant le génocide. "Je connaissais très bien leur manière d'opérer". Un autre ex-génocidaire, Jean NGARAMBE, raconte qu'il fut rejeté en tant que guide pour les Blancs en visite, parce que "je ne parlais pas français". À sa place, ils prirent un autre homme qui parlait français.

Un incident, décrit à la fois par les bourreaux et les victimes, est particulièrement probant. Certains des ex-génocidaires se rappellent que, le 12 mai, le jour précédant le début de la boucherie, ils furent convoqués dans un village. Ils disent qu'un officiel hutu local, nommé Charles SIKUBWABO, fugitif actuellement recherché par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda, présenta des "soldats français", venus afin de servir de renforts.

M. SIKUBWABO ordonna aux tueurs rwandais rassemblés de suivre une certaine route sans attaquer ou approcher des Tutsis sur le chemin. Ils se retrouvèrent quelques kilomètres plus loin, à un endroit nommé Mumubuga où ils trouvèrent plus de 50 Tutsis. Entouré d'hommes blancs, M. SIKUBWABO dit aux Tutsis de ne pas avoir peur, que les Blancs étaient là pour les aider, et qu'ils devaient retourner dans les collines pour attendre de l'aide.

"Nous savions que c'était une ruse contre les Tutsis", dit Raphaël MAGEZA, le beau-frère de M. SIKUBWABO. Les Blancs servaient de leurres, afin de rassembler des informations au sujet des endroits où les Tutsis se cachaient. Gudelieve MUKANGAMIJE, l'une des victimes potentielles de M. MAGEZA, en convient : "Ils (les Blancs) ne nous donnèrent pas de bâches comme ils l'avaient promis. Ils nous tuèrent. Et ils nous donnèrent aux Interahamwe".

Le mot «Nègre», La Voix des Nègres


La voix des Nègres, n°1 janv. 1927, « Le mot "nègre" » (art. signé du Comité).

C’est le gros mot du jour, c’est le mot que certains de nos frères de race ne veulent plus être appelés ainsi. Les dominateurs des peuples de race nègre, ceux qui se sont partagés l’Afrique sous prétexte de civiliser les Nègres, s’emploient à une abominable manœuvre divisionniste pour mieux régner chez eux. En plus de la division primitive en caste, de tribus et de religions, qu’ils exploitent (…), les impérialistes s’emploient à briser l’unité (…) de la race pour nous maintenir éternellement à l’état d’esclavage auquel nous sommes contraints par la force (…) depuis plusieurs siècles.

Pour arriver à cela, ils sortent du mot nègre deux mots nouveaux, afin de diviser la race en trois catégories différentes, à savoir : « hommes de couleurs », « noirs » – tout court – et nègres. On fait croire aux uns qu’ils sont des « hommes de couleur » et non noirs et nègres première catégorie, aux autres, qu’ils sont des «noirs» tout court et non des nègres deuxième catégorie. Quant aux « restes », ce sont des nègres troisième catégorie !

Que veut dire «homme de couleur» ? Nous affirmons que ce mot désigne tous les hommes de la terre. La preuve : il n’y a pas un seul homme dans ce monde qui ne soit pas d’une couleur ou d’une autre. Donc, nous ne pouvons prendre, pour nous seuls, ce qui appartient à tous. Et «noir» ? Pour le mot noir, nous ne croyons pas qu’il puisse servir pour distinguer tous les nègres du monde, étant donné que tous les nègres d’Afrique, reconnaîtront avec nous qu’il existe dans diverses parties du continent des nègres aussi blancs que certains blancs d’Europe, et qui n’ont de nègre que les traits et la chevelure. Nous refusons donc d’admettre que, seuls, (…) ceux que l’on exploite dans la culture cotonnière de la vallée du Niger, les coupeurs de cannes à sucre dans les champs des domaines de la Martinique et de la Guadeloupe soient des nègres. Tandis qu’un de nos frère titulaire du brevet des écoles de hautes études européennes – l’intellectuel – serait un homme de couleur, et que celui qui n’a pu arriver à ce degré, mais qui exerce le même métier qu’un blanc et qui s’adapte comme les blancs à leur vie et à leurs mœurs et usages – l’ouvrier – serait un «noir» tout court.

Non messieurs les diviseurs pour régner !

Permettez-nous de vous rappeler que les derniers sont les descendants des premiers.

Les jeunesses du CRDN (Ndlr: Comité de Défense de la Race Nègre) se sont fait un devoir de ramasser ce nom dans la boue où vous le traînez pour en faire un symbole. Ce nom est celui de notre race.

Nos terres, nos droits et notre liberté ne nous appartenant plus, nous nous cramponnons sur ce qui avec l’éclat de la couleur de notre épiderme sont les seuls biens qui nous restent de l’héritage de nos aïeux. Ce nom est à nous; nous sommes à lui ! Il est nôtre comme nous sommes siens ! En lui, nous mettons tout notre honneur et notre foi de défendre notre race. Oui, messieurs, vous avez voulu vous servir de ce nom comme mot d’ordre scissionniste. Nous, nous en servons comme mot d’ordre de ralliement : un flambeau ! Nous nous faisons honneur et gloire de nous appeler Nègres, avec un N majuscule en tête. C’est notre race nègre que nous voulons guider sur la voie de sa libération totale du joug esclavagiste qu’elle subit. Nous voulons imposer le respect dû à notre race, ainsi que son égalité avec toutes les autres races du monde, ce qui est son droit et notre devoir, et nous nous appelons Nègres !

La voix des Nègres, n°1 janv. 1927, « Le mot « nègre » » (art. signé du Comité).